Billets publiés en novembre 2013

La politique derrière les chiffres

par

 publié le 28 novembre 2013 à 17 h 44

Un budget ou une mise à jour économique représente un tsunami de chiffres. Lesquels sont importants? Lesquels le sont moins? Le ministre des Finances utilise-t-il les bons chiffres? Utilise-t-il seulement ceux qui font son affaire?

Je dois vous avouer : ces journées de budget ou de mise à jour économique me donnent mal à la tête. Il est toujours difficile de déterminer si le gouvernement fait les bons choix ou non.

Voici tout de même quelques certitudes :

– le budget actuel, celui de 2013-2014, ne sera pas équilibré, contrairement à ce que M. Marceau nous avait dit (le déficit prévu est de 2,5 milliards de dollars);

– le prochain budget, celui de 2014-2015, ne sera pas équilibré non plus, contrairement à ce que M. Marceau nous avait dit (le déficit prévu tournera autour de 1,75 milliard de dollars).

Une autre certitude, politique, celle-là, se dessine. Si les « bottines des partis d’opposition suivent leurs babines », le gouvernement ne survivra pas au prochain budget.

La CAQ est claire : pas de budget 2014-2015 équilibré, pas d’appui.

Le PLQ est de plus en plus clair : il sera très difficile de maintenir notre confiance envers le gouvernement avec les chiffres qui sont présentés aujourd’hui, dit-on.

Reste l’entourloupette parlementaire où un parti présente un nombre insuffisant de députés lors du vote sur le budget. Le gouvernement survit, mais il pourrait y avoir un prix politique à payer pour cette abstention.

Peu importe, soyez assurés que dès janvier, l’atmosphère préélectorale qui a marqué l’automne reprendra.

Il faudra que tout le monde se repose bien pendant les Fêtes…

Catégorie: Québec

Les retraites, nouvel avertissement

par

 publié le 28 novembre 2013 à 8 h 52

Un rapport de l’OCDE passé presque inaperçu mercredi, sauf les mentions qu’en ont faites mes collègues de l’économie, contenait un message digne d’intérêt pour les futurs retraités et nos décideurs politiques. Les retraités canadiens dépendent déjà moins des régimes publics et davantage de sources personnelles de revenus pour assurer leurs vieux jours. Nos personnes âgées ont également de plus en plus tendance à se rapprocher du seuil de pauvreté, même s’ils s’en tirent encore mieux que ceux des autres pays industrialisés. Bref, il faut penser à long terme dans ce domaine et, quel hasard, les ministres des Finances du pays doivent se rencontrer avant les Fêtes. Les provinces ont déjà eu des discussions sur le Régime de pensions du Canada cet automne. Leur vis-à-vis fédéral sera mis au parfum sur tout ça.

Jim Flaherty semble conscient de la nécessité de mettre à jour le Régime de pensions du Canada pour permettre aux futurs retraités de maintenir un niveau de vie décent, mais il estime que les ajustements peuvent attendre. Il disait concevoir, au début du mois à Toronto, qu’il soit dans l’intérêt à long terme des Canadiens de bonifier le RPC. Pour lui, les contributions nécessaires de la part des employés et des employeurs sont des taxes à l’embauche qu’on ne peut pas se permettre en ce moment.

Durant leurs rencontres des trois derniers mois, les provinces ont envisagé des façons de prévoir un mécanisme d’ajustement au plus tôt, de façon à pouvoir mettre le tout en branle dès que les conditions économiques le permettront. Il convient de rappeler que ce sont des réticences provinciales qui, il y a trois ans, avaient freiné M. Flaherty. Ce dernier avait alors décidé de se concentrer sur les nouveaux régimes de pension agréés collectifs, qui offrent une autre option aux épargnants.

Quelques détails maintenant sur les conclusions de l’OCDE, qui militent en faveur d’une réflexion plus tôt que tard, et qui proposent surtout d’aller plus loin que le simple, pour ne pas dire simpliste, passage de 65 à 67 ans de l’âge d’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse. Le rapport Panorama des pensions 2013 montre que trois fois plus de retraités américains que canadiens vivent sous le seuil de pauvreté. Cependant, le nombre de retraités pauvres est à la baisse dans la plupart des pays de l’OCDE, alors qu’il s’est accru au Canada au cours des cinq dernières années. Ainsi, au pays, plus de 120 000 retraités additionnels ont joint ce groupe.

