Billets publiés en avril 2013

Poussières de Constitution

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 publié le 29 avril 2013 à 16 h 08

Le « Boragate », ou l’affaire Bora Laskin, n’aura pas tout l’impact espéré par le gouvernement Marois.

Le gouvernement Harper, en refusant d’ouvrir ses archives, et la Cour suprême, avec son enquête expéditive, sont parvenus, jusqu’à un certain point, à rétablir le silence qui n’aura finalement été troublé que par les cris d’indignation de quelques souverainistes et les grognements de quelques fédéralistes québécois.

Néanmoins, il en restera quelque chose, et ce qu’il en restera est peut-être plus dommageable qu’on ne le croit à Ottawa.

Il est bien probable que cette vague impression de subterfuge, pour bien des Québécois, ira désormais au-delà de la « nuit des longs couteaux » et recouvrira dorénavant l’ensemble du dossier constitutionnel. Le rôle d’arbitre constitutionnel de la Cour suprême est certainement entaché, et son choix de ne pas enquêter sur cette affaire de façon transparente et ouverte contribue à son discrédit parmi un nombre encore plus grand de Québécois.

Le chef de la CAQ, François Legault, a perdu aussi de son lustre en minimisant l’importance de cette affaire. De cet exercice, M. Legault aura peut-être réalisé que le chef d’un parti politique québécois ne peut éviter de manifester de l’intérêt pour la place que le Québec occupe au sein du Canada et, de manière générale, pour l’avenir politique du Québec.

En multipliant les requêtes à l’égard d’Ottawa, le ministre Alexandre Cloutier aura bientôt les allures d’un Don Quichotte faisant les cent pas le long de la rivière des Outaouais, le regard rivé sur les ombres dessinées par les édifices de la Cour suprême et du Parlement fédéral.

La démarche pourra sembler puérile, mais les détracteurs du ministre devront se méfier du caractère romantique de ses interventions. Les symboles ont pris une telle place dans l’univers constitutionnel québécois qu’il est risqué de jurer de quoi que ce soit.

Le chef libéral Philippe Couillard devra également assumer des pertes collatérales. Une éventuelle adhésion du Québec aux amendements constitutionnels de 1982, comme il en a exprimé le voeu, paraît de moins en moins plausible. D’autant que M. Couillard est parvenu à jeter lui-même de l’ombre sur sa propre stratégie en laissant entendre qu’il ne serait pas utile de consulter les Québécois à ce sujet. Et puis, hors du Québec, qui s’intéresse réellement à rouvrir le dossier constitutionnel? « Les Autochtones et des groupes de femmes », a reconnu Philippe Couillard lors du passage de Justin Trudeau à Québec.

Et puisqu’il est question du nouveau chef libéral, notons que M. Trudeau a réitéré, au pied de l’Assemblée nationale, qu’il était normal qu’un premier ministre provincial souverainiste se soit opposé à un amendement constitutionnel qui rendait le Canada plus fort.

Ce qui étonne en fait, c’est l’idée qu’un amendement constitutionnel sans l’adhésion du Québec ni des peuples autochtones puisse rendre plus fort le Canada, et que ce soit, encore aujourd’hui, un député québécois et chef du Parti libéral du Canada qui le répète.

Catégorie: Québec

Chahut à l’Assemblée nationale

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 publié le 26 avril 2013 à 16 h 56

Si vous êtes déjà allé à l’Assemblée nationale à Québec, vous savez qu’on n’y entre pas comme dans un moulin. Les visiteurs sont accueillis par des constables spéciaux armés, des détecteurs de métal et des préposés qui s’assurent qu’ils sont là pour les bonnes raisons.

Une fois à l’intérieur, des constables spéciaux s’assurent que la quiétude des lieux est respectée.

Mais il arrive que cette quiétude soit perturbée. La dernière fois, c’était en 2009.

C’est de nouveau arrivé jeudi. Au beau milieu d’une commission parlementaire, des opposants à la réforme de l’aide sociale se sont manifestés. Ils ont été « escortés » hors des lieux, comme vous pouvez le voir sur cette vidéo.

Si l’envie vous prend de faire la même chose, sachez que vous n’irez probablement pas en prison, vous ne recevrez probablement pas d’amende, mais vous n’aurez plus jamais le droit de remettre les pieds à l’Assemblée nationale. C’est la règle, à moins de demander une révision de cette sanction.

