Billets publiés en septembre 2013

André Boisclair : appeler le bluff

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 publié le 30 septembre 2013 à 14 h 07

Si la politique était du poker, on dirait qu’André Boisclair a décidé d’appeler le bluff de Jacques Duchesneau et de la Coalition avenir Québec. Honnêtement, je ne sais pas si M. Duchesneau bluffe quand il affirme de façon énigmatique que la vérité finit toujours par se savoir, mais l’intention de M. Boisclair de le poursuivre pour diffamation obligera le député de la CAQ à mettre cartes sur table s’il y a un procès.

Un procès obligerait aussi l’ancien chef du PQ à abattre son jeu. Il devra expliquer comment il s’approvisionnait en drogue à la fin des années 90, avec qui il consommait, combien il dépensait, etc. Bref, des questions embarrassantes.

Chacun se retrouverait donc dans une position précaire. Jacques Duchesneau, forcé d’appuyer ses allégations sur des faits, et André Bosiclair, obligé de rebrasser son passé.

À moins que tout cela ne se termine par une entente à l’amiable, sans procès. C’est ce qui arrive la plupart du temps dans les poursuites pour diffamation. Dans ce cas, ce sont les avocats qui ramasseront la mise…

 

Catégorie: Québec

Michael Ignatieff et son autopsie de la défaite

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 publié le 28 septembre 2013 à 7 h 28

Il est plutôt rare qu’un politicien se lance dans l’exercice littéraire de décortiquer les causes de son échec en politique. Or, c’est justement ce que dit vouloir faire l’ancien chef libéral Michael Ignatieff dans son tout nouveau livre : Fire and ashes : success and failure in politics.

Dès la lecture des premières lignes de ce livre, une entrevue que j’avais réalisée en décembre 2009 avec Michael Ignatieff m’est revenue à l’esprit. À l’époque, je lui avais demandé pourquoi il voulait être premier ministre du Canada. Surpris, il avait été pratiquement incapable de répondre. Quatre ans plus tard et après une cuisante défaite électorale, il admet finalement que oui… il s’est lancé en politique par ambition, pour être à la hauteur de l’héritage familial, pour les mauvaises raisons quoi, et qu’il n’était pas prêt à diriger cet immense pays qu’il connaissait mal après tant d’années d’exil. Il lui aura fallu cinq ans pour déterminer sa mission en politique et pour vraiment comprendre le Canada d’aujourd’hui. Mais là, il était trop tard.

« La première chose que vous devez savoir en vous lançant en politique, c’est pourquoi vous le faites… Ce qui m’attirait le plus c’était la chance de cesser d’être un simple spectateur. J’avais été dans les estrades toute ma vie à regarder la partie. Là, pensais-je, le temps était venu de sauter dans l’arène. » – Michael Ignatieff

C’est là le principal atout de ces mémoires politiques. Michael Ignatieff écrit finalement noir sur blanc, ce que bien des observateurs politiques avaient observé. « J’avais présumé que la politique était un endroit pour les amateurs, mais j’avais eu tort », écrit-il au sujet de sa défaite dans la course à la direction en 2006, ajoutant qu’en cours de route il est devenu un politicien de moins en moins inspirant, qu’il n’aimait pas ce qu’il était devenu.

Grâce à cette candeur à mille lieues du personnage politique qu’il s’est forgé, il offre aux Canadiens une dose d’humilité rafraîchissante dans le monde politique d’aujourd’hui… Pas trop le choix me direz-vous après la cuisante défaite qu’il a subie, reléguant son parti au troisième rang pour la première fois de l’histoire.

Le problème, c’est que l’ancien chef libéral ne va pas vraiment jusqu’au bout de l’exercice.

Michael Ignatieff assume la responsabilité de la défaite électorale de 2011. Mais, en fin de compte, il fait avant tout porter le blâme aux publicités assassines des conservateurs, dont l’écho du « He didn’t come back for you » et du « Just visiting » résonne encore et que son parti n’avait pas les moyens financiers de contrer. Il montre aussi du doigt l’impact imprévisible de la campagne surréelle et courageuse de Jack Layton et le prix politique que les libéraux ont payé pour avoir trop souvent assuré la survie du gouvernement minoritaire conservateur, surtout au coeur de la crise économique mondiale.