Le gouvernement Harper se targue de maintenir les transferts aux particuliers, malgré les compressions actuelles. Ça inclut évidemment le RPC, la Sécurité de la vieillesse et le Supplément de revenu garanti. Autre hic, ces prestations comptent pour 39 % du revenu des retraités au Canada, contre 59 % en moyenne dans les 34 pays de l’OCDE. Vous aurez compris qu’à l’inverse, les régimes non gouvernementaux (REER, régimes d’employeurs, etc.) occupent une plus grande part ici, soit 42 % des revenus contre une moyenne de 18 % pour l’ensemble. Compte tenu du fait qu’on est dans une grande remise en question des fameux régimes à prestations déterminées, cette portion de l’équation sera mise à mal au cours des prochaines années.

De la matière à réflexion, à prévision, à planification sinon à action pour le ministre Flaherty et ses homologues provinciaux lors de leur rencontre prochaine. Et je ne vous parle même pas des problèmes de capitalisation des régimes de retraite ces temps-ci!

Catégorie: Ottawa

Neige = indiscipline?

par

 publié le 27 novembre 2013 à 9 h 26

Rappelez-vous quand vous étiez écolier. Quand la première neige tombait, on lâchait notre fou. On faisait des bonshommes de neige, on se lançait des « mottes » de neige, on glissait, on s’amusait!

Que se passe-t-il à l’Assemblée nationale quand il neige? Nos députés se comportent presque comme des écoliers.

Bon, je vous entends, ce n’est pas JUSTE quand il neige qu’ils sont comme des écoliers! D’accord.

En tout cas, selon l’hypothèse du président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, la neige excite beaucoup nos élus. C’est l’excuse qu’il a trouvée pour justifier les nombreuses fois où Pauline Marois a été interrompue mardi par des commentaires de députés libéraux.

Je vous laisse regarder un extrait tout en soumettant respectueusement au président Chagnon qu’il n’est tombé que 5 cm de neige mardi à Québec et qu’on en attendait 15 de plus d’ici mercredi!

Je n’ose pas imaginer à quoi ça va ressembler mercredi!

Catégorie: Québec

Quelques leçons des partielles de lundi

par

 publié le 26 novembre 2013 à 5 h 28

Les élections partielles ont ceci de particulier que parfois elles permettent d’établir une tendance. Mais en même temps, il faut s’en méfier pour une foule de raisons. Elles sont souvent décidées par des enjeux locaux, les partis ont le luxe d’investir de manière disproportionnée leurs efforts dans la ou les quelques courses qu’ils espèrent gagner. Et le taux de participation est généralement particulièrement bas.

Un texte d’Emmanuelle Latraverse

Les quatre partielles de lundi n’échappent pas à cette mise en garde, mais elles permettent cependant de tirer certaines leçons. Pour les mordus de politiques, le plus intéressant c’est que si le portrait général n’a pas changé. Si aucune circonscription n’a changé de main, la vraie histoire de cette soirée se trouve dans l’analyse détaillée des résultats, le mouvement de l’électorat qu’il révèle.

D’ailleurs, Paul Fairie, professeur de sciences politiques de l’Université de Calgary, offre un bilan qui en dit long.

partielles pourcentages

Un gagnant?

S’il faut déclarer un gagnant, ce serait Justin Trudeau. Non pas tant pour ses deux victoires dans Bourassa et Toronto-Centre, mais surtout pour le reste du portrait global que l’on peut dresser des quatre courses. Le chef libéral est le seul à avoir vu ses appuis augmenter de façon importante dans les quatre circonscriptions. Le Parti libéral a ainsi remporté au total 42 % de l’ensemble des votes lundi soir, par rapport à 25,5 % dans les mêmes circonscriptions en 2011. C’est ainsi que dans Bourassa et Toronto-Centre, le PLC a réussi à augmenter sa marge de victoire par rapport aux résultats de 2011. Surtout, la défaite a beau être crève-cœur dans Brandon-Souris, le seul fait d’avoir réussi à s’imposer dans une circonscription où il était arrivé quatrième en 2011 est remarquable.

