La diffusion d’informations par le Journal de Montréal sur les intentions du gouvernement concernant la charte des valeurs québécoises fait beaucoup réagir.

L’idée d’interdire les signes religieux dans la fonction publique, les tribunaux, les écoles, les garderies publiques et les hôpitaux n’est pas nouvelle. En fait, c’est une promesse électorale de Pauline Marois. L’hypothèse qui a trouvé écho dans les médias vient préciser les intentions du gouvernement.

Il faut saluer la volonté du gouvernement de s’attaquer à l’encadrement des accommodements religieux ou raisonnables. Depuis le rapport de la commission Bouchard-Taylor, rien n’a été fait. Le gouvernement libéral a déposé un timide projet de loi qui est mort au feuilleton. Avec comme conséquence que les administrateurs publics sont démunis quand des cas se présentent.

Maintenant, c’est à vous de décider si vous êtes pour ou contre la proposition du gouvernement.

Au-delà des considérations identitaires, il faut s’arrêter à la stratégie politique.

La fuite d’informations sert le Parti québécois. Il s’agit probablement d’un « ballon d’essai » politique sur l’opinion publique.

L’hypothèse est la suivante : il est probable que quelqu’un au gouvernement (peut-être la première ministre elle-même), bien au fait des propositions de la charte, ressent un certain malaise.

En laissant couler l’information, sans la démentir ou la confirmer, cette personne provoque le débat, quitte à ajuster le tir avant l’annonce officielle. Si la réaction est forte, on dilue la proposition. Si la réaction est favorable, on se réconforte. C’est le test de l’opinion publique.

Sur la question identitaire, le gouvernement n’a pas réussi à faire lever la pâte avec la souveraineté et la langue. Il reste les valeurs québécoises. On se présente comme le champion de ces valeurs, ce qui politiquement est rentable. En testant la température de l’eau, le gouvernement saura s’il est dans la bonne direction.

La fuite atteint aussi un autre but : forcer les partis d’opposition à se commettre. Pour le PLQ et la CAQ, cela nécessitera des arbitrages.

PLQ

Le Parti libéral veut reconquérir les régions du Québec, où les valeurs québécoises sont importantes. Mais il doit aussi composer avec un électorat acquis dans les communautés culturelles. S’il adopte une position trop molle, il déplaira aux régions. S’il adopte une position trop ferme, ce sont les communautés culturelles qui seront mécontentes. C’est un pensez-y-bien pour Philippe Couillard.

CAQ 

La Coalition avenir Québec a une base militante adéquiste probablement en faveur de l’hypothèse gouvernementale. Mais François Legault semble plutôt préconiser l’approche « Bouchard-Taylor » d’interdire les signes religieux seulement pour les juges, les policiers et les gardiens de prison. Là aussi, un arbitrage délicat des opinions sera nécessaire.

Bref, au-delà de l’important débat sur les valeurs québécoises et leur encadrement, il y aussi une stratégie politique qui vise la mobilisation en vue des prochaines élections.