Les nominations douteuses de Stephen Harper au Sénat

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 publié le 15 février 2013 à 13 h 40

Les nombreux démêlés du sénateur Patrick Brazeau avec la justice font la manchette depuis une semaine. Les comptes de dépense de plusieurs sénateurs sont scrutés à la loupe parce qu’il pourrait y avoir des abus. Le Sénat est donc sur la sellette et son utilité est encore une fois remise en question.

Personne ne doute que les nominations au Sénat sont partisanes et permettent souvent de récompenser des amis. Les libéraux ont fait la même chose quand ils étaient au pouvoir. La nomination du sénateur Brazeau s’avère un désastre, mais est-ce la seule nomination douteuse de Stephen Harper? Sûrement pas! Regardons de plus près quelques nominations qui sont loin de faire l’unanimité.

Actuellement, plus de la moitié des sénateurs ont été nommés par Stephen Harper (53 sièges sur 105). Parmi les nominations qui font sourciller, il y a assurément celles de Fabian Manning et de Larry Smith. Déjà sénateurs, Mannning (Terre-Neuve-et-Labrador) et Smith (Québec) ont démissionné de leur poste en mars 2011 pour se présenter comme candidats conservateurs à l’élection du 2 mai 2011. Les conservateurs louangeaient les deux hommes, soulignant leur courage de quitter un emploi à vie pour solliciter un poste électif. Battus tous les deux, ils ont été renommés au Sénat, moins de trois semaines après leur défaite. Les plus cyniques diront que le courage a été rapidement récompensé… D’autres candidats défaits ont aussi reçu un emploi en cadeau, comme Josée Verner, ministre battue, Claude Carignan, l’ex-maire de Saint-Eustache, et Jean-Guy Dagenais, ex-président de l’Association des policiers provinciaux du Québec.

Le premier ministre a aussi nommé des vedettes des médias anglophones, Mike Duffy et Pamela Wallin, qui font davantage la manchette avec leurs notes de frais qu’avec le travail qu’ils accomplissent à la Chambre haute! Carolyn Stewart-Olsen, une ex-attachée de presse de Stephen Harper, a également été nommée.

Au Québec, le premier ministre a aussi fait des nominations étonnantes. Jacques Demers, par exemple, ex-entraîneur du Canadien de Montréal que rien ne destinait à la politique. Pourquoi cette nomination sinon que pour séduire une tranche de l’électorat du Québec? Même chose pour Pierre-Hugues Boisvenu, qui bénéficiait d’un large capital de sympathie du public en raison des drames qui ont frappé sa famille. Dès sa nomination, le sénateur Boisvenu disait avoir un programme sur la loi et l’ordre et qu’il quitterait son siège quand tout sera accompli. Ce temps approche et il faudra voir ce que fera M. Boisvenu. Et que dire de Léo Housakos, un proche de l’ex-attaché de presse du premier ministre, Dimitri Soudas, dont la nomination a suscité beaucoup de controverse?

Bref, Stephen Harper, en prenant le pouvoir, a voulu réformer l’institution qu’est le Sénat. En sept ans, il n’a pas encore réussi cette réforme. Pire, plusieurs de ses nominations ont surtout mis en lumière son caractère partisan et soulevé la grogne de plusieurs électeurs qui ne comprennent pas la pertinence du Sénat canadien. Et rien dans l’actualité en ce moment ne permet de lui redonner du lustre…