Billets publiés en février 2013

Le coût des navires de la Marine canadienne, la suite…

par

 publié le 27 février 2013 à 11 h 48

Petite mise à jour sur le dossier du coût des navires de soutien interarmées. Vous vous souvenez peut-être de l’enquête de mon collègue Marc Godbout qui révélait que le ministère de la Défense nationale fonctionnait avec un taux d’inflation présumé très inférieur aux normes de la construction navale. En fait, un document montrait que le calcul des coûts du programme de près de 3 milliards de dollars se basait sur un taux d’inflation de 2,7 %, alors que ce secteur de l’industrie connaît des taux annuels qui varient de 7 à 11 %. Conséquence évidente, quelqu’un, quelque part, devra absorber le tout. Il faudra que le client, le produit ou le fournisseur s’ajuste, ce qui aura un impact majeur sur le résultat final, quand on pense aux montants en jeu.

Or, voilà que le directeur parlementaire du budget, Kevin Page (encore lui…), annonce la publication jeudi matin d’un rapport sur la faisabilité de ce projet d’acquisition. Que fait le gouvernement? Ou plutôt que font les responsables de la Stratégie nationale d’approvisionnement en matière de construction navale? Ils viennent d’annoncer une séance d’information technique à l’intention des médias, non pas pour réagir au rapport, mais pour le devancer. Séance d’information en personne doublée d’une conférence téléphonique pour les journalistes de l’extérieur. On pense surtout à ceux de Vancouver et d’Halifax, où se trouvent les deux chantiers navals qui se partagent l’ensemble des 33 milliards de dollars de contrats annoncés en octobre 2011 dans ce secteur.

On semble vouloir essayer une stratégie différente de celle utilisée par le même gouvernement dans le dossier des F-35. En mars 2011, M. Page avait publié un rapport qui concluait que les coûts des F-35 seraient de près du double de ceux annoncés. Une séance de breffage technique de la Défense nationale et quelques réponses assaisonnées d’insultes du ministre Peter MacKay pour démolir M. Page et ses chiffres et, un an plus tard, un vérificateur général qui confirme que c’est M. Page qui avait raison. Une stratégie qui a explosé au visage du gouvernement Harper.

Donc, la leçon retenue, s’il y en a une : on passe en mode attaque préventive, on offre le breffage technique avant plutôt qu’après, comme pour amoindrir le choc.

Catégorie: Ottawa

Avions de chasse : toutes les options? Vraiment?

par

 publié le 26 février 2013 à 16 h 55

Le Secrétariat national d’approvisionnement en chasseurs vient de lancer un appel d’offres afin de trouver une firme qui fera une évaluation indépendante de la prochaine mise à jour des coûts du cycle de vie des F-35. Cette mise à jour de la Défense nationale est attendue plus tard cette année. La ministre des Travaux publics Rona Ambrose annonçait le 12 décembre dernier que « nous recommençons à zéro et nous prenons le temps d’effectuer une évaluation complète de tous les avions chasseurs disponibles. » Pour ceux qui avaient compris que le fameux « reset », la réinitialisation, signifiait que le F-35 n’était plus la solution privilégiée et que ses quatre concurrents partent sur le même pied que lui, ça demande une explication.

Parallèlement à ce suivi du côté des F-35, le Secrétariat, qui n’est plus celui des F-35, a entrepris les démarches auprès des cinq fournisseurs potentiels avec une « lettre à l’industrie », dont Lockheed Martin, développeur du F-35, qui est traité comme les autres sur cet aspect. Presque passée inaperçue le 27 décembre, la lettre a été suivie le 25 janvier d’une « ébauche de demande d’engagement de l’industrie » et d’une ébauche de questionnaire sur les capacités des chasseurs disponibles. Le même jour, le Secrétariat annonçait l’octroi d’un contrat de 162 000 $ à Samson & Associates pour s’assurer que les démarches entreprises depuis juin dernier sont conformes aux nouvelles attentes.

