Billets publiés en décembre 2013

Le jeu des prédictions est toujours périlleux en politique, car les débats et les jeux de coulisses finissent toujours par nous surprendre. C’est donc avec beaucoup d’humilité que je vous offre ici une liste des enjeux à surveiller.

Un blogue d’Emmanuelle Latraverse

Si l’année 2013 peut être décrite comme l’année de la mi-mandat, celle de 2014 servira à vraiment camper les forces en présence en vue des prochaines élections fédérales. La mi-mandat a eu le don d’ébranler les conventions, mais c’est au cours de la prochaine année que les tendances qui se sont dessinées jusqu’ici vont se cristalliser ou s’évanouir.

Pour la première fois, le gouvernement conservateur est profondément secoué et cherche comment tirer un trait sur le scandale et reprendre l’offensive. Le Parti libéral et son chef frappent l’imaginaire de l’électorat. Le NPD, en ayant consolidé ses acquis, cherche comment concrétiser les gains auxquels il aspire.

La fortune de chacun des partis dépend bien sûr de la performance de leurs chefs, mais aussi de leurs prises de position devant certains enjeux qui s’imposent dans le débat politique.

LES ENJEUX EN 2014

– Le scandale du Sénat

Sénat, Sénat, Sénat! Vous n’y échapperez pas, car plusieurs développements sur ce front sont à surveiller au cours de la prochaine année.

Mike Duffy (archives)
Mike Duffy (archives)

Bien sûr, tous les regards continueront d’être tournés vers la GRC et ses découvertes imprévisibles. On imagine l’inquiétude des stratèges au Bureau du premier ministre à la perspective de voir un nouveau détail de cette histoire faire les manchettes par le biais d’une autre vague de documents d’enquêtes déposés devant les tribunaux et ainsi rendus publics. Un véritable supplice de la goutte pour les conservateurs. Mais surtout, c’est au cours de la prochaine année qu’on devrait savoir si des accusations criminelles sont bel et bien portées contre les principaux acteurs, l’ex-chef de cabinet de Stephen Harper Nigel Wright et le sénateur Mike Duffy, mais aussi la sénatrice Pamela Wallin et le sénateur Patrick Brazeau. Et là, les répercussions politiques pourraient être infinies.

Mais l’enjeu du Sénat va aussi largement dépasser le cadre de l’enquête de la GRC.

En 2014, on attend le rapport du vérificateur général du Canada sur les dépenses de TOUS les sénateurs. Michael Ferguson et ses vérificateurs bénéficient d’un accès sans précédent aux livres de la Chambre haute, et personne n’y échappe. Certains sénateurs se sont même vu demander l’accès à leurs cartes de crédit personnelles dans le cadre de cette enquête pour vérifier si chaque sou des deniers publics a été bien dépensé. Un premier rapport sur le leadership et les membres du Comité de régie interne est attendu et sera suivi d’un rapport plus large sur l’ensemble des dépenses des sénateurs au cours des deux dernières années.

Après la police et les comptables, il y aura aussi les tribunaux.

Le débat sur le Sénat prendra inévitablement une tournure constitutionnelle au cours de la prochaine année, alors que la Cour suprême devrait rendre sa décision sur les mécanismes à mettre en oeuvre pour réformer la Chambre haute, plus spécifiquement permettre l’élection des sénateurs et limiter la durée de leurs mandats. Stephen Harper rêve de voir le plus haut tribunal du pays reconnaître au Parlement le droit de légiférer unilatéralement ces réformes, lui qui a déjà indiqué qu’il n’a pas l’intention de présider une grande messe constitutionnelle avec ses homologues provinciaux sur la question.

– Les pipelines et l’avenir énergétique

Après les baisses d’impôts, on pourrait dire que les pipelines sont l’autre grande priorité du gouvernement conservateur.

Les ressources énergétiques canadiennes sont le moteur de l’économie, mais encore faut-il leur trouver des débouchés. Or, devant un marché américain qui se dirige vers l’autosuffisance, le Canada est engagé dans une véritable course contre la montre pour trouver de nouveaux débouchés, tout particulièrement se donner les moyens de percer l’immense marché de l’Asie. Et compte tenu des délais importants avant que ces investissements se concrétisent et rapportent, le facteur temps est clé. Le Canada ne peut se permettre de rater cette fenêtre.

Mais pour y arriver, il faut des pipelines vers le Pacifique, d’où l’importance du débat entourant le projet Northern Gateway, sur lequel le gouvernement Harper devra se prononcer formellement d’ici six mois.

Mais le débat dépasse le Northern Gateway. Une foule d’autres projets sont dans les cartons, et ils soulèvent des discussions tous aussi déchirantes.

Et c’est sans compter le débat entourant les projets vers l’est du pays, comme le projet Energy East, de TransCanada, qui mènerait le pétrole de l’Alberta jusqu’aux raffineries du Nouveau-Brunswick, ou encore le renversement de la conduite 9B d’Enbridge entre Sarnia et Montréal, qui suscite un vif débat à la suite des dégâts monumentaux causés par la fuite d’un oléoduc semblable au Michigan en 2010. L’Office national de l’énergie doit d’ailleurs rendre sa décision sur le sort de ce projet au plus tard le 19 mars 2014.

Devant tous ces projets, le dilemme est le même : comment réconcilier les impératifs de la croissance économique avec ceux de la protection de l’environnement? C’est là un débat maintes fois amorcé au pays, mais qui impose une réflexion profonde.

Les conservateurs sont les premiers à savoir que leur pari est loin d’être gagné justement parce qu’ils font face à un électorat bien sceptique. Près de huit ans après avoir pris le pouvoir, le gouvernement Harper récolte finalement ce qu’il sème en matière d’environnement; son propre bilan peu reluisant vient de le rattraper.

