Billets publiés en mai 2013

La dure semaine de Stephen Harper

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 publié le 31 mai 2013 à 14 h 29

La semaine qui s’achève a probablement été une des plus difficiles pour Stephen Harper depuis son arrivée au 24 Sussex début 2006. A l’exception des semaines entourant la prorogation in extremis de la Chambre, fin 2008, au moment où son gouvernement minoritaire était menacé de renversement à peine deux mois après sa réélection, jamais n’avait-on vu le gouvernement Harper être assiégé de la sorte.

La tactique habituelle face à l’adversité, dresser un mur, nier les faits et contre-attaquer agressivement pour renverser la vapeur, non seulement ne fonctionnait pas, elle n’était tout simplement pas une option à court terme. L’affaire Wright/Duffy est différente et on l’a senti au Bureau du premier ministre (BPM). Les ministres Baird, Van Loan et Moore ainsi que M. Harper, s’en sont donc tenus dans un premier temps à des lignes rigoureusement étudiées plutôt que de recourir aux invectives et aux insultes habituelles pour faire taire l’opposition. M. Harper a bien tenté d’envoyer aux visages des néo-démocrates et des libéraux leurs propres ennuis, ça n’a pas vraiment levé. Le fait que Thomas Mulcair n’ait pas révélé il y a 17 ans ce qui pouvait avoir été une offre d’argent comptant de Gilles Vaillancourt et que le conjoint d’une sénatrice libérale ait transféré des fonds dans une fiducie aux îles Cook ne faisait pas le poids face aux questions auxquelles font face les conservateurs dans le dossier Wright/Duffy. Même les remarques un peu maladroites de Justin Trudeau sur l’avantage qu’a le Québec face à l’ouest avec ses 24 sénateurs n’ont pas permis de détourner l’attention. Et je ne reviendrai pas sur le pénible interrogatoire auquel s’est résigné M. Harper mardi aux Questions à son retour en Chambre, tout a été dit à ce sujet.

Les sénateurs et surtout les députés conservateurs entendent ce qui se dit sur le terrain, tout le monde a son opinion et le sondage de ce matin montre pourquoi cette crise est différente de celle entourant Bev Oda, les F-35 ou même le débat sur l’avortement. 13% de répondants seulement qui croient le Premier ministre Harper quand il dit ne pas avoir su pour le chèque remis par son chef de cabinet au sénateur Duffy en difficulté, ça doit correspondre à ce que les conservateurs ont eux même senti sur le terrain ou décelé avec leurs propres sondages, d’où le sérieux avec lequel on aborde l’affaire.

Mercredi, en attaquant ses adversaires, Stephen Harper misait peut-être sur le recours annoncé la veille au soir à la GRC par le Sénat pour tenter de tourner la page. Hier, en point de presse avec le président chilien, il a aussi fourni sa réponse la plus serré, systématique, sur sa connaissance personnelle des faits entourant le chèque de $90 000.

M. Harper y insiste sur la décision de Nigel Wright, sur le fait qu’il ne lui en a pas parlé, qu’il l’a su le 15 mai au matin, qu’il a tout de go demandé à son personnel de rendre public ce qu’on savait à son bureau là-dessus, qu’il aurait demandé cette même publication avant le 15 mai s’il avait su avant pour le chèque et enfin qu’il aurait carrément dit à M. Wright de ne pas faire ça s’il avait su à l’origine.

Vidéo : La dure semaine de Stephen Harper

M. Harper a-t-il bouché tous les trous sur son implication personnelle et sur celle de son bureau dans l’affaire du chèque avec cette réponse assez méthodique? Pendant que la Commissaire à l’éthique se penche sur cet aspect là de l’affaire et que la GRC examine les faits entourant le chèque mais aussi l’ensemble des réclamations de dépenses des sénateurs, quelles questions se posent encore?