Et c’est trois semaines plus tard, le 14 février, qu’on annonçait l’appel d’offres sur la prochaine mise à jour annuelle des coûts du F-35. Comme ce qu’a fait KPMG l’automne dernier, pour la modique somme de 700 000 $. L’entreprise a confirmé la somme de 45 milliards de dollars sur l’ensemble du cycle de vie des F-35. Mais cette démarche « F-35 », parallèlement à l’examen de toutes les options, n’est pas contradictoire, encore moins inexplicable, selon les responsables au Secrétariat et chez la ministre Ambrose.

On ne fait que suivre l’engagement pris dans le plan en sept points présenté en catastrophe le 3 avril dernier, vous vous souvenez, le jour où le vérificateur général Michael Ferguson a mis du plomb dans l’aile du programme des F-35 tel que piloté par Peter MacKay. Les points 3 et 7 du plan promettaient des mises à jour annuelles évaluées de manière indépendante. Le fait qu’on ait décidé de retourner à la case départ et d’examiner toutes les options ne semble rien changer à ça, et il ne faut apparemment pas conclure pour autant que le F-35 a toujours la cote du gouvernement Harper. On examine toutes les options, assure-t-on.

Même le vérificateur général recommandait ces mises à jour, que le gouvernement Harper refusait jusqu’alors de dévoiler nous fait-on remarquer. On peut rappeler ici au gouvernement Harper que, tant qu’à y être, M. Ferguson estimait aussi que le processus a été tordu pour contourner l’appel d’offres concurrentiel. Est-ce à dire que c’est vers ça que l’on se dirige maintenant? À suivre…

Catégorie: Ottawa

Le sommet des trois « C »

par

 publié le 26 février 2013 à 3 h 55

Pour le gouvernement, le Sommet sur l’enseignement supérieur est le sommet des 3 « C » : compromis, consensus et chantier.

Il souhaite que les groupes autour de la table fassent des compromis pour arriver à des consensus. En politique, les compromis et les consensus sont arrachés à force de discussions, d’échanges et de persuasion. C’est tout un art qui, dans le cas qui nous concerne, requiert que la première ministre s’implique personnellement.

Si on compare les quatre thèmes du sommet (qualité, recherche, financement et accessibilité) à quatre quarts d’un match de football, l’équipe Marois a bien joué pendant trois quarts.

Son Conseil national des universités pour superviser la qualité, la gouvernance et la reddition des comptes semble faire consensus. L’importance de la recherche dans les universités est universelle, encore faut-il bien la financer, mais la discussion n’a pas été tendue. Et le financement des universités revisité, en se préoccupant des coûts des programmes, notamment, n’a pas trop fait grincer des dents.

Mais au quatrième quart, sur la question des droits de scolarité, le compromis et le consensus semblent bien lointains. Le gouvernement propose une indexation à 3 %. La FEUQ et la FECQ militent ardemment pour le gel. Alors, c’est l’impasse. Sans compromis, pas de consensus.

L’argument du gouvernement est tout trouvé. Il gère l’État pour tous les Québécois, pas seulement pour ceux qui vont à l’université. Les fédérations ont aussi leur argument en disant que l’indexation diminuera l’accessibilité. En fin de compte, on présume que le gouvernement va imposer l’indexation. Pourquoi? Parce qu’il est convaincu que la population l’appuie et que les étudiants ne sont pas capables de mobiliser leur base comme l’an dernier.

C’est peut-être la seule décision ferme qui sera prise au sommet. Parce que le mot le plus entendu est chantier. Un chantier permet de repousser une décision. Un chantier sur ci, un chantier sur ça. C’est habile au point de vue de la stratégie. Le gouvernement peut dire qu’il s’attaque à un problème, mais en même temps il n’a pas à prendre de décision controversée dans l’immédiat. Un gouvernement minoritaire n’aime pas les décisions qui divisent. Alors, il peut gagner du temps avec les chantiers, peut-être même jusqu’à la prochaine élection.