Catégorie: Québec

Denis Coderre : la stratégie du striptease

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 publié le 26 avril 2013 à 12 h 44

Nous savons maintenant que Denis Coderre se lancera dans la course à la mairie de Montréal et qu’il créera un parti, L’équipe Denis Coderre pour Montréal. Cette annonce, qui surviendra le 16 mai, mettra fin à un interminable suspense. Le premier article qui a fait état d’une possible candidature de Denis Coderre remonte à août 2010. Presque trois ans : une éternité. Mais c’est surtout depuis un an que toute cette histoire a pris une tournure un peu agaçante. Comme un striptease qui n’en finit plus, Denis Coderre a effeuillé ses intentions, remettant toujours à plus tard sa décision.

Rappelez-vous simplement le fameux souper spaghetti du 9 novembre dernier. Pendant des semaines, tout le monde a cru que c’est là que le député de Bourassa annoncerait ses intentions. Quelques jours avant l’événement, dans une conférence de presse, il a désamorcé le tout, soutenant que la décision ne viendrait qu’après l’élection d’un nouveau chef au Parti libéral du Canada et que, non, il ne serait pas candidat dans cette course-là.

Plusieurs observateurs ont mis en doute la pertinence de cette stratégie du lent striptease. Denis Coderre a toujours dit qu’il ne fallait rien précipiter, qu’il devait consulter avant de prendre une décision si lourde de conséquences. Mais la question se pose : est-il possible que Denis Coderre ait retardé l’annonce de sa candidature simplement parce qu’il ne pouvait quitter son emploi de député un an et demi avant l’élection municipale? Déjà, en se lançant dans la course à la mairie, il se privera de salaire pendant cinq mois et demi, un sacrifice qui n’est pas négligeable pour quelqu’un qui n’est pas indépendant de fortune.

Toujours est-il que peu importe les raisons de sa stratégie, la candidature de Denis Coderre est devenue moins attrayante pour plusieurs. Il faudra voir, le 16 mai, quels seront ses appuis. Aura-t-il le soutien de grosses pointures du monde municipal? Saura-t-il rallier des gens de tous les horizons? Déjà, des rumeurs circulent voulant que Denis Coderre ne soit pas celui que souhaite le monde des affaires. Pour les gens d’affaires, il ne serait pas nécessairement l’homme de la situation. Il y aurait d’intenses discussions pour trouver quelqu’un d’autre dont la candidature serait annoncée quelque part en septembre.

Alors, une lourde tâche attend Denis Coderre, même s’il y a quelques mois à peine il était décrit comme l’incontournable gagnant, le « Régis Labeaume » de Montréal. Il doit tout rebâtir, montrer qu’il peut être rassembleur et qu’il est la personne toute désignée pour faire le ménage à l’Hôtel de Ville de Montréal. Ce sera assurément là son plus gros défi. Denis Coderre ne peut plus se présenter comme le sympathique politicien qui redonnera de la couleur à la ville de Montréal. Les témoignages de la commission Charbonneau ont mis au grand jour toute l’ampleur du problème montréalais. La principale qualité du nouveau maire ne sera pas d’être sympathique. Il devra montrer qu’il a la poigne pour remettre de l’ordre à l’Hôtel de Ville.

Catégorie: Ottawa

Affaire Breton : de Tartuffe à Kafka

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 publié le 25 avril 2013 à 22 h 22

Les députés se plaignent souvent de la couverture que les médias font des travaux parlementaires. Leur principal reproche est que nous portons trop d’attention à la période des questions, un exercice qui est devenu un spectacle, une pièce de théâtre aux yeux de plusieurs.

Ils nous disent souvent qu’on devrait parler du travail remarquable qui se fait en commission parlementaire, où la partisanerie fait souvent place au travail constructif.

Et honnêtement, bien souvent, ils ont raison.

Sauf que, même en commission parlementaire, nos élus nous donnent parfois l’impression de jouer dans une pièce de théâtre.  La commission parlementaire sur les allégations d’ingérence de l’ancien ministre Daniel Breton au BAPE en est un exemple.

Qu’est-ce que le témoignage de M. Breton nous a appris? Rien… ou presque.

Il a nié avoir fait de l’ingérence. Même chose pour l’intimidation de membres du BAPE. Il n’a pas demandé les numéros de téléphone des commissaires. Il allait plutôt au BAPE pour dire qu’il voulait augmenter l’autonomie de l’organisme.

