Billets publiés en novembre 2012

Rejet du C-398 : occasion ratée de politique non partisane?

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 publié le 29 novembre 2012 à 17 h 28

Un débat est passé relativement inaperçu cette semaine à la Chambre des communes. Lors d’un vote excessivement serré, le Parlement s’est prononcé contre le projet de loi privé C-398, présenté par la néo-démocrate Hélène Laverdière, un projet de loi qui aurait facilité l’envoi de médicaments génériques à l’étranger. Cent quarante-huit députés ont voté contre ce projet de loi, 141 ont voté pour.

Le C-398 aurait modifié la loi sur les brevets afin que les pays en développement aient accès plus rapidement aux médicaments génériques pour combattre les problèmes de santé résultant du sida, de la tuberculose, du paludisme et d’autres épidémies.

Dans son discours à la Chambre des communes le 21 novembre dernier, Hélène Laverdière disait : « Le projet de loi C-398 a reçu l’appui de plus de 80 ONG internationales, y compris Médecins sans frontières, la Mission apostolique du Lesotho, l’Église d’Écosse et la campagne contre le sida menée au Royaume-Uni. Au Canada, plus de 250 ONG et groupes communautaires appuient le projet de loi [...] J’invite les députés à ne pas oublier, au moment de voter, que ce projet de loi sauverait des vies [...] Mercredi prochain, votons pour la vie, votons pour une réforme du Régime canadien d’accès aux médicaments. »

Le gouvernement conservateur ne l’entendait pas de la même oreille. Même s’il s’agissait d’un vote libre, la plupart des députés conservateurs ont voté contre le C-398. Mardi dernier, le ministre de l’Industrie expliquait la position du gouvernement. « Premièrement, ce projet de loi n’accomplira pas ce qu’il prétend accomplir. C’est important de tenir compte de ce que le gouvernement a déjà fait. Il y a déjà 4 milliards d’investissements, ce qui inclut l’initiative de Muskoka, ce qui a sécurisé un fonds mondial de 10 milliards qui sont investis pour approvisionner les pays dans le besoin. [...] Je pense qu’on est tous pour la vertu. On veut que les pays dans le besoin aient accès à des médicaments, mais ce véhicule n’est pas le bon. »

Mercredi soir donc, le projet de loi a été battu par sept voix. Les néo-démocrates disent que 15 conservateurs avaient promis leur appui, mais seulement sept ont tenu leur promesse au moment du vote. Amère, Mme Laverdière estime que les conservateurs ont refusé de mettre la partisanerie de côté, qu’ils sont incapables d’appuyer une initiative d’un autre parti politique! D’autres au NPD pensent que le gouvernement a cédé au lobby des pharmaceutiques des produits d’origine. Attaqué en Chambre, le ministre Paradis répète que ce projet de loi n’aurait pas amélioré le sort des personnes dans les pays en développement.

Cet épisode est-il une occasion ratée de poser un geste humanitaire, ou est-il une décision éclairée pour mettre un terme à une initiative qui n’allait nulle part?  À vous de juger….

Vous pouvez aussi écouter l’entrevue accordée par Mme Laverdière à Emmanuelle Latraverse aux Coulisses du pouvoir la semaine dernière.

Catégorie: Ottawa

L’anticipation, la suite…

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 publié le 27 novembre 2012 à 15 h 22

Réponse du bureau du premier ministre à mon blogue d’hier  : avec une certaine irritation, on m’explique qu’on voulait simplement s’assurer que les membres de la Tribune de la presse de la Chambre des communes ont le communiqué plus tôt. Soit, très heureux de constater cet empressement. Dommage que ce soit le cas uniquement pour les communications initiées par le PMO ou le reste du gouvernement, ce que certains appellent la propagande.