Dures leçons pour le NPD

Les stratèges néo-démocrates avaient bien modéré les attentes à la veille du vote, et indiqué qu’une victoire serait très difficile. Mais les résultats de lundi sont plus décevants qu’une simple défaite. Dans Bourassa, le NPD avait en Stéphane Moraille une candidate de qualité, avocate, ancienne chanteuse de Bran Van 3000, et elle aurait dû faire des gains majeurs dans cette circonscription, au moins mettre de la pression sur le libéral Emmanuel Dubourg. Or, avec 31,4 % des voix, elle n’a guère fait mieux que l’illustre inconnue que les troupes de Jack Layton avaient opposée à Denis Coderre en 2011.

Le NPD vous dira que leur candidate Linda McQuaig a « préparé le terrain » pour 2015 dans la circonscription de Toronto-Centre en menant une chaude lutte à la libérale Chrystia Freeland. Vrai, le NPD a fait passer ses appuis de 30,2 à 36 % des voix. Sauf que l’avance des libéraux s’est creusée, et ils ont gagné avec 49,1 % des votes. Ce qu’il y a de plus remarquable dans cette circonscription, qui connaît un important clivage socioéconomique, c’est l’effondrement du vote conservateur qui est passé de 22,6 % en 2001 à 9,2 % lundi soir

Le portrait au Manitoba n’ouvre pas une voie facile vers les prochaines élections non plus. Tant dans Brandon-Souris que dans Provencher, où il était arrivé deuxième en 2001, le NPD a fait les frais de l’effet Trudeau et a terminé troisième.

Il est vrai qu’aucune des quatre courses n’offrait de gain facile pour les troupes de Thomas Mulcair. Mais un chef qui dit être en mesure de faire des gains importants en 2015 pour prendre le pouvoir devrait voir au moins ses appuis augmenter. Or, les partielles de lundi ont montré que malgré sa brillante performance aux Communes dans le scandale du Sénat, face à un premier ministre Harper affaibli, Thomas Mulcair ne réussit guère à faire mieux que Jack Layton.

L’échappée belle

Pour les conservateurs, on a entendu le soupir de soulagement dans Brandon-Souris jusqu’à Ottawa, un peu avant une heure du matin. Si une défaite aux mains des libéraux y aurait été désastreuse, une victoire par 391 voix face à un Parti libéral qui n’était même pas dans la course en 2011 n’est guère reluisante.

Le parti conservateur de Stephen Harper a surtout vu ses appuis fondre de près de 10 % par rapport aux résultats de 2011. Tout un avertissement de l’électorat pour un premier ministre empêtré dans un scandale qui ébranle sa crédibilité et l’éthique de son équipe de semaine en semaine.

Catégorie: Élections fédérales, Élections partielles, Ottawa

À la rescousse de Stephen Harper

par

 publié le 25 novembre 2013 à 10 h 11

Un nouveau visage s’impose sur la colline du Parlement depuis mercredi dernier, le directeur des communications du premier ministre Harper, Jason MacDonald. En fait, M. MacDonald joue carrément le rôle de porte-parole de M. Harper, fournissant entrevue après entrevue et alimentant les journalistes en précisions sur ce que M. Harper savait sur l’affaire Wright/Duffy. En fait, plus que cela, dans certains cas, il se chargeait d’interpréter les propos de son patron pour les clarifier.

« Scrum » donc, mercredi, après la période des questions à la suite d’un autre interrogatoire serré de Thomas Mulcair, mais surtout après la publication du plus récent document de la GRC. Courriels de précisions et d’explications jeudi et vendredi après des réponses plus ou moins claires de M. Harper lors de points de presse à Lac-Mégantic et à Winnipeg.

Et, en fin de semaine,  des sorties exceptionnelles à des émissions politiques de CBC, Global et CTV. Mais M. Harper continue de commencer la plupart de ses réponses par un « J’ai toujours été clair »…

Jason M

Va pour le caractère particulier et exceptionnel des interventions de M. MacDonald. Son patron n’a pas été assez clair, ou convaincant, on décide de marteler le message. Le document de la GRC indique qu’il n’y a pas de preuve que le premier ministre a été impliqué dans l’entente en négociation, puis dans celle finalement conclue, pour permettre à Mike Duffy de rembourser le Sénat.

