Le FMI et les bretelles de Jim Flaherty

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 publié le 20 décembre 2012 à 16 h 29

Le gouvernement Harper se réjouit des conclusions du Fonds monétaire international dans son bilan 2012 et de ses prévisions 2013 sur la situation économique et financière au Canada. Le communiqué du ministre des Finances Jim Flaherty y voit avec raison un appui aux politiques budgétaires et à celles relatives au secteur financier. Le secteur financier canadien est solide, les mesures visant à stabiliser le marché du logement et les efforts en vue de créer un organisme commun de réglementation des valeurs mobilières sont les bonnes choses à faire, dit le FMI.

Cela dit, le ministre Flaherty est sélectif dans sa lecture. Son communiqué se limite à la partie « pétage de bretelles » de l’exercice. M. Flaherty ne reprend pas les réserves du FMI dans son communiqué, qui se limite aux constats positifs (probablement un rédacteur déjà emporté par l’esprit des Fêtes).

Toutefois, il partage avec le FMI certains constats moins réjouissants, à cause des mêmes facteurs de risque que ceux établis par le FMI. Les facteurs les plus lourds sont externes, soit l’impasse politico-budgétaire aux États-Unis et la récession en Europe. Mais il y aussi l’endettement des ménages canadiens qui réduit la capacité de ceux-ci de participer à un éventuel rebondissement de l’économie. Bref, là-dessus aussi M. Flaherty et le FMI sont d’accord, même si le ministre se limite aux constats positifs dans son communiqué.

Mais le FMI envoie aussi quelques messages qui font peut-être moins l’affaire du ministre Flaherty et de son patron. Il faut lire toute la déclaration annuelle du FMI pour constater que si le FMI appuie la politique budgétaire du Canada, il note que la consommation privée, la composante la plus importante du PIB, croît moins vite et que c’est « partiellement attribuable au rééquilibrage budgétaire en cours ». Lire : les compressions et l’austérité aident les finances publiques, mais elles ont un effet de ralentissement sur l’économie (croissance moindre d’un demi pour cent).

Le jeu en vaut la chandelle, dit le FMI, ça donne une certaine marge de manoeuvre en cas d’autres chocs importants dans l’avenir. Exactement ce que plaide Jim Flaherty! Mais, marge de manoeuvre pour faire quoi??? Dans le même paragraphe, le FMI dit que devant un choc important, « les autorités fédérales pourraient également envisager de nouvelles mesures temporaires de relance, compte tenu de la marge de manoeuvre disponible ».

Un message que M. Flaherty ne s’empressera pas de diffuser si on se fie à toutes les contorsions et à la crise politique qui ont été nécessaires pour que le gouvernement Harper admette les signes avant-coureurs de la crise de 2008-2009. Ensuite, avec un bras tordu dans le dos (une prorogation et un deuxième discours du Trône en quelques de jours de session), il présentait un budget contenant le Plan d’action dont il se dit maintenant si fier.

Avec un organisme comme le Fonds monétaire international qui le rejoint aussi sur la question des matières premières, des accords commerciaux internationaux, des pensions, etc., on surveillera avec intérêt si le gouvernement Harper se souviendra du paragraphe 6 de la déclaration du FMI sur les dépenses de relance économique.