Les 24 employés du PMO, leurs 16 collègues du Conseil privé et surtout les centaines de personnes chargées des communications ou des relations avec les médias dans la machine fédérale, et c’est vérifié, sont beaucoup moins rapides sur la détente (communiqué, rappel téléphonique ou encore mise en contexte) quand c’est le journaliste qui initie la démarche avec ses questions. Je vous reviens bientôt sur ces délais à répondre ou encore ces abonnés absents et en plus, on ne parle même pas des demandes d’accès à l’information…

Suite à venir…

Catégorie: Ottawa

Partielles : du soulagement aux inquiétudes

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 publié le 27 novembre 2012 à 14 h 07

En surface, les résultats des trois élections partielles n’auront finalement pas changé le paysage politique canadien lundi soir. Mais sur le fond, ils ont envoyé bien des signaux aux chefs des différents partis en vue de la grande bataille électorale de 2015.

Les verts

Elizabeth May et Donald Galloway

Si son parti n’a fait aucun gain, Elizabeth May ne sort pas moins gagnante de la soirée grâce à la performance aussi surprenante que remarquable de ses candidats dans les deux circonscriptions de l’Ouest. Un bond de 22,7 % d’appuis à Victoria a placé les verts en deuxième place et donné toute une frousse au NPD. Une remontée de 15,7 % par rapport aux résultats de 2011 dans Calgary-Centre a sans équivoque privé les conservateurs de la majorité absolue à laquelle ils étaient si habitués.

Est-ce que la remontée du Parti vert a divisé le vote progressiste en Alberta et ainsi ouvert la voie à la réélection des conservateurs? Certainement. Mais cette performance a aussi montré que grâce à un bon candidat, une solide organisation et une campagne ultraciblée, ce parti longtemps marginalisé est capable de s’imposer dans la cour des « grands ». De là à conclure que le Parti vert sera une force indéniable en 2015, il y a une marge.

Ce ne serait pas la première fois qu’ils offrent une bonne performance lors d’une partielle. Pensez à London-North-Centre en 2006. La leçon à retenir pour Elizabeth May est surtout que, tout comme en 2011, son parti a davantage de chance lorsqu’il concentre ses efforts en un endroit stratégique qu’en essayant de mener une campagne nationale.

Les conservateurs

C’est un euphémisme que de dire qu’ils l’ont échappé belle dans Calgary-Centre. De voir leurs appuis passer de 57,7 % à 36,9 % ne peut que soulever une bonne dose d’inquiétude dans cette circonscription qui est jugée comme une des plus sûres au pays.

Ici aussi, les leçons sont multiples. Miser sur une candidate associée avec la droite sociale du parti (non pas tant pour ses opinions personnelles que ses appuis) rapporte de moins en moins, surtout dans une grande ville comme Calgary, dont l’électorat se diversifie. Surtout, est-ce qu’on commence à voir poindre les premiers signes d’une fatigue à l’égard de la gouvernance majoritaire de Stephen Harper?

En tout cas, son parti a perdu des appuis dans les trois circonscriptions. Et bien que les partielles soient rarement tendres envers les gouvernements en place, après presque sept ans au pouvoir, il y a de quoi se demander si les premières failles de l’armure bleue se sont manifestées. La bonne nouvelle : leur machine électorale ciblée demeure ultraefficace et aura permis de sauver les apparences dans Calgary-Centre et Durham.

Les néo-démocrates

Pour un chef de l’opposition officielle qui répète depuis son élection que la route vers le pouvoir passe par des gains dans l’Ouest, difficile pour Thomas Mulcair d’être rassuré par les résultats de lundi soir. Le NPD a réussi à conserver Victoria de peine et de misère et s’est trouvé en 4e place avec 3,8 % des votes dans Calgary-Centre.

Le discours du chef néo-démocrate sur la maladie hollandaise et les effets néfastes de l’industrie pétrolière telle qu’on la connaît aujourd’hui ont fort probablement contribué à cette chute d’appuis. À trois ans des prochaines élections, le message est clair : le NPD est loin d’avoir convaincu les électeurs de cette région du pays que son discours sur l’environnement et les investissements étrangers ne sont pas une attaque à la croissance économique, comme s’amusent à le répéter ad nauseam les conservateurs.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair félicite son candidat Murray Rankin pour sa victoire dans Victoria.
Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair félicite son candidat Murray Rankin pour sa victoire dans Victoria.