Et si les étudiants ne sont pas contents, que feront-ils? Ils voteront pour la CAQ? Non. Pour le PLQ? Non plus. Pour Québec solidaire? Peut-être, mais quelles sont les chances qu’il forme le prochain gouvernement… Reste qui? À choisir, on choisit le moins mauvais, non?

Dans ce contexte, le gouvernement pourra dire que son sommet est réussi même si peu de choses sont réglées…

Catégorie: Québec

Course à la direction du PLC : le facteur Twitter

par

 publié le 22 février 2013 à 18 h 33

On commence à peine à comprendre l’importance des réseaux sociaux en politique. Que ce soit comme outil de communication ou de recrutement, Facebook, Twitter et tous les autres sont devenus des incontournables.

Pour les observateurs, ce sont aussi de redoutables outils pour mesurer la popularité d’un individu.

Depuis le début de la course à la direction du Parti libéral du Canada, plusieurs suivent de façon quotidienne les abonnés des fils Twitter des candidats. Voici ce que cela donne en ordre d’importance (en date du 22 février, 10 h 45) :

Justin Trudeau : 187 665

Marc Garneau : 11 556

Martha Hall Findlay : 7451

Joyce Murray : 4790

Deborah Coyne : 2061

George Takach : 1853

Martin Cauchon : 1427

David Bertschi : 1361

Karen McCrimmon : 250 + 712 = 962 (elle a deux comptes)

Si la course est devenue, comme le croient certains, un concours de popularité, le gagnant à l’heure actuelle est clair, et il a toute une longueur d’avance!

« Justin Trudeau a une énorme présence sur les réseaux sociaux, explique Mark Blevis, un consultant indépendant en réseaux sociaux et en nouveaux médias. Il n’a pas peur de se laisser aller et d’avoir un peu de plaisir avec ces outils. »

Mais surtout, M. Trudeau recrute sur Twitter depuis ses débuts en politiques. Cela explique ses 187 000 abonnés. « Vous devez bâtir votre réseau social avant d’en avoir besoin, pas après », lance M. Blevis.

Ce qui ne veut pas dire pour autant que les dés sont jetés. La présence d’un candidat sur les réseaux sociaux n’est qu’un aspect de la course.

Plusieurs des abonnés peuvent être des membres de la famille, des journalistes, des observateurs. Plus un candidat attire l’attention, plus il attire les abonnés… ce qui ne veut pas dire qu’il attire les votes. Toujours selon Mark Blevis, « l’importance du nombre d’abonnés sur Twitter est surfaite. Ce qui est primordial, c’est comment vous communiquez avec eux ».

Ceux qui suivent un candidat sur Twitter espèrent y trouver une fenêtre plus personnelle. S’il se limite aux messages trop sérieux ou confie la gestion de son compte a un employé de sa campagne, ses abonnés (les anglophones les appellent des « Tweeples », un croisement entre « Twitter » et « People ») perdent rapidement leur intérêt.

Le web n’en demeure pas moins un outil de communication exceptionnel en politique, qui est encore loin d’être exploité à son maximum. De quoi rassurer ceux qui traînent un peu au classement.

Par souci de transparence, et pour en rassurer certains peut-être, sachez que votre humble scribe n’enregistre pour l’instant que 1966 abonnés… @dthibeaultSRC pour ceux que cela intéresse!

Catégorie: Ottawa

Les dérapages de la réforme de l’assurance-emploi

par

 publié le 22 février 2013 à 11 h 49

Comment faut-il percevoir les personnes qui viennent de perdre leur emploi? Sont-elles des victimes d’une situation économique difficile à qui il faut donner des ressources pour se replacer? Ou encore, les nouveaux chômeurs sont-ils des fraudeurs potentiels qu’il faut talonner afin qu’ils n’exploitent pas le système?

Le problème avec la réforme de l’assurance-emploi du gouvernement Harper qui est entrée en vigueur le 6 janvier dernier, c’est qu’elle attaque de front les chômeurs et laisse entendre, même si ce n’est sûrement pas le but, que les sans-emploi sont tous des fraudeurs en puissance.

