Billets publiés en octobre 2013

Le silence de Trudeau

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 publié le 31 octobre 2013 à 16 h 05

Dans ses publicités, le chef libéral, Justin Trudeau, ne mentionne pas le nom de Stephen Harper.

Dans la crise qui secoue actuellement le Sénat et le gouvernement Harper, plusieurs observateurs trouvent Justin Trudeau bien silencieux, à peu près absent du débat. À n’en pas douter, le maître du jeu, celui qui torpille inlassablement le gouvernement Harper en Chambre, c’est Thomas Mulcair… très très loin devant Justin Trudeau. Mais se pourrait-il qu’il s’agisse là d’une stratégie bien planifiée? Vous pouvez parier que oui.

Dans le camp libéral, tous les stratèges sont bien conscients que sur le terrain de la critique, des batailles de tranchées et des déclarations assassines, Justin Trudeau n’arrive pas à la cheville du chef du Nouveau Parti démocratique (NPD). Il est alors logique de penser que les libéraux ont choisi de faire porter un autre chapeau à leur chef : le chapeau de celui qui est au-dessus de la mêlée et de celui vers qui les gens se tourneront quand viendra le temps d’élire un premier ministre.

Depuis déjà plusieurs semaines, Justin Trudeau se présente comme un politicien positif, tourné vers les préoccupations de la classe moyenne, loin des bagarres parlementaires qui déçoivent tant d’électeurs. Son pari, c’est que les électeurs désabusés, fatigués des conservateurs, se tourneront vers celui qui a un message positif et non pas vers le NPD, dont le chef est souvent perçu comme un bagarreur ou, pire, comme un politicien chicanier.

À court terme, cependant, celui qui tire le plus de bénéfices de ce qui se passe à Ottawa est Thomas Mulcair. Un sondage de la firme Ipsos Reid mené pour CTV et réalisé entre le 25 et le 28 octobre – en pleine crise du Sénat – confirme la remontée des néo-démocrates. Ce sondage donne 31 % d’appui aux libéraux, le même pourcentage que lors du mois de septembre. Du côté des conservateurs, ils ont baissé de deux points et se situent à 30 %. Quant au NPD, il a bondi de 5 points pour rejoindre les libéraux à 31 %. C’est un bond spectaculaire.

C’est donc une course à trois qui se dessine. Mais le pari de Justin Trudeau et des libéraux, c’est qu’en octobre 2015, le positivisme se traduira par davantage de votes que l’attitude bagarreuse de Thomas Mulcair. À preuve, regardez et écoutez cette publicité que le Parti libéral du Canada lancera au début de la semaine prochaine, tout juste après la conclusion du congrès du Parti conservateur du Canada.

Un pari réussi?

Cette publicité de Justin Trudeau ne passera pas à l’histoire, mais le ton est clair. Le chef libéral se présente comme « le bon père de famille » rassembleur, et qui veut faire les choses autrement. Gagnera-t-il son pari? À court terme, la crise actuelle profite au NPD et à Thomas Mulcair. Les libéraux semblent croire que leur stratégie peut être rentable à long terme. Mais octobre 2015 est encore bien loin et la stratégie de « Monsieur positif » pourrait s’essouffler…

Catégorie: Ottawa

En route pour Calgary

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 publié le 30 octobre 2013 à 17 h 52

Voici venu, enfin, le congrès du Parti conservateur qui aurait dû se tenir en juin. Il a été retardé en raison des inondations qui ont sévèrement paralysé Calgary.  Les conservateurs, à ce moment-là, ont poussé un soupir de soulagement en se disant que l’affaire Nigel Wright-Mike Duffy, qui battait alors son plein, ne serait plus un problème fin octobre.

Il faut espérer qu’ils n’ont pas trop parié là-dessus, parce qu’au moment où la plupart des délégués au congrès se mettent en route, l’affaire Wright-Duffy est non seulement encore d’actualité, elle commence à miner le gouvernement.

L’atmosphère ne sera pas joyeuse à Calgary entre les militants et les élus gouvernementaux, au point où un blizzard jamais vu en octobre, s’abattant sur Calgary pendant deux jours, serait peut-être le bienvenu. Imaginez l’humeur des militants qui voient les données du plus récent sondage de la maison Ekos pour le site web iPolitics. Depuis les dernières élections, il y a deux ans, les conservateurs ont perdu 13 points dans les intentions de vote et les néo-démocrates 6 points, presque tous ces votes allant aux libéraux qui prennent une solide avance.

Les mauvaises nouvelles ne s’arrêtent pas là : plus de répondants croient que le pays et le gouvernement s’en vont dans la mauvaise direction. Dans le cas du gouvernement, par exemple, 29 % le voient dans la bonne direction, alors que 63 % croient qu’il fait fausse route.

