Du spaghetti à la mairie

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 publié le 10 novembre 2012 à 7 h 10

« J’ai l’impression ce soir que c’est peut-être un discours d’adieu. »

« Je veux vous dire aujourd’hui que j’envisage être candidat à la mairie de Montréal en 2013. »

C’est avec ces deux phrases que Denis Coderre a donné l’impression à ses troupes, aux quelque 1300 sympathisants libéraux, militants du milieu communautaire et politiciens locaux qu’il venait de leur dévoiler une grande exclusivité.

Car, pour celui qui la semaine dernière encore répétait que « c’est la chefferie ou la mairie » au moment même où il excluait la chefferie du Parti libéral, le doute sur ses ambitions politiques demeurait bien mince. D’ailleurs, ses ambitions ont été le sujet de toutes les blagues, d’Éric Salvail à Bob Rae, qui a même suggéré que Denis Coderre se lance à la mairie de Toronto et lui laisse celle de Montréal!

On pourrait dire que Denis Coderre admirait la piscine de Montréal et qu’il vient d’y mettre le bout de l’orteil.

Il faut dire que les événements spectaculaires de la semaine − la démission du maire Tremblay − exigeaient un mini coup de tonnerre de celui qui cultive l’art de faire monter les enchères.

« Aujourd’hui, Montréal est blessée, ses citoyens sont blessés. C’est le temps d’être à l’écoute », a lancé Denis Coderre, profitant de cette tribune unique pour jeter les jalons de sa future campagne.

 « Il ne faut pas qu’il y ait d’impunité, c’est ça, la game. »

Denis Coderre prône donc le retour de la confiance. Il rappelle que ce ne sont pas les 28 000 fonctionnaires de la Ville de Montréal qui sont corrompus. Et il ajoute qu’il y a peut-être trop de sous-traitance et qu’il ne s’agit pas tant de travailler autrement, que de travailler correctement.

 « C’est pas vrai que tous les politiciens sont corrompus. Il y a un maudit boutte à toute. Ceux qui sont corrompus vont payer pour. »

C’est ainsi que « tant qu’à parler d’éthique », Denis Coderre affirme qu’il se consacrera pleinement à son rôle de député, qu’il ne fera pas campagne en coulisse. « Je peux peut-être un jour envisager d’être maire, je ne jouerai pas à la belle-mère » dit-il.

Celui qui promet qu’il ne jouera pas le rôle de « maire en attendant » n’a pas manqué de s’attaquer à l’éléphant dans la pièce : sa volonté de conserver son poste de député fédéral de Bourassa jusqu’au choix d’un nouveau chef du PLC le 14 avril prochain.

Mais comme on dit en anglais, the proof is in the pudding. (C’est aux fruits qu’on juge l’arbre.)

Ayant dissipé quelques doutes quant à ses intentions, Denis Coderre assume pleinement le fardeau de la preuve. D’ici à ce qu’il plonge formellement, il devra trouver le moyen de faire la preuve qu’il ne profite pas de son rôle et de son salaire de député pour organiser en douce sa campagne à la mairie de cette ville qu’il aime tant et qu’il promet d’assainir.

Un des aspects les plus divertissants de la soirée a sûrement été d’observer les candidats à la direction et les aspirants travailler la salle, les Justin Trudeau, Philippe Couillard et Marc Garneau… Mais ça, c’est pour une autre chronique.