Déjà, la réforme a créé beaucoup d’émoi avec des modifications controversées. Les principales : après sept semaines de recherche d’emploi, un prestataire fréquent devra accepter tout emploi offrant un salaire équivalent à au moins 70 % de son salaire précédent. Plus encore, un chômeur doit accepter un emploi dans un rayon d’une heure de son domicile.

Plus le temps passe, plus la grogne prend de l’ampleur. Les histoires d’horreur se succèdent. Et pour en ajouter, nous apprenons cette semaine que des fonctionnaires de Service Canada effectueront d’ici mars des visites impromptues auprès de 1200 prestataires au pays. Interrogé sur la pertinence de ces visites, le premier ministre Stephen Harper a dit : « Chaque année, malheureusement, dans notre système d’assurance-emploi, des centaines de millions de dollars sont identifiés ou perdus avec des requêtes fausses, frauduleuses ou inappropriées. » Le premier ministre ajoute que les fonds doivent être disponibles pour ceux qui ont véritablement besoin de cette aide, mais il demeure que l’impression qui reste, c’est que les fraudeurs sont bien plus que l’exception.

Les premiers pas de cette réforme suscitent davantage que du mécontentement. Ils suscitent de la colère. Prenant la balle au bond, la FTQ organise une manifestation samedi pour dénoncer les agissements du gouvernement Harper. Le président de la FTQ, Michel Arsenault, dénonce la réforme et mentionne qu’« avec son dernier geste, celui d’envoyer de façon impromptue des fonctionnaires aux résidences des prestataires de l’assurance-emploi, l’humiliation s’ajoute à l’insécurité et à la provocation. On se croirait dans un régime de dictature : tout ce qui manque, ce sont les descentes de police en pleine nuit pour arrêter les chômeurs. C’est une vraie honte, nous devons faire reculer le gouvernement Harper. »

Bien sûr, le président de la FTQ fait rarement dans la dentelle, mais la colère qu’il exprime est bien réelle et il est plus que probable que le mouvement de contestation n’en soit qu’à son début. Si le printemps 2012 a été marqué par la colère des étudiants contre le gouvernement du Québec, il ne faudrait pas s’étonner que le printemps 2013 soit celui des sans-emploi qui exprimeront toutes leurs frustrations contre le gouvernement fédéral…

Catégorie: Ottawa

Manoeuvres parlementaires

par

 publié le 21 février 2013 à 19 h 52

La journée qui s’achève à l’Assemblée nationale nous a donné deux exemples des côtés un peu moins glorieux des débats parlementaires.

Exemple #1

Dans une séance de travail de la commission parlementaire sur la centrale nucléaire Gentilly-2, donc à huis clos, sans enregistrement, la députée libérale de Trois-Rivières, Danielle St-Amand, aurait dit à la ministre Martine Ouellet : « Va chier, crisse de folle. » (J’utilise les mots exacts à des fins journalistiques.) La députée a reconnu que son langage était inapproprié, mais dans le même souffle, elle accuse la ministre d’avoir joué sur les points et les virgules du rapport que la commission rédigeait.

Résultat : le Parti québécois a refusé que le rapport soit rédigé. La commission ne fera donc pas de recommandations. Après deux jours de travaux publics, on ne saura pas ce que la commission pense de la fermeture de Gentilly-2 et du programme de diversification de l’économie mis sur pied par le gouvernement.

La députée s’est par la suite excusée et on comprend que les mots utilisés sont inacceptables. Mais était-ce vraiment nécessaire de refuser de rédiger le rapport? Après tout, les députés doivent travailler pour la population. Si on met temps et énergie sur un dossier, doit-on laisser tomber le travail parlementaire pour des considérations personnelles? Je pense que tout le monde aurait aimé connaître l’opinion de la commission.