Mais que dire de ses contradictions répétées sur des enjeux politiques importants. Que dire du fait que son parti n’a jamais trouvé comment fondamentalement renouveler son discours sur l’économie, laissant ainsi le champ libre à Stephen Harper. Que dire du fait qu’il n’a jamais réussi à définir clairement le Parti libéral dans l’esprit de l’électorat, pour ne nommer que ces exemples parmi tant d’autres.

Certains voient dans cette analyse sélective la preuve de sa propre arrogance. Ou peut-être qu’après avoir admis que durant la campagne de 2011 rien de ce qu’il a dit ou plaidé auprès des électeurs canadiens n’a fait une différence, dresse-t-il un constat assez sévère qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter. À vous de juger.

 « La défaite m’a invalidé comme politicien, mais aussi en tant qu’écrivain et penseur. » – Michael Ignatieff

Malgré le choc d’une défaite qu’il dit avoir aujourd’hui digérée, Michael Ignatieff plaide qu’il croit plus que jamais à la noblesse de l’engagement politique qu’il décrit comme une vocation. Ce livre, il affirme d’ailleurs l’avoir écrit pour la prochaine génération de politiciens, afin qu’ils sachent dans quoi ils s’embarquent.

« La politique est une lutte noble qui exigera davantage de contrôle de soi, de jugement, de force intérieure que vous n’avez jamais pensé posséder », écrit-il à ces jeunes politiciens de demain. Mais, en même temps, il décrit la joute politique d’aujourd’hui comme une joute souvent dégradante, centrée sur les attaques personnelles et une partisanerie qui a l’effet d’un poison. Les campagnes électorales sont comparées à une téléréalité superficielle qui nourrit le cynisme de l’électorat.

Justement, comment réconcilier la noblesse de la mission politique et l’idéalisme qui devrait la guider avec l’environnement souvent toxique dans lequel se déroule le débat?

Michael Ignatieff offre un début de réponse dans le dernier chapitre. De là à ce que celle-ci soit réaliste ou crédible dans le monde d’aujourd’hui, c’est autre chose. Car sans surprise, celui dont la vie politique aura été marquée par l’échec conclut que ce qui compte c’est avant tout de prendre le risque, d’essayer.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Conservateurs = consommateurs?

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 publié le 27 septembre 2013 à 14 h 39

La « classe moyenne » est dans la ligne de mire de tous les partis fédéraux. Justin Trudeau a de la difficulté à prononcer une phrase sans y inclure l’expression consacrée, peu importe l’endroit ou l’heure de la journée. Le NPD vous dira qu’il s’en préoccupe depuis toujours. Jack Layton en a beaucoup parlé pendant la dernière campagne et le parti a un historique de conférences de presse et de projets de loi de ses députés qui remplirait un plein tiroir de filière, oups… toute une clé USB de 2 Go.

Les conservateurs ne sont pas en reste. À preuve, cette série de crédits d’impôts ou de déductions très ciblés, déjà en vigueur ou promis, pour l’activité physique des enfants, puis des adultes, les laissez-passer de transport en commun, l’achat d’outils, les activités artistiques, les aidants naturels, la rénovation domiciliaire. N’en jetez plus, la cour est pleine. La baisse de 2 % du taux de la TPS profite à tout le monde, mais on s’entend que la « classe moyenne » était particulièrement sensible au message sinon aux effets concrets de la mesure.

Mais là, tout indique que les conservateurs vont pousser la démarche un peu plus loin. Ça se voit d’ailleurs déjà dans au moins un grand secteur de consommation : la téléphonie cellulaire. Il circule aussi dans la capitale fédérale que le gouvernement Harper va prendre le parti de David (le consommateur) face à une escouade de Goliath. Après tout, c’est le même consommateur qui fait face aux Bell, Telus et Rogers, ainsi qu’aux lignes aériennes et aux banques. On s’attend à ce que le discours du Trône du mois prochain fasse part des intentions du gouvernement Harper dans ces deux derniers secteurs. L’offensive est déjà commencée en ce qui concerne les télécommunications mobiles, on y reviendra plus loin.

Dans le cas des lignes aériennes, le collègue John Ivison du National Post parlait d’une quasi-charte (décidément…) des droits des passagers. Du côté des banques, le ministre Flaherty ne se gêne pas pour leur dicter une ligne de conduite sur les pratiques hypothécaires et on connaît ses inquiétudes face à l’endettement des ménages au pays. Émetteurs de cartes de crédit, soyez à l’écoute le 16 octobre autour de 17 h, en direct du Sénat.

