Billets publiés en février 2014

« M. X sera candidat dans telle circonscription. » « Mme Y dit oui à tel parti. » « Mme Z annonce qu’elle se retire de la vie politique. »

Les candidatures se multiplient plus vite que les lapins par les temps qui courent.

Mes amis, le Québec fait de la fièvre! De la fièvre électorale!

Ne vous en faites pas, nous allons nous soigner. Après tout, nous avons survécu à la dernière fièvre, celle de l’automne.

Rappelez-vous! Après un Conseil des ministres au milieu de nulle part, au lac Taureau, Pauline Marois annonçait qu’il n’y aurait pas d’élections. Certains d’entre nous étaient déçus, d’autres moins, comme moi, parce que j’avais parié un gros 2 $ que les élections seraient au printemps.

Mais, avec le recul, je pense qu’on aurait tous dû voir que, bien avant le Conseil des ministres du lac Taureau, le scénario électoral avait été écarté.

Je ne dis pas ça parce qu’un conseiller de la première ministre m’avait parié un verre de vin qu’il n’y aurait pas d’élections!

Je ne dis pas ça parce que je connais maintenant l’issue de ce Conseil des ministres.

Je dis ça parce que je me rappelle d’une mise en garde que m’avait faite un conseiller de Jean Charest il y a quelques années : « Quand l’armée se prépare, on voit de la poussière se lever. »

À bien y penser, l’automne dernier, il n’y avait pas beaucoup de poussière, il n’y avait pas les vrais signes avant-coureurs, contrairement à maintenant.

L’automne dernier, aucun parti n’a fait d’annonces de candidats vedettes.

L’automne dernier, aucun député n’a annoncé qu’il partait.

L’automne dernier, les grands réseaux ne négociaient pas la tenue des débats.

Bref, l’automne dernier, il n’y avait pas la même frénésie.

On dit que l’expérience ne s’achète pas. Je m’en souviendrai pour la prochaine fièvre électorale!

Mais euh, j’y pense… On a déjà trouvé le remède pour la fièvre électorale! Ça s’appelle les élections à date fixe! On l’appliquera la prochaine fois!

Catégorie: Québec

Rob Ford, fou ou génie?

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 publié le 26 février 2014 à 12 h 58

Rob Ford, fou ou génie? Un peu des deux? Le maire de Toronto s’est fait bouder par les maires des grandes villes canadiennes en conférence à Ottawa. (photo archives)


 « La folie, c’est répéter le même comportement et s’attendre à un résultat différent. » – Cliché sur-utilisé, souvent attribué par erreur à Albert Einstein.

Rob Ford est fou. Ou peut-être pas. Selon la définition d’Einstein, un peu des deux. Entre le génie et la folie, la frontière est mince. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas le compter pour battu aux élections municipales d’octobre.

Privé de la plupart de ses pouvoirs de maire par le conseil municipal, il continue de répéter quand même que c’est lui qui règle tous les problèmes à l’hôtel de ville. À en croire Rob Ford, durant la crise du verglas en décembre, les Torontois auraient tous gelé dans le noir pendant des mois s’il n’avait pas été là. De plus, selon lui, les taxes et impôts monteront en flèche, et le gaspillage à l’hôtel de ville sera hors de contrôle s’il n’est pas réélu en octobre.

Privé de son émission de radio hebdomadaire qui lui donnait une vitrine politique et un contact direct avec les électeurs, il se tourne vers YouTube pour continuer sa propagande sans filtre, et lancer des attaques personnelles ciblées contre les conseillers municipaux qu’il déteste.

Privé d’une équipe électorale en bonne et due forme (pour le moment, sa principale ressource est son directeur de campagne, son frère Doug), il refuse les demandes d’entrevues des médias qui couvrent l’hôtel de ville. Il tient plutôt des conférences de presse (souvent diffusées en direct à la télé locale), où il vante ses mérites pendant cinq minutes, puis refuse de répondre aux questions plus pointues des journalistes. Pourtant, il accorde davantage d’entrevues aux médias américains et nationaux.

À preuve, sa présence à la conférence des maires des grandes villes canadiennes à Ottawa cette semaine.