Il s’estime humilié, victime d’intimidation, de « bullying » de la part du Parti libéral. Il est désabusé, amer et frustré. Il parle de maccarthysme, de chasse aux sorcières. Il fait référence à la nature « kafkaïenne » de l’exercice.

Sur le fond, il y a de petites contradictions, de l’ordre de l’interprétation beaucoup plus que des faits, avec la version des membres du BAPE, mais rien pour faire de ces événements un « Bretongate ».

Alors, à quoi tout cela a-t-il servi?  Françoise David a comparé l’exercice à du Molière, Tartuffe plus précisément.

Alors, pourquoi cette commission? Pour de la politique partisane, de la vendetta, du théâtre, un acharnement sur un homme déchu?

Peut-être. En tout cas, on cherche toujours des réponses plus intelligentes…

Catégorie: Québec

Attaques conservatrices contre… les médias

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 publié le 25 avril 2013 à 12 h 52

On a beaucoup fait état des publicités négatives et autres attaques conservatrices contre le tout nouveau chef libéral depuis une dizaine de jours. Mais derrière la cible Justin Trudeau se cache une autre cible pour les conservateurs : les médias, et certains journalistes en particulier. Je dis « se cache », mais dans le fond, il n’y a pas de cachette. Les conservateurs s’assument pleinement et visent ouvertement la presse.

Prise un : sur le site « Justin pas à la hauteur », qui véhicule, entre autres, les publicités en ligne et télé dénigrant M. Trudeau pour des déclarations passées et pour certains emplois qu’il a occupés, une rubrique donne les exemples d’écrits de certains commentateurs de publications anglophones favorables à M. Trudeau. Que des commentateurs politiques aient une opinion qui ne fait pas votre affaire, mieux vaut vous y préparer. Si vous avez la peau trop mince, lisez les commentaires qui vous sont favorables. Les conservateurs peuvent me contacter. J’ai des exemples en tête de collègues aux opinions solides et cohérentes qui défendent fréquemment leurs politiques.

Les conservateurs reconnaissent d’ailleurs le droit de ces journalistes à leurs opinions. Toutefois, ils enchaînent en demandant de l’argent pour contrer ces mêmes opinions, qui ne sont pas basées sur des faits, mais plutôt sur « leurs sarcasmes et leur déformation des faits ».

Prise deux : mardi, Jenni Byrne, ex-conseillère du premier ministre Harper retournée au Parti conservateur, s’en prend à nouveau à l’« équipe libérale de Justin Trudeau » qui fait de la petite politique, selon elle, après les arrestations des deux suspects de terrorisme par la GRC. Elle se base sur le compte Twitter de la sénatrice Céline Hervieux-Payette, qu’elle présente comme une conseillère principale pour le Québec de M. Trudeau. En gros, la sénatrice disait qu’avec des politiques à la George W. Bush, le gouvernement Harper allait se retrouver avec des terroristes à la George W. Bush. Bon, disons que les arguments de la sénatrice libérale restent à être étayés, car ils ne sont pas évidents. Et d’associer les commentaires de M. Trudeau sur le terrorisme et ses causes profondes à tout ça.

Le hic, entre autres, c’est que Mme Hervieux-Payette n’a aucune responsabilité dans le bureau ou l’équipe Trudeau. Elle appuyait même sa principale rivale, Joyce Murray, dans la course à la direction.

Mais surtout, autre occasion de s’en prendre aux médias que Mme Byrne ne rate pas. « Les médias ignorent volontairement cette histoire pour protéger M. Trudeau. » Elle ajoute avoir tenté d’attirer l’attention des journalistes là-dessus. Je n’ai pas consulté tous les collègues, mais, dans la tourmente des arrestations des deux suspects lundi après-midi, personne n’a souvenir d’une alerte conservatrice là-dessus. Et Mme Byrne de poursuivre encore une fois en demandant un p’tit 5 $ pour « maintenir la pression sur Justin Trudeau » (sous-entendu, puisqu’on ne peut pas compter sur les médias pour le faire).

À vous de juger. Il vous reste 906 jours avant l’élection d’octobre 2015 pour vous faire une tête là-dessus.

Catégorie: Ottawa

Le Bloc québécois a-t-il un avenir?

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 publié le 20 avril 2013 à 6 h 56

Deux ans après avoir été presque rayé de la carte électorale, le Bloc québécois tient samedi un conseil général en prévision des élections de 2015. Ce sera l’occasion pour l’exécutif de faire le point sur l’état du parti qui, de l’extérieur, semble bien mal en point.