Problèmes pour Stephen Harper

Le taux d’approbation du premier ministre flirte avec les mêmes proportions : 24 % croient qu’il fait du bon travail, 69 % non. Justin Trudeau et Thomas Mulcair sont tous les deux autour de 50 % d’approbation.

Là où cela fait encore plus mal, c’est que ce sondage Ekos révèle que plus de gens croient la version des événements de Mike Duffy (40 %) que celle du premier ministre Harper (18 %) quand il clame qu’il n’était pas au courant du chèque de 90 000 $ fait par son ex-chef de cabinet Nigel Wright à Mike Duffy.

De plus, le président d’Ekos Research, Frank Graves, a voulu mesurer à quel point les répondants accordent de l’importance au scandale du Sénat, comparativement à des scandales du passé.  Les trois quarts (75 %) des personnes interrogées pensent que le Sénat-gate est grave, 73 % pensaient la même chose de l’affaire des appels automatisés en 2011 et 65 % jugeaient très sérieux le scandale des commandites en 2004.

Ce n’est pas seulement la « bulle » de la colline du Parlement qui prête attention au Sénat-gate, écrit Frank Graves, cela va bien au-delà.

Des militants de mauvaise humeur

Donc, les militants ne seront pas dans les meilleures dispositions, puisqu’ils ont appris, en plus, que leurs petits dons chèrement amassés de 30, 40 ou 50 $ ont servi à rembourser un peu plus de 13 500 $ de frais juridiques au sénateur Duffy. Les partis politiques viennent ainsi en aide aux membres du caucus aux prises avec les tribunaux, fait valoir Stephen Harper depuis le début de la semaine. Aussi difficile à avaler qu’une huître des Prairies…

Mais verrons-nous cette mauvaise humeur? Un haut responsable du Parti conservateur en Alberta a envoyé un courriel aux membres du parti qui aurait pu s’intituler : prière de ne pas nourrir les reporters.  Il conseille urgemment aux conservateurs de refuser de répondre à toutes les questions sur l’affaire Duffy et de laisser le directeur des communications du parti se débrouiller avec les journalistes.

Vendredi soir, tout de même, on verra, lors de son discours, comment Stephen Harper entend s’y prendre pour apaiser la grogne, lui qui croyait avoir trouvé la parade au scandale en excluant Mike Duffy, Pamela Wallin et Patrick Brazeau.  Il n’y a pas de blizzard à l’horizon à Calgary, mais la tempête n’en sera pas moins dans les corridors et les suites du centre des Congrès.

Catégorie: Ottawa

Harper : une porte de sortie?

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 publié le 30 octobre 2013 à 12 h 28

Le Sénat est-il en train de devenir un enjeu populiste dont pourrait se servir Stephen Harper pour reprendre la main à Ottawa? À première vue, les chiffres des derniers sondages ne sont pas très encourageants pour le premier ministre. Deux Canadiens sur trois ne croient pas à son ignorance en ce qui concerne les gestes de son chef de cabinet Nigel Wright. Même proportion pour ceux qui estiment qu’il n’a pas bien géré l’affaire Wright/Duffy. Pire, du moins à première vue, de 60 % (Ipsos) à 90 % (Ekos) des répondants disent suivre les développements de l’affaire avec une certaine ou une grande attention. S’ensuit une série de données, dont certaines régionales, qui ne comportent que très peu de bonnes nouvelles pour M. Harper : les gens font plus confiance au sénateur délinquant Duffy qu’à lui sur ce qui s’est réellement passé, le scandale est plus sérieux que celui des commandites, etc.

Depuis le tout début de cette controverse, on remarque une autre constante dans les sondages : l’intérêt renouvelé et sans cesse grandissant pour l’abolition du Sénat, en raison des turpitudes de certains de ses membres. La proportion de Canadiens qui y sont favorables s’accroît plutôt lentement, mais est quand même en hausse, après des années de stabilité ou de simple apathie face à la question. N’oublions pas que le gouvernement Harper, dans un renvoi à la Cour suprême qui sera entendu dans deux semaines, pose au sujet de cette abolition la question sur la recette constitutionnelle (à suivre).

Et c’est un scénario qui est parfois évoqué dans la capitale fédérale ainsi que par certains commentateurs. Si la dynamique proabolition prenait un certain élan, M. Harper serait-il tenté de la récupérer et de laisser tomber son projet de réforme pour reprendre l’initiative? D’en faire l’enjeu de la prochaine élection, d’un référendum pancanadien? Avant ou en même temps que l’élection? Hypothèse farfelue? Disons possible, mais loin d’être évidente.