Trois aspects ne sont pas encore couverts. Dans un premier temps, le premier ministre est encore interpellé. On peut se demander à quel genre d’instructions ou d’ordre ou dans quel contexte Nigel Wiright, homme brillant aux yeux de tous, a pris ce moyen exceptionnel, et même extrême, pour sortir M. Duffy de son trou financier? Pourquoi M. Duffy en particulier. Ensuite, pendant la période de deux mois entre la décision de M. Wright et la publication, quel a été le rôle des gens du BPM, qui pourrait avoir participé ? Qui savait quoi? À quel moment? Enfin, et là, Stephen Harper est au milieu de l' »action »; que s’est-il passé entre le 15 et le 19 mai? Pendant ces quatre jours, M. Wright est resté chef de cabinet, le BPM a publié divers commentaires et positions sur l’affaire et sur M. Wright précisément. Visiblement, étant donné sa position unique auprès du premier ministre, on tentait de ne pas s’en séparer. Encore une fois, qu’est-ce qui a mené à sa démission tardive comme M. Harper l’a lui-même admis? Au-delà du jugement initiale du premier ministre qui peut être l’objet d’interrogations, comment tout ça a évolué dans l’édifice Langevin?. M. Wright n’est quand même pas resté incommunicado jusqu’au dimanche matin 19 mai.

Ça met la table pour les semaines qui restent à la session et qui mèneront à un congrès conservateur qui s’annonce animé, fin juin, à Calgary.

Catégorie: Ottawa

Judo politique (prise 2)

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 publié le 30 mai 2013 à 22 h 18

La première ministre de l’Ontario Kathleen Wynne survit à son premier vote de confiance.

La chef du NPD Andrea Horwath, 3e parti à Queen’s Park, maintient les libéraux minoritaires au pouvoir. Pour le moment.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au moment où la tourmente à l’hôtel de ville de Toronto continue d’attirer toute l’attention, le gouvernement minoritaire de Kathleen Wynne vient de survivre à un vote de défiance. 

En situation de gouvernement minoritaire, avoir la balance du pouvoir peut être une arme à double tranchant pour un parti politique. Parlez-en au NPD ontarien. Les néo-démocrates viennent d’appuyer les libéraux minoritaires pour faire adopter la motion sur le budget. Le gouvernement de Kathleen Wynne a donc survécu à son premier vote de défiance (et survivra fort probablement aux deux prochains, si le NPD tient parole).

Le prix de cet appui? La chef du NPD Andrea Horwath a obtenu plusieurs concessions dans des dossiers qui lui étaient chers : de meilleurs soins à domicile, de l’aide aux jeunes chômeurs, une réduction de 15 % des primes d’assurance auto, un nouveau chien de garde pour surveiller les dépenses du gouvernement. Les députés du NPD se donnent des tapes dans le dos et crient victoire, « On s’est retroussé les manches, on a travaillé à un compromis qui favorise les Ontariens », dit Gilles Bisson, leader parlementaire du NPD.

Sauf que…

Sauf que Kathleen Wynne vient de s’approprier les idées néo-démocrates et de leur accoler une étiquette « libérale ». Elle en prend possession. Ce sont maintenant ses réalisations, qu’elle va promouvoir auprès des Ontariens et, dans une éventuelle campagne, auprès des électeurs.  Pourquoi le NPD accepte-t-il de se « faire voler » ses idées? « Il ne s’agit pas de marquer des points politiques, dit la chef du NPD Andrea Horwath, mais plutôt de marquer des points pour les plus démunis. »

Un peu d’histoire

En 1985, le chef libéral David Peterson est devenu premier ministre avec l’appui du NPD et de son chef de l’époque, Bob Rae. Dans une entente formelle de deux ans, le NPD a soutiré des gains (projets de loi sur l’équité salariale, le plafonnement des dépenses électorales). En échange, Bob Rae accepte de ne pas faire tomber le gouvernement libéral. Lors de l’élection suivante, les libéraux ont gagné une énorme majorité (95 des 130 sièges). Le NPD perdait des plumes (19 sièges).

En 1975 et en 1977, les conservateurs minoritaires de Bill Davis sont restés en vie pendant six ans. Notamment en mettant de l’avant des idées populaires chez les néo-démocrates de Stephen Lewis et de Michael Cassidy (en santé publique et en éducation). Récompense : une majorité conservatrice en 1981. Le NPD perd alors 12 sièges.