Les libéraux

Il y a ceux qui voient la coupe à moitié pleine et se réconfortent de leur défaite dans Calgary-Centre en soulignant que le parti n’a pas aussi bien fait depuis 1968. C’est vrai. Mais ce serait une analyse bien étroite des résultats de lundi soir. Dans Durham, en Ontario, les libéraux ont perdu des appuis. Dans Victoria, une circonscription qu’ils ont détenue pendant 13 ans (1993-2006), ils sont arrivés troisièmes, loin derrière les verts. Morale de l’histoire : quand on accumule le vote populaire total lundi soir, le parti libéral arrive quatrième. C’est dire tout le chemin qu’il reste à parcourir d’ici 2015.

Harvey Locke, candidat du PLC dans Calgary-Centre pour l'élection partielle du 26 novembre 2012, et le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae
Harvey Locke, candidat du PLC dans Calgary-Centre pour l’élection partielle du 26 novembre 2012, et le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae

Avec une marge de défaite de 1167 voix dans Calgary-Centre, il est difficile de jeter exclusivement le blâme sur les commentaires antialbertains de Justin Trudeau en 2010. Toutefois, ceux-ci auront contribué à dissiper une partie du capital de sympathie qu’il s’était attiré avec un bon début de campagne. L’inquiétude pour ses troupes doit être à plus long terme. Voyant l’effet et la médiatisation de cette première controverse, la machine de guerre conservatrice n’a pas fini de fouiller les déclarations passées de Justin Trudeau pour trouver d’autres munitions.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Quelle anticipation!!!

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 publié le 26 novembre 2012 à 10 h 11

Le premier ministre Stephen Harper assistait dimanche soir au match de la Coupe Grey, situation déchirante pour lui sans doute : l’équipe représentant sa ville d’origine contre celle de sa ville d’adoption. C’est peut-être pour ça que le communiqué publié par son bureau lundi matin n’ose pas féliciter trop fort, en fait, pas du tout, l’équipe gagnante… Mais, attendez, le communiqué me rappelle quelque chose, j’ai lu ça quelque part hier… mais oui, c’est le même publié hier par son propre bureau, six heures AVANT le match, et qui parlait de la partie comme une chose du passé.

Dimanche 25 novembre, 12 h 05, dans mes courriels, émanant du bureau du premier ministre, le PMO comme on l’appelle dans le jargon ici :

Le premier ministre Stephen Harper a fait aujourd’hui la déclaration suivante au sujet du match de championnat de la 100e Coupe Grey :

« Le match d’aujourd’hui n’était que l’un des exaltants chapitres de l’histoire de la Coupe Grey. Depuis de nombreuses décennies, des athlètes déterminés se sont affrontés sur les lignes de mêlée de Vancouver à Montréal afin de se disputer la suprématie du football professionnel canadien. Ils se sont battus pour la victoire en dépit de la neige, de la glace, du vent, du brouillard, de la boue…

Négligence? Erreur? Rien de bien grave me direz-vous dans la mesure où il ne s’agit que d’une compétition sportive. Je me disais aussi que c’était moins embarrassant que d’anticiper le décès d’une personnalité! Sauf que, quand on pense qu’il y a au PMO exactement 24 personnes, vous avez bien lu, 24 personnes responsables à divers niveaux des communications, il faut quand même le faire.

Est-ce qu’on a voulu économiser des heures supplémentaires un dimanche en ne gardant pas quelqu’un au bureau en soirée un dimanche? De toute façon, ce n’est que cocasse pour l’instant, mais, à 24, on se serait attendu à un meilleur synchronisme et peut-être à une petite mise à jour après le match félicitant les vainqueurs.