Depuis qu’il a été élu maire, il y a quatre ans, Rob Ford a boudé et même dénigré les rencontres de la Fédération canadienne des municipalités (FCM). « Un gaspillage de temps et d’argent, depuis quand est-ce que j’assiste à la FCM? », disait le maire en 2012. Cette semaine, il s’est pourtant précipité avec fanfare à la rencontre. Et il s’en sert comme podium pour lancer une promesse électorale : « Je vais me battre contre la décision de Postes Canada d’éliminer la livraison à domicile. Ma mère veut son courrier à la maison, moi aussi. » Il réclame aussi plus d’argent d’Ottawa pour financer ses infrastructures.

À preuve, ses apparitions répétées dans les médias américains.

Rob Ford était un invité régulier à la station de radio sportive Sport Junkies de Washington. Pour y parler football américain (une de ses passions), mais aussi pour répondre à des questions personnelles et politiques. Il a également accordé une entrevue au populaire Today Show de NBC, où il a admis qu’il « continue de boire, mais pas autant qu’avant ». Quand les médias locaux essaient de lui poser les mêmes questions, il quitte les points de presse précipitamment, sans répondre.

Donc, Rob Ford est fou, parce qu’il répète les mêmes comportements. Et il n’est pas fou, parce qu’il les adapte à sa nouvelle réalité. Génie? Peut-être. Ceux qui ont voté pour lui en 2010 le pensent. C’est maintenant à eux de décider, aux élections municipales d’octobre, s’ils veulent ou non remettre le génie dans la bouteille.

Catégorie: Ontario

Jeter les bases de la campagne de 2015, sans pour autant vendre la mèche, tel était le défi à relever pour Justin Trudeau lors de ce congrès.

Près d’un an après avoir pris la tête du Parti libéral du Canada, l’heure était venue pour lui d’aller au-delà de son image de jeune premier porté par son charisme et sa popularité et d’enfin définir quel genre de gouvernement il veut offrir aux Canadiens.

Malgré la pression qui s’intensifie pour qu’il présente enfin des solutions concrètes et précises, Justin Trudeau a préféré offrir une vision plus large. Ses stratèges font le pari qu’il est assez populaire en ce moment, et qu’il n’était pas nécessaire d’en faire davantage. Ça évite ainsi de dilapider leurs munitions électorales et de risquer de voir chacune de leurs politiques attaquées de toutes parts par leurs adversaires.

Mais il y a plus. Si son discours de 3822 mots n’a pas particulièrement innové au chapitre de la vision économique, il révèle surtout comment Justin Trudeau compte incarner ses thèmes du changement et de l’espoir pour leur donner une cohérence qui va au-delà des slogans politiques.

 « Mes amis, les Canadiens ne s’attendent pas à ce que le gouvernement fasse des miracles. Ils savent qu’il ne peut pas régler tous les problèmes. » — Justin Trudeau

Intervenir dans l’économie pour stimuler la croissance, créer de la richesse, mais pas trop. Justin Trudeau reste bien au centre de l’échiquier politique. Il prône ainsi un rôle plus interventionniste pour l’État tout en voulant laisser l’impression qu’il compte gérer les finances publiques avec prudence.

Freiner le déclin de la classe moyenne, aider les jeunes à entrer sur le marché du travail, sortir les démunis de la pauvreté, mais aussi investir dans les infrastructures et prôner la recherche de nouveaux marchés pour les ressources naturelles, tout en promettant de mieux protéger l’environnement. Encore là, le chef libéral reste bien au centre. De quoi rappeler la bonne vieille grande tente rouge libérale. Il y en a pour les électeurs de centre gauche et pour les électeurs de centre droit.

N’empêche, il semble clair que pour la grande idée novatrice qui permettra vraiment de résoudre les problèmes de cette classe moyenne, il faudra attendre 2015.

 « Les gouvernements ne peuvent pas tout faire, et ils ne devraient pas essayer de le faire. Mais ce qu’il fait, il doit le faire bien. » — Justin Trudeau

Il y avait aussi dans le discours de Justin Trudeau une forme de mise en garde devant des délégués qui, à la lumière des résolutions qu’ils ont adoptées, voudraient voir un futur gouvernement libéral intervenir sur tous les fronts : transports, énergie, santé mentale, lutte contre l’obésité, garde d’enfants, logement abordable… On ne compte plus le nombre de résolutions pour la mise en œuvre de stratégies nationales. Et c’est sans tenir compte de leur désir de renouveler le financement de la santé au pays, de mettre en œuvre un plan pour porter les investissements en infrastructures à 1 % du PIB, de financer un programme national de garderies, et j’en passe.