Exemple #2

Une autre commission parlementaire doit déterminer si l’ancien ministre de l’Environnement Daniel Breton a fait de l’ingérence au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), l’automne dernier. Le problème, c’est que les travaux se tiennent dans une salle où il n’y a pas de caméras et où des images n’ont pu être prises que pendant quelques minutes. Pourtant, d’autres salles de commission parlementaire équipées pour la télédiffusion étaient disponibles. Pourquoi avoir choisi cette salle et pourquoi avoir expulsé les caméras? La salle a été choisie par le gouvernement, mais la décision de retirer les caméras a été prise par la présidente de la commission, la libérale Fatima Houda-Pépin. Le son des débats est disponible, mais pourquoi exclure les caméras? Il y a là une contradiction. À quoi sert l’exercice si, contrairement aux autres commissions parlementaires, les échanges ne sont pas filmés? De plus, le principal intéressé, Daniel Breton, ne doit pas venir témoigner. À quoi cela sert-il alors?

Parfois, on a l’impression que ces exercices sont futiles. Mais c’est quand même l’expression de notre démocratie. On préfère tout de même cette démocratie, avec ses défauts, au secret d’autres systèmes politiques!

Catégorie: Québec

Défense : rapport discret mais important

par

 publié le 19 février 2013 à 12 h 41

Les achats militaires sont au centre de l’actualité. Et pourtant, un rapport fort important sur le sujet est passé presque inaperçu cette semaine. Nous suivons attentivement chaque étape du redémarrage du programme des F-3… euh des chasseurs qui remplaceront les CF-18. Mon collègue Marc Godbout a exposé en début de semaine des faits troublants dans le dossier des acquisitions du secteur naval. Marc révélait des estimations de coût qui laissent miroiter des cachotteries qui ne sont pas sans rappeler la saga des F-35 tellement on sous-estime l’inflation.

Et voilà qu’un rapport vient proposer une sorte de traitement préférentiel pour les fournisseurs canadiens. Les « experts » parlent de l’urgence d’adopter cette stratégie favorable aux entreprises canadiennes. C’est au total plus de 240 milliards de dollars qui seront dépensés en 30 ans pour toute sorte d’équipements. Environ 60 milliards iront à l’acquisition de gros engins, soit des chasseurs, des destroyers, des frégates, des avions de recherche et de sauvetage ainsi que des navires de patrouille et de ravitaillement. L’urgence vient du fait que, même si les achats s’étaleront sur des décennies, les décisions se prennent, elles, au cours des trois prochaines années. Donc, pas beaucoup de temps pour des processus transparents et surtout pas de marge pour des « reset », des réinitialisations comme ça a été le cas avec les F-35.

Le rapport de Tom Jenkins a été applaudi par l’Association canadienne des industries de défense et de sécurité (ACIDS). Ce n’est pas vraiment étonnant, puisque M. Jenkins recommande ni plus ni moins au gouvernement du Canada d’accorder un traitement de faveur aux fournisseurs canadiens sans égard au prix demandé. Pour M. Jenkins et ses quatre partenaires, l’ancienne politique des Retombées industrielles et régionales (RIR) qui consistait à exiger d’un fournisseur étranger de dépenser au Canada un dollar pour chaque dollar de contrat est désuète et ne stimule ni le développement, ni la recherche, ni l’innovation au pays.

Alors, quoi de mieux que de biaiser les processus d’acquisition pour orienter les contrats vers des firmes canadiennes, même si elles ne sont pas compétitives en terme de coûts? Il y a des risques à financer des entreprises d’ici afin qu’elles développent des produits nouveaux qui répondront à nos besoins spécifiques, admettent les auteurs du rapport, notamment pour ce qui est du prix final. Il est très peu mention du prix d’ailleurs dans ce rapport.