– L’affrontement syndicats-gouvernement

Les relations de travail, c’est là l’enjeu oublié de 2013, et tout indique qu’il sera incontournable en 2014 alors que le Conseil du trésor entreprend une nouvelle ronde de négociations avec le secteur public.

Le gouvernement Harper affirme vouloir moderniser les relations de travail; les syndicats y voient un assaut majeur contre les droits des travailleurs.

Déjà dans son projet de loi omnibus de mise en œuvre du budget, le gouvernement Harper a imposé une foule de réformes lourdes de conséquences pour la fonction publique. À peine le C-4 avait-il été adopté que les syndicats de la fonction publique formaient un front commun pour en contester la constitutionnalité.

En vertu des réformes adoptées, le Conseil du trésor pourra décider unilatéralement ce qui constitue un service essentiel, le fédéral pourra décider seul de soumettre une nouvelle convention collective à l’arbitrage, et la ministre du Travail pourra refuser de désigner une tâche comme étant dangereuse, moyennant des sanctions contre tout travailleur qui s’y opposerait.

Et ça ne s’arrête pas là; d’emblée, le président du Conseil du trésor a indiqué que les pensions et avantages sociaux de la fonction publique seront dans sa mire lors des négociations à venir.

Tout est en place pour un affrontement entre Ottawa et ses syndicats, qui, confrontés à l’érosion de leur rapport de force se sentent cette fois-ci l’obligation de résister.

LES CHEFS EN 2014

– Stephen Harper

L’année 2014 sera cruciale pour Stephen Harper. Sa crédibilité est ébranlée, entachée par le scandale du Sénat, par ses versions contradictoires et ses demi-réponses depuis des semaines. Le premier ministre devra à tout prix trouver une façon de mettre ce scandale derrière lui, et, surtout, se donner les moyens d’affronter ses conséquences, les potentielles mises en accusation de certains acteurs-clés.

Stephen Harper

Certains pourraient rêver d’un grand moment de vérité et de candeur, où Stephen Harper mettrait cartes sur table. Mais non seulement ce n’est pas dans sa nature, il a de plus attendu si longtemps que les risques pourraient paraître politiquement trop importants. Après tout, les questions sont si nombreuses. D’ailleurs les entrevues de fin d’année qu’il a accordées ne laissaient pas présager de grands aveux à venir. Tout au plus le premier ministre a-t-il concédé que des changements se sont imposés dans l’organisation de son bureau et dans les mécanismes d’imputabilité qui y règnent, sans pour autant donner de détails.

De plus, le retour d’un de ses plus loyaux serviteurs, Dimitri Soudas, au cœur de la machine conservatrice, laisse plutôt présager que le premier ministre s’entoure de sa machine de guerre pour affronter la tempête envers et contre tous.

Mais pour combien de temps? Le premier ministre a beau répéter qu’il a l’intention de mener ses troupes jusqu’en 2015 (le contraire aurait été surprenant), la question de son avenir politique continuera de planer. Comme on dit, le chat est sorti du sac, la question est posée.

À ce chapitre, les relations de Stephen Harper avec son caucus seront déterminantes. Depuis plus d’un an déjà, certaines failles sont apparues. Il y a eu les sorties remarquées de certains députés contre la discipline de parti, le départ fracassant du député d’arrière-ban Brent Rathgeber. Il y a déjà les murmures de mécontentement qui s’amplifient en coulisse. Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que les frustrations éclatent au grand jour. Stephen Harper est confronté aux conséquences de son style de gestion. Lui qui a mené son caucus d’une main de fer n’a pas toujours cultivé l’affection de ses députés. Leur loyauté émanait davantage de son succès politique, et de l’espoir de se voir un jour promu au Conseil des ministres. Une crise prolongée et la crainte d’une élection difficile pourraient facilement ébranler cette loyauté.

– Thomas Mulcair

On parle souvent de la mi-mandat du gouvernement, mais le chef du NPD aussi est en quelque sorte à la mi-mandat.

Depuis qu’il a pris la tête du parti, Thomas Mulcair peut se réjouir d’avoir consolidé une bonne partie de ses appuis. À cet égard, il faut se rappeler à quel point, au lendemain de son élection, plusieurs remettaient en question sa capacité à faire l’unité au sein du NPD. Un an et demi plus tard, il peut se dire que c’est chose faite.

Si le scandale du Sénat a offert à Thomas Mulcair l’occasion de démontrer qu’il est devenu un excellent chef d’opposition à Ottawa, encore faut-il qu’il convainque les Canadiens qu’il est prêt à devenir premier ministre et que son parti est prêt à gouverner.

La route vers 2015 n’allait jamais être facile pour le NPD, mais l’arrivée de Justin Trudeau à la tête du Parti libéral vient sérieusement brouiller les cartes. Amplement sous-estimé par ses adversaires, en quelques mois, il a réussi à gruger des appuis tant à droite qu’à gauche, et à détrôner le NPD en tête des intentions de vote au Québec. À en juger par la dernière campagne de financement des conservateurs : leur adversaire en 2015 est Justin Trudeau, pas Thomas Mulcair.

Le défi est immense pour le chef du NPD, car il doit se battre tant au niveau des idées que des perceptions. Thomas Mulcair doit rallier les électeurs charmés par le charisme de Justin Trudeau et convaincre ceux qui sont rassurés par la détermination et l’approche rationnelle de Stephen Harper. Thomas Mulcair doit éviter de se trouver coincé entre les deux, il doit donner à son parti les moyens de contrer le chant des sirènes dont je vous parlais dans mon blogue la semaine dernière.

