Billets publiés en mars 2013

Les « révoltés » conservateurs

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 publié le 27 mars 2013 à 9 h 58

Eh ben! Des députés conservateurs se plaignent que leur propre préfet de discipline, le whip, brime leur droit de parole à la Chambre des communes! Ils tiennent tellement à leur petite minute de gloire, ces déclarations quotidiennes communément appelées ici les « articles 31 », que l’un d’eux a demandé au président de la Chambre de statuer sur le réel pouvoir de leur whip. Le whip décide de la rotation de ceux qui ont le droit de parole chaque jour et du contenu de ces déclarations.

Évidemment, le whip en question — et le NPD pense un peu la même chose — estime que ce sont les affaires internes de chaque caucus, que le président, l’arbitre ultime en Chambre, n’a pas à s’en mêler. On peut faire le parallèle avec l’arbitre au hockey qui ne décide pas quel joueur est sur la glace et en quelles circonstances. Le fait qu’une déclaration touchant à l’épineuse question de l’avortement ait entraîné ce « soulèvement » assaisonne politiquement toute l’affaire. Le patron suprême n’étant pas le whip, mais bien le premier ministre, on comprend que Stephen Harper en a un peu assez de voir cette marmite, sur laquelle il veut mettre le couvercle, laisser trop souvent passer de la vapeur aux ouvertures.

Cela dit, il est quand même assez ironique de voir ces députés conservateurs, pro-vie pour la plupart, ruer dans les brancards pour le sacro-saint droit des députés, en tant qu’individus élus et non pas comme représentants d’un parti ou du gouvernement, de s’exprimer librement en Chambre. On se demande où ils étaient lorsque le même gouvernement a imposé des bâillons à répétition sur un certain projet de loi C-10 sur la lutte à la criminalité ou encore quand on a débattu, que dis-je, discuté, à la vapeur des quelque 800 pages, des deux mégaprojets de loi budgétaires l’an dernier.

Encore plus récemment, pendant cette même période des articles 31, durant laquelle ils réclament leur pleine liberté, des dizaines d’entre eux ont pris la précieuse minute pour dénoncer la prétendue « taxe sur le carbone de 21 milliards de dollars » du NPD. Leurs déclarations étaient tellement semblables qu’on ne peut douter de la véritable source, soit  ce même bureau du whip dont ils veulent maintenant prendre leur distance.

Disons qu’on parle d’un droit à géométrie variable si je comprends bien…

Catégorie: Ottawa

RIP Kevin Page

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 publié le 25 mars 2013 à 16 h 14

Kevin Page, le premier Directeur parlementaire du budget (DPB), est officiellement à la recherche d’un emploi depuis lundi matin pendant que le gouvernement Harper lui cherche encore un remplaçant. Le processus a été amorcé tellement tard que c’est la supérieure immédiate de M. Page, la bibliothécaire du Parlement, Sonia L’Heureux, qui va assurer l’intérim.  Mme L’Heureux a la réputation d’être une gestionnaire compétente et efficace, mais inutile de préciser qu’elle a zéro expérience budgétaire au sens des finances publiques fédérales.

On le sait, M. Page a été une épine au pied du gouvernement conservateur dès la création de ce nouveau bureau. À la confrontation sur les réelles dépenses en Afghanistan en 2008 ont succédé une série de divergences ou d’écarts sur les pensions, le coût de la lutte à la criminalité avec un couronnement spectaculaire par le vérificateur général qui lui donnait raison dans le dossier des chasseurs F-35. En fait, le jour même du dépôt du budget Flaherty jeudi dernier, les avocats de M. Page étaient en Cour fédérale pour obtenir une opinion sur son pouvoir d’obtenir du gouvernement fédéral les documents détaillant l’impact des coupes du budget précédent dans la machine gouvernementale.

Donc, le récent budget sera scruté par Mme L’Heureux, mais aussi, bien sûr, par la douzaine de spécialistes du bureau du DPB. En fait, le DPB compte 14 spécialistes et…. trois stagiaires!!! Pour vous donner une idée, à Washington, le Congressional Budget Office (CBO), sur lequel certains voulaient calquer le mandat de Kevin Page, compte 235 employés à temps plein sans compter les consultations extérieures.

