Jour 6 : Péladeau, la bombe à fragmentation

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 publié le 10 mars 2014 à 19 h 27

Une bombe à fragmentation explose, non pas au niveau du sol, mais à une certaine altitude et libère des fragments incandescents ou explosifs dans un rayon très large. Ce genre de bombe fait des victimes et provoque des destructions sur une large superficie. Certains des fragments n’explosent pas immédiatement et peuvent tuer ou blesser des années plus tard.

Je préfère apporter cette précision à la métaphore de la bombe pour la candidature de Pierre Karl Péladeau au Parti québécois. Ce n’est pas une arme atomique, puisqu’elle ne détruit pas tout sur son passage, ce n’est pas non plus l’engin explosif classique qui détruit un endroit donné à un moment précis.

Pierre Karl Péladeau est plutôt l’équivalent d’une bombe à fragmentation, notamment parce que le territoire touché par cette candidature est vaste. À preuve, c’est tout le Canada qui se sent interpellé. Si Stephen Harper était inquiet il y a quelques jours, il a de bien meilleures raisons aujourd’hui de prévoir des plans de contingence, même si la prudence s’impose, car cette campagne électorale est loin d’être terminée.

Les répercussions à sa candidature ne sont pas seulement immédiates. Il y a les effets à court terme sur la campagne électorale, et ils semblent dévastateurs pour François Legault, de la Coalition avenir Québec, qui perd ce qui ressemblait le plus à un allié objectif. Et pour le chef libéral, Philippe Couillard, cela affaiblit ses attaques contre le PQ dans les dossiers économiques et ses offensives contre le projet de souveraineté du Québec.

À moyen terme, la dynamique interne du Parti québécois se trouve passablement transformée. Il y a un dauphin désormais. Pauline Marois a reconnu, lors de l’annonce à Saint-Jérôme, qu’elle offrait un tremplin politique à Pierre Karl Péladeau. Ainsi, les fragments de la bombe Péladeau pourraient continuer à faire des victimes, bien après les élections, cette fois parmi les candidats potentiels à la succession de Pauline Marois.

À long terme, il n’est pas impossible que Pierre Karl Péladeau ait un impact sur l’avenir politique du Québec. La détermination qu’il affiche, son caractère volontaire et son adhésion sans ambiguïté au projet souverainiste, associés à son prestige, pourraient faire de lui un redoutable chef du camp du « Oui ».

Mais bien avant d’en arriver là, Pierre Karl Péladeau devra faire ses preuves. Les gens d’affaires éprouvent souvent des difficultés à faire le passage dans le service public actif. Le monde politique est certainement aussi impitoyable que le monde des affaires et, en plus, les codes sont très différents et très spécifiques.

Un des premiers défis de M.Péladeau – et il est considérable – est lié à l’empire médiatique Québecor. S’il veut en conserver la propriété, par l’entremise d’une fiducie sans droit de regard, et accéder éventuellement à des fonctions ministérielles, il y a un problème. Et pour ce qui est des fonctions de premier ministre (M. Péladeau n’a pas nié son intérêt), le problème prendrait encore plus d’ampleur.

Il est plutôt rare que les barons de la presse se lancent eux-mêmes en politique active. Confier des pouvoirs politiques et médiatiques à une seule personne offre un potentiel considérable de conflits d’intérêts.

Selon le code de déontologie, un ministre doit se retirer des discussions du conseil s’il a des intérêts personnels en jeu.

Par exemple, sur la politique du prix unique du livre, M. Péladeau devrait-il se retirer des discussions d’un conseil des ministres parce que Québecor est propriétaire des librairies Archambault? Réponse de Pierre Karl Péladeau à l’animateur de Radio-Canada Michel C. Auger : « Nous sommes libraires et nous sommes éditeurs, la politique du prix du livre unique peut nous favoriser et nous défavoriser [...] Je m’apparais être éventuellement une personne-ressource très intéressante pour participer au débat, et ce n’est pas parce que je participe au débat que je prends la décision. »

M. Péladeau a finalement indiqué qu’il se retirerait des délibérations si ses collègues ministres le lui demandaient.