Bien malin celui qui pourra expliquer comment financer tous ces projets sans hausser les taxes et les impôts et sans mettre en péril l’éventuel équilibre budgétaire.

   « La colère peut être une bonne stratégie politique, mais elle est symptomatique d’un gouvernement pitoyable. » — Justin Trudeau

Le message n’est pas nouveau de la part de Justin Trudeau. Il joue la carte du renouveau et du positivisme rassembleur depuis son entrée en politique.

Mais voilà qu’il tente d’aller au-delà du « Justin est sympathique », pour plaider qu’en étant sympathique et positif, Justin saura faire les bons choix pour les Canadiens.

C’est ainsi qu’il accuse Stephen Harper d’avoir trahi les idéaux qui le guidaient à ses débuts en politique pour sauvegarder sa majorité. Ici, on courtise habilement les électeurs conservateurs. Justin Trudeau leur rappelle qu’ils ne sont pas comme leur chef, qu’ils ne sont pas « une foule en colère qu’il faut craindre », mais bien « nos voisins » confrontés aux mêmes problèmes et défis que les autres Canadiens.

La stratégie du chef libéral ici dépasse le fait de simplement tenter de miner la crédibilité de ses adversaires. Justin Trudeau plaide que c’est justement parce que ses adversaires exploitent la colère des gens à des fins partisanes qu’ils font les mauvais choix pour le pays. Par le fait même, il tente de convaincre les électeurs que c’est grâce à sa candeur qu’il aura l’ouverture d’esprit de faire les bons choix et d’offrir des solutions concrètes.

Il cite en exemple sa décision d’expulser les sénateurs libéraux du caucus et de se présenter comme le seul chef fédéral ayant eu l’audace d’agir pour forcer des changements au Sénat et lui redonner un minimum d’indépendance. Il sera intéressant de voir si Justin Trudeau, qui plaide pour le renouveau démocratique, suivra les militants et les députés libéraux qui veulent s’attaquer à la réforme du mode de scrutin.

Trouver des solutions, être rassembleur, toujours au-dessus des basses considérations partisanes, c’est ainsi que les libéraux vont vendre leurs choix politiques. On s’entend que la barre est haute!

 « Nous avons un long chemin devant nous, et nous aurons moins de moyens que les autres partis pour y arriver. » — Katie Telford, coprésidente de la campagne nationale du PLC

Malgré tout l’enthousiasme des délégués, le congrès aura révélé tout le travail qui attend les libéraux d’ici 2015.

S’ils ont fait des pas de géant au chapitre du financement, les libéraux n’ont pas fini de combler l’écart avec les conservateurs. Il leur faut aussi bâtir non seulement une armée de bénévoles sur laquelle compter en période électorale, mais aussi les bases de données précises et presque scientifiques sur les électeurs dont dépendent les machines électorales aujourd’hui.

Finalement, côté équipe, on remarque que le parti a réussi à mettre en valeur une brochette de candidats vedettes potentiels, qui ont chacun prononcé des discours clés. Côté Québec, tout au plus a-t-on invité Mélanie Joly à participer à un panel sur le Québec en 2017.

Surprenant pour un congrès libéral, organisé à Montréal, alors que Justin Trudeau veut justement reconquérir le Québec en plaidant qu’il leur offre « l’action plutôt que l’opposition ».

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

10 questions pour Justin Trudeau

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 publié le 23 février 2014 à 13 h 19

Il est venu écouter la troisième période de la partie de hockey pour voir les Canadiens remporter la médaille d’or.

Il était parmi les délégués du congrès pour les débats sur la constitution de son parti qui doivent couronner ses efforts de rompre tous les liens entre le Parti libéral et ses sénateurs.

Mais Justin Trudeau a refusé de tenir le traditionnel point de presse auquel se prêtent les chefs de parti au terme de leur congrès. En esquivant les journalistes, il évite surtout d’avoir à répondre aux questions qui découlent de son discours de samedi et de l’ensemble du congrès.

Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a regardé le match de hockey opposant le Canada à la Suède, durant le congrès du PLC, à Montréal, le 23 février
Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a regardé le match de hockey opposant le Canada à la Suède durant le congrès du PLC, à Montréal, le 23 février.

La liste est longue, voici les 10 premières :

1- Justin Trudeau veut travailler avec les provinces pour bonifier le financement de l’éducation postsecondaire au pays. Comment va-t-il financer cette bonification des transferts?

2- S’il promet de ne pas hausser les taxes et impôts des familles de la classe moyenne, ouvre-t-il la porte à revoir les taxes et impôts des mieux nantis?

3- Que compte-t-il faire avec les impôts des entreprises?

4- Aide aux familles, stratégie d’emploi pour les jeunes, logement abordable, nouveaux capitaux pour financer les infrastructures, revenu minimum garanti : comment compte-t-il financer ces initiatives?

5- Afin de dégager la marge de manœuvre dont il aura besoin pour mettre en œuvre ses futures promesses électorales, un gouvernement libéral serait-il prêt à annuler les baisses d’impôt que Stephen Harper va offrir aux Canadiens en 2015?

6- Est-il prêt à retomber en déficit?

7- Ses délégués se sont prononcés en faveur de la décriminalisation de l’aide médicale à mourir : à quelle enseigne loge-t-il dans ce débat?

8- Justin Trudeau veut réconcilier développement des ressources naturelles et développement durable : quelle approche préconise-t-il pour y arriver?

9- Justin Trudeau nous a parlé de Nathalie, mère de famille qui s’inquiète pour sa retraite : quelle solution a-t-il à lui offrir?

10- Son parti a mis en valeur une brochette d’éminents Canadiens qui vont ou songent à se présenter à ses côtés en 2015. Comment se fait-il qu’aucun futur candidat-vedette du Québec ne fût sur la liste dans un congrès à Montréal?

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

L'homme l'affaires Bill Morneau que Justin Trudeau aimerait recruter comme candidat en vue des prochaines élections. (source: Manon Globensky / Radio-Canada)

L’homme l’affaires Bill Morneau que Justin Trudeau aimerait recruter comme candidat en vue des prochaines élections. (source: Manon Globensky / Radio-Canada)

Il a sa carte de membre du parti libéral depuis deux mois à peine. Mais derrière lui, Bill Morneau a une carrière prospère dans le secteur privé. Sa compagnie Morneau Shepell élabore et livre à des compagnies du secteur privé des programmes d’avantages sociaux et de compensation pour leurs employés.

Il a été président de l’hôpital St. Michael’s à Toronto et de Covenant House, un centre de crise pour jeunes sans-abri. Son épouse, Nancy McCain, est de la célèbre et riche famille McCain du Nouveau-Brunswick. Le couple représente l’élite de Toronto, engagé dans les arts, les organismes de charité et maintenant la politique.

Bill Morneau n’a pas encore décidé s’il allait être candidat, dit-il, encore moins dans quelle circonscription. Toronto Centre, une des deux Don Valley : qui sait? Justin Trudeau a dit qu’il n’y aurait pas de parachutage de candidat nulle part, qu’il voulait des assemblées d’investiture dans toutes les circonscriptions. Mais en même temps, il doit y en avoir plus d’un dans le parti qui font des neuvaines pour que cet homme soit choisi comme candidat.

Aurais-je oublié de dire qu’il préside le conseil d’administration de l’institut CD Howe, un important groupe de réflexion économique. Certains libéraux disent déjà qu’il pourrait être le ministre des Finances dans un gouvernement Trudeau.

C’est la première fois de sa vie, il le jure, qu’il songe à faire de la politique. Parce qu’il n’aime pas ce qu’il voit, qu’il sent une grande anxiété chez les Canadiens. Comment remédie-t-on à ça et, surtout, où trouve-t-on l’argent pour le faire? Bill Morneau ne répond pas (serait-il déjà politicien dans l’âme?). Il faut d’abord identifier les priorités et se concentrer sur elles.