Mon collègue Daniel Thibeault s’est penché sur la question et, dans un reportage qui sera présenté dimanche à l’émission Les coulisses du pouvoir, il interroge des bloquistes sur l’avenir du parti et rencontre aussi des ex qui ont tourné la page.

Le 2 mai prochain sera le deuxième anniversaire de la dégelée historique du Bloc québécois. Jamais dans ses 20 ans d’histoire, le Bloc québécois n’a subi une telle raclée. Le Bloc s’est présenté sept fois devant l’électorat. Avant l’élection de 2011, il a obtenu 54 sièges à deux occasions, en octobre 1993 et en juin 2004. Sa pire performance était de 38 sièges en novembre 2000. Mais en mai 2011, il n’a obtenu que quatre sièges, étant littéralement balayé par la vague orange du NPD.

Depuis, bien mince victoire, le néo-démocrate Claude Patry a quitté son parti pour se joindre au Bloc québécois. Toutefois, un fait demeure : avec ses cinq députés, le Bloc québécois est insignifiant à Ottawa. Statistiquement, le Bloc n’a que 1,6 % des sièges aux Communes, et 6,6 % des sièges au Québec. Alors, il ne faut pas s’étonner que l’opinion de ce parti soit moins sollicitée par les médias. Le Bloc québécois n’est plus une présence incontournable, ne peut plus se prétendre être la voix du Québec à Ottawa. Le nouveau chef, Daniel Paillé, déploie beaucoup d’énergie pour se faire entendre. Mais, dans les faits, le parti incontournable au Québec, c’est le NPD. Avec ses 57 sièges, il représente 76 % des sièges du Québec.

Les Québécois ont donc tourné le dos au Bloc québécois qui, depuis deux ans, semble se chercher une raison d’exister. Certains entrevoient une lueur d’espoir, avec l’élection d’un gouvernement du Parti québécois en septembre dernier. Gilles Duceppe est un de ceux-là. Dans le reportage de Daniel Thibeault, il dit : « Si vous croyez en la souveraineté, vous ne pouvez pas voter pour Mulcair, Trudeau ou Harper. Ça ne tient pas. » M. Duceppe a peut-être oublié les années au cours desquelles les Québécois votaient pour René Lévesque au provincial et pour Pierre Elliott Trudeau au fédéral! L’électeur du Québec est parfois difficile à cerner!

Alors, il reste deux ans et demi au Bloc québécois pour se vendre à l’électorat et démontrer sa pertinence. Il cherchera à prouver qu’il est le seul à pouvoir défendre adéquatement les intérêts du Québec ce que, dira-t-il, ne peuvent faire le NPD, le Parti libéral et le Parti conservateur, pour toutes sortes de raisons.

Le Bloc québécois souhaite donc remettre la machine en route et justifier qu’il est toujours pertinent sur la scène fédérale. Bien peu d’observateurs croient que le Bloc québécois pourra se relever, mais la prudence incite tout de même à ne pas enterrer le parti trop vite. Deux ans et demi, en politique, c’est une éternité. Et, qui sait, une crise constitutionnelle pourrait tout changer. C’est sans doute l’espoir qui fait vivre les bloquistes…

Catégorie: Ottawa

Harper sur les lignes de côté

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 publié le 19 avril 2013 à 11 h 27

Le débat sur l’unité nationale ou sur la Constitution, c’est selon, a repris vie. C’est à tout le moins le cas du côté de l’industrie du commentaire et de la classe politique, qui en fait périodiquement son pain et son beurre.

Les révélations du livre de Frérédic Bastien, combinées à l’accession de Justin Trudeau à la tête du Parti libéral du Canada, relancent le match constitutionnel, grâce à un voyage dans le temps qui nous ramène 32 ans en arrière. Les joueurs ne sont évidemment plus les mêmes, mais un nom perdure : Trudeau.

Le nouveau chef du PLC a beau répéter depuis bien avant la publication de La bataille de Londres que la signature manquante du Québec lors du rapatriement de 1982 n’est pas le scénario idéal, mais que les Canadiens et les Québécois ne lui ont pas parlé de ça pendant la course à la direction, le dossier lui colle à la peau. Son parti est actionnaire majoritaire du rapatriement et il y a, bien sûr, ce nom… Le ballon est sans cesse lancé dans sa direction. Le quart-arrière est la plupart du temps souverainiste, mais la presse y a aussi contribué, dans sa recherche de positions politiques du candidat Trudeau pendant la course à la direction. M. Trudeau capte la passe et s’empresse de sortir sur la ligne de côté pour éviter le plaqué et stopper le cadran.