En fait, la question du prix est mentionnée six fois en 75 pages. On parle à trois reprises du « rapport qualité-prix » pour essentiellement en souligner les limites et surtout expliquer en quoi il désavantage l’industrie canadienne. Ainsi, deux extraits fort révélateurs :

p. 26 : « [...] en utilisant une interprétation stricte du rapport qualité-prix qui s’avère signifier qu’on choisit la solution la moins chère qui réponde aux critères. »

p. 44 : « Cela exigera un changement dans l’interprétation prédominante que Travaux publics Canada fait du rapport qualité-prix, en passant d’un accent mis sur le maintien au plus bas niveau possible des coûts à court terme à un accent sur les retombées économiques à long terme pour le Canada. »

On aura compris que le simple rapport qualité-prix au sens où on l’entend habituellement serait redéfini, si on lit bien entre les lignes, pour favoriser les industries d’ici, car les auteurs notent que son utilisation traditionnelle se fait « au détriment » de l’industrie canadienne de la défense. C’est à ce stade-ci que je pense nécessaire de vous faire remarquer que deux des cinq auteurs sont des dirigeants d’entreprises du secteur de la défense et qu’un autre est un major général à la retraite. Cette association industrie-militaire et les recommandations du rapport ont trouvé écho du côté de l’ACIDS. Cette association aurait pu écrire elle-même le rapport, qui plaide ni plus ni moins pour une stratégie d’acquisition de la défense axée sur le développement d’un complexe militaro-industriel canadien.

Toute la question tourne autour non pas du jugement de valeur à savoir si ce secteur industriel mérite plus ou moins de soutien qu’un autre, mais plutôt autour du fait que les gouvernements, dont celui du Canada, demeurent ses clients principaux. Et que derrière ces clients, il y a des contribuables qui doivent en avoir pour leur argent. Des programmes existent pour soutenir la recherche et l’innovation dans tous les secteurs industriels, la défense y a accès. Comme le gouvernement fédéral est son principal, sinon unique, client au Canada, l’application des recommandations de ce rapport donne une porte d’entrée à l’industrie dans la stratégie d’achat de grands équipements militaires.

Petit retour en arrière ici. Même un militaire célèbre, le général Dwight D. Eisenhower, à la fin de sa présidence, en fait dans son discours d’adieu en 1961, mettait en garde ses concitoyens contre la puissance croissante de ce qu’il a étiqueté comme étant le « complexe militaro-industriel ». Réaffirmant la nécessité pour les États-Unis de disposer d’armements puissants et dissuasifs, le président sortant soulignait que l’industrie militaire occupait alors une place encore insoupçonnée dans la vie de son pays. Il notait que son influence était sentie à tous les niveaux, des municipalités à Washington en passant par les législatures des 50 États. Et il concluait :

« We must guard against the acquisition of unwarranted influence, whether sought or unsought, by the military-industrial complex. The potential for the disastrous rise of misplaced power exists, and will persist.

We must never let the weight of this combination endanger our liberties or democratic processes. »

En gros, il reconnaissait la nécessité de l’autonomie en matière d’approvisionnements militaires, mais pas au prix d’une influence indue sur le processus démocratique et l’exercice du pouvoir politique. Inutile de dire qu’il n’a pas été écouté avec pour résultat qu’un représentant démocrate d’un obscur district du Wyoming peut troquer son vote sur un projet agricole d’un collègue républicain de l’Iowa contre l’appui de celui-ci à l’achat de camions militaires dont les pneus sont fabriqués dans son district…

Un rapport obscur donc qui doit être lu avec une certaine perspective.

Catégorie: Ottawa

Les nominations douteuses de Stephen Harper au Sénat

par

 publié le 15 février 2013 à 13 h 40

Les nombreux démêlés du sénateur Patrick Brazeau avec la justice font la manchette depuis une semaine. Les comptes de dépense de plusieurs sénateurs sont scrutés à la loupe parce qu’il pourrait y avoir des abus. Le Sénat est donc sur la sellette et son utilité est encore une fois remise en question.

Personne ne doute que les nominations au Sénat sont partisanes et permettent souvent de récompenser des amis. Les libéraux ont fait la même chose quand ils étaient au pouvoir. La nomination du sénateur Brazeau s’avère un désastre, mais est-ce la seule nomination douteuse de Stephen Harper? Sûrement pas! Regardons de plus près quelques nominations qui sont loin de faire l’unanimité.