Les conservateurs sont passés maîtres dans l’art de mener des campagnes sur des enjeux qui touchent le quotidien et le porte-monnaie des Canadiens. Les libéraux, avec de grands projets comme le Tournant vert de Stéphane Dion en 2008 ou la campagne Michael Ignatieff en 2011 sur le mépris des institutions et de la démocratie du gouvernement Harper, ne les ont pas empêchés de progresser. Or, c’est là que les sondages comportent une nouvelle en apparence préoccupante, mais potentiellement récupérable pour Stephen Harper. La crise entourant le Sénat, avec l’intérêt qu’elle suscite, comme je le mentionnais plus haut, et la tournure croustillante qu’elle prend, est peut-être en train de devenir une question dont on parle pendant la pause au boulot ou autour de la table de cuisine.

M. Harper risque fort de se faire dire par la Cour suprême que l’abolition du Sénat requiert l’appui unanime des provinces, si on se fie du moins au tout récent jugement de la Cour d’appel du Québec. Ainsi, s’il voulait prendre cette direction, il pourrait forcer la main des provinces réticentes en s’adressant directement à l’électorat. Pas certain que le gouvernement du Québec, peu importe sa couleur, apprécie beaucoup d’être contourné par le fédéral sur une question aussi sensible.

Il y a cependant un hic, ou même deux. Le premier est qu’il serait difficile de justifier un tel changement de priorité de la part du gouvernement, qui dit placer l’économie et la création d’emploi au sommet de l’ordre du jour. Mais bon, on pourra toujours dire qu’on peut marcher et mâcher de la gomme en même temps.

Le deuxième est plus problématique. Il faut supposer que le navire conservateur, qui prend déjà l’eau, et son commandant ne recevront pas d’autres torpilles de sous-marins qui se cachent dans les eaux troubles dans lesquelles ils naviguent. Un Mike Duffy suspendu sans salaire, même s’il perd son immunité parlementaire, pourrait toujours passer à l’action dans des limites définies par son avocat. On chuchote que dans ses « j’en ai d’autres », en parlant des lapins dans son chapeau, il n’y a pas que des faits « intéressants » sur l’affaire Wright/Duffy récente, mais aussi sur son utilisation par le Parti conservateur lors des événements de financement ces quatre dernières années.

Duffy et Wright pourraient aussi faire des révélations fort dérangeantes s’ils ont à se défendre d’accusations criminelles. Et c’est loin d’être exclu. Il y a d’autres enquêtes de la GRC. Et le vérificateur général est aussi dans le paysage.

Et là, on ne parle que du Sénat. Les enquêtes du Commissaire aux élections sur les fameux appels automatisés, dont le Parti conservateur serait l’auteur, devraient être complétées au printemps. En plus, le procès du travailleur d’élection conservateur Michael Sona va arriver un jour. Élection Canada a Dean Del Mastro, ancien secrétaire parlementaire et chien d’attaque du premier ministre, dans sa ligne de mire pour des dépenses illégales. Vous pouvez ajouter à cela le cas du ministre démissionnaire Peter Penashue, qui est l’objet d’une enquête pour des raisons semblables et désavoué en partielles malgré l’appui inconditionnel de M. Harper.

Bref, avant de penser sérieusement au scénario abolition/référendum, M. Harper a une pente à remonter pour ce qui est de la perception de son travail. Et il doit espérer qu’aucune autre tuile ne lui tombe sur la tête, ce qui est quand même loin d’être évident.

 

Catégorie: Ottawa

L’art de se taire…

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 publié le 29 octobre 2013 à 9 h 42

Pauline Marois à Saint-Michel-des-Saints lors d'une réunion spéciale de son cabinet.
Pauline Marois à Saint-Michel-des-Saints lors d’une réunion spéciale de son cabinet.

On dit que la parole est d’argent et que le silence est d’or. La question s’est posée vendredi dernier à l’Auberge du lac Taureau. Pauline Marois a convoqué ses 24 ministres à une retraite fermée. Ils devaient s’y présenter, seuls, sans attaché de presse ni personnel politique.

La première ministre a insisté, la retraite devait être fermée à double tour. Aucun ministre ne devait s’adresser aux médias.

D’ailleurs, ils n’étaient pas invités. Mais les journalistes étant ce qu’ils sont, ils se sont imposés. Le gouvernement a dû s’en accommoder.

