Vers une nouvelle aide internationale

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 publié le 24 novembre 2012 à 16 h 48

Il semble qu’il n’y ait pas que la politique étrangère du Canada qui sera dorénavant au service de l’économie, l’aide internationale aussi. C’est ce que laissent entrevoir les nouveaux objectifs en matière d’aide au développement.

« L’ACDI est résolue à renforcer la sécurité et la prospérité à long terme du Canada. »

Dans un discours prononcé vendredi à l’Economic Club de Toronto, le ministre Julian Fantino a expliqué les grandes lignes de cette nouvelle stratégie de l’ACDI sur la croissance économique.

Cette stratégie, en quelque sorte, transforme la philosophie de l’ACDI. Il ne s’agit plus seulement de lutter contre la pauvreté, mais également de faire de l’ACDI un agent de croissance économique dans les pays en développement. Car qui dit croissance, dit débouchés pour les entreprises canadiennes. C’est ainsi que le ministre Fantino explique que

« Lorsque nous aidons d’autres pays à stimuler leur économie, nous établissons des liens entre les entreprises canadiennes et certains des marchés connaissant la croissance la plus rapide du monde. »

Il ne s’agit pas ici pour le gouvernement d’abandonner l’aide humanitaire comme celle octroyée lors du tremblement de terre en Haïti, ou lors de grandes crises comme celle au Sahel, mais plutôt de redéfinir les priorités de l’aide au développement et les programmes à plus long terme pour permettre à ces pays de stabiliser leur gouvernance, de développer des cadres juridiques et réglementaires légitimes et à l’abri de l’arbitraire et de la corruption.

Tel que l’explique le ministre, « l’ACDI peut contribuer à renforcer la capacité de négocier avec d’autres pays, de mettre en œuvre des accords commerciaux internationaux avec le Canada et d’autres partenaires, et aider les entreprises à profiter de ces accords ».

Essentiellement, le gouvernement conservateur propose que l’aide internationale soit elle aussi au service des intérêts économiques du Canada, un virage qui verrait l’Agence canadienne de développement international oeuvrer plus de concert avec le secteur privé. Je vous invite d’ailleurs à lire l’article du Globe and Mail sur cet aspect de la stratégie conservatrice.

Il ne faut pas se surprendre de ce virage, surtout à la lumière du document secret du cabinet sur la politique étrangère du Canada dont je vous expliquais les grandes lignes lundi.

Dans la logique de la stratégie exposée par le ministre Fantino, l’aide au développement devient ainsi la nouvelle tête de pont pour permettre au Canada de rétablir ses liens et son influence en Afrique, et se positionner pour éventuellement tirer profit de sa croissance économique.

C’est ainsi que le Canada continuera à financer les programmes de formation pour les femmes en Afrique, ou les cours de développement des affaires pour permettre aux jeunes entrepreneurs du Vietnam de faire rayonner leurs entreprises et ainsi faire vivre leurs communautés. Mais c’est la logique qui sous-tend cette aide qui se voit ainsi transformée.

Pour le gouvernement conservateur, il s’agit de moderniser l’aide au développement, la faire entrer dans le 21e siècle. Les sceptiques ne remettent pas tant en doute l’efficacité potentielle de cette approche, la crainte c’est que le Canada concentre ses efforts sur les problématiques de développement qui rapportent, plutôt que sur les autres plus complexes.