Il faut dire que le dernier budget Flaherty donnait déjà pas mal le ton « consommateur » en début d’année. On y parlait justement d’un « code exhaustif » pour les consommateurs dans le secteur financier. Surtout, bien plus terre-à-terre comme mesure, M. Flaherty éliminait des tarifs douaniers sur les vêtements pour enfants et les articles de sport en avertissant littéralement les grossistes, distributeurs et marchands qu’il s’attendait à ce que le consommateur, en fin de compte, voie toute la différence dans le prix des biens en question.

Pour s’en assurer, le 7 août dernier, le ministère des Finances annonçait l’octroi d’un contrat à la firme Nielsen afin que celle-ci exerce une surveillance sur ce transfert, en principe, de près de 80 millions de dollars vers les porte-monnaie des familles canadiennes. Dans la même veine, un rapport du Sénat sur les différences de prix entre les États-Unis et le Canada ne restera pas lettre morte, des commandes sont passées dans l’appareil gouvernemental. Un autre paragraphe dans le discours du Trône? Pourquoi pas?

Et si vous avez encore des doutes sur l’orientation que veut se donner le gouvernement Harper, vous n’avez qu’à voir comment il traite les trois grands (méchants???) des télécommunications depuis le début de l’été. Le ton du ministre James Moore, fraîchement débarqué à l’Industrie, devant les hauts cris et les accusations de favoritisme de Bell, Telus et Rogers avec l’arrivée appréhendée du géant américain Verizon dans leur cour, était fort révélateur.

Même après le retrait de Verizon et la confirmation qu’aucun gros joueur étranger ne menacerait les trois plus gros fournisseurs canadiens de services sans-fil, le gouvernement s’acharne. Ça doit être clair. Il faut que les utilisateurs de portables dans tout le pays ne doutent pas de quel côté de la clôture se trouve le gouvernement Harper.

 

Les quotidiens du pays publiaient samedi dernier une pleine page de publicité pas nuancée pour deux sous. En résumé, le message, c’est que le trio Bell/Telus/Rogers utilise sa domination du marché pour vous extorquer de l’argent et répand des commérages sur l’industrie pour la préserver.

 

La publicité vous envoie à un site web d’Industrie Canada qui ressemble fort pour ce qui est de l’argumentaire à un autre, propriété du Parti conservateur, le tout, assorti, on est en 2013 après tout, d’un compte Twitter du ministère.

 

 

 

La frontière entre les ressources gouvernementales et partisanes est un peu floue, en tout cas, on peut certainement parler d’une belle communauté de pensée!!!

Avec ce blitz, cette guerre de tranchées médiatique, les dirigeants de Bell, Telus et Rogers goûtent en fait à un traitement dont Stéphane Dion et Michael Ignatieff pourraient leur parler longtemps! Et les PDG de banques et de compagnies aériennes vont y penser deux fois avant d’entreprendre une guerre de relations publiques avec le gouvernement fédéral.

J’ai bien hâte de voir comment le même gouvernement défendra un autre groupe de consommateurs qui a aussi ses accès d’impatience face aux pratiques des grosses entreprises. Je parle des automobilistes qui ont toujours de la difficulté à s’expliquer et, surtout, à avaler les brusques variations du prix de l’essence.

À deux ans des prochaines élections fédérales, ça donne une bonne idée de la thématique qui risque de guider tous les partis d’ici là. Le tout, évidemment, agrémenté des accidents de parcours de l’actualité comme les enquêtes sur les sénateurs ou la personne du bureau du premier ministre, les crises internationales ou les querelles Ottawa-Québec pour ne donner que ces exemples-là.

 

Catégorie: Ottawa, Québec

Fin prêts pour les élections complémentaires

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 publié le 27 septembre 2013 à 13 h 39

Il y a en politique des automatismes incontournables pour les partis politiques : un siège se libère? On se prépare pour l’élection complémentaire!

Il y a en ce moment quatre sièges à combler : Bourassa (Qc), en raison du départ du libéral Denis Coderre, Provencher (Mn), après la retraite du conservateur Vic Toews, Toronto-Centre (On) que le libéral Bob Rae laisse vacante et Brandon-Souris (Mn) qui était représentée par le conservateur Merv Tweed.