Les journalistes ont trouvé des chambres d’hôtel à une trentaine de minutes de route de la ravissante Auberge du lac Taureau. Vendredi matin, très tôt, journalistes, photographes ou caméramans étaient en poste à l’entrée de l’auberge, prêts à pourchasser tous les ministres qui montraient le courage de passer par la porte centrale. Très peu ont accepté de parler devant les caméras et ceux qui l’on fait ont essentiellement dit des banalités.

Après l’entrée, nous ne les avons plus revus de la journée.

Au secours! À l’ère des chaînes de nouvelles en continu, des « breaking news » sur le web et de Twitter, nous n’avions rien. Quelques images, quelques clips sans importance captés entre 8 et 9 h. Aux bulletins de midi, de 17 h, de 18 h jusqu’aux bulletins de 22 h… rebelote. Les artisans archiprofessionnels de RDI n’en pouvaient plus. « Envoyez-nous de nouvelles images », demandaient-ils. « Impossible », disions-nous. « Mais, ils vont sortir manger… » « On ne les voit pas, ils passent par le sous-sol. »

Des échanges surréalistes que l’on peut très bien comprendre, alors que la frénésie électorale était à son comble. La décision de déclencher ou non des élections générales devait se prendre dans les heures à venir.

Il arrive que les gouvernements aspirent à s’isoler et à éviter le brouhaha journalistique, mais ils finissent toujours par céder et à alimenter le monstre médiatique. Parce qu’ils craignent le prix politique de leur absence des médias. Les gouvernements veulent contrôler le message et prendre une place, la plus importante possible, dans les journaux, dans les téléjournaux. C’est pourquoi ils envoient, à tout le moins, un émissaire pour donner quelques entrevues.

Cette fois-ci, la première ministre a tenu le coup. Le gouvernement s’est tu.

Il faut dire que de se taire un vendredi a certainement moins d’impact qu’un lundi. Et se taire quand on détient un as dans sa manche a aussi son charme. Les mots de la première ministre ont porté haut et fort le lendemain quand elle a annoncé qu’il n’y aurait pas d’élection.

Est-ce à dire qu’en politique le silence est d’or? Ne soyons pas dupe, en politique le silence est presque toujours d’argent… c’est la parole qui est d’or.

Catégorie: Québec

10 questions pour le premier ministre

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 publié le 29 octobre 2013 à 7 h 24

Plus les jours passent, plus la liste des questions s’allonge, plus certaines réponses du premier ministre sèment la confusion.

L’exemple du jour : cette déclaration de Stephen Harper lors d’une entrevue radiophonique où il affirme avoir congédié son chef de cabinet Nigel Wright pour avoir remboursé lui-même les frais de 90 000 $ que le sénateur Mike Duffy devait au Sénat.

Une déclaration pour le moins surprenante pour un premier ministre qui, jeudi dernier encore, affirmait à la Chambre des communes que son chef de cabinet avait démissionné.
Stephen Harper a-t-il menti?

La question lui sera certainement posée mardi aux Communes, la réponse sera attendue de tous.

Quant au sénateur Mike Duffy, il s’est certainement assuré aujourd’hui que la liste des questions au premier ministre sera encore plus longue.

Dans cette guerre de crédibilité, le sénateur de l’Île-du-Prince-Édouard n’a plus rien à perdre. Il ne ménage plus personne. Il largue ses bombes minutieusement, au compte-goutte. Mike Duffy tente d’infliger au premier ministre un véritable supplice de la goutte.

Sa déclaration dans laquelle il dit qu’il y aurait « au moins deux chèques », et que l’avocat du Parti conservateur, Arthur Hamilton, a signé le fameux deuxième chèque pour payer sa note d’avocat de 13 560 $, fait naître une longue liste de questions pour le premier ministre.

1- Le premier ministre était-il au courant que son parti avait payé les frais d’avocat de Mike Duffy?
2- Qui a autorisé l’avocat Arthur Hamilton à prendre l’argent à même la caisse du parti?
3- Qui était au courant de ce deuxième chèque?
4- Dans un tel contexte, pourquoi est-ce que le porte-parole du parti a affirmé au printemps dernier qu’aucun cent du parti n’avait été utilisé pour régler les comptes de Mike Duffy?
5- Combien d’autres chèques ont été délivrés en douce pour le compte de Mike Duffy?
6- Quand le premier ministre a-t-il été mis au courant?
7- Suite aux révélations sur le chèque de 90 000 $ de son chef de cabinet Nigel Wright, est-ce que le premier ministre a demandé une enquête interne, tant au sein de son bureau qu’au sein de son parti pour avoir le fin fond de l’histoire?
8- Pourquoi et selon quelle logique n’en a-t-il jamais informé les Canadiens?
9- Si le paiement de 90 000 $ de Nigel Wright exigeait son départ (démission ou congédiement), pourquoi n’avoir pas congédié l’avocat du parti et les autres stratèges qui étaient au courant et qui, selon la version officielle, n’ont jamais rien dit au premier ministre?
10- Quand le scandale a éclaté en décembre, que les dépenses de Mike Duffy ont commencé à défrayer la manchette, quel mandat a-t-il donné à son chef de cabinet de l’époque? « Règle ça et ne m’en parle plus? Je veux que ça disparaisse? Va au fond des choses? »