Comment expliquer les courriels de Nigel Wright qui dit le 22 février aux personnes impliquées dans la discussion avec le clan Duffy sur le remboursement, le camouflage et le futur rapport du vérificateur indépendant qu’il veut « parler au premier ministre avant que le tout soit considéré comme final »? Une heure plus tard, il revient : « On peut y aller du côté du premier ministre… » On parle ici d’une entente en cinq points très explicite, M. Duffy rembourse le Sénat, le Parti conservateur le compense, rembourse ses frais d’avocats en plus, on manipule ensuite le rapport du Comité de régie interne du Sénat et les travaux du vérificateur Deloitte.

Jason MacDonald a indiqué qu’on n’avait pas présenté au premier ministre « les faits tels qu’on les connaît maintenant ». Un mois plus tard, même scénario. Dans une note de service au premier ministre, Nigel Wright a fourni des informations inexactes, trompeuses en fait, à son patron. Il y mentionnait que Mike Duffy s’apprêtait à rembourser le Sénat, mais sans préciser comment, notamment qu’il avait déjà à ce moment-là décidé de faire le chèque de 90 000 $.

Donc, portrait sommaire de ce que M. MacDonald a livré sans relâche comme message depuis la publication de la déclaration sous serment de l’enquêteur Horton de la GRC. Au fil des trois mois de discussions et de tractations documentées entre pas moins de sept personnes de son bureau et de quatre autres du côté conservateur du Sénat, dont une membre de son cabinet, 11 personnes de l’entourage de M. Harper suivaient les développements pendant que le grand patron ignorait tout de ce qui se tramait et de la conclusion de l’affaire. Bel et fort commode exemple de « lâcher prise » de la part d’un premier ministre à qui on reproche souvent, il est vrai, de ne pas déléguer assez et de faire de la microgestion.

Catégorie: Ottawa

GRC : Wright et Duffy seuls dans la ligne de mire?

par

 publié le 22 novembre 2013 à 21 h 21

La divulgation des allégations et des soupçons de la GRC dans un document visant à appuyer l’obtention de documents bancaires et de centaines de courriels des bureaux de trois sénateurs conservateurs a exposé pour la première fois, et de la manière la plus complète jusqu’à maintenant, les tractations qui ont mené à ce fameux chèque de 90 000 $ de Nigel Wright à Mike Duffy pour couvrir son remboursement de dépenses injustifiées.

On parle non seulement d’allégations, mais aussi d’échanges de courriels fort révélateurs, dans le feu de l’action. La période couverte va au-delà de la remise du chèque, elle se prolonge jusqu’à la mise au jour du stratagème et à la démission de Nigel Wright en passant par la gestion de cette dernière crise par les gens du Bureau du premier ministre (BPM).

Depuis la publication du document, le premier ministre concentre ses répliques sur deux éléments reliés entre eux, à savoir que les violations présumées du Code criminel ne touchent que MM. Duffy et Wright et que M. Wright a indiqué aux enquêteurs que M. Harper n’était pas au courant de l’entente sur le chèque de 90 000 $. Dans les deux cas, M. Harper a raison, techniquement du moins. Quand on lit les 80 pages en question, on peut cependant conclure que rien de tout cela ne prétend être complet et définitif. C’est surtout vrai en ce qui a trait aux gens visés par des enquêtes criminelles.

Plusieurs spécialistes consultés soulignent que le document touche le principal geste potentiellement criminel dans l’affaire Wright/Duffy, le chèque de 90 000 $, mais que rien n’empêche le caporal Horton et ses collègues de mener parallèlement des enquêtes sur d’autres faits, d’autres individus. Le cas échéant, des demandes de production de documents pour obtenir des preuves semblables à celles de cette semaine pourraient bien suivre.