Deux ans après les élections générales et deux ans avant les prochaines, le but des conservateurs n’est pas de faire des gains, même si ce serait une jolie surprise, mais de garder les circonscriptions qu’ils avaient. Les partis d’opposition aussi ne veulent pas perdre de terrain, mais en gagner si possible.

Le premier ministre Harper a jusqu’au 30 novembre pour déclencher la première complémentaire, Bourassa, mais la plupart des analystes croient qu’il choisira de déclencher les quatre élections complémentaires en même temps. La campagne doit durer au minimum 36 jours et il faut qu’il se méfie de l’hiver qui arrive et qui peut compliquer les activités de campagne et le vote.

Donc le pari c’est qu’au plus tard début novembre, ces quatre sièges seront en jeu. Et les partis seront prêts.

Sans faire d’avance toutes les luttes, il faut noter les espoirs des néo-démocrates dans Bourassa et Toronto-Centre qu’ils espèrent ravir aux libéraux. Dans Bourassa, ils ont choisi cette semaine la chanteuse du groupe Bran Van 3000, Stéphane Moraille, bien connue. Elle fera la lutte à Emmanuel Dubourg, ancien député provincial qui a obtenu l’investiture libérale. Quoique pour les libéraux comme pour les néo-démocrates, dans Bourassa comme dans Toronto-Centre, ce sera aussi un test important pour les chefs Justin Trudeau et Thomas Mulcair.

Dans Toronto-Centre, deux ex-journalistes vont s’affronter, Chrystia Freeland pour les libéraux et Linda McQuaig pour les néo-démocrates.

Au Manitoba, on ne croyait pas que les conservateurs auraient de difficultés, mais dans Brandon-Souris ils ont eu un processus de nomination acrimonieux, où un candidat populaire a été écarté pour une formalité, ce qui ouvre la porte, du moins c’est ce que les libéraux espèrent, à une vraie course. Mais le seul candidat pour les libéraux jusqu’à maintenant, Rolf Dinsdale, a quelques problèmes. Il a déjà été obligé de corriger son CV où il affirmait avoir travaillé pour Facebook, alors que c’était pour un sous-traitant torontois de Facebook. Et puis il a jusqu’à tout récemment fait partie d’un groupe punk Shit from Hell, dont les titres de chansons comme Horny Single Mom (« mère célibataire en chaleur » – ma traduction) et Jesus Got Wood (« Jésus a quelque chose entre les deux jambes », ma traduction) pourraient choquer. L’assemblée d’investiture libérale n’a toujours pas eu lieu dans Brandon-Souris.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

André Boisclair : comment y voir clair?

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 publié le 26 septembre 2013 à 19 h 40

Chaque fois qu’un étudiant en journalisme me demande si je suis gêné de poser des questions aux politiciens, je réponds qu’il n’y a pas de questions stupides, seulement des réponses stupides.

Pour autant qu’il y ait des réponses. Depuis quelques années, nos politiciens ont pris la mauvaise habitude de poser des questions tendancieuses sans vraiment chercher les réponses. Dans l’opposition, Stéphane Bergeron et Nicolas Girard du Parti québécois étaient passés maîtres dans cet art. « Est-ce que c’est parce qu’il a donné X dollars au PLQ que monsieur Y a obtenu tel contrat? Je me questionne! »

Jacques Duchesneau, maintenant député de la Coalition avenir Québec, devait prendre des notes. Dans l’art de tourner autour du pot, il a fait ses classes cette semaine. Voici ce qu’il a dit mercredi : « En 2005, M. Boisclair lui-même avouait qu’alors qu’il était ministre, il avait consommé de la cocaïne. Alors la question qu’on se pose, M. Sauvé étant associé aux Hells Angels, et qu’on ait une subvention de 2,5 millions de dollars de donnée, est-ce que c’est venu influencer sa décision? Je ne le sais pas. »

M. Duchesneau ne sait pas? Que veut-il dire? On comprend qu’il laisse entendre que la consommation de drogue d’André Boisclair le plaçait dans une position vulnérable face à ceux qui la lui fournissaient? C’est ça? Où veut-il dire que M. Boisclair ne voyait pas clair parce qu’il consommait de la drogue? Je m’y perds…

Ou peut-être que M. Duchesneau sait! Aujourd’hui, il a dit avec son chef François Legault que la vérité finit toujours par se savoir. Ah bon! Mais alors, dites-nous la vérité. C’est quoi la vérité? On la veut la vérité.