Plutôt que de répondre aux questions précises face aux allégations de Mike Duffy, Jason MacDonald, le directeur des communications de Stephen Harper, a offert une réaction générale. Je vous la cite en entier : « Nigel Wright a identifié ceux qui sont au courant de son entente avec Mike Duffy et il a pris l’entière responsabilité pour ses actes. Le premier ministre n’était pas au courant de cette entente et si on l’en avait informé, il n’aurait jamais donné son accord à un tel stratagème. Nous croyons fermement que les sénateurs qui ont réclamé des dépenses inappropriées ne devraient pas recevoir un chèque de paie du public. »

Du côté du Parti conservateur, la réponse du porte-parole Cory Hann est aussi unique : « Au moment où ces frais de justice ont été payés, Mike Duffy était membre du caucus conservateur. Parfois, le Parti conservateur aide les membres de son caucus à payer leurs frais de justice. »

Le problème de ces deux réponses, c’est qu’elles n’ont rien à voir avec l’essence même des questions qui entourent les allégations de Mike Duffy.

Voilà des mois que ça dure, que les demi-réponses de Stephen Harper et son entourage alimentent la crise. L’heure serait peut-être venue de crever l’abcès et de dire toute la vérité.

Catégorie: Ottawa

Élections : partie remise

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 publié le 28 octobre 2013 à 19 h 24

Il aura fallu l’air pur et un vent de face trop fort au lac Taureau pour dissuader Pauline Marois de déclencher des élections.

Selon ce qu’il a été possible d’apprendre, Mme Marois songeait déjà à ne pas lancer le Québec en élections quand elle s’est présentée à la réunion de son Conseil des ministres vendredi matin. Chaque ministre a pu prendre la parole, chacun aurait alors exposé les arguments pour et contre le déclenchement d’élections. Il n’y avait pas de tension, semble-t-il, personne n’aurait essayé d’imposer son point de vue.

La première ministre a dormi là dessus vendredi. Samedi, la question des élections n’aurait été abordée qu’à la fin de la réunion. Mme Marois a lu la déclaration qu’elle allait faire aux journalistes quelques minutes plus tard. Ses ministres l’ont applaudie.

Plusieurs raisons expliquent la décision de la première ministre, mais la plus importante est qu’elle n’avait tout simplement pas les chiffres. Le PQ avait établi une dizaine de circonscriptions « prenables », mais aussi deux ou trois détenues par le PQ qui pouvaient être en danger (Roberval, notamment, où le chef libéral Philippe Couillard se présentera).

Le chiffre magique pour former un gouvernement majoritaire est 63. Faites le calcul : avec 54 députés, une dizaine de circonscriptions de plus, mais deux ou trois en danger, le pari était trop risqué. En fin de compte, Mme Marois aurait pu avoir plus de députés, mais être toujours minoritaire.

Couillard dans Viau?

La première ministre a quand même annoncé des élections… partielles. Elle invite Philippe Couillard à se présenter dans Viau en jurant que le PQ ne lui opposera pas de candidat.

Notez la particularité de l’offre. Deux circonscriptions sont vacantes : Viau et Outremont. Pourquoi offrir Viau sur un plateau d’argent et pas Outremont si Mme Marois tient à ce point à ce que M. Couillard entre à l’Assemblée nationale?

La réponse est probablement encore dans les chiffres. Outremont est une circonscription à majorité francophone, des libéraux y sont élus depuis la nuit des temps. Mais laisser le champ libre à Philippe Couillard sans présenter de candidat du PQ enverrait un mauvais message aux francophones de l’île de Montréal. C’est probablement pour ça que l’offre de Mme Marois ne tient que pour Viau, une circonscription très multiculturelle.

Le seul suspense est de savoir si M. Couillard accepte l’offre. Personnellement, je pense qu’il se présentera à l’une ou l’autre des partielles.