Sur le plan criminel, des gens proches du premier ministre, des sénateurs et des membres de leur personnel ont travaillé en coulisse pour tirer Mike Duffy du pétrin en finançant son remboursement à même les fonds du Parti conservateur. Il a été question d’influencer un rapport de vérification indépendante ainsi que de diluer les conclusions trop dures d’un rapport de comité du Sénat sur les dépenses réclamées en trop par M. Duffy. Le caporal Horton pourrait donc, non seulement ajouter des personnes, mais aussi des délits aux enquêtes en cours. Complot et entrave à la justice sont mentionnés dans les conversations de certains experts consultés. L’un d’eux a fait le tour de la question avec une collègue de CBC, si vous voulez en savoir plus long.

Dans le cas des avocats qui ont participé aux échanges de courriels, de propositions et contre-propositions avec Duffy et au plan qui a abouti au chèque de Nigel Wright, leurs ordres professionnels respectifs pourraient aussi s’intéresser à leur cas.

La suspension des trois sénateurs avait mis un terme aux démarches qui pouvaient être entreprises au Parlement dans le dossier des dépenses des sénateurs. C’est du côté de la GRC qu’il faut maintenant se tourner pour les développements à venir. Les enquêteurs se penchent aussi sur les cas Wallin, Brazeau et Harb.

Catégorie: Ottawa

Affaire de chefs

par

 publié le 22 novembre 2013 à 17 h 09

Pauline Marois

La première ministre n’est plus tout à fait la même à l’Assemblée nationale. Depuis la reprise des travaux en septembre, elle se montre beaucoup plus habile et plus à l’aise pendant la période des questions. Pauline Marois mesure mieux les ingrédients qui sont nécessaires pour répondre de façon « efficace » dans cette enceinte. Une dose d’attaques, quelques éléments de réponse, souvent suivis d’une question pour souligner les contradictions de ses adversaires politiques.

Elle se montre beaucoup plus prudente avec la presse parlementaire, qu’elle tend à éviter, car elle tombe plus souvent dans ses pièges. La raison paraît fort simple. Mme Marois établit aisément les libéraux et François Legault comme des adversaires politiques, mais pas peut-être pas les journalistes, qui étaient moins exigeants avec une chef de l’opposition qu’avec une première ministre.

Il y a une chose qui n’a pas changé : Pauline Marois demeure une femme animée de principes qui, en revanche, défend très peu d’idées qui lui sont propres.

Cette femme, que plusieurs membres de son caucus actuel ont voulu dépouiller de son titre de chef du Parti québécois, est parvenue à assurer une cohésion assez exemplaire au sein de son gouvernement.

Philippe Couillard

Depuis deux semaines, le chef libéral a fait face à deux crises, l’une sur la charte des valeurs et le tchador, avec Fatima Houda-Pepin, et l’autre sur l’atteinte du déficit zéro. L’exercice a été laborieux dans les deux cas et a fait douter du flair et des réflexes politiques de Philippe Couillard.

Les circonvolutions sur le déficit zéro ont rappelé que Philippe Couillard avait encore beaucoup à apprendre sur la façon de présenter adéquatement sa vision économique.

Dans le cas de la charte des valeurs, c’est bien plus embêtant. Jusqu’à nouvel ordre, le PLQ n’a pas de position claire dans ce dossier. Qui plus est, Philippe Couillard a semé le doute parmi ceux qui adhéraient à la vision simple et claire qu’il défendait. Vers qui se tourneront ceux qui refusent toute interdiction des symboles religieux dans le secteur public?  Et ces « antichartes des valeurs » semblent faire partie de la clientèle électorale naturelle du Parti libéral.

Le PLQ attirera peut-être de nouveaux électeurs avec la proposition d’interdire les signes religieux aux policiers, juges et gardiens de prison, bien que ce ne soit pas évident.

Cela dit, huit mois après son élection à la direction du Parti libéral, Philippe Couillard est bien en selle, avec une persistante première place dans les intentions de vote et, donc, assez populaire auprès de l’électorat francophone.

François Legault

Le chef de la Coalition avenir Québec n’a pas ménagé ses efforts pour s’attirer l’intérêt du public, notamment avec la publication de son livre Le projet Saint-Laurent. Ce genre d’ouvrage ne peut pas avoir un effet direct et immédiat sur les intentions de vote. Il s’agit plutôt d’un outil pour donner de la crédibilité et de la substance au chef et à sa formation politique. Les deux en ont bien besoin, car la démarche de François Legault est tout de même assez présomptueuse.