On verra à quelle vitesse Mme L’Heureux publiera son évaluation du budget Flaherty et si elle se présentera en comité pour défendre ses conclusions. Surtout qu’elle est un peu prise par la chasse au successeur de M. Page, son futur employé… À surveiller également de ce côté, maintiendra-t-elle le mandat passé aux avocats en Cour fédérale pour obtenir les documents nécessaires pour évaluer les coupes de 5,2 milliards de dollars sur trois ans annoncées l’an dernier.

M. Page, quant à lui, ne retournera vraisemblablement pas à la fonction publique fédérale d’où il a été extrait pour être nommé premier DPB. Dans sa dernière entrevue à nos collègues de la CBC, il a commenté l’intérim par la bibliothécaire plutôt que par un de ses adjoints à lui et le retard à lui trouver un successeur permanent en faisant part de sa crainte de voir le gouvernement Harper tranquillement «asphyxier» la fonction de DPB.

Ah oui, l’offre d’emploi, si ça vous intéresse, demande précision, objectivité et rigueur, quelqu’un de non partisan et qui a « l’expérience de la négociation et de l’obtention du consensus sur des questions complexes auprès de divers intervenants ayant des objectifs concurrents… » Veut-on troquer le chien de garde pour un chien de compagnie???

 

Catégorie: Ottawa

Habituellement, un budget fédéral qui ne comporte ni hausse de taxes, ni d’impôt, ni coupe draconienne dans la fonction publique est un budget tranquille qui suscite peu de réactions. Or, le budget Flaherty déposé ce jeudi a soulevé colère et indignation parce que plusieurs voient dans ce plan économique des promesses de disputes et de confrontations.

Il y a clairement un affrontement qui se dessine avec les syndicats de la fonction publique fédérale. Dans le budget, le gouvernement exprime ses intentions.

« Le gouvernement, dit le document budgétaire, continuera à l’avenir de veiller à ce que la fonction publique fédérale soit abordable, moderne et performante. À cette fin, il examinera la rémunération globale des employés et les avantages sociaux des pensionnés, et il proposera des changements au régime des relations de travail » (budget fédéral, p. 298).

Les syndicats de la fonction publique sont déjà sur un pied de guerre, convaincus que le gouvernement cherchera la bagarre à compter de l’an prochain.

Et parlant de syndicats, que dire de cette mesure qui met fin au crédit d’impôt privilégié dont bénéficiaient les fonds d’investissements des travailleurs, comme ceux de la FTQ et de la CSN? Cette décision a été largement décriée, et pas seulement par les syndicats. Tous les partis à l’Assemblée nationale ont dénoncé cette décision du fédéral qui, selon eux, n’a pas fait ses devoirs, a mal évalué la portée de cette décision sur les petits épargnants et l’investissement local. Le gouvernement Harper recule rarement. Une partie de bras de fer semble inévitable dans ce dossier.

Et si le gouvernement du Québec est outré par le dossier des fonds d’investissements des travailleurs, il l’est tout autant, sinon plus, par celui de la formation de la main-d’oeuvre. Nettement insatisfait du travail effectué par les provinces, Ottawa veut reprendre le « leadership » dans ce dossier. C’est le terme utilisé par le ministre Christian Paradis. Le Québec et l’Ontario affirment faire le travail avec compétence. Le gouvernement Marois considère que le geste d’Ottawa est un affront. Le chef du NPD Thomas Mulcair va dans le même sens. « En voulant s’assurer de coller une feuille d’érable sur le chèque, ils sont en train de faire un gâchis administratif », soutient le chef néo-démocrate. Ottawa et Québec pourront-ils discuter sereinement de ce dossier? Rien ne l’indique en tout cas.