(Au fédéral, différentes circonstances ont donné une majorité aux conservateurs de Stephen Harper et une promotion comme chef de l’opposition officielle pour Jack Layton et son NPD. La « vague orange » au Québec aidant.)

La chef Andrea Horwath espère probablement que les électeurs se souviendront que ses néo-démocrates se sont « battus pour les Ontariens » pour forcer la main des libéraux dans plusieurs dossiers. Plusieurs chefs néo-démocrates ont été échaudés dans le passé. Mais Andrea Horwath semble ne pas craindre l’eau froide.

Catégorie: Ontario

Sous le radar

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 publié le 30 mai 2013 à 12 h 29

Rona Ambrose, ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux et ministre de la Condition féminine du Canada
Rona Ambrose, ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux et ministre de la Condition féminine du Canada

La controverse Wright-Duffy relègue aux oubliettes plusieurs développements sur la scène fédérale. Le Canada est dans un sprint de négociations avec l’Union européenne, une nouvelle réglementation sur les sables bitumineux a été proposée, la Cour fédérale a confirmé le caractère frauduleux d’appels faits pendant la dernière campagne fédérale et, mercredi, la ministre Rona Ambrose a soutenu l’approche présentée, et critiquée ici en février dernier, par un groupe d’experts sur les achats militaires.

En gros, les choix d’approvisionnements militaires seront faits en fonction des bénéfices pour le Canada et pas uniquement des coûts. Elle s’appuie pour cela sur le rapport Jenkins précité. Ce dernier recommandait de s’approvisionner selon les « capacités industrielles clés », une des expressions du jargon militaro-industriel qui est saupoudré un peu partout dans le rapport préparé par…. des dirigeants d’entreprises du secteur de la défense et un major général à la retraite.

À l’époque, l’Association des industries canadiennes de défense et de sécurité (AICDS) avait indiqué que le rapport Jenkins avait « fait vibrer une corde » dans l’industrie. L’AICDS estimait que le rapport devait servir de base à l’approche canadienne en matière d’achats militaires, et elle « était encouragé de voir que les recommandations reflétaient » ce qu’elle proposait depuis un certain temps. Pas une grande surprise si on tient compte des CV des auteurs du document.

Le rapport qualité-prix passe donc au second rang. La fameuse politique des retombées industrielles régionales qui faisaient qu’un fournisseur étranger d’équipement militaire devait dépenser au Canada un dollar pour chaque dollar de contrat ne tient plus, car elle ne stimule pas le développement ni l’innovation au pays. La ministre Ambrose et le rapport Jenkins sont d’accord sur un autre point. Il se peut qu’il en coûte plus cher, le jeu en vaut la chandelle. La ministre affirmait mercredi devant son auditoire de l’industrie qu’il « n’y avait aucune preuve que le fait d’acheter canadien coûtait nécessairement plus cher ».

En tout cas, j’ai encore frais à la mémoire le reportage de mes collègues de la CBC du début de ce mois-ci sur le coût de la conception « Fabriquée au Canada » des navires de patrouille extra-côtiers. Je vous résume : 288 millions de dollars pour la seule conception, le Canada a déjà acheté pour 5 millions les plans du navire norvégien qui sert de base au projet. Le navire, le Svalbard, a coûté moins de 100 millions de dollars à la Norvège en 2002, construction incluse.

En voulez-vous encore? Le Danemark a payé deux navires de patrouille 105 millions en 2007, et l’Irlande en construit deux au coût de 125 millions. Les ministres MacKay et Ambrose ainsi que leurs fonctionnaires n’ont pas été en mesure de décomposer les 288 millions pour la CBC. Mais le chantier naval Irving a répliqué avec une campagne publicitaire qui, elle, décortique le contrat pour en justifier le prix. Malgré les inclusions mentionnées par Irving, les experts consultés estiment qu’on peut faire passer la facture des 5 millions de dollars de l’achat des plans à quelque chose comme 20 à 30 millions, loin des 288 millions du contrat.

À noter que ce projet des navires de patrouille fait partie de la Stratégie de construction navale qui verra le gouvernement canadien dépenser 35 milliards de dollars pour divers navires qui seront construits au pays. La politique d’achat militaire au Canada vaut pour ça, mais aussi pour quelque 240 milliards d’achats sur 20 ans maintenant que le gouvernement Harper a fait siennes les recommandations du rapport Jenkins. À suivre de près donc.