Il refuse les étiquettes de gauche ou de droite, et il se dérobe sur la question nationale, en refusant de s’afficher fédéraliste ou souverainiste. Il veut réduire la taille de l’État dans certains secteurs or, « le projet Saint-Laurent » exige une intervention assez importante de l’État.

Dans ce contexte, il n’est pas facile pour les électeurs de s’identifier à la Coalition avenir Québec, d’autant que l’effet de nouveauté s’est maintenant dissipé.

Plus que jamais, la Coalition avenir Québec est incarnée par François Legault, surtout avec le départ annoncé de Jacques Duchesneau. Et puisque le charisme de François Legault n’a pas encore fait ses preuves, le prochain scrutin, s’il survient bientôt, pourrait se révéler très ardu.

Françoise David

La porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a su attirer l’intérêt et la sympathie des électeurs. Ça a été le cas lors du débat des chefs, et cette sympathie ne s’est pas démentie depuis son arrivée à l’Assemblée nationale. Néanmoins, Mme David n’a pas encore trouvé ses marques au Salon bleu, et son collègue Amir Khadir s’efface chaque jour de plus en plus.

Le véritable défi, c’est de gagner l’adhésion des électeurs aux politiques de Québec solidaire et, à cet égard, on paraît loin du compte. Le dossier de la charte des valeurs ne facilite pas les choses. Et l’arrivée d’un nouveau porte-parole, Andrés Fontecilla, ne semble avoir eu aucun effet tangible dans la population.

Catégorie: Québec

La grande réconciliation

par

 publié le 19 novembre 2013 à 19 h 08

De nos jours, l’image représente beaucoup en politique. Ce n’est pas pour rien que le chef libéral Philippe Couillard est sorti d’une réunion de son caucus presque bras dessus, bras dessous avec la députée Fatima Houda-Pepin. Il était accompagné de Marc Tanguay, responsable du dossier laïcité et de Gilles Ouimet, le président du comité sur l’intégrisme religieux et la neutralité de l’État. Une belle image d’unité après cinq jours de turbulence.

Les dissidents libéraux sont très rares. On se souvient de René Lévesque en 1967, et des trois ministres qui ont claqué la porte à cause de la loi 178 sur l’affichage en 1988. On se souvient aussi de 1992 et des jeunes libéraux, dont Mario Dumont, qui sont partis à cause de l’accord de Charlottetown. Disons qu’au PLQ, la dissidence ne s’exprime pas publiquement.

À première vue, le chef libéral a passé un premier test de leadership, mais il n’obtient pas encore son diplôme.

En gardant Mme Houda-Pepin, Philippe Couillard a réussi à préserver le caucus, certes. Mais à quel prix? Quel est le message? Le danger, c’est que les députés concluent qu’on peut défier impunément l’autorité du chef comme l’a fait leur collègue de La Pinière. Ce qui apparaît aujourd’hui comme du leadership peut devenir au fil des mois une faiblesse, une brèche dans la solidarité du caucus.

Puis, il y a les signes religieux. Depuis le début, le PLQ adopte une approche légaliste, juridique : « Rien n’empêche un élu de porter le tchador  », « des raisons de sécurité empêchent le port du voile intégral », etc.

Cette approche évacue les considérations politiques sur lesquelles le gouvernement fonde sa charte des valeurs de laïcité et de neutralité de l’État. Elle évacue aussi les conclusions de la commission Bouchard-Taylor.

Elle semble maintenant trop rigide aux yeux de Philippe Couillard lui-même, qui demande un examen de la position du parti sur les signes religieux.

Les choix qu’il fera à partir de maintenant et la cohésion qu’il maintiendra au sein de son caucus seront les véritables tests de son instinct politique et de son leadership.

Catégorie: Québec

Le mouvement des indignés, 2 ans après

par

 publié le 19 novembre 2013 à 10 h 43

Il y a deux ans cette semaine que les autorités mettaient fin aux manifestations permanentes à Wall Street et au square Victoria, à Montréal, dans le cadre du mouvement Occupy/Occupons, qui mettait l’accent sur les inégalités socioéconomiques et en particulier sur la situation du 1 % des gens les plus nantis. Ceux qui étaient derrière le slogan « Nous sommes les 99 % » en avaient aussi contre l’influence de la grande entreprise sur les pouvoirs politiques. Mais le thème de l’inégalité est celui qui a retenu le plus l’attention.