Puis, il y a les Premières Nations qui, après les manifestations d’Idle no More, avaient de grandes attentes. Le gouvernement soutient qu’elles recevront 730 millions de dollars et insiste pour dire que les Premières Nations sont mentionnées dans tous les chapitres du budget. Bel effort, disent les Autochtones, mais nettement insuffisant. Le gouvernement est politiquement correct dans ce budget, mais, dit le chef Shawn Atleo, les investissements ne sont pas au rendez-vous. Ce n’est pas ce budget, ajoute-t-il, qui refera les ponts entre le gouvernement et les nations autochtones.

Donc, il est fort possible que lors de la prochaine élection générale en octobre 2015, le gouvernement conservateur ait équilibré ses finances. Le déséquilibre sera probablement dans les relations avec les provinces, les syndicats et les Premières Nations, ce qui n’est pas nécessairement une recette gagnante avant une campagne électorale…

Catégorie: Ottawa

Pierre Lapointe, le PLQ et la « playlist »

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 publié le 21 mars 2013 à 16 h 25

Voici la liste des chansons diffusées par le Parti libéral du Québec dimanche à Verdun en attendant les résultats du vote de la course à la direction. Un merci particulier au réalisateur de Radio-Canada Martin Roberge.

On présume qu’un peu après 14 h 42, quelqu’un s’est plaint que la musique n’était qu’anglophone!

13 h 30 : Close to me – M

13 h 32–13 h 42 : pièces musicales

13 h 42 : Lights – Elie Goulding

13 h 47 : Small talk (Four Ted Remix) – Ultraista

13 h 54 : Sometimes – Beach Fossils

13 h 57 – 14 h 02 : pièces musicales

14 h 02 : Float on – Modest Mouse

14 h 05 : Close to me – M

14 h 08 : Nova baby – The Black Keys

14 h 12 : Lights – Elie Goulding

14 h 15 : Help myself (Nous ne faisons que passer) – Gaétan Roussel

14 h 17 : Girl on fire (Inferno Version) – Alicia Keys avec la participation Nicki Minaj

14 h 22 : Umbrella – Rihanna, avec la participation de Jay-Z

14 h 26 : Sweat dream – Eurythmics

14 h 30 : I gotta feeling – Black Eyed Peas

14 h 35 : Levels (instrumental) – Avicii

14 h 38 : The time (Dirty Bit) – Black Eyed Peas

14 h 42 :  Ma chérie – DJ Antoine avec la participation de The Beat Shakers

14 h 45 : Je reviendrai – Pierre Lapointe

14 h 49 : Dégénérations – Mes aïeux

14 h 52 : Annonce des résultats

Catégorie: Québec

Philippe Couillard : la cassure

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 publié le 17 mars 2013 à 21 h 26

Philippe Couillard
Philippe Couillard apprenant sa victoire

La victoire de Philippe Couillard dans la course à la succession de Jean Charest est sans équivoque. Près de trois délégués sur cinq ont voté pour lui. Ce résultat lui donne la légitimité d’entreprendre les changements qu’il souhaite. Le choix des militants représente surtout une cassure avec l’ère Charest.

Raymond Bachand et Pierre Moreau étaient les candidats de la continuité, Philippe Couillard celui du changement après avoir quitté le PLQ il y a cinq ans. Le choix des militants est clair, autant ils ont aimé M. Charest, autant ils veulent du changement aujourd’hui.

Le Parti libéral reste le parti de l’économie, mais l’arrivée de Philippe Couillard apportera aussi une nouvelle approche, surtout en matière constitutionnelle. Philippe Couillard parle de Constitution, de l’exclusion du Québec dans le rapatriement de la Constitution. Cette question est délicate, parfois divise, mais elle reste une tache dans l’histoire du Québec et du Canada. Régler le problème relève de l’exploit, de la mission impossible pour certains, mais à l’opposé de Jean Charest, Philippe Couillard veut en parler.

Mais avant de ramener le Québec dans la Constitution, le nouveau chef du PLQ aura des défis, disons beaucoup plus concrets.