– Justin Trudeau

Neuf mois après son élection à la tête du Parti, Justin Trudeau continue de mystifier les sceptiques. Son parti mène toujours dans les intentions de vote, récolte davantage d’argent, et ce, malgré les aveux du chef libéral sur la marijuana, malgré ses absences répétées aux Communes, malgré ses dérapages sur la dictature chinoise.

Combien de temps est-ce que ça va durer? Bien malin celui qui peut le prédire. Cette lune de miel est-elle au bord de l’essoufflement, ou le chef libéral peut-il continuer à surfer sur son charisme?

Justin Trudeau, chef du Parti libéral, lors d'une soirée-bénéfice
Justin Trudeau, chef du Parti libéral, lors d’une soirée-bénéfice

L’année 2014 devrait offrir une réponse à cette question. Justin Trudeau devra bien un jour passer de son rôle de jeune premier à premier ministre en attente s’il veut espérer convaincre les Canadiens de lui donner les clefs du 24 Sussex.

D’ailleurs, le congrès du PLC à la fin du mois de février offrira une occasion en or pour le chef libéral de montrer qu’il a des idées novatrices et modernes, qu’il est capable d’offrir des réponses aux problèmes complexes de cette classe moyenne si courtisée de tous. Justin Trudeau a beau répéter qu’il doit avant tout aller à la rencontre des Canadiens, pour les rassembler, il devra donner une certaine cohérence à son offre politique.

La barre est d’autant plus haute pour lui, qu’ayant résisté aux premières attaques des conservateurs, ayant réussi à s’imposer, ayant grugé dans les appuis de la droite et de la gauche, Justin Trudeau sera la cible de tous cette année. Son jugement, ses idées, son sens politique seront mis à l’épreuve.

Comme le disait si bien mon collègue Michel C. Auger lors de notre bilan de fin d’année aux Coulisses du pouvoir, 2014 sera l’année de tous les dangers pour Justin Trudeau.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Thomas Mulcair et le chant des sirènes

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 publié le 19 décembre 2013 à 7 h 50

Certains diraient que l’année 2013 aura été celle de Thomas Mulcair. Les Canadiens ont certainement découvert en lui un parlementaire redoutable, efficace, un chef d’opposition qui a su mener la charge contre la crédibilité du premier ministre. Pourtant, le NPD sera confronté à un dilemme pour entreprendre l’année 2014 : comment la performance de leur chef peut-elle être si applaudie sans que son parti ne voie ses appuis augmenter auprès de l’électorat?

Une analyse d’Emmanuelle Latraverse

Le constat est universel d’un océan à l’autre. Même au Québec où Thomas Mulcair est le chef fédéraliste le plus apprécié des Québécois, son parti est deuxième dans les intentions de vote, loin encore de son sommet de mai 2011. On observe une dynamique semblable ailleurs au pays. Le NPD ne franchit pas la barre des 30% d’appuis.

Le principal intéressé tente de voir le beau côté des choses :

« Ce qui était notre plafond d’appui est maintenant notre plancher, dit-il. Preuve que notre base se solidifie. »

Malgré cet optimisme, le chef néo-démocrate ne peut ignorer ce qu’il décrit lui-même comme le « chant des sirènes libérales ».

Thomas Mulcair admet non seulement que les Canadiens sont séduits par Justin Trudeau, mais que le NPD doit se battre contre le réflexe de l’électorat de se tourner vers le Parti libéral du Canada comme alternative au gouvernement conservateur.

Plus de deux ans après avoir pris la tête du NPD, Thomas Mulcair n’a finalement pas entièrement résolu le problème existentiel du NPD : se défaire de son image d’opposition exemplaire et convaincre les Canadiens qu’il est apte à gouverner. Et la dernière année n’a pas nécessairement contribué à changer cette perception. En posant 786 questions sur le Sénat et en menant la charge contre la crédibilité du premier ministre Harper, le NPD n’a-t-il pas contribué à ébranler les assises du gouvernement conservateur, tout en laissant Justin Trudeau en récolter les fruits et conserver son image de jeune politicien qui ose « faire la politique autrement »? Thomas Mulcair, lui, rejette cette analyse et plaide que les allégations qui planent sur le bureau du premier ministre sont graves et méritent toute l’attention que son parti leur a donnée.

N’empêche, pour faire bouger l’aiguille de l’opinion publique et convaincre les Canadiens que le NPD est apte à prendre les rênes de l’État, il reste bien du travail à abattre au cours des deux prochaines années. Pour y arriver, Thomas Mulcair se donne comme mission d’offrir aux Canadiens une vision positive de ce que le gouvernement peut accomplir dans la société, de les convaincre qu’il peut offrir des solutions concrètes à des problèmes complexes, que ce soit à propos des pensions, des droits des consommateurs et, surtout, sur le dossier de l’énergie.

C’est un des grands enjeux auxquels est confronté le Canada. Comment réconcilier énergie, environnement et emplois. Tel qu’il l’a exposé dans un récent discours à l’Economic Club, Thomas Mulcair croit pouvoir forcer une discussion portant à la fois sur le potentiel économique et sur l’impact environnemental des nombreux projets de pipelines au pays, essentiels à une diversification des marchés pour le pétrole canadien. Le NPD croit y trouver un thème où il pourra se distinguer et rallier les sceptiques tant du côté environnemental que dans le monde des affaires. Il entend faire valoir que le piètre bilan environnemental du gouvernement Harper l’empêche de bâtir un lien de confiance et d’amorcer une discussion constructive avec l’électorat canadien.

Mais attention, sur ce front, le NPD trace une ligne dans le sable. Peu importe la décision du Conseil national de l’énergie, attendu cet après-midi sur le Northern Gateway, qui acheminerait le brut des sables bitumineux vers Kitimat, sur la côte nord-ouest de la Colombie-Britannique, le NPD s’y opposera farouchement.