Catégorie: Ottawa

La « visibilité » de Pauline Marois

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 publié le 29 mai 2013 à 16 h 35

une nouvelle campagne de promotion de la souveraineté.

Lundi dernier, la première ministre du Québec avait un horaire de campagne électorale. Elle a amorcé sa journée par une visite de l’entreprise alimentaire Viau, à Laval, pour se rendre ensuite à Montréal saluer la réussite patrimoniale de la coopérative d’habitation station no 1. Le lunch a lieu au Chic Resto pop avant de terminer sa tournée à l’école Saint-Émile.

À l’ordre du jour, deux conférences de presse. Mais la première ministre refuse de répondre à toutes questions qui ne sont pas reliées à sa visite ou à son annonce du jour.

La semaine dernière, le même scénario a eu lieu au moment où elle annonçait le lancement des travaux pour renouveler la politique jeunesse d’ici 2030. La conférence de presse qui a suivi a été presque agressive, puisque Pauline Marois a refusé de répondre à trois questions. « Cette question n’est pas en lien avec le sujet du jour », a-t-elle dit.

Les journalistes se plaignent du peu d’accessibilité de la première ministre qui choisit les sujets qu’elle veut bien aborder.

Voilà qui jure avec l’attitude de l’ancien premier ministre Jean Charest qui acceptait de répondre à toutes les questions.

Pourtant, un premier ministre doit maîtriser l’ensemble des dossiers de son gouvernement, même les plus difficiles. Ou à tout le moins, donner l’impression qu’il contrôle ses dossiers. Sa capacité de répondre est souvent liée au leadership qu’il a sur son équipe.

Mais Pauline Marois est une femme qui aime se présenter préparée. Elle ne réussit pas toujours très bien dans l’improvisation. Sa difficulté à mémoriser les chiffres est d’ailleurs un secret de Polichinelle. Elle craint donc, sans doute, d’être piégée par les journalistes.

Elle avait agi de cette façon en campagne électorale après avoir gaffé à quelques reprises en point de presse. Elle a écourté ses rencontres avec les médias.

On peut présumer que Pauline Marois fait le pari qu’il est plus risqué de répondre à toutes les questions que d’être critiquée pour son silence.

Pauline Marois mise donc sur sa visibilité… mais elle est loin d’être accessible.

Catégorie: Québec

Pauline Marois
Pauline Marois

C’est un revers douloureux que les partis d’opposition infligent au gouvernement Marois en bloquant la création de la Banque de développement économique du Québec.

Le message est puissant. Ce rejet est à la limite d’un vote de censure contre le gouvernement Marois, car il porte un coup au coeur à la politique économique du gouvernement du Parti québécois.

Les libéraux et caquistes jouent des biceps et s’amusent de la vulnérabilité de ce gouvernement minoritaire. Minoritaire et impopulaire.

Il est entendu que désormais, le moindre mouvement législatif dépendra plus que jamais des deux principaux partis d’opposition.

La première ministre est dans une situation véritablement délicate. Chaque jour, Pauline Marois voit sa marge de manoeuvre s’amenuiser. Et puisqu’il pourrait se passer encore une année, si l’on en croit François Legault, avant que les partis d’oppositions ne s’unissent pour faire chuter son gouvernement, les 12 mois qui viennent risquent d’être bien longs.

Dans un pareil contexte, les partis politiques risquent de se mettre en mode préélectoral, qui aurait un effet paralysant sur le menu législatif.

En fait, si on examine le calendrier législatif sous l’angle d’élections au printemps 2014, il vaudrait mieux prévoir tout de suite l’agrandissement du cimetière du feuilleton de l’Assemblée nationale.

Parmi les candidats à l’échafaud, mentionnons les éventuels projets de loi sur la laïcité, les mines, les hydrocarbures et la souveraineté alimentaire, ainsi qu’une panoplie de réformes.

Le gouvernement Marois paraît ouvert à davantage de collaboration avec la Coalition avenir Québec. Il a été question d’une rencontre concernant le projet de loi 14 sur la langue.