D’abord refaire l’unité de son parti. Le caucus était divisé en trois dans cette course. Il donnera des postes importants à ses alliés Sam Hamad et Stéphane Billette, qui ont mené sa campagne. M. Hamad chef parlementaire? Pas impossible. M. Couillard est en dette. Il devra assurément penser à Pierre Moreau. Sa deuxième place au premier tour est le scénario idéal après celui de la victoire qu’il ne pouvait qu’espérer. Premièrement, il a démontré que les militants l’apprécient. Et deuxièmement, il n’a pas eu besoin de se «commettre» dans un deuxième tour, ce qui aurait pu froisser le gagnant. Pierre Moreau, chef parlementaire? Possible aussi. Tout le monde s’entend pour dire qu’il est un meilleur parlementaire que Sam Hamad.

Pour Raymond Bachand, c’est plus compliqué. Il a attaqué Philippe Couillard avec beaucoup de force. Les deux sont-ils capables de travailler ensemble, on en doute, même s’ils le disent publiquement. M. Bachand est critique en matière de Finances. Le maintenir dans ses fonctions ou lui en confier d’autres aussi importantes le temps qu’il restera serait perçu comme un geste de bonne volonté.

Autre défi du nouveau chef. Montrer qu’il est plus que le «bon Dr Couillard». Comme ministre de la Santé, il était téflon, incollable. Comme chef, il doit prouver qu’il a l’étoffe d’un premier ministre. Un premier ministre n’est pas un spécialiste, c’est un généraliste qui comprend l’ensemble des dossiers du gouvernement. Il essaiera de le faire à l’extérieur de l’Assemblée nationale, sans être élu. Un choix audacieux quand on considère que les débats parlementaires donnent de la visibilité au chef de l’opposition.

M. Couillard veut renouveler l’offre politique du PLQ. Il s’agit là aussi d’un grand défi dans le contexte d’un gouvernement minoritaire. Il a un an. D’ici le dépôt du prochain budget. S’il est prêt à renverser le PQ, il aura l’occasion de le faire. Sinon, Mme Marois saisira peut-être elle même l’occasion en déclenchant des élections comme Jean Charest l’avait fait en 2008. M. Couillard devra donc faire son travail studieux de renouvellement tout en préparant la «machine» pour des élections. Pas évident.

Comme quoi, gagner la course n’était que le premier d’une longue série de défis…

Catégorie: Québec

Jeux de coulisses

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 publié le 16 mars 2013 à 15 h 00

Les candidats à la succession de Jean Charest sont au fil d’arrivée, contents du travail accompli, mais un peu exténués. Vous ne l’avez peut-être pas remarqué parce que la course à la direction du PLQ n’a pas soulevé les passions, mais depuis six mois Raymond Bachand, Philippe Couillard et Pierre Moreau consacrent toutes leurs énergies ou presque à succéder à Jean Charest.

Alors, qui va gagner? Tout le monde, même ses adversaires, admet que Philippe Couillard est en avance. Qui est deuxième? Là, la réponse dépend de celui à qui vous posez la question. Pierre Moreau dit que c’est lui et Raymond Bachand dit que c’est lui. Peu importe, les deux font des prières pour qu’un deuxième tour soit nécessaire.

Et c’est là que ça pourrait devenir intéressant. Un deuxième tour de vote provoquerait un intense jeu de coulisses, de tractations, d’échanges et peut-être même de marchandage.

Logiquement, Pierre Moreau et Raymond Bachand devraient s’allier dans un deuxième tour parce que c’est leur seul espoir de gagner.

On voit mal un Raymond Bachand, exclu au premier vote, s’allier à Philippe Couillard vers qui il a dirigé ses attaques.

Mais si vous êtes Pierre Moreau et que vous êtes exclu au premier tour, vous faites quoi? Vous avez une communion d’idées avec Raymond Bachand, vous avez siégé avec lui au gouvernement, en principe vous êtes solidaire. Mais vous êtes aussi humain, vous voulez continuer à faire de la politique. Si vous ne croyez pas à la victoire de Raymond Bachand au deuxième tour, vous persistez dans la solidarité au risque de froisser Philippe Couillard ou vous vous rangez derrière M. Couillard pour devenir le « faiseur de roi » et avoir un rôle important sous la direction du nouveau chef?

Ne présumons de rien, mais la question se pose. Pour ça, par contre, il faut qu’il y ait un deuxième tour. Je nous le souhaite comme un amateur de hockey souhaite un septième match de la finale de la Coupe Stanley : pour l’émotion, l’intensité et le suspense.