Ah oui, j’oubliais, ajoutez aux 24 du PMO 16 autres personnes s’occupant des communications au bureau du Conseil privé, le ministère du premier ministre. Beaucoup de gens affectés aux communications stratégiques, un terme qui tombe à point quand on parle de football! Le bureau de Bob Rae en publiait d’ailleurs un à la même heure invitant les Canadiens à se réunir pour jouir de la tradition sportive annuelle…

Catégorie: Ottawa

Vers une nouvelle aide internationale

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 publié le 24 novembre 2012 à 16 h 48

Il semble qu’il n’y ait pas que la politique étrangère du Canada qui sera dorénavant au service de l’économie, l’aide internationale aussi. C’est ce que laissent entrevoir les nouveaux objectifs en matière d’aide au développement.

« L’ACDI est résolue à renforcer la sécurité et la prospérité à long terme du Canada. »

Dans un discours prononcé vendredi à l’Economic Club de Toronto, le ministre Julian Fantino a expliqué les grandes lignes de cette nouvelle stratégie de l’ACDI sur la croissance économique.

Cette stratégie, en quelque sorte, transforme la philosophie de l’ACDI. Il ne s’agit plus seulement de lutter contre la pauvreté, mais également de faire de l’ACDI un agent de croissance économique dans les pays en développement. Car qui dit croissance, dit débouchés pour les entreprises canadiennes. C’est ainsi que le ministre Fantino explique que

« Lorsque nous aidons d’autres pays à stimuler leur économie, nous établissons des liens entre les entreprises canadiennes et certains des marchés connaissant la croissance la plus rapide du monde. »

Il ne s’agit pas ici pour le gouvernement d’abandonner l’aide humanitaire comme celle octroyée lors du tremblement de terre en Haïti, ou lors de grandes crises comme celle au Sahel, mais plutôt de redéfinir les priorités de l’aide au développement et les programmes à plus long terme pour permettre à ces pays de stabiliser leur gouvernance, de développer des cadres juridiques et réglementaires légitimes et à l’abri de l’arbitraire et de la corruption.

Tel que l’explique le ministre, « l’ACDI peut contribuer à renforcer la capacité de négocier avec d’autres pays, de mettre en œuvre des accords commerciaux internationaux avec le Canada et d’autres partenaires, et aider les entreprises à profiter de ces accords ».

Essentiellement, le gouvernement conservateur propose que l’aide internationale soit elle aussi au service des intérêts économiques du Canada, un virage qui verrait l’Agence canadienne de développement international oeuvrer plus de concert avec le secteur privé. Je vous invite d’ailleurs à lire l’article du Globe and Mail sur cet aspect de la stratégie conservatrice.

Il ne faut pas se surprendre de ce virage, surtout à la lumière du document secret du cabinet sur la politique étrangère du Canada dont je vous expliquais les grandes lignes lundi.

Dans la logique de la stratégie exposée par le ministre Fantino, l’aide au développement devient ainsi la nouvelle tête de pont pour permettre au Canada de rétablir ses liens et son influence en Afrique, et se positionner pour éventuellement tirer profit de sa croissance économique.

C’est ainsi que le Canada continuera à financer les programmes de formation pour les femmes en Afrique, ou les cours de développement des affaires pour permettre aux jeunes entrepreneurs du Vietnam de faire rayonner leurs entreprises et ainsi faire vivre leurs communautés. Mais c’est la logique qui sous-tend cette aide qui se voit ainsi transformée.

Pour le gouvernement conservateur, il s’agit de moderniser l’aide au développement, la faire entrer dans le 21e siècle. Les sceptiques ne remettent pas tant en doute l’efficacité potentielle de cette approche, la crainte c’est que le Canada concentre ses efforts sur les problématiques de développement qui rapportent, plutôt que sur les autres plus complexes.

Catégorie: Ottawa

Pauline Marois et Ottawa : valse ou continental?