« Permettre à des super-pétroliers de naviguer dans le chenal de Douglas, c’est de la folie », affirme Thomas Mulcair.

Le chef néo-démocrate doit donc se battre sur deux fronts : contre la crédibilité et l’assurance de Stephen Harper et contre la popularité et le charisme de Justin Trudeau. Il n’est pas surprenant d’ailleurs qu’on l’entende de plus en plus souvent attaquer le bilan des gouvernements libéraux passés, leurs promesses brisées, tout pour jeter une ombre sur la popularité du jeune chef libéral, qui n’a pas de bilan de son propre cru à offrir.

Est-ce que ce sera suffisant pour contrer le chant des sirènes libérales? L’année 2014 et surtout la performance de Justin Trudeau au cours des prochains mois offriront la réponse. J’y reviendrai d’ailleurs dans une chronique prochaine sur les enjeux à surveiller au cours de la prochaine année.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Mission économique?

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 publié le 18 décembre 2013 à 20 h 43

La première ministre Pauline Marois termine une mission à saveur économique de cinq jours en Europe. Que rapporte-t-elle dans ses valises?

Une seule entente, pour la création d’un comité de travail franco-québécois sur l’électrification des transports…

Les cyniques diront qu’elle n’a pas à craindre de payer un surplus de poids pour ses bagages à l’aéroport.

Ce qui entraîne la question : quelle est la valeur d’une telle mission? La réponse n’est pas évidente. Pour ce qui est des ententes, le bilan est mince :

1- le comité de travail;

2- l’engagement de François Hollande de venir au Québec, si on étire un peu la sauce.

Vu sous cet angle, ça ne valait pas vraiment la peine. Le problème vient peut-être du qualificatif qu’on a collé à la mission. On nous l’a « vendue » comme une mission à saveur économique, pour parler de libre-échange et de politique économique. Mon collègue Simon Durivage a eu une observation pertinente en parlant plutôt de mission « diplomatique ». Coupons la poire en deux et allons-y pour une mission « diplomatique à saveur économique ».

Parce que, si les pesées de l’aéroport Charles-de-Gaulle résisteront facilement au poids des bagages de la première ministre, les entretiens qu’elle a eus, les contacts qu’elle a établis pourraient rapporter à plus long terme.

La politique est avant tout une question d’intérêts, de défense des intérêts des populations qu’on représente. Une fois que les intérêts sont définis, pour les défendre, il faut établir des relations personnelles. La politique est donc aussi beaucoup une affaire de contacts, de relations. C’est toujours utile de savoir que lorsqu’on appelle quelqu’un pour régler un problème, il répondra et agira parce qu’il nous connaît.

Je présume que c’était un des objectifs de Mme Marois en multipliant les rencontres avec des parlementaires français et européens. Elle a réussi à rencontrer le premier ministre et le président français, ce qui n’est pas rien. Elle a aussi obtenu leur appui implicite au projet de charte des valeurs.

Tout cela ne pèse pas lourd dans une valise, mais vaut tout de même son pesant d’or. Un jour, par contre, il faudra qu’il y ait des retombées concrètes et des annonces d’investissements, sinon tous ces efforts auront été vains.

N. B. Le dieu des médias est intervenu une fois de plus dans la cour de l’Élysée à Paris. Le président François Hollande a implicitement donné son appui au projet de charte des valeurs du Québec.

Mme Marois était tout sourire, M. Hollande devenait « François » dans la bouche de la première ministre. Mme Marois avait obtenu ce qu’elle voulait, les journalistes avaient leur histoire…

Merci, dieu des médias…

Catégorie: Québec

Qui peut sauver le Bloc?

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 publié le 16 décembre 2013 à 21 h 12

Le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé, n’avait pas encore démissionné que déjà les éternelles questions sur la pertinence du Bloc et son avenir à Ottawa faisaient à nouveau surface. Il faut dire qu’avec seulement quatre députés aux Communes, le parti n’a plus vraiment de place à l’erreur et le départ de son chef survient à un moment charnière.

Avec l’appui d’un électeur sur cinq, le Bloc ne peut pas rêver balayer le Québec dans deux ans, mais il bénéficie tout de même d’un appui solide auprès d’une certaine base convaincue et dévouée.

Le défi demeure immense.

Si Daniel Paillé a su moderniser, rationaliser, réorganiser le parti pour lui permettre de survivre à l’échec de mai 2011, s’il a su établir un plan pour donner au parti les moyens financiers de se rendre jusqu’en 2015 et de mener une campagne électorale, il n’en reste pas moins que le plus difficile reste à faire.

Le Bloc québécois n’a toujours pas réussi à se tailler une place dans le débat politique à Ottawa.

Est-ce que c’est là la conséquence du choix stratégique de Daniel Paillé de placer la promotion de la souveraineté au coeur de l’action du Bloc, s’éloignant ainsi de la « défense des intérêts du Québec » qui avait marqué les années Duceppe? Toujours est-il que limiter par ses quatre questions par semaine, exclu des comités parlementaires, privé des budgets de recherche dont il disposait dans le passé, le Bloc québécois peine à faire entendre sa voix. C’est là une réalité d’autant plus cruelle que deux ans après avoir pris la tête du parti, Daniel Paillé demeurait un inconnu pour près de la moitié de l’électorat québécois, s’il faut en croire les données d’un récent sondage.