Catégorie: Québec

Cabinet Harper : trois départs forcés en huit mois

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 publié le 15 mars 2013 à 15 h 04

Au fil des années, le gouvernement Harper est passé maître dans l’art de faire passer en douce les nouvelles qui le font mal paraître. Un fait demeure cependant. Trois ministres du Cabinet Harper ont remis leur démission au cours des huit derniers mois, et tous pour des raisons éthiques.

Il y a d’abord eu Bev Oda, ministre de la Coopération internationale, qui a annoncé le 3 juillet dernier qu’elle quittait à la fois son poste de ministre et celui de députée de Durham (Ontario). Même si le gouvernement a annoncé qu’il s’agissait d’un départ volontaire à la retraite, personne n’est dupe. Dans les trois mois qui ont précédé sa démission, Mme Oda a dû se défendre et s’excuser d’avoir gaspillé des fonds publics. La ministre assistait en juin 2011 à Londres à une conférence internationale sur la vaccination des enfants dans les pays pauvres. Elle ne voulait pas une chambre dans l’hôtel où se déroulait la rencontre. Elle a plutôt demandé d’être installée au Savoy, un hôtel à 665 $ la nuitée. Sa facture de 16 $ pour un verre de jus d’orange est devenue un symbole de gaspillage que les partis d’opposition ont rappelé inlassablement. C’est après la session parlementaire et pendant la pause estivale que son départ a été annoncé, afin de créer le moins de vagues possible.

Puis, il y a un mois, le 15 février, John Duncan, ministre des Affaires autochtones, a démissionné de son poste de ministre pour siéger dorénavant comme simple député conservateur. M. Duncan a admis avoir outrepassé les règles du Parlement en écrivant à la Cour canadienne de l’impôt pour intervenir en faveur d’un électeur. Ce genre d’intervention est nettement inapproprié de la part d’un ministre, et John Duncan a offert sa démission à Stephen Harper, qui l’a acceptée. Encore une fois, le gouvernement a choisi son moment pour annoncer le départ de M. Duncan. Un vendredi à 16 h 15, quand la Chambre des communes ne siégeait pas la semaine suivante.

Puis, ce jeudi, le ministre des Affaires intergouvernementales Peter Penashue a démissionné après avoir admis qu’il avait reçu des dons illégaux lors de la dernière campagne électorale. Il a quitté son poste de ministre et son siège de député (Labrador). Il souligne cependant qu’il se représentera lors d’une partielle, car il affirme que ce n’est pas lui, mais son agent officiel qui a commis les erreurs. Peter Penashue soutient que l’employé en question, Reg Bowers, a mal agi en raison de son inexpérience. Encore une fois, le gouvernement a choisi son moment. La démission du ministre a été rendue publique le jour où la date du budget a été annoncée, au moment où toute l’attention médiatique était toujours tournée vers Rome où un nouveau pape a été élu.

Donc, le gouvernement peut se féliciter d’avoir bien manoeuvré. Le départ de ces trois ministres s’est fait sans trop de heurts. Lors de la partielle dans Durham, c’est même le candidat conservateur qui a été élu. Mais s’il peut se vanter de bien gérer les crises, le gouvernement Harper doit tout de même admettre que perdre trois ministres en huit mois pour des questions d’éthique n’est pas un succès, surtout quand il se targue d’être le champion de la loi, l’ordre et l’intégrité.

Catégorie: Ottawa

Couronnement appréhendé

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 publié le 14 mars 2013 à 11 h 59

On peut vraiment dire que Marc Garneau en a donné plus que le client en demandait. Non seulement s’est-il retiré de la course à la direction du PLC, il a en prime donné son appui à Justin Trudeau pour ensuite le déclarer gagnant en parlant de « fait accompli », et finalement fournir les chiffres d’un sondage interne mené auprès de 40 000 personnes présentes dans une banque de données libérale qui a permis d’obtenir 6500 réponses.