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 publié le 23 novembre 2012 à 16 h 20

Je ne sais pas comment Pauline Marois s’est sentie en entrant dans la salle de réunion du Conseil de la fédération à Halifax. Après tout, le conseil est le « bébé » de Jean Charest. En plus, en 2009, elle l’avait jugé inutile et nuisible parce qu’il affaiblissait le rapport de force avec Ottawa. Elle est une première ministre souverainiste, les 11 autres premiers ministres autour de la table (Brad Wall, de la Saskatchewan, n’y était pas) ne partagent pas ses vues.

Ses homologues ont été très diplomates. Dalton McGuinty, de l’Ontario, et Christy Clark, de la Colombie-Britannique, ont même blagué en disant qu’ils allaient la convertir au fédéralisme. Mme Marois leur a un peu rendu la pareille en affirmant qu’elle participerait aux réunions du Conseil, comme ses prédécesseurs péquistes participaient aux rencontres des premiers ministres provinciaux, avant la création du Conseil de la fédération. Tout le monde semble bien s’entendre.

Mais au-delà des politesses et des blagues, le gouvernement Marois cassera avec l’approche de Jean Charest. Le premier ministre libéral utilisait le Conseil de la fédération pour établir des consensus entre les provinces sur les demandes à faire au gouvernement fédéral. Un peu comme s’il invitait Ottawa à danser un continental avec les provinces. Disons qu’il était plutôt timide pour demander au fédéral de danser une valse, pour revendiquer à l’intérieur d’une relation bilatérale.

Pauline Marois, elle, veut délaisser le continental du Conseil de la fédération, pour valser avec Ottawa. Elle entend porter ses revendications directement au gouvernement fédéral sans passer pour l’intermédiaire et les consensus du Conseil de la fédération. Elle appelle ça la gouvernance souverainiste, c’est-à-dire rapatrier des pouvoirs et occuper les champs de compétence du Québec.

Pour l’instant, Mme Marois testera son partenaire fédéral. Elle verra s’il veut danser et comment il danse la valse, mais évidemment le but ultime est de l’éconduire…

Catégorie: Québec

Trois partielles lundi : sans intérêt, vraiment?

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 publié le 23 novembre 2012 à 14 h 27

Il y aura trois élections partielles lundi prochain au pays. Dans la circonscription de Victoria, en Colombie-Britannique, en raison de la démission de la néo-démocrate Denise Savoie; dans Calgary-Centre, en Alberta, en raison du départ du conservateur Lee Richardson; dans Durham, en Ontario, parce que la ministre Bev Oda a remis a démission.

Au premier coup d’oeil, ces partielles sont sans signification et ne changeront rien dans le portrait politique au pays. Mais à un autre niveau, ces partielles pourraient envoyer quelques messages que certains ne veulent probablement pas entendre.

Calgary-Centre

Prenons d’abord l’exemple de Calgary-Centre, en Alberta. En principe, l’élection du candidat conservateur devrait être une simple formalité. En 2011 à l’élection générale, le conservateur Lee Richardson a obtenu 58 % des voix. Toutefois, celle qui a été désignée candidate par le Parti conservateur est Joan Crockatt, une ex-journaliste qui est loin de faire l’unanimité. Elle a des liens très étroits avec le parti Wildrose, plus à droite que le Parti conservateur. Elle n’a pas eu l’appui du député sortant, et son attitude pendant la campagne électorale a beaucoup déplu aux électeurs.

En début de campagne, un sondage lui donnait 48 % d’appui populaire. La semaine dernière, un autre sondage indiquait que cet appui a fondu à 32 % et qu’elle est maintenant talonnée par le libéral Harvey Lock, qui recueille 30 % des intentions de vote.

Ça explique sans doute les attaques soutenues des conservateurs cette semaine contre les libéraux David McGuinty et Justin Trudeau. En Chambre surtout, les conservateurs s’en sont pris à David McGuinty qui a déclaré que les députés conservateurs de l’Alberta ne sont que des marionnettes au service des pétrolières, des propos pour le moins malhabiles.

