Les châteaux en Écosse

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 publié le 5 février 2013 à 9 h 47

Il n’est pas facile de deviner ce que Pauline Marois croyait obtenir de sa rencontre avec son homologue écossais. Il est clair toutefois qu’elle avait évalué qu’elle y trouverait son profit. Or, c’est au rang des pertes qu’atterrit cette mission.

Le revers est désagréable. Une petite humiliation qui met du rouge aux joues et qui devrait réduire les ambitions des prochaines aventures internationales de ce gouvernement.

La première ministre avait pourtant bien fait les choses en France. Peut-être que ce succès a rendu son équipe plus téméraire, et que ce voyage en Écosse a été mal calibré. Certains ont parlé de naïveté. Précédée par des diplomates canadiens et des fonctionnaires britanniques, l’équipe québécoise devait savoir qu’elle se trouverait en terrain miné.

Harper, Marois et l’assurance-emploi

Le passage impromptu de Stephen Harper vendredi à Québec a bousculé l’agenda chargé de Pauline Marois.

Revenue d’Europe mercredi, la première ministre tenait caucus les deux jours suivants à l’Estérel, mais elle a été contrainte de revenir plus tôt que prévu à Québec pour participer à une annonce et surtout une rencontre avec le premier ministre canadien.

Après une réunion d’une quarantaine de minutes entre les deux chefs de gouvernement, Pauline Marois a tenu, un peu avant 17 h à Lévis, sa seconde conférence de presse de la journée. Elle paraissait fatiguée, ce qui était parfaitement compréhensible, et elle semblait vaguement en colère. Mme Marois affichait une humeur bien plus sereine quelques heures plus tôt.

Pauline Marois a peut-être réalisé, au moment où elle répondait aux questions des journalistes, jusqu’à quel point la situation dans laquelle elle se trouvait était désagréable.

Il se dégage de cette rencontre que Stephen Harper s’est engagé auprès de Mme Marois à appliquer de manière souple la réforme de l’assurance-emploi. M. Harper lui a dit qu’il ne veut pas empêcher les chômeurs fréquents de percevoir des cotisations et qu’il ne veut pas vider les régions où le travail saisonnier est répandu.

Un point de vue inédit, nouveau. Jusqu’à présent, le gouvernement Harper n’avait montré aucun signe de souplesse dans ce dossier.

Et chose très étrange, c’est Pauline Marois, la première ministre de la province où on compte 40 % des chômeurs fréquents du pays, qui a été contrainte de porter son message. Ainsi, Stephen Harper parvient à envoyer un signal d’ouverture, sans s’exposer et sans fléchir publiquement, au moment où les manifestations se multiplient dans l’est du pays. En outre, il place, au moins temporairement, le gouvernement du Québec sur les lignes de côté, en l’invitant à patienter avant de juger les effets réels de la réforme.

Grâce à cette rencontre, Stephen Harper paraît avoir atteint certains objectifs, et Pauline Marois a été utilisée, malgré elle, par le premier ministre.

Elle avait de quoi être maussade.

Les relations Québec-Ottawa

Avec la gouvernance souverainiste, c’est le gouvernement péquiste qui devrait avoir l’initiative dans les relations Québec-Ottawa. Ça viendra, promet la première ministre Marois.

L’assurance-emploi pourrait faire partie des revendications de Québec, même si Stephen Harper a fermement exclu cette possibilité, sans débattre davantage. Une attitude qui donne une bonne idée de la façon dont le premier ministre accueillera la gouvernance souverainiste. Cela pourrait faire tomber à plat les débats que voudrait susciter le gouvernement Marois.

D’ici là, Québec évalue les impacts financiers qui découlent des décisions prises à Ottawa, que ce soit pour l’assurance-emploi,  les prisons ou le registre des armes d’épaule.

Coincé dans ses livres de compte, menotté par les partis d’opposition, le gouvernement Marois a très peu de marge de manœuvre pour réclamer, obtenir et assumer financièrement de nouveaux pouvoirs.

Que ce soit sur le plan des relations internationales et des relations avec Ottawa, ou même pour la gestion interne du Québec, le gouvernement minoritaire de Pauline Marois ne paraît pas avoir les moyens de ses ambitions, malgré qu’elles soient relativement modestes.

Les rêves deviennent fragiles devant certaines réalités.

Il y a bel et bien des châteaux en Écosse, mais le Québec n’a pas nécessairement les moyens d’y habiter.