Pour un parti qui espérait sans doute maintenir un certain intérêt pour la course, en tout cas chez les quelque 294 000 personnes qui y ont adhéré en tant que membres/sympathisants, les quatre prochaines semaines vont être très longues. Au calendrier, un débat à Montréal qui vient de perdre l’autre candidat francophone en vue et une « présentation nationale » à Toronto pour entamer la semaine de vote qui mènera à la proclamation de M. Trud… euh du vainqueur le 14 avril.

Il est en train de se produire exactement ce que les Libéraux voulaient éviter et sans qu’ils n’obtiennent ce qu’ils recherchaient. On se dirige en effet vers un couronnement sans la redéfinition, la nouvelle identité, qui était pourtant vue comme le salut du parti devant l’émergence du NPD comme opposition officielle. À moins que l’on considère que le seul choix d’un nouveau chef soit suffisant à ce dernier chapitre, solution qu’à peu près personne, y compris Justin Trudeau, n’acceptait. Il fallait une remise en question beaucoup plus profonde, disait-on. C’est précisément ce que souhaitait un certain Marc Garneau en poussant son rival Trudeau dans ses derniers retranchements afin qu’il fasse part de ses projets politiques AVANT le scrutin d’avril.

Pour ajouter au malheur des libéraux, en plus du résultat, la manière dont on va y arriver risque de ne pas être très jolie. Au point où il a fallu prolonger d’une semaine la période d’enregistrement des membres/sympathisants. Suivez-moi bien. Pas moins de 294 000 personnes se sont inscrites sous l’un des deux statuts. En date d’hier, à peine 100 000 étaient passées à l’étape suivante, l’enregistrement qui donne un NIP qui permettra de voter dans la semaine du 7 au 14 avril, le jour J du PLC. La campagne Trudeau a officiellement demandé qu’on prolonge l’enregistrement qui devait prendre fin aujourd’hui. Mais certaines autres organisations avaient aussi constaté certains ratés. Et quand rien ne va… Il semble d’une part que le système électronique d’enregistrement en ligne en vue du vote a été surchargé, d’où attente et frustration. D’autre part, la centaine de milliers de personnes n’ayant pas fourni d’adresse courriel allait aussi rater l’échéance à cause des lenteurs de la poste. Bref, un scénario perdant-perdant.

Sans le dire tout haut, on peut comprendre de certains libéraux qu’ils aimeraient bien avoir plus que les 128 000 membres en règle qui avaient droit de vote au NPD lors du choix de Thomas Mulcair et aussi plus que les 59 000 participants qui sont restés là jusqu’au quatrième tour de ce même scrutin. Mais déjà, peu importe le nombre d’enregistrés, de votants, etc., les libéraux font miroiter une consolation dont vous jugerez de l’efficacité. Les 294 000 personnes du départ ne disparaissent pas du jour au lendemain, ça fait une banque de militants, bénévoles, contributeurs et j’en passe en prévision de l’élection de 2015. Beau défi tout de même que de maintenir l’intérêt et l’« engagement » (le presque slogan de J. Trudeau) d’ici les élections d’octobre 2015. Parlant d’« engagement », M. Trudeau remercie justement son nouvel allié d’avoir « réussi à engager les Canadiens »; nulle part il ne mentionne sa contribution en ce qui concerne la substance, les politiques ou le débat, contrairement à ce qu’ont fait les autres candidats encore en lice.

Catégorie: Ottawa

Il y a budget… et budget

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 publié le 13 mars 2013 à 10 h 52

C’est la saison du budget à Ottawa, ou plutôt des budgets. Ça suscite une certaine confusion, mais aussi un débat qui a donné lieu à de vives accusations la semaine dernière. C’est la publication d’un article fort critique de l’ensemble du processus budgétaire par deux anciens hauts fonctionnaires qui a apporté de l’eau au moulin de l’opposition. Avec une maîtrise éprouvée, le gouvernement Harper a procédé de la manière habituelle : laisser le message de côté pour abattre le messager d’une rafale d’accusations de partisanerie. On y reviendra plus loin, mais regardons tout d’abord LES budgets.