Mais nos politiciens la veulent-ils vraiment la vérité? Ou veulent-ils simplement embarrasser leurs adversaires? Et pour ça, ils considèrent que tous les coups sont permis.

Parce que la vérité, je pense bien qu’on ne la connaîtra pas. Placez-vous dans les souliers d’André Boisclair. Est-ce que vous poursuivez Jacques Duchesneau? Non! Vous ne voulez pas déballer toutes ces histoires de drogue en plein tribunal. Vous ne voulez pas répondre à des questions comme : « Avec qui consommiez-vous? De qui achetiez-vous la drogue? Étiez-vous intoxiqué quand vous travailliez? »

Et la vérité est-elle si importante? Les soupçons pèsent sur André Boisclair, le gouvernement se fait questionner, il se défend… L’intégrité est de nouveau un enjeu.

Le but est atteint…

Catégorie: Québec

La fin de l’idéalisme?

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 publié le 24 septembre 2013 à 16 h 43

Depuis l’arrivée de Stephen Harper au pouvoir en 2006, tous les chefs d’opposition à Ottawa ont dénoncé les tactiques conservatrices. Tout comme le contrôle absolu, les points de presse ultra-contrôlés, le nombre limité de questions. Ils ont aussi dénoncé le style de campagne très scénarisé du premier ministre, les non-réponses aux questions, les campagnes de publicité assassines… Les chefs d’opposition ont également, d’une façon ou d’une autre, promis de changer ce nouvel ordre des choses pour renouer avec la transparence inhérente et nécessaire au processus démocratique.

Et si cet idéalisme ne pouvait plus fonctionner dans le monde politique d’aujourd’hui?

C’est le constat brutal que dresse Brian Topp, l’ex-directeur de campagne de l’ancien chef néo-démocrate de Colombie-Britannique Adrian Dix, dans une note de service sur les causes de la défaite électorale qui circule depuis quelques semaines.

Pour la petite histoire, oui, Brian Topp est l’ancien adversaire de Thomas Mulcair dans la course à la direction du NPD fédéral. Il a surtout dirigé la campagne du chef néo-démocrate en Colombie-Britannique, au printemps dernier, lors de laquelle Adrian Dix a réussi à perdre une bataille électorale qu’il avait pourtant amorcée avec 20 points d’avance dans les intentions de vote.

Déjà, en mai dernier, il était évident que le bilan de cette défaite allait servir de leçon aux néo-démocrates à Ottawa.

Adrian Dix avait promis une campagne positive, authentique et de substance. Or, ces trois piliers ont contribué à le couler.

En s’engageant à être « positif », il s’est empêché d’attaquer, de riposter aux attaques de sa rivale libérale Christy Clark, qui menait une campagne à la Stephen Harper.

En s’engageant à être « authentique », il était accessible, prononçait des discours sans télésouffleur, répondait à toutes les questions des journalistes et finissait ainsi par « diluer » son message politique tous les jours face à une rivale qui martelait ses attaques et son mantra « des emplois et de l’économie ».

En menant une campagne de substance, la plateforme de son parti était trop détaillée, trop axée sur les coûts et les nuances, plutôt que sur les enjeux plus simples et plus larges qui trouvent plus facilement écho auprès de l’électorat.

Il est intéressant de noter d’ailleurs que ce sont là toutes des conclusions que l’on aurait pu dresser au sujet de la campagne libérale de Michael Ignatieff en 2011, après qu’il eut mené son parti à sa pire défaite électorale.

Parmi les remèdes proposés par Brian Topp aux troupes néo-démocrates de la Colombie-Britannique (et que les néo-démocrates à Ottawa ont minutieusement décortiqué), on retrouve les suivants : le chef devrait s’en tenir à un message simple, clair, précis, ultra-scénarisé, et les points de presse du chef en campagne électorale devraient être brefs, rares et dans la mesure du possible répéter le message du jour.

Morale de l’histoire, il faut faire comme l’adversaire libéral (ou conservateur à Ottawa) : limiter le débat, répéter le message ad nauseam et, surtout, attaquer l’adversaire, « nommer l’ennemi » même, car le chef demeure LA marque de commerce de son parti.