Justin Trudeau fait-il une erreur en soumettant tous les candidats potentiels, y compris ces candidats vedettes, au ballottage des assemblées d’investiture? Vraisemblablement, malgré le fait que le chef voudrait bien tous les avoir à ses côtés – l’expertise d’une équipe sera d’une grande importance pour les libéraux aux prochaines élections -, il y a des risques que certains ne passent pas la rampe.

Dans Winnipeg Sud-Centre, Jim Carr, ancien président de l’équivalent du Conseil du patronat du Manitoba, n’est pas le seul à vouloir se présenter. Karen Taraska-Alcock, ancienne directrice de campagne de Justin Trudeau dans la province et veuve de l’ancien député Reg Alcock, voudrait aussi la nomination. Il devra se passer de l’un des deux.

Il devra aussi probablement faire son deuil de plusieurs candidatures féminines. Depuis Jean Chrétien, le parti réservait un tiers des circonscriptions à des femmes, quitte à les parachuter, les courses d’investiture étant plus dures pour les femmes qui ont moins de temps et de réseaux que les hommes.

Depuis 2011, les femmes représentent 25 % des députés de la Chambre des communes, soit 77 députés, dont la moitié sont élues pour la première fois. Il s’agit la plus grande proportion de femmes jamais élues au Canada.

Catégorie: Élections fédérales

Andrew Leslie
SRC/PC/Murray Brewster

D’emblée, Andrew Leslie, ancien général et futur candidat vedette du parti libéral fédéral, a réussi un pari énorme : attirer à son discours une foule nombreuse, malgré la demi-finale olympique de hockey États-Unis-Canada.

Il faut dire que même s’il n’est pas flamboyant, il a livré un discours inspirant où il a su faire un savant mélange de vie personnelle et de vision politique. Mais surtout, surtout, il avait préparé une riposte bien articulée aux attaques des conservateurs contre son tristement célèbre déménagement à 72 000 $.

D’abord, il faut savoir qu’Andrew Leslie maintient ne pas avoir su que l’ensemble du remboursement, y compris le déménagement et les frais de courtage, s’élevait à 72 000 $. Il insiste aussi sur le fait qu’il n’a rien obtenu de plus que ce à quoi ont droit tous les militaires de plus de 20 ans de carrière.

Mais dans son discours, il laisse entendre que c’est par dépit que les conservateurs s’en sont pris à lui avec cette histoire de frais – le ministre de la Défense ayant même demandé une enquête – parce que, dit l’ex-général, il aurait eu des conversations avec plusieurs partis politiques avant de choisir le Parti libéral du Canada.

« J’ai voulu laisser tomber les conservateurs gentiment en leur disant que ce n’était pas eux, mais moi. Après ce qui s’est passé ces derniers jours, je suis convaincu que c’est eux. »
– Andrew Leslie, en riant

Du discours à la conférence de presse

Surfant sur ces quelques lignes qui ont fait lever les délégués, il a multiplié les attaques contre le gouvernement Harper, accusant le ministère de la Défense de ne pas être capable de se procurer un simple camion et de laisser tomber les anciens combattants.

En résumé, une belle performance.

Et il aurait dû s’arrêter là.

Malheureusement, l’ex-général est passé « de la finesse au flop », comme a dit une de mes collègues de CBC. Il a eu la mauvaise idée de tenir une conférence de presse après son discours.

Ses bonnes lignes sur le dépit des conservateurs ont fondu comme neige au soleil quand il a été obligé d’admettre que les conversations qu’il a eues avec les conservateurs ont peut-être été initiées par lui. Il ne sait plus qui a parlé à qui ni quand…

L’ex-général a alors perdu de son lustre. Il est devenu un homme ordinaire qui a proposé ses services à presque tout le monde avant de se décider pour les libéraux. « Avez-vous discuté avec le Bloc québécois? », a lancé un des journalistes désabusés.

Le fier guerrier sur son destrier, prêt à porter bien haut la bannière libérale pour pourfendre les vilains conservateurs, a perdu tout son lustre en moins de 15 minutes. Andrew Leslie a appris à la dure que se taire après un discours qui a eu eu plus d’ovations que Justin Trudeau la veille aurait eu du bon.