Au cas où vous attendez encore avec impatience de connaître le prochain budget Flaherty, sachez que vous pouvez prendre votre mal en patience en feuilletant les quelque 437 pages d’un autre document, le Budget des dépenses 2013-2014, parties I et II, publié le 25 février dernier. Le seul hic, c’est que c’est un peu une perte de temps, puisque le dépôt du budget viendra rendre désuètes ces intentions de dépenses du gouvernement Harper. Pour bien illustrer le dysfonctionnement, revenons sur l’exemple de l’an dernier, comme le dossier est complet.

Les ministres responsables, Tony Clement et Jim Flaherty, nous ont fourni des chiffres très variés au sujet des dépenses prévues. Ainsi, le 28 février 2012, le Conseil du Trésor publiait ce même Budget principal des dépenses, prévoyant des déboursés de 251,9 milliards de dollars. Un mois plus tard, le 29 mars, M. Flaherty déposait un budget tablant sur des dépenses de programmes de 245 milliards de dollars, et en ajoutant les frais de la dette, un total de 276 milliards de dollars. Quel est le bon chiffre? C’est ce que se demandent bien des gens, à commencer par les députés qui doivent se prononcer sur le budget dans son ensemble par principe, mais aussi ensuite sur les crédits votables, point par point. Pire, au final, aucun de ces trois chiffres n’est bon. Le Conseil du Trésor vient de mettre à jour les dépenses : 259 milliards de dollars pour l’année financière qui prend fin dans trois semaines.

Qu’est-ce qu’il y a à retenir de tous ces chiffres? Pas nécessairement les chiffres, mais plutôt le fait qu’il y en a quatre différents et que le processus semble inversé. Le Budget principal des dépenses déposé obligatoirement avant le 1er mars, dont vous venez peut-être de découvrir l’existence en même temps que sa pertinence très limitée, est en fait une prévision de dépenses basées sur les prévisions économiques de l’automne précédent. Il est déposé sans tenir compte des nouvelles décisions que prend le gouvernement dans le budget du ministre des Finances. Ses calculs sont donc désuets d’une part parce que basés sur de vieilles données, et il ignore la réalité des décisions politiques, comme celle de l’an dernier sur les fameuses coupes de 5,2 milliards de dollars sur trois ans du côté du  fonctionnement.

La même chose est en train de se produire cette année. M. Clement était fier de clamer le 25 février qu’il prévoyait des dépenses de 252,5 milliards de dollars en 2013-2014, mais le chiffre est basé sur les prévisions de novembre dernier, et il y a de fortes chances que le budget de son collègue Flaherty vienne davantage le modifier. Est-ce grave? N’y a-t-il pas toujours des imprévus? Probablement, mais il reste que les parlementaires débattront pendant des heures de ces crédits quasi fictifs en Chambre et en comité. Et ce n’est qu’un des problèmes soulevés par MM. DeVries et Clark dans leur document de réflexion intitulé « Rétablir l’intégrité du processus budgétaire ». L’un est un ancien directeur des politiques fiscales, l’autre, un ancien sous-ministre aux Finances. Les deux ont occupé des fonctions sous les gouvernements Mulroney et Chrétien. Ils examinent en détail ce qui pourrait être fait pour corriger les lacunes qui datent des gouvernements précédents, mais qui ont atteint leur point culminant avec les récents mégaprojets de loi budgétaires.

Interpellé par l’opposition sur le sujet en Chambre le 5 mars, le premier ministre Harper s’en est pris aux auteurs du document :

Monsieur le Président, comme le ministre des Finances l’a déclaré, il serait prématuré de conjecturer sur la teneur du budget. Le gouvernement a bien sûr mené de vastes consultations partout au pays.

Quant au bilan du gouvernement concernant la transparence des comptes, plutôt que de citer le texte partisan dont parle le chef du Parti libéral, permettez-moi de citer le très impartial Institut C.D. Howe, qui s’est penché sur la question et a déclaré que non seulement…

Monsieur le Président, l’Institut C.D. Howe a publié récemment un rapport très détaillé qui démontre que non seulement les comptes publics sous notre gouvernement sont les plus transparents de toute l’histoire, mais aussi que le gouvernement actuel est plus transparent que tout autre ordre de gouvernement supérieur au pays.