Des rencontres en amont, avant le dépôt des projets de loi, éviteraient peut-être des humiliations comme celle de la Banque de développement, mais il est évident que la Coalition avenir Québec tentera de vendre chèrement son appui à chacune des mesures législatives péquistes.

Pauline Marois voudra peut-être couper court à tout ça et déclencher un scrutin à la fin de l’été ou au début de l’automne afin de prendre de vitesse Philippe Couillard. L’idée a été entendue. Dans le contexte actuel, cela paraît audacieux.

En réalité, tout paraît audacieux pour un gouvernement qui affiche 24 % dans les intentions de vote. D’autant qu’il est aussi utile de se rappeler, qu’en temps ordinaire, les sondeurs sous-estiment le vote libéral.

La première ministre sera tentée d’attendre au printemps et de s’appuyer sur le déficit zéro qui, avec la disparition de sa Banque de développement, demeure un des rares éléments encore intacts de sa politique économique.

Et, à défaut de pouvoir trouver un autre moyen concret de relancer son gouvernement, il semble que Pauline Marois devra multiplier les prières pour que, d’ici là, ses adversaires trébuchent d’eux-mêmes dans les intentions de vote.

Catégorie: Québec

Où est Jason Kenney???

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 publié le 27 mai 2013 à 12 h 06

Jason Kenney lors d'un point de presse à Ottawa, le 29 avril 2013
Jason Kenney lors d’un point de presse à Ottawa, le 29 avril 2013

Je pose la question comme ça… Jason Kenney n’a pas fait partie du commando de ministres qui ont tenu le fort la semaine dernière en l’absence du premier ministre Harper dans la tourmente du scandale Wright/Duffy. On a entendu les Baird, Moore et Van Loan s’en tenir rigoureusement aux lignes dictées par les responsables de la limitation des dégâts du côté du gouvernement Harper. Lignes qui ont évolué au gré des journées et surtout des révélations quotidiennes dans les médias. Même que John Baird lisait les lignes en question sur un bout de papier et s’abstenait, chose rare chez lui, de compléter ses réponses avec des attaques virulentes de son crû.

De Jason Kenney, aucun signe, lui qui est pourtant souvent mis à contribution dans de telles circonstances étant donné son agilité verbale et surtout son bilinguisme. Encore il y a trois semaines, juste avant la pause parlementaire, dans la foulée des révélations du vérificateur général sur les 3,1 milliards de dollars manquants dans les dépenses antiterrorisme et les 29 milliards non collectés en impôts et taxes, M. Kenney avait été chargé de répliquer aux Mulcair, Goodale et Garneau, alors que les ministres responsables des dossiers étaient pourtant en Chambre.

De plus, M. Kenney avait été un de ceux qui avaient défendu le projet de réforme du Sénat après la dernière élection. Et c’est justement un des arguments avancés par les conservateurs ces jours-ci. La controverse sur les dépenses des sénateurs Harb, Brazeau, Duffy et Wallin montre bien à leurs yeux qu’on est mûrs pour une réforme du Sénat. Quelques jours après l’élection de mai 2011, M. Kenney avait réaffirmé l’engagement du gouvernement pour l’élection indirecte des sénateurs et pour la limite à leur mandat devant les critiques des plus récentes nominations. Stephen Harper avait nommé les sénateurs Verner, Manning et Smith quelques jours à peine après qu’ils eurent tous subi la défaite dans les élections.

Bref, est-ce que M. Kenney est aux abonnés absents en Chambre par hasard? Il ne s’est pas promené près des micros ou des caméras pendant toute cette semaine de chassé-croisé dans les couloirs du Parlement. Connaissant le pif politique du ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, il a peut-être reconnu une odeur politique désagréable autour de cette controverse.

Catégorie: Ottawa

« Je ne fume pas de crack. Je ne suis pas dépendant au crack » – Rob Ford

Être aux plus hauts échelons du pouvoir, c’est souvent être seul. Pour Rob Ford, c’est maintenant d’autant plus vrai.