Catégorie: Ottawa

S’il faut déterminer la recette miracle que tente de développer l’équipe Trudeau, la première heure et demie du congrès libéral de Montréal offre une fenêtre inédite sur le pari et sur le défi qui attendent le chef libéral d’ici 2015.

Comment passer dans la même heure de Larry Summers à Sophie Trudeau? Comment passer dans la même heure d’un débat d’initiés sur la « stagnation séculaire » qui pèse sur l’économie canadienne à la plus « people » des manœuvres politiques d’un chef qui « skype » en direct du congrès avec sa femme enceinte et ses deux jeunes enfants? C’est presque la quadrature du cercle en politique. Pourtant, c’est bien ce qu’ont tenté de faire Justin Trudeau et son parti lors de la soirée d’ouverture de leur congrès à Montréal jeudi soir.

Certes, le chef libéral a lancé une attaque en règle contre Pauline Marois et Stephen Harper, les accusant tous les deux de pratiquer une politique de division, d’alimenter chacun à leur façon la peur, l’incertitude et l’intolérance à des fins partisanes. C’est de bonne guerre pour un chef qui cherche à rallier tant le vote antisouverainiste et anticharte au Québec que le vote anti-Harper ailleurs au pays.

« Quand il n’y a plus de progrès, la peur s’installe. Et cette peur ne peut être battue que par l’espoir. » — Justin Trudeau

Il ne faut pas se leurrer, Justin Trudeau joue à fond la caisse la carte du charisme, de la jeune famille parfaite. Pour quelle autre raison aurait-il pris la peine de tenir une séance de Skype en direct avec sa femme sur le point d’accoucher et ses deux enfants en pyjama, en train de faire les adorables folies que seuls les enfants de leur âge savent faire, dans leur monde et leur vie à mille lieues des réalités politiques de leur papa?

Mais tout le monde comprend bien qu’à lui seul, face à la dure réalité de la vie politique et des attaques partisanes, le charme du jeune premier et de sa famille n’ouvre pas les portes du pouvoir et du 24 Sussex.

C’est là qu’entre en scène Larry Summers, l’ex-économiste en chef de la Banque mondiale (1991-1993), ex-secrétaire au Trésor de Bill Clinton (1999-2001), ex-président de l’Université Harvard (2001-2006) et ex-conseiller économique de Barack Obama (2009-2010). Il est un de ces économistes qui réussissent à faire la boucle entre l’inégalité des revenus, le sort de la classe moyenne, la vigueur de l’économie globale et l’aliénation de tant de citoyens devant la chose politique.

Cet ancien apôtre de la déréglementation, qui s’inquiète aujourd’hui de la stagnation des revenus de la classe moyenne, a lancé le congrès libéral et jeté les bases du débat économique tel que veulent l’imposer les libéraux de Justin Trudeau d’ici 2015.

Bémol sur la réduction de la taille de l’État à tout prix, nécessité d’investir dans les infrastructures et l’éducation, mise à profit de l’effet de levier des dépenses publiques pour générer une croissance économique saine et ainsi rehausser le niveau de vie des ménages… Tout est là, dans le discours de Larry Summers. Et Justin Trudeau s’apprête à placer ces idées au cœur de sa vision économique pour le Canada.

En obtenant ainsi la caution morale d’un des grands gourous de l’économie mondiale, le chef libéral, à qui on reproche souvent de manquer de substance, espère recevoir la caution morale qui lui manquait pour légitimer les fondements de sa vision économique.

Larry Summers est certes le plus prestigieux des conférenciers recrutés pour ce congrès libéral, mais la liste des invités ratisse large et vise haut. Tout pour illustrer le talent et l’expertise que le chef libéral est capable de recruter, alors qu’il tente de renouveler son parti en vue des élections de 2015.

Mais pour tout le discours officiel sur la substance, la vision qu’il sera capable de développer, Justin Trudeau a aussi fait la preuve jeudi soir qu’il a bien l’intention de jouer la carte « people » jusqu’au bout, Sophie et les enfants en pyjama en prime.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Les voyages aux frais de l’État

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 publié le 20 février 2014 à 14 h 43

C’est samedi prochain, le 22 février, que l’archevêque de Québec, Gérald Cyprien Lacroix, sera officiellement accueilli au Collège des cardinaux dans une cérémonie à Rome. Il s’agit d’un événement important pour l’Église catholique, particulièrement au Québec.