Le Bloc québécois dispose de deux ans pour se doter d’un programme moderne, susceptible de renouveler son discours et de trouver écho auprès de l’électorat québécois, un discours qui lui permette surtout de se tailler une place entre le NPD et le PLC. Mais pour y arriver, il faut un chef capable de s’imposer, de faire sa place entre Justin Trudeau et Thomas Mulcair, un chef capable de transformer un duel pour le vote anti-Harper en une course à trois dans suffisamment de circonscriptions stratégiques pour permettre au parti de faire des gains substantiels.

Le Bloc a-t-il besoin d’un sauveur? Le mot est si chargé en politique, si peu garant de succès, que peu osent le prononcer. Pourtant, bien des ténors concèdent que le parti ne peut se permettre une course prolongée entre des candidats quasi inconnus. Le parti a besoin d’un gros nom capable de rallier les troupes et de leur donner un nouveau souffle, et vite.

Sans surprise, le nom de Gilles Duceppe refait rapidement surface. Parfois, le temps adoucit l’amertume, malgré la colère des lendemains de l’élection de mai 2011, plusieurs aujourd’hui préfèrent blâmer la popularité immense de Jack Layton. Déjà connu et respecté des Québécois, l’ancien chef, croit-on, serait capable de s’imposer. Gilles Duceppe voudrait-il seulement prendre un tel risque? Le principal intéressé refuse pour l’instant d’entretenir toute discussion sur le sujet, mais la pression sera forte au cours des prochaines semaines.

C’est ainsi que deux ans et demi après la défaite, le casse-tête post-2011 demeure entier. Comment donner au Bloc québécois la résonance qu’il avait par le passé au sein de l’électorat sans les ressources, sans le même rôle privilégié sur l’échiquier politique? Le dilemme est existentiel, et la survie du parti dépend d’une solution claire et d’un nouveau chef capable de l’articuler.

Catégorie: Ottawa

Le dieu des médias 2

par

 publié le 16 décembre 2013 à 18 h 30

Ainsi, nous poursuivons notre voyage en Europe. Je vous écris avec un peu de retard, mais ça vaut quand même la peine, je crois.

Vendredi, le dieu des médias a placé en UNE du Figaro un article sur le voile islamique dans les écoles françaises. Ça nous a donné des déclarations bien senties du premier ministre Jean-Marc Ayrault et une satisfaction non dissimulée de Pauline Marois.

Prochain arrêt : Monaco. Dimanche matin, le soleil brille. Après le petit déjeuner, on met le nez dehors. Quel bonheur! 20 degrés au soleil et il n’est que 9 h! Il y a même des baigneurs dans la Méditerranée. Pendant ce temps, la tempête gronde au Québec. Combien de centimètres de neige et de tours de reins déjà?

Au programme, un discours de Mme Marois sur la gouvernance devant l’Institut français des relations internationales, un « think tank » politique.

Bon, la journée s’annonce tranquille…

Pauline Marois livre son discours, des applaudissements polis se font entendre. La période de questions commence. Une première question, une première réponse. Le maître de cérémonie sollicite les questions. Un homme se lève, on croit comprendre qu’il s’appelle « Philippe », le maître de cérémonie l’appelle par son prénom, je crois.

« Philippe » prend son courage à deux mains : « Mme Marois, je vais vous poser une question un peu brutale : Pourquoi voulez-vous détruire le Canada? »

Silence… Malaise? Non, pas vraiment.

Mme Marois qui, de toute évidence, s’attendait à une question du genre, peut être pas aussi directe, répond. Elle ne veut rien détruire, elle veut que le Québec assume ses ambitions (souverainistes). Elle veut un rapport de bon voisinage avec le Canada. On ne sait pas si la réponse a satisfait « Philippe », nous avons dû partir précipitamment, un avion nous attendait.

Mais ce que je sais, c’est que nous avions notre histoire. Le dieu des médias était, une fois de plus, intervenu.

Nous avons pour lui, une dernière supplication. Une autre intervention divine pour l’entretien Marois-Hollande mardi. Mon collègue de La Presse Paul Journet pense que j’ai vexé le dieu des médias en l’évoquant dans le blogue précédent. Ça devait rester un secret. Selon lui, il n’interviendra plus.

Moi, j’ai la foi…

Catégorie: Québec

Le relevé de notes de la classe politique

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 publié le 15 décembre 2013 à 6 h 56

La session (parlementaire) est finie, les députés partis en vacances. L’occasion de distribuer les étoiles et les avertissements en attendant la rentrée prochaine.

Une analyse de Denis Ferland

1. Stephen Harper


Stephen Harper

Meilleur coup : l’entente commerciale et économique avec l’Union européenne.

Épine au pied : la tache d’huile de l’affaire Wright/Duffy dans son entourage immédiat.

Citation de l’automne : « Monsieur le président, M. Wright l’a dit clairement : c’est lui, et lui seul, qui a décidé de rembourser M. Duffy en utilisant ses propres fonds. Il a informé très peu de gens de cette décision. » – Le 24 octobre 2013, à la Chambre des communes

Hanté la nuit par : Mike Duffy et Nigel Wright.

Actif/passif : ténacité, fermeté, persévérance/entêtement, inflexibilité, opiniâtreté.

Sondages, résultat net : entre août et décembre : -2 % (28 %), depuis l’élection de 2011 : -12 %.

Défi pour 2014 : reprendre l’initiative de la « discussion publique », ce qu’il a entrepris l’automne avec un Discours du Trône d’une heure. Vous en souvenez-vous?

Lecture pour les Fêtes : Le Canadien de Montréal, une légende repensée, un livre académique, semblable au sien sur le hockey à Toronto. Une différence entre les deux livres : une des deux équipes gagne.

2. Thomas Mulcair


Thomas Mulcair

Meilleur coup : avoir transformé la période des questions en un « interrogatoire » serré et systématique de Stephen Harper.

