Un premier ministre indépendant

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 publié le 30 janvier 2013 à 21 h 48

Pauline Marois revient d’Europe. Elle pense avoir rassuré les milieux d’affaires à Davos et à Londres. Elle rapporte dans ses bagages un investissement de 6 millions de dollars de l’entreprise Framestore à Montréal. Ce n’est pas énorme comme résultats concrets, mais elle laisse entendre que ce n’était pas le but du voyage.

Là où il y a peut-être une pointe de déception, c’est dans le bilan de sa rencontre avec le premier ministre écossais Alex Salmond. La première ministre a beau parler de « rencontre historique » et « fructueuse », elle a beau se réjouir que l’entretien ait duré 45 minutes plutôt que 30, on se demande si elle n’en met pas plus que le client en demande.

On peut parler de liens économiques et culturels ou d’environnement avec n’importe quel chef de gouvernement. C’est dans l’ordre des choses. Mais quand un premier ministre péquiste rencontre un premier ministre écossais souverainiste ou un politicien catalan souverainiste, on s’attend à plus. Après tout, ils ont les mêmes ambitions : faire de leur nation, un pays.

La discrétion affichée par Alex Salmond (seulement deux photos de l’entretien, pas de commentaire autre qu’un communiqué laconique) laisse perplexe.

Sur la forme, nos collègues écossais nous disent que M. Salmond cherche la publicité, en particulier celle qui le montre comme un chef d’État. Alors pourquoi cette occasion ratée?

Sur le fond, on comprend que M. Salmond veut un « modèle écossais » pour faire l’indépendance et refuse « l’aide extérieure ». Sinon, pourquoi n’a-t-il pas demandé les documents référendaires du Québec que Mme Marois était prête à lui donner? Peut-être ne voulait-il pas avoir de lien avec ces deux échecs des souverainistes québécois? Aussi, pourquoi, lors de cette rencontre, l’Écosse et le Québec n’ont-ils pas signé un accord de coopération, comme le Québec l’a fait avec la Catalogne?

La presse écossaise décrit Alex Salmond comme un politicien habile :  il a négocié la tenue du référendum avec Londres et il est, semble-t-il, rarement pris au dépourvu, même si parfois il défend des positions contradictoires.

On peut penser qu’il a réfléchi aux conséquences que pouvait avoir, pour lui, sa rencontre avec Pauline Marois. Après tout, Mme Marois avait affaire à un premier ministre indépendant.