En février 2012, une délégation de 25 dignitaires du gouvernement fédéral, dirigée par le ministre des Finances Jim Flaherty, est allée à Rome pour l’élévation de l’archevêque de Toronto, Thomas Collins.  Cette fois, le gouvernement fédéral enverra une délégation plus modeste à Rome pour souligner l’élévation de monseigneur Lacroix au rang de cardinal. Douze personnes se rendront donc à Rome en fin de semaine. Dépense excessive? Déplacement injustifié? À vous de juger.

C’est le ministre des Infrastructures Denis Lebel qui dirigera cette délégation. Parmi les 11 autres personnes, il y a certaines évidences, comme l’ambassadeur Jon Allen, chargé d’affaires au Saint-Siège, Régis Labeaume, maire de Québec, la ville dont monseigneur Lacroix est l’archevêque, Daniela Renosto, la déléguée du Québec à Rome.

Là où il faut peut-être se poser des questions, c’est relativement à la présence de cinq députés et de deux sénateurs. Les sénateurs Suzanne Fortin-Duplessis et Noël Kinsella seront du voyage, tout comme les députés conservateurs Corneliu Chisu (Pickering-Scarborough East, Ontario), Leon Benoit (Vegreville-Wainwright, Alberta). Il y aura aussi des députés de l’opposition : les néo-démocrates François Lapointe (Montmagny-L’Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup, Québec) et Ruth Ellen Brosseau (Berthier-Maskinongé, Québec) et le libéral Massimo Pacetti (Saint-Léonard-Saint-Michel). La dernière personne dont la présence reste à confirmer est le lieutenant-gouverneur du Québec, Pierre Duchesne.

Des questions se posent. En période de restrictions budgétaires, est-il approprié d’envoyer 12 personnes à cette cérémonie à Rome? Les membres de cette délégation ont-ils tous un lien évident avec l’Église catholique? S’agit-il d’une récompense que les partis accordent à certains députés, peu importe leur lien avec monseigneur Lacroix? En envoyant des membres de tous les partis, le gouvernement s’assure-t-il la docilité de tous?

Peut-être tout cela est-il parfaitement justifié, mais peut-être pas. Un grand rassemblement est prévu à Québec le 28 février, au retour du cardinal Lacroix. Il sera intéressant de voir si les partis fédéraux y enverront une délégation.

Catégorie: Ottawa

Un budget pour enlever des munitions à l’opposition

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 publié le 20 février 2014 à 2 h 53

Les proches conseillers de Pauline Marois ont eu du mal à cacher leur satisfaction tout au cours de la semaine. Avec l’annonce que le gouvernement consacrera jusqu’à 115 millions de dollars dans l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti, ils sont convaincus d’avoir retiré à leurs adversaires une carte maîtresse.

« C’est un immense levier », confie une source bien placée. Selon elle, le Parti québécois a réussi à prendre de court ses adversaires, en adoptant un positionnement plus près de la Coalition avenir Québec que de Québec solidaire. Il sera dorénavant plus difficile, estime-t-elle, pour les partis d’opposition de monopoliser l’enjeu de l’économie. « Ils pensaient que [certains membres de] notre caucus ne laisseraient pas passer ça, ils se sont trompés. » La réaction du chef de la CAQ, qui s’est empressé de saluer l’entente, tend aussi à réconforter les péquistes dans leur analyse de la situation.

Accessoirement, l’annonce de cet investissement permet au gouvernement d’affirmer haut et fort que le Québec « reprend ses droits » sur l’île, après que les libéraux eurent laissé Hydro-Québec vendre les permis qu’elle détenait – une forme de nationalisme économique qui pourrait réconcilier avec cette décision une certaine frange de l’électorat souverainiste, susceptible de voir d’un mauvais œil l’exploitation du pétrole.

Dans la même logique, les péquistes estiment aussi avoir enlevé une autre cartouche au chef libéral en annonçant rapidement qu’un budget serait déposé avant les prochaines élections. « Il s’est fait couper l’herbe sous le pied », analyse un stratège, en soulignant que Philippe Couillard a consacré sa première semaine à l’Assemblée nationale à réclamer un budget… qu’on préparait déjà en coulisse.