Catégorie: Québec

Front froid électoral

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 publié le 24 octobre 2013 à 20 h 23

Le doyen de l’Assemblée nationale, François Gendron, a été le premier : « Ça prend une raison pour aller en élections! Moi, je n’en vois pas. »

Ensuite, c’était Jean-François Lisée : « En ce moment on gouverne, en ce moment on est capable de faire avancer le Québec sur des tas de plans et on a encore beaucoup de choses à faire, alors ce n’est pas une urgence nationale. »

Et enfin Pauline Marois : « Peut être que le chef de la deuxième opposition [François Legault] veut aller en élections, ce n’est pas notre cas. »

Au Québec, à l’automne, on ferme les fenêtres. Faut-il conclure que Mme Marois a décidé de fermer sa fenêtre électorale automnale?

La réponse est… noui.

On comprend, dans le discours, qu’elle refroidit les ardeurs.

Mais on se souvient aussi de Jean Charest. Le 15 octobre 2008 , il écartait des élections. Que s’est-il passé? Il les a déclenchées trois semaines plus tard.

La méfiance est donc de rigueur, pas la méfiance malsaine, la méfiance journalistique, celle qui doute, qui remet en question.

On en aura le coeur net le 6 novembre.

Catégorie: Québec

Quand ça ne va pas comme prévu!

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 publié le 22 octobre 2013 à 15 h 18

Quand, à la mi-septembre, Stephen Harper a annoncé la prorogation du Parlement et un discours du Trône le 16 octobre, il avait clairement en tête deux objectifs.

D’abord, relancer son gouvernement pour la dernière ligne droite avant les élections d’octobre 2015. Dans ce discours, il a annoncé qu’il voulait prendre le parti des consommateurs, une stratégie qui peut être gagnante avant une campagne électorale. Puis, il voulait assurément mettre derrière lui la crise du Sénat dans laquelle les conservateurs se sont englués au printemps dernier.

Ajoutez à cela une entente de principe sur un accord de libre-échange avec l’Union européenne, une entente qui devrait se finaliser quelques mois avant le scrutin général. Bref, le gouvernement Harper a tout fait pour mettre en place les conditions gagnantes pour sa réélection.

Malgré une pause parlementaire de 120 jours, les débats ont repris en Chambre, là où ils avaient été laissés, c’est-à-dire sur la crise au Sénat et les soupçons d’implication du bureau du premier ministre Harper dans cette histoire.

Quelques heures avant le retour en Chambre de Stephen Harper, l’avocat du sénateur Mike Duffy a convoqué la presse parlementaire. Me Donald Bayne a soutenu que le bureau du premier ministre savait tout depuis le début et que son client a même été menacé de congédiement s’il ne suivait pas les règles imposées par le personnel de Stephen Harper.

Ce que le gouvernement Harper a voulu laisser dans l’ombre s’est donc retrouvé, encore une fois, sous les feux de l’actualité. Les partis d’opposition ont sauté sur ce cadeau inespéré et s’en donnent à coeur joie. Le premier ministre et les membres de son cabinet tentent par tous les moyens de ramener le débat sur l’entente de principe d’un accord de libre-échange, mais rien n’y fait. La crise du Sénat leur colle à la peau, et les dernières révélations de Me Bayne laissent planer qu’il pourrait y avoir d’autres révélations au fil des semaines.

Le gouvernement tente d’éteindre le feu en faisant adopter des motions pour suspendre les sénateurs Brazeau, Duffy et Wallin sans salaire. Tout ça ne se fera pas sans laisser de traces. Ce boulet, tout indique que les conservateurs le traîneront jusqu’à la prochaine élection.

Ajoutez à cela que le gouvernement Harper tente de corriger son erreur avec la nomination du juge Marc Nadon à la Cour suprême du Canada. Un avocat torontois conteste cette nomination, car le juge nommé doit provenir de la Cour supérieure ou de la Cour d’appel et non pas de la Cour fédérale. Le gouvernement tente de corriger le tir, en incluant dans le projet de loi de l’application du budget, de nouvelles règles pour rendre parfaitement légitime la nomination du juge Nadon.

Non. Une semaine après la rentrée parlementaire, rien ne se déroule comme prévu pour le gouvernement Harper…

Catégorie: Ottawa

8954 mots et une multitude de priorités

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 publié le 17 octobre 2013 à 7 h 17

Le gouvernement Harper a voulu faire de ce discours du Trône le fer de lance de la longue précampagne qui s’amorce sur la scène fédérale vers les élections de 2015. Mais à la lumière des 8954 mots de ce discours-fleuve (un des plus longs des 20 dernières années, dit-on), on est en droit de se demander s’il s’est vraiment donné les moyens d’y arriver.

Ici, le gouvernement a certainement cédé à la tentation des grandes rhétoriques qu’il a si souvent critiquées chez ses adversaires dans le passé : « Saisir le moment », « Le devoir d’oser », « L’heure pour le Canada de briller », « L’aube d’un moment unique », et j’en passe. On ne compte plus les grandes phrases aussi inspirantes qu’imprécises.