Ont suivi débats, études, comparaisons,  correctifs, promesses, etc., autour de ce thème. En janvier dernier, les participants au prestigieux Forum économique mondial, à Davos, ont établi les inégalités de revenus comme un des principaux facteurs de risque pour la prochaine décennie. Une des récentes contributions au débat est cette imposante série, échelonnée sur deux semaines dans le Globe & Mail, intitulée « Le paradoxe de la richesse ». Les comparaisons sont généralement de deux ordres, soit entre le Canada et les autres pays, principalement les États-Unis, ou  encore dans le temps, pour faire état de l’évolution du sort de chaque couche de la population au fil des années, notamment autour de la récente crise économique et financière.

Nous ne tenterons pas de tirer une conclusion simple et définitive sur les causes et les remèdes, mais le constat est généralement accepté. Les inégalités se sont accrues ces dernières décennies, qu’on tienne compte du revenu disponible, du salaire moyen, médian, etc. Les causes vont de la globalisation et du déplacement de certains emplois qui poussent les salaires à la baisse dans certaines industries, aux changements technologiques en passant par les systèmes d’éducation publics mal adaptés et les protections sociales moins généreuses.

Une des solutions très débattues tourne autour du fardeau fiscal des mieux nantis : impôts accrus sur les revenus les plus élevés ou encore sur les revenus de placement, taxes sur la richesse, sur les biens de luxe, etc. Tant dans le mouvement « Occupons » que lors des manifestations étudiantes du printemps 2012 au Québec, on a beaucoup entendu : « Faisons payer les riches. »

Ça voudrait dire quoi, faire payer les riches. Là-dessus aussi, il y a bien des débats. Le ministre québécois des Finances, Nicolas Marceau, pourrait vous en parler longtemps! Reste qu’on a pu constater à même une étude de l’OCDE publiée récemment qu’il est vrai que le Canada est plus « égalitaire », moins « inégalitaire » diraient certains, que les États-Unis. Il l’est moins que certains pays européens, surtout si on tient compte des revenus après taxation et surtout après redistribution grâce à divers programmes de soutien.

En plus, si l’OCDE constate une certaine progressivité de notre système fiscal, il semble que nos impôts progressifs ainsi que nos programmes sociaux ne soient pas le principal facteur d’équité au Canada. Les salaires eux-mêmes sont plus équitables, dit l’organisme dans une longue étude sur le sujet intitulée « Toujours plus d’inégalité : pourquoi les écarts de revenu se creusent ».

Est-ce à dire qu’il y a encore une marge de manoeuvre pour aller chercher plus d’argent chez les « riches » au Canada? Je vous laisse sur des données toutes chaudes qui sont sorties discrètement des ordinateurs de l’Agence du revenu du Canada au début du mois, sans être annoncées toutefois. Quelques faits saillants à partir des 25 millions de déclarations de revenus fournies par les Canadiens en 2011 :

– Les déclarants de 50 000 $ et moins comptent pour 72 % des gens et pour 36 % des tous les revenus. Ils ont payé 16 % de tous les impôts.

– La tranche de ceux qui déclarent entre 70 000 et 100 000 $ compte 9,2 % des contribuables, 17,8 % des revenus déclarés et 20,6 % des impôts payés.

– Les fameux 100 000 $ et plus de revenus déclarés, ceux qui grosso modo sont le plus souvent dans la ligne de mire, représentent 6,6 % des contribuables. À 29 % des revenus, c’est quatre fois leur poids et un peu plus, mais sachez qu’ils paient déjà près de la moitié de tous les impôts récoltés par nos gouvernements avec 47,6 % du total.

– Et, au sommet, si on se limite aux 250 000 $ et plus déclarés, retenez qu’ils ne sont que 0,8 % d’entre nous, ou d’entre vous… qu’ils obtiennent 10,5 % des revenus et paient plus de 20 % de tous les impôts.

Voilà de quoi alimenter votre réflexion sur la façon de s’y prendre pour récolter de nouveaux revenus auprès des individus et, surtout, vos discussions autour de la bûche de Noël!