Actuellement, plus de la moitié des sénateurs ont été nommés par Stephen Harper (53 sièges sur 105). Parmi les nominations qui font sourciller, il y a assurément celles de Fabian Manning et de Larry Smith. Déjà sénateurs, Mannning (Terre-Neuve-et-Labrador) et Smith (Québec) ont démissionné de leur poste en mars 2011 pour se présenter comme candidats conservateurs à l’élection du 2 mai 2011. Les conservateurs louangeaient les deux hommes, soulignant leur courage de quitter un emploi à vie pour solliciter un poste électif. Battus tous les deux, ils ont été renommés au Sénat, moins de trois semaines après leur défaite. Les plus cyniques diront que le courage a été rapidement récompensé… D’autres candidats défaits ont aussi reçu un emploi en cadeau, comme Josée Verner, ministre battue, Claude Carignan, l’ex-maire de Saint-Eustache, et Jean-Guy Dagenais, ex-président de l’Association des policiers provinciaux du Québec.

Le premier ministre a aussi nommé des vedettes des médias anglophones, Mike Duffy et Pamela Wallin, qui font davantage la manchette avec leurs notes de frais qu’avec le travail qu’ils accomplissent à la Chambre haute! Carolyn Stewart-Olsen, une ex-attachée de presse de Stephen Harper, a également été nommée.

Au Québec, le premier ministre a aussi fait des nominations étonnantes. Jacques Demers, par exemple, ex-entraîneur du Canadien de Montréal que rien ne destinait à la politique. Pourquoi cette nomination sinon que pour séduire une tranche de l’électorat du Québec? Même chose pour Pierre-Hugues Boisvenu, qui bénéficiait d’un large capital de sympathie du public en raison des drames qui ont frappé sa famille. Dès sa nomination, le sénateur Boisvenu disait avoir un programme sur la loi et l’ordre et qu’il quitterait son siège quand tout sera accompli. Ce temps approche et il faudra voir ce que fera M. Boisvenu. Et que dire de Léo Housakos, un proche de l’ex-attaché de presse du premier ministre, Dimitri Soudas, dont la nomination a suscité beaucoup de controverse?

Bref, Stephen Harper, en prenant le pouvoir, a voulu réformer l’institution qu’est le Sénat. En sept ans, il n’a pas encore réussi cette réforme. Pire, plusieurs de ses nominations ont surtout mis en lumière son caractère partisan et soulevé la grogne de plusieurs électeurs qui ne comprennent pas la pertinence du Sénat canadien. Et rien dans l’actualité en ce moment ne permet de lui redonner du lustre…

Catégorie: Ottawa

PLC : l’homme à la balayeuse

par

 publié le 14 février 2013 à 12 h 34

Marc Garneau a tenté hier d’insuffler un peu de vie et de vigueur dans cette course à la direction qui culminera avec le choix de Just… oups, du prochain chef libéral,  dans deux mois jour pour jour. Celui qui confiait lors du débat/entrevue style « au coin du feu avec… » de Winnipeg qu’il aimait bien passer l’aspirateur et éprouver la satisfaction de voir les « minous » disparaître dans le boyau, a décidé de jeter les gants. Justin Trudeau ne peut pas être élu chef du PLC en reportant à l’élection de 2015 le dévoilement de ses vrais projets politiques, affirme M. Garneau.

L’ex-astronaute a fait cette sortie par altruisme, pour le bien du parti, dit-il. Il rappelle comment on a couronné Michael Ignatieff sans débat sur les politiques, et comment ce vide a vite été comblé par les conservateurs, qui ont défini le nouveau chef en le dénigrant. C’est une erreur qu’il ne faut pas répéter, ajoute-t-il. Reconnaissant les longueurs d’avance de M. Trudeau, son rival le somme de dire ce qu’il va faire pour la classe moyenne et la jeunesse, dont il se prétend le défenseur.