Épine au pied : l’absence de retour sur l’investissement dans ces séances où il cloue M. Harper au pilori, la meilleure preuve, les quatre partielles du 25 novembre.

Citation de l’automne : « Le premier ministre souhaite-t-il changer sa version des faits avant que les prochains documents de la GRC ne le contredisent encore une fois? » – Le 28 mai 2013 à la Chambre des communes

Hanté la nuit par : Justin Trudeau.

Actif/passif : Détermination, expérience, répartie/ne pas être Jack Layton.

Sondages, résultat net : entre août et décembre : +1 %, depuis l’élection de 2011 : -7 %.

Défi pour 2014 : redoubler d’efforts pour convertir en résultats sur le terrain le travail parlementaire.

Lecture pour les Fêtes : Le Petit Prince, surtout ne pas confondre avec Le prince de Machiavel.

3. Justin Trudeau

Justin Trudeau (à gauche) et Emmanuel Dubourg
Justin Trudeau (à gauche) et Emmanuel Dubourg

Meilleur coup : avoir choisi de passer beaucoup de temps sur le terrain avec des résultats intéressants lors des quatre partielles du 25 novembre.

Épine au pied : des performances encore assez scolaires en Chambre et en point de presse.

Citation de l’automne : « J’ai un certain niveau d’admiration pour la Chine parce que leur dictature leur permet de faire un virage économique soudain. » – Le 7 novembre 2013

Hanté la nuit par : Mao!

Actif/passif : image, amabilité, spontanéité/image, amabilité, spontanéité.

Sondages, résultat net : entre août et décembre : stable, depuis l’élection de 2011 : +17 %.

Défi pour 2014 : répéter sa performance sur la Charte des valeurs québécoises plus souvent en prenant le leadership fédéral sur de grands enjeux.

Lecture pour les Fêtes : Le prince de Machiavel,  surtout ne pas confondre avec Le Petit Prince.

4. Denis Lebel

Justin Trudeau (à gauche) et Emmanuel Dubourg
Denis Lebel

Meilleur coup : devancement de trois ans de l’échéancier de construction du nouveau pont Champlain.

Épine au pied : le péage sur le futur pont.

Citation de l’automne : « Pas de péage, pas de pont. » – Le 26 novembre 2013, à la Chambre des communes.

Hanté la nuit par : le fantôme de Samuel de Champlain.

Actif/passif : Affabilité, sincérité/radar (flair) politique en développement.

Sondages, résultat net : ne s’applique pas.

Défi pour 2014 : comme capitaine, naviguer dans les rapides qui entourent le pont actuel avec un équipage provincial et municipal qui pourrait se mutiner.

Lecture pour les Fêtes : Entrée principale, biographie-entretien de l’architecte Roger Taillibert. Le Danois Paul Ove Jensen n’a pas encore publié la sienne.

5. Jason Kenney

Justin Trudeau (à gauche) et Emmanuel Dubourg
Jason Kenney

Meilleur coup : avoir dénoncé Rob Ford en réclamant son départ, tout en n’associant pas le maire de Toronto et Justin Trudeau, contrairement au reste du gouvernement Harper.

Épine au pied : deux dossiers impopulaires dans sa cour. Le premier auprès des gens : la réforme de l’assurance-emploi. L’autre auprès des provinces : la future subvention canadienne à l’emploi.

Citation de l’automne : « Je pense que M. Ford a déshonoré le service public, la mairie et sa ville. » – Le 19 novembre 2013, à la Chambre des communes

Hanté la nuit par : Henry Morgentaler.

Actif/passif : les meilleures qualités de communicateur dans les deux langues du cabinet/des convictions religieuses profondes qui le placent aux côtés d’alliés politiques qui ne font pas l’unanimité.

Sondages, résultat net : ne s’applique pas.

Défi pour 2014 : continuer à refouler ses élans d’ambition de chef de parti.

Lecture pour les Fêtes : Juggernaut, sur la machine et le travail en coulisse de Paul Martin pour tasser Jean Chrétien, ce qu’il ne faut pas faire.

Catégorie: Ottawa

Le dieu des médias

par

 publié le 15 décembre 2013 à 6 h 45

Note : Ce texte aurait dû être en ligne samedi matin, mais des problèmes techniques ont retardé sa publication.

Dans la vie d’un journaliste parlementaire, les voyages à l’étranger avec la première ministre sont très courus. Tout le monde veut y aller. Nous sommes privilégiés, je vous écris ce matin en longeant les rives de la Seine à Paris. Avouez qu’il y a pire! Bon, je vous épargne la nuit blanche dans l’avion et la journée de 17 heures de travail, personne ne se plaint ici.

La perspective de partir cinq jours avec Pauline Marois souriait donc à la demi-douzaine de journalistes/caméramans qui ont pris l’avion jeudi. Mais au fil des conversations, une angoisse nous hante. De quoi va-t-on parler? Vous devez savoir que le syndrome de la page blanche crée des ulcères à la faune journalistique.

Au menu : entretiens avec le premier ministre français Jean-Marc Ayrault, avec le ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, un discours sur la gouvernance, une table ronde sur le libre échange, d’autres entretiens avec des politiciens et une rencontre avec le président français François Hollande. Tout ça est très intéressant, les gens que Mme Marois rencontre ne sont pas les derniers venus, il faut se lever tôt pour être à la hauteur des conversations.

Mais où est la nouvelle? Que va-t-on rapporter? Mystère, angoisse, incertitude. Jusqu’à ce qu’un abonné Twitter nous signale la page couverture du Figaro de samedi! En une, un titre-choc : « Intégration, le rapport qui veut autoriser le voile à l’école ». Alléluia! Un rapport remis au premier ministre Ayrault s’interroge sur les effets négatifs de l’interdiction du voile islamique à l’école. Laïcité quand tu nous tiens! Le dîner de travail à saveur économique de Mme Marois avec M. Ayrault se conclut par un dessert bien sucré pour les journalistes.