Et justement, jamais ce gouvernement conservateur ne semble avoir ratissé aussi large dans un discours du Trône. Adieu les cinq priorités qui avaient fait sa marque de commerce en 2006. Car au-delà des mesures qui ont défrayé les manchettes, il y a une litanie d’engagements aussi variés les uns des autres. En voici quelques exemples :

  • gel des dépenses du gouvernement;
  • offensive contre les barrières au commerce interprovincial;
  • enchâsser dans la loi le principe du pollueur-payeur;
  • modifier la loi pour qu’une sentence à vie soit vraiment une sentence à vie pour les criminels;
  • défendre la constitutionnalité des lois contre la prostitution;
  • revoir l’étiquetage des médicaments et ceux sur la valeur nutritive des aliments;
  • faire d’un crime le fait de volontairement blesser ou tuer le chien d’un policier;
  • et la liste continue : frais d’adoption, recherche en santé, sécurité des oléoducs, qualité de l’air, espaces verts dans les agglomérations urbaines, etc.

Même variété pour les consommateurs. Après les frais d’itinérance, les abonnements au câble, les frais cachés des cartes de crédit, il y a la promesse de sévir contre les prêts sur salaire prédateurs, élargir les services bancaires sans frais, et j’en passe. Ici comme ailleurs, une longue liste de mesures pour plaire au plus grand nombre de consommateurs possibles, mais on y cherche la cohérence d’une ligne directrice.

Une grande absente de ce discours : l’imputabilité. Au coeur de l’élection des conservateurs en 2006, elle est totalement absente du discours en français. Le mot n’apparaît qu’une seule fois en anglais, pour souligner que le gouvernement va exiger de nouvelles mesures d’imputabilité pour s’assurer que la fonction publique offre de meilleurs services aux Canadiens à moindre coût.

Par moments, sinon dans les choix de priorité, du moins dans le style, ce discours du Trône rappelait les discours des années Chrétien, signe, diront les critiques, d’un gouvernement qui ne sait plus exactement où donner de la tête.

À vrai dire, on a l’impression que le gouvernement a tenté de plaire à tout le monde. Rassurer la base conservatrice que le premier ministre devra affronter au congrès de Calgary, dans deux semaines, et un électorat aussi large que possible. Mais, ce faisant, il a pris le risque d’abandonner une de ses forces, celle d’un premier ministre discipliné, ciblé, clair, concis, précis, cohérent.

Après près de sept ans au pouvoir, il ne suffit plus de dire et de répéter que l’économie et la création d’emploi sont la priorité. Pour vraiment redonner un nouveau souffle au gouvernement, il lui fallait trouver une façon d’innover. Or, ici, les conservateurs ont plutôt choisi de rester dans la ligne de ses engagements traditionnels (réduire la taille de l’État, lutter contre la criminalité) et d’aller piger dans les bonnes idées de ses adversaires, surtout au chapitre des mesures pour les consommateurs. C’est là la preuve qu’il ne suffit plus aux conservateurs de gagner sur leur terrain, ils tentent d’aller se battre sur celui de leurs adversaires néo-démocrates et libéraux.

Est-ce que ce sera suffisant pour faire oublier les scandales et les problèmes d’éthique? Le problème pour le gouvernement : c’est que les enquêtes de la GRC et d’Élections Canada se poursuivent. Et le gouvernement ne peut rien y faire. Il ne peut espérer que certaines des mesures annoncées dans le discours du Trône, et qui seront annoncées encore et encore par les députés et ministres conservateurs, trouveraient écho auprès de l’électorat et que l’usure du pouvoir ne ferait pas trop son oeuvre.

Catégorie: Ottawa

La charte des valeurs: avec ou sans élections?

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 publié le 16 octobre 2013 à 20 h 57

C’est la députée de Québec solidaire Françoise David qui a lancé le débat en affirmant qu’il n’est pas approprié qu’un dossier comme celui de la Charte des valeurs québécoises soit tranché par l’électorat.

« Personnellement, je trouverais ça grave d’aller en élection sur un sujet aussi fondamental, aussi diviseur, qui vient toucher à l’identité et aux émotions des gens, qui touche à tous les rapports majorité-minorité», disait Françoise David, le 7 octobre dernier.

Cela rappelle le souvenir de l’ancienne première ministre du Canada et chef du Parti progressiste-conservateur, Kim Campbell. Elle aurait affirmé il y a déjà 20 ans qu’une campagne électorale n’était pas un moment approprié pour débattre de questions importantes.