Son rival fédéraliste sur le territoire québécois, Thomas Mulcair, s’inquiète évidemment des indiscrétions du juge Bora Laskin, en pleine délibération à l’époque, mais s’en remet lui aussi à la Cour suprême, qui se penche sur les faits rapportés dans le livre de Frédéric Bastien. M. Mulcair a déjà porté le ballon dans le dossier plus tôt cette année, lorsque le NPD a proposé sa propre version de la clarté référendaire à partir du renvoi sur la sécession du Québec. Basée sur la fameuse déclaration de Sherbrooke, la position du NPD ne semble pas lui avoir permis de marquer le touché, tout au plus un placement auprès d’une clientèle assez limitée.

Comme ses partenaires souverainistes à Québec, Daniel Paillé s’entraînait ferme pour être compétitif. C’est en fait lui qui a effectué le botté d’envoi à Ottawa avec le projet de loi du Bloc abrogeant tout simplement la loi sur la clarification référendaire. C’est justement le jour où ce projet de loi devait être débattu en Chambre que le NPD, un peu coincé entre son fort contingent de députés québécois et sa présence pancanadienne, est en quelque sorte allé au-devant des coups en déposant son propre projet.

Maintenant que la joute est bien engagée, M. Paillé est en couverture de zone, il traverse le terrain en largeur, et cherche l’ouverture entre les blocs pour frapper tout ce qui bouge derrière la ligne fédéraliste. À la demande de publication des documents du Conseil privé des années 1981-1982, il ajoute sa bombe jusque dans la zone des buts sur le dernier jeu du match, la « Hail Mary pass », une enquête publique sur les événements. Pour les non-initiés au football, ce jeu désespéré fonctionne une fois sur 20.

Et pendant ce temps, que fait Stephen Harper? Il a tenté quelques jeux au sol pour établir son attaque aérienne au Québec. Le « fédéralisme d’ouverture », la reconnaissance de la « nation », etc., ça ne lui a jamais permis de réussir le long jeu qui casse les reins de l’adversaire. Comme c’est le cas depuis l’élection du PQ le 4 septembre dernier, ne comptez pas sur lui pour revenir sur le terrain. Il a retiré son casque et ses épaulettes et il marche sur les lignes de côté, les bras croisés. Il regarde les joueurs s’adonner à leur sport favori.  Surtout, il entend le claquement des équipements et les gémissements et grognements des efforts et des contacts sur la ligne, et il se dit qu’il n’a pas envie de se salir sur ce gazon qui lui donne en plus des allergies.

Qu’aurait-il à y gagner, se dit-il? À part quelques « bleus » supplémentaires au Québec…

 

Catégorie: Ottawa

Gros rapport, grosse tablette. C’était la prédiction d’usage pour le rapport D’Amours sur le système de retraite du Québec. Imaginez, un rapport fondé sur des calculs actuariels qui avait pour mission de trouver des solutions à un problème qui se chiffre en dizaines de milliards de dollars.

Un collègue du quotidien La Presse, qui a éventé une bonne partie du rapport avant sa publication, citait une source gouvernementale qui mentionnait que « le gars qui a commandé la pizza n’est plus là ». En effet, ce n’est pas Jean Charest, mais plutôt Pauline Marois qui reçoit la pizza préparée par le comité D’Amours. Et, qu’elle le veuille ou non, elle devra probablement la manger.

Même si le rapport D’Amours propose une contribution annuelle qui pourrait atteindre près de 850 $ par travailleur (l’employeur devrait en mettre autant), personne ne pousse les hauts cris. Ni les centrales syndicales, ni le patronat (sauf la petite entreprise), ni les municipalités, ni les partis d’opposition.

C’est un véritable tour de force.

Ceux qui se sont intéressés à cette question se doutaient bien que ce ne serait pas gratuit. Ce qui frappe, c’est que les recommandations répondent en partie aux besoins de ceux qui n’ont pas de régime de retraite complémentaire et de ceux qui participent à un régime de retraite déficitaire. Il met aussi de l’avant certains principes importants : par exemple que les employés d’un organisme public devraient contribuer pour la moitié à leur régime de retraite.

Ce rapport n’est certainement pas parfait et le gouvernement Marois devra en évaluer les différentes recommandations. Mais, jusqu’à présent, la seule solution que le PQ et le PLQ étaient parvenus à promouvoir se résumait en un très modeste régime volontaire d’épargne-retraite qui, à lui seul, ne pourrait rien résoudre.