M. Ayrault déclare qu’il n’est pas question de permettre le voile dans les écoles. Il traite son adversaire Jean-François Copé de menteur et d’irresponsable. Mme Marois laisse entendre que le Québec a beaucoup à apprendre de l’expérience française. Quand M. Ayrault évoque le « vivre ensemble avec des règles claires », Mme Marois dit que « c’est de la musique à mes oreilles ».

Bye bye angoisse, inquiétude et incertitude. Bienvenue reportage comme on les aime. Le Dieu des médias est bon, il veille sur nous.

Samedi matin, après une nuit de sommeil réparateur, angoisse et incertitude reviennent. Une seule rencontre au programme, avec le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius.

Dieu des médias, es-tu là?

Catégorie: Québec

Régimes de retraite : ce qu’on n’ose pas dire

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 publié le 13 décembre 2013 à 16 h 58

Voici quelques données intéressantes sur les régimes de retraite des secteurs public et parapublic.

1- Les déficits actuariels des régimes de retraite des municipalités (4,2 milliards de dollars) et des universités (800 millions de dollars) sont peu élevés si on les compare à ceux des employés du secteur public et parapublic du gouvernement du Québec (28 milliards de dollars).

2- Ce « passif net » de 28 milliards de dollars est inscrit dans la dette brute du Québec.

3- Outre les contributions normales de l’État comme employeur (1,9 milliard de dollars en 2012-2013), Québec devra verser environ 1 milliard de dollars supplémentaires cette année, et les années subséquentes (au minimum), pour faire face à ses obligations. Cela est tiré à même les taxes et impôts versés par les contribuables.

4- La ministre du Travail Agnès Maltais a indiqué qu’elle n’entendait pas agir à l’égard de régimes de retraite des employés de l’État, car ils ne sont pas « menacés ».

5- Presque tous les employés de l’État (97 %) paient 50 % des coûts de leur régime de retraite, sauf les agents des services correctionnels, les policiers de la Sûreté du Québec et les juges.

6- Les agents correctionnels paient 46 % de leur régime. Avant 2001, les régimes de retraite des juges étaient payés à 100 % par Québec. Actuellement, les régimes de retraite des policiers et des juges sont si complexes que Québec se dit incapable de préciser le partage des coûts. Il est évident que l’État paie bien au-delà de la moitié des régimes de retraite de ces deux corps d’emploi.

7- Les régimes de retraite des secteurs public et parapublic du Québec comptent 578 000 cotisants et 327 000 retraités. Ces chiffres donnent la mesure de l’importance de l’État au sein de la société québécoise.

8- Le ministre québécois des Finances, Nicolas Marceau, participera lundi au lac Meech à une rencontre avec ses homologues des provinces et du fédéral au cours de laquelle il sera question d’une amélioration possible des régimes publics de retraite, soit le Régime de rentes du Québec (RRQ) et le Régime de pensions du Canada (RPC). Depuis l’élection du Parti québécois, Québec se montre désormais favorable à une bonification du RRQ, mais celle-ci devra être « modeste, graduelle et pleinement capitalisée », pour reprendre les propos de l’attachée de presse du ministre Marceau. Cela correspond assurément au mandat confié à M. Marceau par le Conseil des ministres.

9- Québec ira de l’avant avec cette bonification du RRQ seulement si les provinces ET Ottawa s’entendent pour bonifier aussi le RPC. Pour un gouvernement souverainiste qui prône une gouvernance souverainiste, c’est une position surprenante. L’argument est un argument de compétitivité entre les entreprises québécoises et celles du reste du Canada. Néanmoins, Québec laisse entre les mains d’Ottawa le sort des Québécois les plus pauvres.

10- Le gouvernement conservateur à Ottawa ne semble pas disposé à bonifier le RPC à court ou à moyen terme, comme l’explique mon collègue Denis Ferland dans un récent blogue.

Catégorie: Québec

Un répit pour Stephen Harper?

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 publié le 13 décembre 2013 à 16 h 20

Le premier ministre Harper est rentré d’Afrique du Sud dans une capitale quasiment déserte. Pendant son absence, les Communes ont ajourné leurs travaux, et le Sénat a fait de même. Il ne reste que les sénateurs conservateurs réunis pour trouver des façons de faire renaître l’institution du scandale des dépenses excessives dans lequel le bureau du premier ministre, par ses propres calculs et machinations, l’a plongé.

Il a maintenant 45 jours avant que la session ne reprenne. Des jours où il n’aura pas à se pointer pour gérer les mauvaises nouvelles, comme dans le cas de Postes Canada cette semaine, et où il pourra distiller les bonnes intentions du gouvernement sans filtre, comme c’est le cas aujourd’hui pour la nouvelle désignation du brut transporté par train comme matière hautement dangereuse.

Le gouvernement Harper ne dit pas que l’automne a été mauvais pour lui. Il dit que l’opposition s’est accrochée à cette affaire des dépenses excessives de trois sénateurs nommés par Stephen Harper parce qu’elle ne peut lui faire aucun reproche sur sa conduite des affaires économiques du pays, y compris l’accord de libre-échange avec l’Union européenne, dont on n’a pas encore vu tous les documents, en passant.

Comment le premier ministre et le personnel de son bureau sont-ils devenus les artisans de leur propre malheur?