Mathieu Bock-Côté a dénoncé vigoureusement la déclaration de Mme David dans un récent blogue. Le chroniqueur réplique, de façon plutôt percutante, à chacun des arguments évoqués par la députée David, sauf celui sur les rapports majorité-minorité qui est pourtant, de loin, l’argument le plus important.

En principe, tous les groupes sont touchés de la même façon par le principe de la neutralité et du caractère laïque de l’État. Pas de religion. Pour tous. Cela ne peut être plus équitable.

En réalité, ce sont les minorités religieuses qui portent, pour une raison ou pour une autre, des signes ostentatoires de leur foi, puisque les fidèles chrétiens, même les plus fervents, ne sont pas contraints de porter de symboles. Il est difficile de nier que les rapports entre la majorité et les minorités ne sont pas en cause ici.

Or, est-il souhaitable que les droits des minorités se transforment en un enjeu électoral, un enjeu central par ailleurs?

Il est évident, à sa face même, que ça ne l’est pas vraiment.

Normalement, ce débat devrait se résoudre grâce au processus feutré et soporifique d’une commission parlementaire qui chercherait à ne pas rompre l’équilibre délicat entre la majorité et les minorités.

En revanche, il est normal, il est même nécessaire qu’une question qui devient importante pour les citoyens se traduise par des prises de position politique et devienne un enjeu électoral. Certains diront, de façon plus directe, que le Parti québécois a tiré les leçons des élections de 2007 qui l’avait transformé en tiers parti parce que l’ADQ avait gagné la campagne, à défaut du gouvernement, sur le thème de l’identité.

Il appert que la majorité a tous les droits, dans la mesure où elle respecte les textes à caractère constitutionnel, qu’elle s’est elle-même donnés, comme les chartes québécoises et canadiennes des droits et libertés (ce qui nous rappelle que majorité et minorité sont à géographie variable).

À cet égard, l’attitude de Bernard Drainville paraît se situer à la frontière de l’illégitimité. Le ministre semble faire très peu de cas de la légalité du projet de loi qui sera présenté à l’Assemblée nationale.

« Ce sera aux élus de voter. Et après ça, les tribunaux feront leur travail. Que le Parlement se prononce. Moi, j’en ai un peu marre de me faire dire : les juges, les juges, les juges. Je respecte leur domaine de compétence, mais ils ne doivent pas remplacer le Parlement. Et en démocratie, c’est au Parlement de voter les lois », affirmait Bernard Drainville, le 15 octobre devant des étudiants de l’Université Laval, à Québec

Il est vrai que les législateurs doivent agir selon leurs convictions, mais ils ont aussi la responsabilité d’adopter des lois qui respectent les chartes québécoises et canadiennes des droits et libertés.

Le ministre doit avoir des motifs sérieux de penser que son projet de loi a des chances au moins raisonnables de passer le test des tribunaux.

Le ministre Drainville paraît croire que son projet de charte des valeurs ne viole pas la liberté de religion, car l’interdiction ne s’appliquerait que sur les heures de travail. « C’est extrêmement important, je ne cesse d’insister là-dessus, sur les heures de travail, quelqu’un qui travaille pour l’État devrait incarner la neutralité religieuse de l’État. » Cette neutralité est une responsabilité qui accompagne le privilège de travailler pour le service public.

Le problème, c’est que très peu de juristes attestent cette approche. Même le spécialiste Henri Brun, pourtant consulté dans cette affaire par le gouvernement, ne s’est guère montré enthousiaste. Les textes des professeurs Patrice Garant et Daniel Proulx sont beaucoup plus catégoriques et condamnent le projet à l’échec devant les tribunaux.

Si le gouvernement veut tout de même agir sans tenir compte des restrictions légales comme le laisse entendre le ministre Drainville, il lui suffit de mentionner spécifiquement dans la loi que les chartes canadiennes et québécoises ne s’appliquent pas. En pratique, ce n’est pas plus compliqué que ça, bien que les réactions seraient évidemment considérables.

Ça aurait l’avantage d’être clair, mais tout indique que le gouvernement est plutôt enclin à entretenir délibérément le flou et la confusion sur la légalité de son projet de loi.

Cette impression de légalité douteuse, que personne ne tente réellement de dissiper, combinée à ce qui semble être un calcul à saveur électoral qui mise sur des minorités impopulaires, renvoient l’image d’un gouvernement peu scrupuleux à l’égard des traditions démocratiques du Québec.

Le gouvernement de Pauline Marois a encore du temps pour chasser ces appréciations négatives, mais on voit que le génie est à nouveau sorti de la lampe et que les Québécois devront aller aux urnes, en décembre ou au printemps, pour le remettre, on verra bien comment, dans sa bouteille.

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