L’heure des bilans

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 publié le 10 décembre 2012 à 13 h 59

Après six semaines de travaux parlementaires, les députés sont rentrés dans leurs circonscriptions avant de profiter du congé des Fêtes. C’est un congé bienvenu après une année mouvementée, marquée par le printemps érable, des élections, l’arrivée d’un nouveau gouvernement et une course à la direction du PLQ. L’heure est donc au bilan.

Parti québécois

Après neuf ans dans l’opposition, le Parti québécois a repris le pouvoir le 4 septembre. Petite déception, le PQ est minoritaire. Rapidement, Pauline Marois se met au travail :

- annulation de l’augmentation des droits de scolarité et de la loi 78;

- fermeture de Gentilly 2;

- annonce de la rétroactivité de l’augmentation des impôts des plus riches;

- un budget;

- reculs sur l’abolition de la taxe santé, le gel de bloc patrimonial d’électricité, la rétroactivité et la double nomination d’André Boisclair;

- projets de loi sur les contrats gouvernementaux, le financement des partis politiques, les élections à date fixe, les élus municipaux accusés, la nouvelle loi 101, etc.;

- annonce du sommet sur l’enseignement supérieur.

On ne peut certainement pas reprocher au gouvernement de s’être tourné les pouces. Ce qu’il a accompli en un mois et demi, avec un gouvernement minoritaire, relève presque de l’exploit. Mais parfois, son empressement à vouloir faire beaucoup en peu de temps a laissé une impression d’improvisation.

On attend du gouvernement qu’il pèse et soupèse ses décisions, qu’il sente l’humeur de la population. La double nomination d’André Boisclair a été une erreur, mais miser sur l’intégrité pour marquer cette session parlementaire a été un bon coup.

Parti libéral du Québec 

Les députés du PLQ sont un peu comme des joueurs de la Ligue nationale de hockey rétrogradés dans la Ligue américaine. Cette transition entre le pouvoir et l’opposition nécessite une adaptation. Ajoutez à ça le fait que le parti n’a pas de chef permanent et vous avez les ingrédients d’une opposition qui se cherche. Le chef par intérim, Jean-Marc Fournier, ne peut pas prendre de décisions qui seront un boulet pour le nouveau chef. Les prétendants à la succession de Jean Charest courtisent les députés, les militants, les présidents d’associations. Bref, on dirait que le PLQ a la tête ailleurs et offre une opposition timide.

Coalition avenir Québec

Stratégiquement, la Coalition avenir Québec a été habile. En annonçant tout de suite qu’elle voterait contre le budget, elle a forcé les libéraux à se cacher dans les toilettes le jour du vote pour éviter que le gouvernement ne tombe. François Legault a beau claironner qu’il a défendu ses principes, tout le monde sait que si le PLQ n’avait pas été aussi affaibli, des députés de la CAQ se seraient aussi retrouvés aux toilettes pour éviter de faire tomber le gouvernement parce que personne ne veut d’élections trois mois à peine après l’arrivée d’un nouveau gouvernement. La CAQ a maintenant un peu plus d’un an pour faire connaître ses idées, en espérant faire élire plus de députés la prochaine fois.

Québec solidaire

Comme seul député de Québec solidaire et avec une minuscule équipe, Amir Khadir avait pris beaucoup de place à l’Assemblée nationale. L’élection de Françoise David devait doubler cette « force de frappe ». Or, on constate que Québec solidaire est un peu moins présent, malgré son duo parlementaire. Cette appréciation est plutôt subjective, mais peut s’expliquer par l’arrivée d’un nouveau gouvernement vers qui les yeux sont tournés, la course à la direction du PLQ et ce que j’appellerais un « recentrage » du discours solidaire.

Les deux députés ont parlé médicaments, pauvreté, pensions alimentaires pour enfants, orphelins de Duplessis, etc. Toutes ces causes sont nobles et importantes, elles font partie de l’ADN de Québec solidaire, mais elles sont loin du centre du radar politique. Dans les corridors de l’Assemblée nationale, certains se demandent même si Amir Khadir a toujours le même plaisir à faire de la politique.

Un mot en terminant sur Jacques Chagnon, le président de l’Assemblée nationale. Pendant la dernière semaine de travaux parlementaires, il a parlé de « tempête de neige » et de « garderie » pour tenter de rétablir l’ordre dans la chambre. Il était temps que les députés rentrent chez eux parce qu’on sentait que l’explosion était proche. Mais de façon générale, les débats ont été civilisés, plutôt respectueux. Et on le doit en grande partie à la fermeté et au doigté du président.