Il semble que Peter DeVries ait été accrédité à une reprise par le Parti libéral comme spécialiste pour participer à un huis clos budgétaire et analyser le budget conservateur pour le PLC, ce qui anéantit bien sûr sa longue carrière dans la fonction publique fédérale sous des gouvernements conservateurs et libéraux et toute l’expérience qui vient avec… sans parler de la crédibilité de son collègue Clark.

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Un ministre des Finances bienveillant

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 publié le 12 mars 2013 à 12 h 38

Il n’y a pas à dire, Jim Flaherty a à coeur la bonne santé de l’économie canadienne, mais aussi le bien-être des ménages canadiens détenteurs de prêts hypothécaires. Il se préoccupe de ses concitoyens emprunteurs au point où il marche sur les principes du libre marché d’une manière qui n’a même pas fait sourciller les centaines de sympathisants de la mouvance conservatrice. Ces derniers se réunissaient justement à Ottawa pour une rencontre annuelle appelée « Manning Networking Conference ». Une réunion organisée par le Manning Centre for Building Democracy. Excusez l’anglais des deux appellations, aucune traduction en français sur la page d’accueil du site du Manning Centre.

Revenons à M. Flaherty. Vendredi dernier, au sortir de sa rencontre avec les économistes du secteur privé destinée à consolider ses prévisions économiques en vue du budget, le ministre s’en prenait ni plus ni moins à la Banque de Montréal pour avoir abaissé son taux hypothécaire sous les 3 %, à 2,99 % en fait, une promotion pour les prêts à taux fixe de cinq ans. La BMO voulait faire ce que toute entreprise privée a la prérogative de tenter : ravir des parts de marché à ses concurrentes. Imaginez!

Bien sûr, on a tous lu ou entendu les chiffres effarants sur l’endettement des ménages canadiens. Toutefois, du côté de l’immobilier, qui représente une bonne part de cette dette, on sent déjà le ralentissement. Un ralentissement qui semble confirmer le succès de certaines mesures prises par M. Flaherty pour resserrer le crédit hypothécaire, à commencer par celles sur l’assurance par la SCHL de ces prêts. Mais visiblement, M. Flaherty sentait encore le besoin de protéger les Canadiens contre leur propre turpitude. Il est allé aussi loin que d’isoler la BMO par rapport au reste des institutions financières en la présentant, ni plus ni moins, comme irresponsable dans le contexte actuel. On aurait crû entendre un libéral des belles années du Parti de la gouvernance naturelle, que les conservateurs se plaisaient à dénoncer à cause de leurs intrusions dans la vie des Canadiens! Les parenthèses sont de moi :

« Je suis préoccupé par ça (en parlant de la baisse de taux). J’ai parlé avec la banque en question cette semaine. […] La BMO, c’est elle qui les a réduits, et je lui ai fait part de mon inquiétude. […] Je demeure préoccupé par le marché immobilier au pays. On a vu une certaine modération dans le marché. […] C’est une bonne chose. […] Et je remercie ces banques et institutions canadiennes qui ont choisi de ne pas réduire leurs taux davantage (et de contrer la BMO en lançant une guerre des taux).

[…] J’encourage la responsabilisation dans les prêts. […] Les banques sont de gros joueurs dans ce marché où elles ont une grosse part de leurs affaires […] mais le gouvernement canadien a son mot à dire là-dedans. »

Wow! Comme intervention, certains diraient même intrusion ou immixtion, dans les affaires des citoyens en grondant une banque qui table sur la concurrence, mais surtout en lançant le signal inverse aux autres, c’est pas mal. Les consommateurs, parce que les emprunteurs sont aussi ça, voient donc un gouvernement conservateur partisan du laisser-faire en économie s’interposer dans les règles du marché en favorisant des prix plus élevés. Il aurait fallu poser la question à l’apôtre du laisser-faire dans le cabinet, Maxime Bernier, qui était justement de la réflexion conservatrice qui se tenait à Ottawa le jour même de la sortie de M. Flaherty.

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