Faisons pour le moment abstraction de la présumée vidéo, des allégations concernant les substances illicites et des reportages récents qui touchent son frère, le conseiller Doug Ford (les deux frères nient toutes les allégations). La saga des dernières semaines aura quand même des répercussions à long terme pour le maire Rob Ford et sa capacité à diriger la ville de Toronto.

La marge c. le centre

Quand il était conseiller municipal et candidat à la mairie, Rob Ford se servait de sa personnalité indépendante, souvent à contre-courant (d’outsider) pour se faire élire. C’était sa marque de commerce. Mais ce qui a fait sa popularité comme conseiller est devenu sa principale faiblesse comme maire.

Le système municipal ontarien est différent de celui du Québec. À Toronto, il n’y a pas de partis politiques officiels. Seulement des alliances qui se forment et se dispersent au gré du vent politique.  Le maire doit donc convaincre chaque fois 22 des 44 conseillers de l’appuyer. Sans tisser de consensus, impossible de faire avancer ses idées. Un défi pour quelqu’un comme Ford qui se définit comme marginal.

Pas de majorité au conseil, une garde rapprochée divisée

Même avant la présente tempête politique qui secoue l’Hôtel de Ville, Rob Ford commençait déjà à perdre le contrôle du conseil municipal. Il a perdu quelques votes cruciaux (casinotransport en commun).  Depuis les derniers événements, bon nombre de conseillers disent maintenant avoir perdu confiance en Rob Ford. Ça rendra la formation d’un consensus encore plus difficile.

De plus, avec la crise actuelle qui perdure, Ford semble même avoir perdu l’appui d’une partie de sa garde rapprochée. Il a renvoyé son principal allié, son chef de cabinet Mark Towhey, la semaine dernière. Aussi, les membres de son conseil exécutif se sont rebellés pour le forcer à répondre aux allégations d’avoir fumé du crack et pour l’inciter à obtenir de l’aide pour ses présumés problèmes de dépendances. Les prochaines réunions du comité des priorités risquent d’être un peu tendues. Un remaniement est peut-être à prévoir.

*(Ajout 27 mai 14h50: Quelques heures après avoir écrit ce blogue, le maire Rob Ford a perdu 2 autres proches conseillers. Son directeur des communications et son assistant.)

Puis, la goutte qui a probablement fait déborder le vase, personnellement, pour Rob Ford : il a perdu son poste d’entraîneur bénévole pour l’équipe de football de l’école secondaire Don Bosco. Un poste qu’il chérissait, peut-être même plus que son emploi comme maire. Durant la saison de football, il n’était pas rare que Ford manque des réunions importantes pour entraîner ses jeunes.

Ford Nation

Cependant, ce serait une erreur pour les adversaires de Rob Ford de le sous-estimer. Il est du genre résilient. Et surtout, malgré toutes ses mésaventures, il reste très populaire. Les personnages polarisants attirent autant d’amis que d’ennemis. Le maire surnomme ses indomptables partisans la « Ford Nation ».

En plein cœur de la tourmente sur la vidéo la semaine dernière, des citoyens continuaient de l’arrêter dans les endroits publics pour prendre une photo avec lui : « On vous aime M. le maire. »

Lors de son émission de radio hebdomadaire, dimanche, des citoyens ont appelé la ligne ouverte pour le dénoncer, mais plusieurs aussi pour lui montrer leur appui.

Et le sondage publié aujourd’hui démontre que la cote d’amour du maire n’a pas beaucoup souffert du dernier épisode.

Il reste 17 mois avant les prochaines élections municipales en Ontario. Le maire laisse entendre qu’il va se représenter.
Et la Ford Nation, ébranlée ou pas par les récents scandales, n’a pas encore dit son dernier mot.

 

 

Catégorie: Ontario

La pire semaine du gouvernement Harper

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 publié le 24 mai 2013 à 15 h 35

Chaque gouvernement a ses hauts et ses bas. Mais cette semaine, le gouvernement Harper a connu un bas historique. Sa pire performance depuis son élection en janvier 2006. Quelle semaine horrible au cours de laquelle rien n’est allé correctement.