Mais les attaques ont été encore plus soutenues contre Justin Trudeau. À Ottawa, jeudi, les conservateurs distribuaient largement dans le foyer de la Chambre des communes le verbatim d’une entrevue que Trudeau a donnée à l’émission Les francs-tireurs, à Télé-Québec, en octobre 2010. Dans cette entrevue, l’animateur demandait : « Est-ce que le Canada est mieux servi quand il y a plus de Québécois au pouvoir que lorsqu’il y a plus d’Albertains au pouvoir? » Réponse de Trudeau : « Je suis libéral, alors c’est sûr que je pense que oui. Certainement quand on regarde les grands premiers ministres du 20e siècle. Les seuls qui ont vraiment tenu le coup, c’étaient des députés du Québec. On a un rôle. Ce pays, le Canada, est à nous. »

Depuis, les conservateurs orchestrent une véritable campagne pour dénoncer ces propos de Justin Trudeau. L’équipe du candidat à la direction du Parti libéral du Canada a dû réagir et publier le communiqué suivant : « Les conservateurs utilisent une déclaration hors contexte, faite il y a plusieurs années dans le cadre d’une longue entrevue. Ils sont clairement nerveux parce qu’ils sont en train de perdre l’élection partielle dans Calgary-Centre et ont recours à une campagne de salissage pour amortir leur chute. Justin sait que Calgary, l’Alberta et tout l’Ouest canadien sont au coeur de l’avenir du Canada. C’est un message qu’il a répété d’un bout à l’autre du pays, et ce, depuis le début de la campagne. Nous devons voir au-delà de la politique de la division des conservateurs et inclure tous les Canadiens dans le dialogue. »

Vendredi matin, Trudeau s’est aussi excusé, soulignant qu’il parlait de Stephen Harper et non pas de tous les Albertains. Soyez assurés d’une chose cependant : cet extrait de Justin Trudeau circulera beaucoup au cours du week-end en Alberta.

Victoria

Parlons maintenant de Victoria, en Colombie-Britannique, une circonscription que le NPD devrait, en principe, conserver. Toutefois, le Parti vert a mené une campagne féroce, et leur candidat Donald Galloway chauffe sérieusement le néo-démocrate Murray Rankin. Les verts ont mis toutes leurs ressources à la disposition de Galloway. Et la chef du Parti, Elizabeth May, a été très présente dans l’espoir de ne plus être seule à la Chambre des communes. Le NPD, qui a le vent dans les voiles depuis la générale de 2011, ne veut surtout pas perdre cette circonscription qu’elle détient depuis 2006. Ce ne serait pas nécessairement un échec pour Thomas Mulcair, mais il pourrait « perdre son élan ».

Durham

Dans la troisième partielle, il n’y a pas vraiment d’enjeu. Même si la députée sortante, Bev Oda, est partie après une série d’erreurs politiques, l’électorat ne semble pas en vouloir au parti. Le conservateur Erin O’Toole devrait remporter cette élection sans difficulté.

Donc, même si rien ne changera dans le paysage politique, conservateurs, libéraux et néo-démocrates ont à perdre et à gagner.Voilà pourquoi l’exercice de la démocratie n’est jamais insignifiant!

Catégorie: Ottawa

Les coûts des F-35 : nouveau report

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 publié le 22 novembre 2012 à 18 h 53

Je vous invitais à la rentrée parlementaire à la plus grande patience au sujet de l’engagement du gouvernement Harper de fournir, 60 jours après les estimations américaines, une mise à jour des coûts des chasseurs F-35. La ministre Rona Ambrose avait déjà dilué l’engagement en affirmant qu’il fallait en fait une évaluation indépendante en plus des documents américains.

Je vous épargne le calendrier des reports et des rapports pour vous dire que la plus récente échéance, fin-novembre, vient d’être encore une fois remise au 7 février prochain. Par qui? Par la majorité conservatrice au Comité des comptes publics qui déposait mercredi son rapport accompagné d’opinions dissidentes des deux partis d’opposition.