Derrière ce message, il y a le moment et surtout le ton. Il y a tout d’abord un lien évident et facile à faire avec le calendrier de la course à la direction du PLC. Samedi, troisième débat, certains vous diraient premier « vrai » débat, puisqu’il y aura pour la première fois du « un contre un ». Et, quel hasard, MM. Garneau et Trudeau croiseront le fer les premiers! Donc, occasion d’échanges plus directs et surtout plus musclés. Autre élément de calendrier, ce sera le dernier débat avant la date limite du 3 mars pour le recrutement de nouveaux membres ou sympathisants qui auront droit de vote, une dernière occasion donc de faire forte impression.

Et le ton… Ceux qui ont eu accès à l’ensemble du point de presse ont pu voir un homme qui semblait hors de sa zone de confort. Pas le Marc Garneau qu’on voit au quotidien, plutôt celui qui livre un cri du coeur. Respiration haletante par bout, difficulté à avaler à d’autres moments, des soubresauts dans le ton de la voix. On sentait, sinon le désespoir, l’impuissance et une frustration contenue face à une machine bien rodée qui baigne dans l’huile depuis bien avant le début de cette course.

Sa collègue Martha Hall Findlay a pris sur Twitter le relais de M. Garneau pour réclamer de la substance dans cette course, demandant à tous les candidats de s’engager clairement, dont un en particulier…

Et, ce qui ne va pas être sans augmenter la frustration de M. Garneau, non seulement Justin Trudeau a gardé ses distances devant les attaques, mais la publication fort opportune des détails de ses finances personnelles a achevé de détourner l’attention. Grrrrrrr!!! L’article de Post Media donne tous les détails de son héritage, de ses revenus de conférencier d’avant la vie politique, etc. Il donne l’occasion à M. Trudeau de se dépeindre comme un jeune homme qui était conscient de sa chance, qui ne prétend pas être de la classe moyenne qu’il défend, mais qui a mené sa vie à coup d’expériences personnelles qui l’ont rapproché des gens. Si ces privilèges, même admis, feront évidemment des envieux, force est de constater que l’article, même très factuel et documenté, est dans le registre de la campagne qu’il mène jusqu’à maintenant.

Bref, belle tentative de Marc Garneau. Meilleure chance la prochaine fois, samedi à Mississauga.

P.-S. : en passant, à surveiller dans cette course si on se fie à ce qui circule sur les médias sociaux et les blogues libéraux, une idée qui fait du chemin, beaucoup de chemin même, celle de l’unification des forces opposées à Stephen Harper, mise de l’avant par Joyce Murray.

Catégorie: Ottawa

Cha-cha-cha ou écoute?

par

 publié le 13 février 2013 à 17 h 47

Après avoir annoncé des compressions de 63 millions de dollars dans les fonds de recherche au Québec, le gouvernement Marois se ravise. Les compressions ne seront pas de 63 millions, mais de 36 millions et demi.

Dans « l’arène politique », les interprétations s’affrontent :

Pauline Marois affirme que les compressions annoncées initialement étaient trop importantes, que son gouvernement est à l’écoute de la société et qu’il est capable d’entendre et de s’ajuster.

L’opposition, elle, tire à boulets rouges. Le gouvernement danse le cha-cha-cha, un pas en avant, un en arrière. Le gouvernement improvise, il ne sait pas où il s’en va.

D’où la question : qu’attendez-vous de votre gouvernement?

Il est évident qu’on s’attend à ce que le gouvernement pèse, soupèse et repèse le poids et les conséquences de ses décisions. Il a les moyens, le temps et l’expertise pour le faire. Alors, on se dit que l’annonce d’aujourd’hui confirme qu’il avait mal fait ses devoirs à la base.

Mais quand un gouvernement fait une erreur, que devrait-il faire? Persister, quitte à amplifier l’erreur, ou faire amende honorable, faire un acte de contrition et avouer sa gaffe? L’opposition devrait-elle accepter les excuses ou taper sur le clou?

Qu’en pensez-vous?

Catégorie: Québec