En s’enfermant dans une version où il déplorait le départ de son chef de cabinet, Nigel Wright (qui, au demeurant, avait agi seul selon lui, quand il avait décidé de faire un chèque de 90 000 $ au sénateur Mike Duffy), le premier ministre Harper s’est attiré les doutes et les questions de ses détracteurs quand il a ensuite affirmé avoir mis Nigel Wright à la porte. Et qui plus est, il est vite devenu clair que plusieurs personnes étaient au courant du chèque personnel de 90 000 $ de Nigel Wright, que ce dernier n’avait pas agi seul.

Ma citation de l’année (de l’automne en fait) appartient à Mike Duffy :

« One cheque from Nigel Wright? No, ladies and gentlemen, there were two cheques, at least two cheques. »

Mike Duffy n’a pas reçu seulement le chèque de Nigel Wright, a-t-il révélé dans un récit fascinant des événements au Sénat. Il y a eu au moins deux chèques. On a appris en effet que le Parti conservateur avait remboursé ses frais d’avocat. Ça me fait dire que non seulement l’automne a été dur au Parlement pour M. Harper, mais aussi pour les militants de son parti.

Mike Duffy ne serait peut-être jamais allé si loin dans ses révélations si les conservateurs n’avaient pas entrepris de les suspendre, lui, Patrick Brazeau et Pamela Wallin, sans salaire. Encore là, les conservateurs récoltent ce qu’ils sèment. Mais le premier ministre a décidé qu’il était plus important de pouvoir dire qu’ils ne sont plus sur la feuille de paie du gouvernement. On verra si les 45 jours suffiront à calmer la tempête.

Le sénateur Irving Gerstein, le grand patron du Fonds conservateur, celui-là même qui a remboursé les frais d’avocat en question, est toujours dans la ligne de mire des libéraux. Ces derniers demandent à tout le moins à la commissaire à l’éthique de déterminer s’il a commis une infraction en appelant un de ses amis, Michael Runia, partenaire à Deloitte, à propos de la vérification que la firme faisait des dépenses du sénateur Duffy. L’année 2014 va-t-elle commencer avec un départ du sénateur Gerstein du caucus conservateur?

Le premier ministre Harper va faire un voyage en Israël en janvier, avant la reprise des travaux. Quelle petite prière sur un bout de papier glissera-t-il dans le mur des Lamentations?

Catégorie: Ottawa

L’économie, c’est de la politique

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 publié le 10 décembre 2013 à 16 h 15

Depuis la mi-septembre, à toutes les périodes des questions (sauf deux ou trois peut-être), le libéral Jean-Marc Fournier a engagé les échanges sur une question économique et, surtout, macro-économique. Ces échanges ont eu assez peu d’échos dans les médias, mais jamais la stratégie n’a changé.

Les libéraux voulaient ainsi parvenir à dépeindre le gouvernement Marois comme incapable de faire face aux défis économiques du Québec. En fait, l’objectif était de tenter de faire la démonstration que les péquistes sont nuls en matière d’économie et de finances publiques.

Parce que, oui, l’économie, c’est de la politique.

Prenons, en guise d’exemple, la loi sur les mines. C’est un secteur économique important pour le Québec. Y a-t-il eu, depuis quatre ans, assez de politique sur la question des mines? Les redevances, la transformation, la restauration, le Plan Nord…

Lorsqu’il a présenté sa mise à jour financière et économique, le ministre des Finances Nicolas Marceau a rappelé que, s’il l’avait voulu à tout prix, il aurait pu équilibrer le budget pour l’année en cours. Mais, avec les revenus de l’État qui n’étaient pas au rendez-vous, le ministre estimait que l’impact d’une réduction des dépenses de 2,5 milliards de dollars aurait représenté un prix politique trop élevé.

 Petite parenthèse : s’il y a un chiffre qui explique le déficit pour l’année en cours, c’est 5,2 %, soit la croissance prévue des revenus autonomes en 2013-2014. En réalité, Québec a engrangé la moitié des revenus prévus. De toute évidence, cette augmentation de 5,2 % était totalement irréaliste. À preuve, malgré des niveaux de croissance économique beaucoup plus élevés pour les années à venir, jamais le ministère de Finances ne prévoit une augmentation aussi importante des revenus.

Il y a d’autres dossiers où les questions économiques passent par la moulinette politique.

La rente longévité du rapport D’Amours est morte avant même d’avoir vécue. Car, pour financer cette rente, il aurait fallu imposer ce qui aurait été perçu comme une taxe supplémentaire.

D’autant que l’assurance autonomie du ministre de la Santé Réjean Hébert, un projet prioritaire de l’équipe Marois, pourrait être accompagnée d’une contribution qui serait également perçue comme une nouvelle taxe.

Une éventuelle bonification du Régime des rentes du Québec pourrait bien connaître le même sort, car elle serait nécessairement assortie d’une hausse des cotisations, ce que le gouvernement minoritaire de Pauline Marois tentera assurément d’éviter.

Même un gouvernement majoritaire y regardera à deux fois avant d’ajouter ainsi au fardeau des contribuables, peu importe qu’il s’agisse d’une taxe, d’une contribution ou d’une cotisation.

Bien sûr, tout cela n’est pas de très bon augure pour un gouvernement qui offre des services à une population vieillissante. Néanmoins, les options sont connues : réduire les dépenses, augmenter la dette, augmenter les tarifs, les taxes et les impôts, ou encore un peu de tout ça à la fois. Pour chacune de ces avenues, il y a des contraintes et aussi un prix politique.

Il sera particulièrement intéressant de voir quelles seront les formations politiques qui oseront expliquer véritablement leurs intentions aux Québécois.

Très bientôt, elles pourraient avoir l’occasion de le faire.

Et, alors, on verra bien si les Québécois ont envie d’entendre parler de ces questions difficiles.

Catégorie: Québec