Le 7 février, 10 mois se seront écoulés depuis la publication du rapport-choc du vérificateur général qui montrait que le gouvernement avait sciemment caché une bonne partie des coûts des F-35, plus de 10 milliards de dollars en fait.  Le gouvernement avait publié le jour même son fameux plan en sept points, créant le Secrétariat des F-35, devenu depuis le Secrétariat national d’approvisionnement en chasseurs. Ottawa avait aussi promis la fameuse mise à jour des coûts, les vrais cette fois. Le gouvernement faisait presque un mea culpa, sauf Peter MacKay qui comparait l’achat d’un avion de chasse à celui d’une fourgonnette.

Bref, prochaine date à encercler sur le calendrier : le 7 février 2013. En attendant, notez que le vérificateur général australien vient de publier son évaluation actuelle des coûts par appareil : 131,4 millions de dollars en 2012. Un prix unitaire qui descendra au fur et à mesure que la production s’accroîtra. Le gouvernement Harper parlait officiellement de 70 à 75 millions par appareil lors de son annonce de juillet 2010, mais on sait maintenant qu’il ne nous disait pas tout.

Catégorie: Ottawa

Le fédéralisme ouvert de Stephen Harper

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 publié le 22 novembre 2012 à 18 h 12

C’était la grande promesse de Stephen Harper en 2006, un fédéralisme d’ouverture assorti de nouveaux liens entre les provinces et Ottawa.

 « Il est temps que le gouvernement fédéral établisse de nouvelles relations avec les provinces dans un fédéralisme ouvert. »

Et ça ne s’arrêtait pas là.

« Soutenir la contribution importante du Conseil de la fédération au renforcement de la coopération intergouvernementale et interprovinciale, à l’amélioration de l’union économique et sociale au Canada, et à la promotion de la définition de normes et d’objectifs communs à toutes les provinces », promettait Stephen Harper à la page 42 du programme qui l’a porté au pouvoir.

Six ans plus tard, au moment où les provinces entament ce sommet spécial du Conseil de la fédération sur l’économie face à la chaise vide du premier ministre Harper qui a refusé leur invitation, celles-ci sont forcées de constater que le « nouveau fédéralisme » d’Ottawa n’est pas nécessairement celui qu’elles avaient envisagé.

Fini les grands sommets, fini les rencontres à 11, fini les fronts communs des provinces face à Ottawa pour forcer la main du pouvoir central et lui imposer les enjeux qui tiennent à cœur aux provinces. Le fédéralisme de Stephen Harper relève davantage du chacun dans sa cour. Une interprétation stricte de la constitution où chaque palier de gouvernement gère ses propres problèmes, où Ottawa se garde bien de mettre le nez dans les affaires des provinces et où il a du même souffle renoncé aux grands programmes nationaux qui, disons-le, agaçaient tant Québec à l’époque.

Pour Stephen Harper c’est une question de philosophie : « Nous avons une philosophie différente, de ce côté de la Chambre. Nous respectons la division et le partage du pouvoir dans la Constitution canadienne, ainsi que les compétences des autorités et des provinces, et nous agissons dans le cadre de nos responsabilités. »

Et comme un mantra, Stephen Harper répète la même réponse chaque fois que cette question est soulevée : « Je rencontre régulièrement les premiers ministres de notre pays. Nous assumons nos responsabilités en ce qui concerne l’économie canadienne », ajoutant en anglais que ce ne sont pas des rencontres au sommet qu’exigent les Canadiens face à l’économie, mais de l’action.

C’est ainsi que le gouvernement conservateur a évité les débats parfois explosifs qui caractérisaient ces rencontres. Depuis qu’il a pris le pouvoir, son approche lui a permis de régler, certains diraient imposer, les questions financières des transferts à la santé en passant par les infrastructures, sans pour autant permettre qu’on ouvre quelque débat de fond sur le partage des pouvoirs ou les lignes directrices qui devraient guider les responsabilités partagées entre Ottawa et les provinces. Un fédéralisme de transaction au pied de la lettre de la constitution.