La pizza du comité D’Amours est bien plus substantielle et c’est désormais le temps de passer à table.

Catégorie: Québec

Pierre Karl Péladeau à Hydro-Québec

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 publié le 17 avril 2013 à 14 h 11

La nomination de Pierre Karl Péladeau a sans doute surpris tout le Québec. Au sein de la presse parlementaire, tous médias confondus, la surprise a laissé place à la stupéfaction.

Le commentaire le plus lapidaire que j’ai pu entendre : « Imagine le tollé si Jean Charest avait nommé André Desmarais ou Paul Desmarais fils à la tête d’Hydro-Québec. » Est-ce un parallèle qui tient la route?

Les deux hommes se partagent la direction de Power Corporation. Pierre Karl Péladeau abandonnera son rôle de direction au sein de Québecor et il ne conservera que le titre de président du conseil d’administration. Il est tout de même pertinent de mentionner que Pierre Karl Péladeau demeurera l’actionnaire de contrôle de Québecor.

L’appui de Julie Snyder, la conjointe de Pierre Karl Péladeau, à Pauline Marois en campagne électorale n’est pas passé inaperçu. L’appui de Pauline Marois au projet de loi 204 sur l’amphithéâtre de Québec a failli lui coûter son poste de chef du Parti québécois. Il faut noter également le rachat par Québecor d’une partie des actions détenues par la Caisse de dépôt et placement du Québec, après l’arrivée au pouvoir du Parti québécois.

Pierre Karl Péladeau est un homme investi d’un pouvoir considérable en étant l’actionnaire de contrôle du plus important groupe de presse au Québec. Il en aura assurément davantage en dirigeant le conseil d’administration de l’un des organismes publics les plus importants de la province.

Son porte-parole, Martin Tremblay, a indiqué que M. Péladeau « a fait clairement le choix de consacrer une partie de sa vie au service public ». C’est nouveau. Il sera intéressant d’essayer de mesurer si cette décision profite bel et bien au public. Néanmoins, pour bien des journalistes, ce ne sera pas un exercice facile. Pour bien des politiciens non plus.

Catégorie: Québec

Un jeune reporter à l’Assemblée nationale apprend rapidement que les motions passent, mais que les choses ne changent pas beaucoup. Les sujets sont souvent importants, mais les actions qui en découlent, inexistantes.

Alors, quel poids donner à la motion adoptée à l’unanimité, sur les circonstances entourant le rapatriement de la Constitution en 1982? Probablement pas beaucoup plus que les centaines de motions adoptées au fil des ans qui restent lettre morte. Sauf qu’il y a des moments dans l’histoire de l’Assemblée nationale qui méritent qu’on s’y arrête. Et cette motion a été l’un de ces moments.

Rappelons d’abord le libellé :

« Que l’Assemblée nationale demande au gouvernement du Canada qu’il donne accès à toute l’information contenue dans ses archives et réclame que toute la lumière soit faite sur les événements qui ont conduit à la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. »

Sur le fond, personne ne pense que le gouvernement fédéral accédera à cette demande. La Cour suprême? Peut-être. Dans un rare commentaire sur l’actualité, elle a laissé entendre qu’elle était préoccupée par la question. Reste à voir à quel point elle est « préoccupée ».

Mais sur la forme, le moment était solennel. Pauline Marois est allée serrer la main de Jean-Marc Fournier du PLQ, de François Legault de la CAQ et d’Amir Khadir de Québec solidaire. C’est rare, c’est important.

Je vous concède que si on regarde cela d’un strict point de vue pragmatique, les informations sur la légitimité du processus de rapatriement ne changent rien à notre vie. Demain, vous irez au bureau, comme si de rien n’était. Demain, les plus démunis n’auront pas plus de beurre d’arachides sur leur pain.

Mais l’histoire d’une nation est faite d’événements importants, qu’il faut comprendre. J’appellerais cela le devoir de savoir, le devoir de comprendre, le devoir de vérité. L’histoire ne changera pas. En cherchant la vérité, le Québec ne sera pas plus signataire de la Constitution qu’il ne l’est aujourd’hui. Mais au moins, on saura, on comprendra.

Vous me direz, le Parti québécois veut se faire du bénéfice politique avec cette histoire! Oui, peut-être, mais ça, pour l’instant, c’est de la politique, pas de l’histoire.

Catégorie: Québec