Le fédéralisme ouvert de Stephen Harper

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 publié le 22 novembre 2012 à 18 h 12

C’était la grande promesse de Stephen Harper en 2006, un fédéralisme d’ouverture assorti de nouveaux liens entre les provinces et Ottawa.

 « Il est temps que le gouvernement fédéral établisse de nouvelles relations avec les provinces dans un fédéralisme ouvert. »

Et ça ne s’arrêtait pas là.

« Soutenir la contribution importante du Conseil de la fédération au renforcement de la coopération intergouvernementale et interprovinciale, à l’amélioration de l’union économique et sociale au Canada, et à la promotion de la définition de normes et d’objectifs communs à toutes les provinces », promettait Stephen Harper à la page 42 du programme qui l’a porté au pouvoir.

Six ans plus tard, au moment où les provinces entament ce sommet spécial du Conseil de la fédération sur l’économie face à la chaise vide du premier ministre Harper qui a refusé leur invitation, celles-ci sont forcées de constater que le « nouveau fédéralisme » d’Ottawa n’est pas nécessairement celui qu’elles avaient envisagé.

Fini les grands sommets, fini les rencontres à 11, fini les fronts communs des provinces face à Ottawa pour forcer la main du pouvoir central et lui imposer les enjeux qui tiennent à cœur aux provinces. Le fédéralisme de Stephen Harper relève davantage du chacun dans sa cour. Une interprétation stricte de la constitution où chaque palier de gouvernement gère ses propres problèmes, où Ottawa se garde bien de mettre le nez dans les affaires des provinces et où il a du même souffle renoncé aux grands programmes nationaux qui, disons-le, agaçaient tant Québec à l’époque.

Pour Stephen Harper c’est une question de philosophie : « Nous avons une philosophie différente, de ce côté de la Chambre. Nous respectons la division et le partage du pouvoir dans la Constitution canadienne, ainsi que les compétences des autorités et des provinces, et nous agissons dans le cadre de nos responsabilités. »

Et comme un mantra, Stephen Harper répète la même réponse chaque fois que cette question est soulevée : « Je rencontre régulièrement les premiers ministres de notre pays. Nous assumons nos responsabilités en ce qui concerne l’économie canadienne », ajoutant en anglais que ce ne sont pas des rencontres au sommet qu’exigent les Canadiens face à l’économie, mais de l’action.

C’est ainsi que le gouvernement conservateur a évité les débats parfois explosifs qui caractérisaient ces rencontres. Depuis qu’il a pris le pouvoir, son approche lui a permis de régler, certains diraient imposer, les questions financières des transferts à la santé en passant par les infrastructures, sans pour autant permettre qu’on ouvre quelque débat de fond sur le partage des pouvoirs ou les lignes directrices qui devraient guider les responsabilités partagées entre Ottawa et les provinces. Un fédéralisme de transaction au pied de la lettre de la constitution.

Mais quand on parle de l’économie du pays, de la menace d’une nouvelle récession, des vulnérabilités auxquelles le Canada est confronté, la présence d’Ottawa autour de la table n’aurait-elle pas pu être utile?

Pauline Marois est de ceux qui croient que oui. La première ministre du Québec s’est dite déçue de l’absence de Stephen Harper, ajoutant que « si sa priorité c’est l’économie, il me semble qu’il aurait dû accepter l’invitation des premiers ministres des provinces ».

Et elle n’est pas la seule, les premiers ministres de l’Ontario, de la Nouvelle-Écosse, pour ne nommer que ceux-là, ont tous déploré l’absence d’Ottawa.

« Si le premier ministre est capable d’envoyer ses limousines en Inde par avion, est-il capable de trouver un billet d’avion pour aller à Halifax? », a demandé Thomas Mulcair.

Le chômage et les complexités des défis économiques du pays ne méritent-ils pas une discussion commune entre un premier ministre et ses homologues provinciaux, plutôt que des rencontres bilatérales individuelles? Après tout, l’incertitude est assez importante pour que le ministre des Finances Jim Flaherty ait reporté l’atteinte du déficit zéro d’un an. Et certains diraient même que la présence d’Ottawa aurait pu contribuer à éviter que les disputes bilatérales et les divisions entre les provinces ne prennent le dessus.

Pour Stephen Harper, le risque de faire face au front commun des provinces, le risque qu’elles profitent de l’occasion pour mettre toutes leurs doléances sur la table, du financement de la santé aux infrastructures, semble trop important. Il a bien vu le prix politique qu’ont payé ses prédécesseurs libéraux lors d’exercices semblables.

Les premiers ministres provinciaux ne seront pas totalement en reste. Ils auront la visite du gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, pour discuter des prévisions de la banque tant au niveau canadien que mondial.

La dernière fois que Stephen Harper a rencontré les premiers ministres provinciaux en groupe, c’était en janvier 2009, au plus fort de la crise économique. Il faut croire qu’il juge que l’heure n’est pas assez grave pour répéter l’exercice.