Catégorie: Ottawa

L’environnement aux oubliettes

par

 publié le 18 novembre 2013 à 11 h 18

Saviez-vous que se tient en ce moment à Varsovie un événement annuel qui, en d’autres circonstances, aurait suscité un intérêt et une couverture autrement plus importante? Il s’agit de la 19e Conférence des parties (COP19) sur les changements climatiques sous l’égide des Nations unies, conférence-étape qui doit mener à une nouvelle entente globale en 2015 à Paris.

Quelques mentions dans les grands médias canadiens, peu de journalistes d’ici sur place, des textes d’agences, bref, l’attention limitée accordée à cette conférence témoigne assez bien du quasi-monopole exercé par trois histoires qui tournent autour de scandales. On parle ici de l’affaire Rob Ford, des dépenses des sénateurs et, plus particulièrement au Québec, de la commission Charbonneau.

L’environnement n’est pas le seul secteur où des choses sont passées inaperçues au cours du dernier mois. Plusieurs événements notables sont restés dans l’ombre. C’est ainsi qu’Environnement Canada publiait le 4 novembre dernier, sans tambour ni trompette, la Stratégie fédérale de développement durable 2013-2016, rien de moins. Ça devrait être un document phare, mais même les groupes environnementalistes n’ont pas réussi à braquer les projecteurs là-dessus. Le choix du lundi 4 novembre pour cette publication n’était peut-être pas le fruit du hasard. Le lendemain, le commissaire fédéral à l’environnement publiait un imposant rapport qui concluait en gros que le gouvernement Harper disait une chose en matière de conservation, parcs nationaux ou d’aires et d’espèces protégées, mais en faisait une tout autre.

Toujours du côté d’Environnement Canada, c’est le jeudi 24 octobre qu’était discrètement affiché sur son site web dédié aux changements climatiques un document appelé  Tendances en matière d’émissions au Canada 2013. Ce texte montre essentiellement que nous ne nous dirigeons pas du tout vers l’atteinte des objectifs, plus modestes, de réduction des GES, à moins d’un sérieux coup de barre dans le secteur pétrolier.

On était au lendemain de l’admission par le premier ministre Harper du fait que Nigel Wright avait en fait mis au courant « quelques personnes » dans son bureau au sujet du chèque de 90 000 $ à Mike Duffy, et au surlendemain de la sortie de Mike Duffy sur les instructions du premier ministre lui-même au sujet du remboursement de ses réclamations en trop, qui n’en étaient pas selon lui.

Donc, la conférence de Varsovie, qui se déroule jusqu’à vendredi, est la dernière victime en date, du côté environnemental, de la très grande attention portée à nos scandales quasi quotidiens. Dans le cas du Québec, il ne faut pas oublier l’épineux débat sur le voile, euh.. .sur la Charte des val… euh… sur le projet de loi 60.

Dernière victime? Même pas! Imaginez-vous qu’aujourd’hui même, le Center for Global Development publie son classement de 27 pays industrialisés en vertu de l’Indice d’engagement envers le développement (IED). On parle des politiques et pratiques adoptées par ces 27 pays, qui ont un impact dans les pays moins riches, sinon carrément pauvres. Outre l’aide au développement, l’ouverture à l’exportation et les transferts de technologies, on trouve évidemment les politiques environnementales.

Dans la section canadienne du rapport annuel, publiée en français, on constate que si, en vertu des sept indicateurs, le Canada se classe au 13e rang, il est bon dernier, 27e, en ce qui concerne l’environnement. Ça veut dire 25e pour les émissions de GES et la consommation de combustibles fossiles et 26e pour les plus faibles taxes sur l’essence (eh oui!) et pour les subventions à la pêche, et 24e pour la protection de la biodiversité. Distinction ultime au chapitre environnemental pour le Canada, il est le seul pays à avoir reculé systématiquement depuis la création de l’indice en 2003. Ça ne devrait plus arriver, 27e sur 27, il n’y plus d’échelon vers le bas.

Voilà donc une autre nouvelle en environnement qui va passer dans la moulinette des scandales et controverses. Vous l’aurez lue ici.

Catégorie: Ottawa