Le gouvernement veut maintenant boucler la boucle en présentant un budget dont le principal objectif est de retirer des munitions aux partis d’opposition. Déjà, l’équipe de Pauline Marois se félicite du changement de cap qu’elle a effectué ces derniers mois sur le front de l’économie. Après avoir tenté d’équilibrer les finances publiques coûte que coûte le printemps dernier, les péquistes ont décidé de mettre l’accent sur la création d’emplois. Selon leurs enquêtes, les annonces d’investissements gouvernementaux, particulièrement en région, ont plus de portée que la publication de données sur le déficit budgétaire.

Au-delà des lignes officielles du gouvernement et de l’opposition sur « la prospérité contre l’austérité » ou sur l’impact « toxique » du gouvernement sur l’économie, c’est donc dans la perspective d’un gouvernement qui cherche à priver l’opposition de munitions qu’il faudra interpréter le budget. Les péquistes devront peut-être toutefois payer le prix de la hâte avec laquelle ils tentent de faire progresser les travaux parlementaires depuis quelques jours. En voulant accélérer la présentation de leur budget de manière à avoir le champ libre pour déclencher des élections, il est possible qu’ils aient froissé des électeurs, qui s’interrogent sur le bien-fondé de leur empressement.

Catégorie: Québec

Mécanique électorale

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 publié le 14 février 2014 à 18 h 09

Tous les observateurs de la scène politique québécoise pensent que des élections auront lieu au printemps. Moi aussi! J’ai même parié deux gros dollars là-dessus.

Les indices s’accumulent : série d’annonces, d’investissements, dépôt d’un budget, etc.

On spécule sur la date du déclenchement des élections et sur la date du vote. En fin de compte, c’est la première ministre qui décidera quand les Québécois seront appelés aux urnes.

D’ici là, il est peut-être bon de rappeler la mécanique du déclenchement des élections, bref ce que la loi prévoit.
Une campagne électorale au Québec dure entre 33 et 39 jours.

En principe, des élections ont lieu à date fixe, le premier lundi du mois d’octobre, tous les quatre ans (article 129 de la loi électorale). Le lieutenant-gouverneur conserve toutefois le pouvoir de dissoudre la Chambre (et de déclencher des élections) s’il le juge nécessaire (par exemple, si le premier ministre n’a plus la confiance de la Chambre ou si l’opposition le renverse sur un vote de confiance).

Mais dans l’hypothèse d’un déclenchement prématuré (contexte dans lequel nous sommes) l’article 131 de la loi prévoit ceci : le scrutin a lieu le cinquième lundi qui suit la prise du décret, si le décret est pris un lundi, un mardi ou un mercredi, et le sixième lundi, si le décret est pris un autre jour.

C’est un peu technique, mais voici ce que cela veut dire…

  
Si le déclenchement est un jeudi, le scrutin a lieu 39 jours plus tard, le 6e lundi.
Si le déclenchement est un vendredi, le scrutin a lieu 38 jours plus tard, le 6e lundi.
Si le déclenchement est un samedi, le scrutin a lieu 37 jours plus tard, le 6e lundi.
Si le déclenchement est un dimanche, scrutin a lieu 36 jours plus tard, le 6e lundi.
Si le déclenchement est un lundi, le scrutin a lieu 35 jours plus tard, le 5e lundi.
Si le déclenchement est un mardi, le scrutin a lieu 34 jours plus tard, le 5e lundi.
Si le déclenchement est un mercredi, le scrutin a lieu 33 jours plus tard, le 5e lundi.

 

Les élections ont toujours lieu un lundi, sauf si cela tombe un jour férié. À ce moment, le vote a lieu le mardi.

Alors, à court terme, retenez trois dates pour une possible date d’élections : 31 mars, 7 avril ou 14 avril.

Et au risque d’en rajouter, mais pour faire plaisir aux amateurs de numérologie :

– il n’y a jamais eu d’élections générales au Québec un 31 mars ni un 7 avril;
– le 14 avril 2003, le PQ a perdu le pouvoir aux mains des libéraux;

– le naufrage du Titanic a commencé le 14 avril 1912.

Et vous? Votre 2 $, vous le pariez sur quelle date?

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