Mais quand on parle de l’économie du pays, de la menace d’une nouvelle récession, des vulnérabilités auxquelles le Canada est confronté, la présence d’Ottawa autour de la table n’aurait-elle pas pu être utile?

Pauline Marois est de ceux qui croient que oui. La première ministre du Québec s’est dite déçue de l’absence de Stephen Harper, ajoutant que « si sa priorité c’est l’économie, il me semble qu’il aurait dû accepter l’invitation des premiers ministres des provinces ».

Et elle n’est pas la seule, les premiers ministres de l’Ontario, de la Nouvelle-Écosse, pour ne nommer que ceux-là, ont tous déploré l’absence d’Ottawa.

« Si le premier ministre est capable d’envoyer ses limousines en Inde par avion, est-il capable de trouver un billet d’avion pour aller à Halifax? », a demandé Thomas Mulcair.

Le chômage et les complexités des défis économiques du pays ne méritent-ils pas une discussion commune entre un premier ministre et ses homologues provinciaux, plutôt que des rencontres bilatérales individuelles? Après tout, l’incertitude est assez importante pour que le ministre des Finances Jim Flaherty ait reporté l’atteinte du déficit zéro d’un an. Et certains diraient même que la présence d’Ottawa aurait pu contribuer à éviter que les disputes bilatérales et les divisions entre les provinces ne prennent le dessus.

Pour Stephen Harper, le risque de faire face au front commun des provinces, le risque qu’elles profitent de l’occasion pour mettre toutes leurs doléances sur la table, du financement de la santé aux infrastructures, semble trop important. Il a bien vu le prix politique qu’ont payé ses prédécesseurs libéraux lors d’exercices semblables.

Les premiers ministres provinciaux ne seront pas totalement en reste. Ils auront la visite du gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, pour discuter des prévisions de la banque tant au niveau canadien que mondial.

La dernière fois que Stephen Harper a rencontré les premiers ministres provinciaux en groupe, c’était en janvier 2009, au plus fort de la crise économique. Il faut croire qu’il juge que l’heure n’est pas assez grave pour répéter l’exercice.

Catégorie: Ottawa, Québec

La solution Lisée

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 publié le 21 novembre 2012 à 21 h 33

La maison du délégué général à Londres.

En prenant connaissance du budget, certains ministres ont probablement eu mal à la tête. Pour augmenter les dépenses en santé, en éducation, en culture et dans l’enseignement supérieur, d’autres ministères écopent.

Les finances (-7,6 %), les ressources naturelles (-22,1 %), l’emploi et la solidarité sociale (-1,1 %) et les relations internationales (-14 %) devront faire de nouveaux trous dans leur ceinture pour la serrer un peu plus.

La réduction de 14 % du budget des relations internationales représente 20 millions de dollars.

Quelle est la solution du ministre Jean-François Lisée? Vendre la résidence de fonction de son délégué général à Londres.

Il faut dire qu’elle a fière allure cette maison, située selon le ministre dans un « beau quartier, un peu excentré », mais que le cabinet du ministre refuse d’identifier « pour des raisons de sécurité ».

Selon le ministère, le Québec a acheté la maison en 1966, pour 243 000 $. À l’époque, les lois britanniques interdisaient l’achat du terrain. Le gouvernement a donc payé un loyer pour le terrain jusqu’en 2007. Quand les lois ont été assouplies, il a payé le terrain 7,4 millions de dollars.

Maintenant, il mettra la maison en vente et il espère recevoir plusieurs millions de dollars, selon le ministre, assez pour acheter une autre maison, plus près de l’immeuble de la délégation, et amortir les compressions budgétaires.

Cette « approche » fera-t-elle école au gouvernement pour renflouer ses coffres?

Catégorie: Québec