À Ottawa, après trois victoires électorales conservatrices, ces leçons ne surprennent personne. Les stratèges, même les plus idéalistes, commencent petit à petit à se ranger derrière la logique.

Comme me disait l’un d’eux : « Dans le monde d’aujourd’hui, en politique, la nuance n’a plus beaucoup de place. On opère dans un monde de plus en plus binaire. »

Sur le sujet, je vous invite d’ailleurs à lire l’analyse de Chantal Hébert dans le Toronto Star.

Il sera intéressant de voir si le chef libéral Justin Trudeau, qui se réclame d’un autre style et qui veut faire de la politique autrement, résistera, le moment venu, à la tentation du contrôle absolu pour espérer gagner.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

La prorogation et la visibilité des partis politiques

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 publié le 20 septembre 2013 à 14 h 01

Quand Stephen Harper a annoncé la prorogation du Parlement et ainsi retardé d’un mois la rentrée parlementaire, il a atteint deux buts : éviter de répondre quotidiennement à des questions embarrassantes, mais aussi priver les partis d’opposition d’une visibilité médiatique.

Quand la Chambre des communes siège, les partis politiques ont une présence quasi quotidienne dans les grands médias traditionnels. Pensez simplement aux chaînes de nouvelles en continu qui vont si souvent en direct à la période de questions de la Chambre et les extraits qui se retrouvent dans les bulletins de nouvelles radio, télé et web. Avec la prorogation, les partis politiques sont ainsi privés d’une visibilité inespérée. Tout ça fait habituellement l’affaire des partis au pouvoir qui veulent contrôler l’ordre du jour et faire « la une » à leur convenance.

Mais pour les partis d’opposition, c’est presque une catastrophe. Ils doivent trouver le moyen de rester dans l’actualité. Et les moyens d’y arriver sont peu nombreux. Tant le NPD que le Parti libéral du Canada ont travaillé fort cette semaine pour « faire les nouvelles », avec peu de succès, il faut le convenir. Le NPD a tenu une période de questions virtuelle sur son site Internet afin, souhaite-t-il, de talonner le gouvernement Harper comme il l’a si bien fait le printemps dernier. Chaque jour de la semaine, les députés du NPD ont mis leurs questions en ligne, plus d’une vingtaine par jour. Les conservateurs ont répondu à deux questions et les néo-démocrates estiment avoir rejoint autour de 98 000 personnes pendant les quatre premiers jours de la période de questions virtuelle.

Ils admettent cependant avoir prêché à des gens convaincus et que l’exercice a surtout été suivi par la base militante du parti.

Même chose pour le Parti libéral et Justin Trudeau. Le chef libéral a tenu deux points de presse au cours de la semaine et a eu deux conversations en ligne, également suivies essentiellement par des libéraux.

En contrepartie, il faut admettre que l’actualité a été abondante et a laissé peu de place aux exercices médiatiques des partis d’opposition. Le tragique accident d’autobus à Ottawa, la charte des valeurs, la perquisition de l’UPAC dans les bureaux du PLQ, et les révélations à la commission Charbonneau ont monopolisé les bulletins de nouvelles. Voilà donc que les partis d’opposition devront trouver le moyen de faire parler d’eux d’ici au 16 octobre. C’est la date du discours du Trône et de la reprise des travaux parlementaires. Trois semaines et demie à meubler, à tenter de susciter l’intérêt des médias pendant un automne chargé. S’ils n’y arrivent pas, Stephen Harper aura gagné son pari…

Catégorie: Ottawa

Julie Miville-Dechêne : la fronde

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 publié le 20 septembre 2013 à 9 h 44

Julie Miville-Dechêne
Julie Miville-Dechêne

La sortie fracassante de la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, est exceptionnelle. Rarement, sinon jamais, a-t-on vu le président ou la présidente d’un organisme public critiquer ainsi le gouvernement et l’accuser directement, sans retenue, d’ingérence.

Quelques réflexions :

1- Mme Miville-Dechêne a de toute évidence des réserves sur le projet de charte des valeurs. Peut-être même qu’elle n’est pas d’accord. Pas d’accord, parce que sa sortie met en cause la position historique du Conseil qui prône justement l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique et parapublique. Conséquence : un bras de fer avec la ministre Agnès Maltais.