Au terme d’un épisode déjà pas facile la semaine dernière, celui qui vient de s’écouler a commencé de bien mauvaise façon. Dimanche matin, au milieu d’une fin de semaine de trois jours, le bureau du premier ministre a annoncé le départ de son chef de cabinet, Nigel Wright, celui-là même que Stephen Harper louangeait sans réserve depuis que l’histoire du chèque personnel de 90 000 $ à Mike Duffy avait fait la manchette.

Le bureau du premier ministre n’avait sûrement pas la naïveté de croire que cette histoire du week-end n’aurait pas de suite, mais jamais il n’aurait cru que le raz-de-marée aurait une telle amplitude.

Des questions sans réponse

Les travaux à la Chambre des communes ont repris mardi, mais le premier ministre n’y était pas parce qu’il quittait le pays pour une tournée au Pérou et en Colombie. Il a donc cru bon parler à son caucus avant de partir. Il a toutefois limité son discours à des banalités. M. Harper était choqué par cette histoire de chèque au sénateur Duffy, mais il a laissé vides toutes les autres cases.

Que savait-il de cette affaire? Était-il au courant que son chef de cabinet avait épongé les dettes du sénateur Duffy, à même ses fonds personnels? Est-ce qu’il y a eu des interventions de son bureau pour atténuer les blâmes contre le sénateur Duffy?

Le premier ministre a sauté dans l’avion sans répondre aux questions. Pendant ce temps, en Chambre, le parti au pouvoir a passé un mauvais quart d’heure. Chaque jour a apporté son lot de nouvelles informations, toutes plus incriminantes les unes que les autres.

Pire encore, elles visaient tout l’entourage immédiat du premier ministre, du chef de cabinet, Nigel Wright, jusqu’à la sénatrice Carolyn Stewart-Olsen qui, avant sa nomination au Sénat, a longtemps accompagné Stephen Harper comme attachée de presse, tant au Reform party qu’au Parti conservateur. Mme Stewart-Olsen est soupçonnée d’avoir adouci un rapport très négatif à l’endroit de Mike Duffy. Les partis d’opposition se demandent si l’ordre ne venait pas d’en haut.

La crise au Sénat a des échos en Amérique du Sud

Et pendant que rien n’allait à Ottawa, la situation n’était pas beaucoup plus rose à Lima et à Cali. Le voyage sud-américain de Stephen Harper a été totalement éclipsé par la crise au Sénat et c’est à l’étranger que le premier ministre a dû répondre aux questions inconfortables. Il a réitéré qu’il ignorait tout de cette histoire jusqu’à la semaine dernière et que, peut-être, a-t-il tardé avant d’accepter la démission de son chef de cabinet.

Au moment où M. Harper se démène pour défendre l’intégrité de son bureau, voilà que nous apprenons que la GRC pose des questions, demandent des documents au Sénat afin de savoir s’il y a matière à enquêter sur les dépenses des sénateurs Mike Duffy, Patrick Brazeau et Mac Harb.

Bref, le gouvernement conservateur n’a jamais passé une aussi mauvaise semaine. Stephen Harper revient de voyage et tentera de reprendre le contrôle de la situation. Mais ce sera difficile, car les histoires tordues ne cessent de s’accumuler. L’accalmie ne viendra peut-être pas avant la pause estivale.

Catégorie: Ottawa

Judo politique

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 publié le 24 mai 2013 à 14 h 49

Judo : Art martial. La voie de la souplesse. Utiliser la force et la vitesse de l’adversaire pour le déséquilibrer et l’envoyer au sol.

Les libéraux minoritaires en Ontario sont en train d’appliquer une prise de judo politique au Nouveau Parti démocratique. Dans les négociations budgétaires pour éviter la chute de son gouvernement, la première ministre Kathleen Wynne a utilisé la force et l’élan d’Andrea Horwath, pour les transformer en faiblesse.

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Catégorie: Ontario

L’indépendance de Loto-Ontario

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 publié le 24 mai 2013 à 14 h 44

Le congédiement soudain du président de la Société des loteries et des jeux de l’Ontario (SLJO) remet en question l’indépendance de la Société d’État, et le projet de modernisation du jeu dans la province. Et il pourrait devenir une épine au pied de la première ministre Kathleen Wynne.

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Catégorie: Ontario