2- Sur le fond, Mme Miville-Dechêne a tout de même un point : aucune étude ne sous-tend la position du gouvernement sur l’interdiction des signes religieux. Il serait peut-être bon d’en avoir une sur le nombre de femmes touchées et les effets que cela aurait sur elles.

3- L’indépendance du Conseil du statut de la femme est relative. Sa présidente est nommée par le gouvernement, les membres de son conseil d’administration aussi. On s’attend tout de même à ce qu’un comité consultatif (le Conseil donne des avis) reste à l’abri de l’ingérence politique directe. À quoi bon avoir un comité consultatif si on dirige ses travaux?

4- Les relations entre le gouvernement et la présidente du Conseil seront invivables au cours des prochains mois. Son mandat se termine en 2016. C’est long, trois ans, dans les circonstances…

Catégorie: Québec

Kathleen Lièvre et Wynne Tortue

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 publié le 19 septembre 2013 à 16 h 49

Kathleen Wynne aime la course à pied. Elle continue d’en faire presque tous les matins, même depuis qu’elle est devenue première ministre. Avec ses agents de sécurité qui la suivent de près, en voiture. Kathleen Wynne une coureuse de fond. Mais pour ce qui est de la politique, on dirait qu’elle n’arrive pas à décider si elle veut être le lièvre ou la tortue.

La semaine dernière, elle appuyait sur l’accélérateur. Elle semblait pressée de faire adopter les projets de loi de son gouvernement minoritaire. Elle menaçait même, à mots couverts, de déclencher des élections si les partis d’opposition continuaient de faire de l’obstruction et refusaient de coopérer.

Cette semaine, elle semble plutôt vouloir mettre les freins sur un de ses seuls projets originaux : trouver de nouveaux moyens de financer le transport en commun. Depuis le début de l’année, deux rapports ont proposé plusieurs options : péage, taxes, impôts, frais aux usagers. Si Kathleen Wynne veut faire avancer les choses rapidement, elle n’a qu’à faire son choix. Elle a plutôt décidé de mettre sur pied un comité d’experts (un autre) pour étudier la question davantage, avec un rapport prévu en décembre. Si elle cherchait à gagner du temps, elle ne s’y prendrait pas autrement.

Pourquoi attendre? D’abord parce qu’elle sait que les conservateurs et les néo-démocrates s’opposent à tout nouvel outil de financement et qu’ils voteront contre si l’occasion se présente. Comme c’est un projet de plusieurs milliards de dollars, ce sera par définition un vote de confiance. Dans les faits, en prolongeant l’attente, Kathleen Wynne choisit le moment de la défaite de son gouvernement. Le prochain budget du printemps semble une occasion tout indiquée.

Kathleen Wynne veut aussi attendre parce qu’elle n’a pas l’impression que les Ontariens sont prêts, à ce moment-ci, à payer davantage pour de meilleurs transports en commun. Elle dévoile ses intentions petit à petit et espère qu’à force d’exposer les gens à cette idée, ils vont s’y habituer (l’effet de simple exposition).

Kathleen Wynne se fait donc lièvre pour adopter le plus de projets de loi possible avant la prochaine élection. Mais elle se fait aussi tortue pour retarder la chute de son gouvernement. Parce que ce fil d’arrivée sera, en fait, la prochaine ligne de départ.

 

Catégorie: Ontario

Charte des valeurs : un scénario de repli

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 publié le 17 septembre 2013 à 13 h 46

Il n’est peut-être pas si compliqué de deviner de quelle façon le gouvernement Marois devrait évoluer dans le dossier de la laïcité, surtout en ce qui a trait à l’interdiction des symboles religieux ostentatoires dans le secteur public.

Les partis d’opposition ont déjà délimité leurs territoires :

  • Le Parti libéral s’oppose à toute interdiction des symboles religieux.
  • Québec solidaire propose de les interdire seulement pour ceux pour qui cela entraverait le devoir de réserve.
  • La Coalition avenir Québec précise que les juges, les procureurs, les policiers, les gardiens de prison et le personnel scolaire ne pourraient pas porter de signes religieux.

Le gouvernement du Parti québécois pourrait être tenté de se replier sur une position « CAQ + » pour son projet de loi de charte des valeurs québécoises.

Notons d’ailleurs qu’il y a une majorité d’élus à l’Assemblée nationale du Québec (avec ceux de la CAQ et du PQ) qui est favorable à une interdiction des symboles sacrés qui viserait une partie plus ou moins large des employés du secteur public.

Le scénario « CAQ + »

Voici à quoi pourrait ressembler ce scénario « CAQ + » :

En plus des corps policiers, judiciaires et du personnel scolaire, le gouvernement de Pauline Marois soumettrait sans doute les centres de la petite enfance et les garderies privées subventionnées à cette interdiction. Il envisagerait probablement d’inclure aussi les employés de la fonction publique qui sont en contact avec les citoyens.

Les autres employés de l’État ne seraient probablement pas contraints de respecter l’exigence de neutralité religieuse.

Il est plausible aussi que l’administration péquiste abandonne l’idée de soumettre les établissements de santé, les universités, les cégeps et les municipalités à ce bannissement des symboles. Il suffira de créer un programme volontaire pour les conseils d’administration et les conseils municipaux.

Le gouvernement mettrait ainsi de côté cet incohérent « droit de retrait » renouvelable qui, paradoxalement, aurait été invoqué par des institutions qui comptent le nombre le plus important d’employés arborant des symboles religieux.

Le ministre Drainville pourrait aussi s’intéresser davantage aux symboles « visibles » et délaisser la notion de symboles « ostentatoires », comme le suggère aussi la CAQ. Cela éviterait au ministre de devoir faire des dessins dans son projet de loi.

En outre, Québec pourrait sagement prévoir une période de transition avant une entrée en vigueur complète de la loi, afin de faciliter les réaffectations et les réorientations du personnel. Le gouvernement devrait aussi au minimum consulter les Premières Nations.

Quant au crucifix à l’Assemblée nationale, on peut supposer que Québec maintiendra sa position, qui est populaire, quoique pas très logique.

Bien que certains y verront un recul, ce scénario constitue déjà tout un programme dans un contexte nord-américain.

Bernard Drainville aurait d’ailleurs intérêt à mieux expliquer, si cela est possible, les raisons pour lesquelles les bambins et les élèves ne devraient pas être exposés aux symboles religieux.

Des interrogations

Le ministre des Institutions démocratiques pourra consacrer tout son temps éveillé à piloter ce dossier explosif. La première ministre, elle, n’aura pas ce loisir.

Comme toujours, Pauline Marois apprendra vite, elle gagnera en assurance et en précision sur ce sujet, mais sans jamais véritablement parvenir à convaincre… qu’elle est elle-même parfaitement convaincue. C’est ainsi. Pauline Marois n’y parvient pas. Pas encore.

Y parviendra-t-elle, cette fois, avec la question de la laïcité?

De son côté, le chef libéral Philippe Couillard affirme que cette charte est la charte de la chicane. Pour l’essentiel, c’est tout ce qui a été retenu de sa proposition sur la laïcité, présentée il y a tout juste deux semaines.

Qui souhaite que Philippe Couillard explique de nouveau ce qu’est l’interculturalisme? Qui a compris ce que Philippe Couillard voulait véritablement changer?

Le chef caquiste, François Legault, est en voie de se transformer en instrument du gouvernement Marois. En fait, la CAQ offre déjà une caution au projet du gouvernement, en ouvrant la porte au principe de l’interdiction des symboles religieux pour de nombreux employés de l’État. François Legault est dans une situation difficile, incapable de se distinguer réellement de ses adversaires. Jusqu’où ira-t-il et comment parviendra-t-il à se tirer du guêpier dans lequel il se trouve?

Québec solidaire réaffirme que sa position est adoptée depuis des années, mais le malaise est encore palpable. Les communiqués et les interventions du parti ne cherchent jamais à expliquer clairement et complètement sa position, qui paraît très proche de celle du Parti libéral. Françoise David parviendra-t-elle à faire entendre la voix de son parti en cette seconde année de mandat de ce gouvernement minoritaire?

Il peut y avoir une posture politique avantageuse pour Pauline Marois dans tout ça, mais l’affaire est très délicate à mener. Son ministre est un homme talentueux et fougueux qui lui offre, peut-être, un intéressant thème de campagne électorale. Une chose est sûre, cela devrait permettre à la chef du Parti québécois d’éviter de parler de souveraineté au cours de la prochaine campagne électorale.

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