Billets publiés en octobre 2012

Intégrité, intégrité, intégrité

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 publié le 31 octobre 2012 à 20 h 08

Faute d’une majorité, le gouvernement Marois s’est rabattu sur les sujets qui peuvent faire consensus. L’intégrité est devenue LA valeur refuge de ce gouvernement. C’est normal, les partis d’opposition ne pourront formuler d’objections de principe et la population aura, chaque jour, de plus en plus soif de justice et d’intégrité avec le défilé des témoins à la commission Charbonneau. Ce gouvernement aura compris que les attentes des citoyens à son égard risquent fort d’être fondées sur sa capacité à nettoyer les écuries de l’État.

Les finances publiques sont un point sensible, mais le gouvernement parvient surtout à afficher son incertitude au plan des moyens. Peut-être un budget avant Noël, peut-être pas. Comme si le ministère des Finances et son ministre, Nicolas Marceau, n’avaient pas statué sur leurs intentions avant le prononcé du discours d’ouverture. C’est une occasion manquée. Une autre.

C’est plus clair lorsqu’il s’agit des ressources naturelles, particulièrement en ce qui a trait à l’exploitation du pétrole. Pauline Marois est d’une clarté sans précédent en affirmant la volonté d’exploiter cette ressource. Cela correspond à ce qui est entendu depuis un moment au sein du Parti québécois et ça s’inscrit parfaitement dans un discours vieux d’un an de Bernard Drainville qui prônait l’exploitation du gisement d’Old Harry dans le golfe du Saint-Laurent. Et puis, le gouvernement Marois pourrait gagner à cet égard l’oreille attentive des partis d’opposition.

Les questions identitaires feront l’objet de consultations extensives. Ça occupera les commissions parlementaires, mais il est difficile de percevoir ce qui pourrait en résulter concrètement. Il y aura une nouvelle loi 101, mais il n’est pas clair ce qu’il en restera après négociations avec les partis d’opposition.

En matière de solidarité, il est question de médecins de famille, de soins aux aînés et de CPE. Et une flopée de politiques éventuelles en matière de santé et de services sociaux complètent le menu.

C’est un itinéraire apparemment ambitieux. Néanmoins, les réalités politiques risquent de réduire tout ça à un bien petit dénominateur commun, soit l’intégrité et l’exploitation des ressources naturelles. Pour le reste, le gouvernement tentera de se protéger contre lui-même et de se prémunir des mauvaises nouvelles économiques pour assurer un contrôle serré des finances publiques.

Il reste que si ce gouvernement parvenait réellement à donner plus de droiture au fonctionnement des institutions publiques, il n’est pas impossible que les Québécois lui en soient longuement reconnaissants.

Catégorie: Québec

Discours d’ouverture

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 publié le 30 octobre 2012 à 18 h 12

La première ministre Pauline Marois prononcera dans quelques heures le premier discours d’ouverture de son gouvernement, qui permettra de connaître ses priorités.

Il semble que le discours de Mme Marois sera divisé en quatre : intégrité, économie, politiques sociales et identité.

Il y aura peut-être des surprises, mais on a déjà une petite idée de l’action gouvernementale. D’abord, des projets de loi pour resserrer l’attribution de contrats gouvernementaux et pour obliger un élu à se retirer de ses fonctions s’il fait face à des accusations criminelles. En économie, il est possible que le gouvernement propose un minibudget automnal pour faire passer sa proposition sur la taxe santé. En terme de politique sociale, il y aura certainement l’ajout de places en garderies. Et la question identitaire pourrait s’articuler autour d’une nouvelle loi 101 qui s’appliquerait aux cégeps.

Il n’y a pas eu beaucoup de discours d’ouverture d’un gouvernement minoritaire au Québec. C’est arrivé une fois dans les 100 dernières années, c’était il y a cinq ans, en 2007. Le Parti libéral de Jean Charest avait fait le choix politique et stratégique de proposer des mesures dites « consensuelles », des propositions que les partis d’opposition pouvaient difficilement rejeter.

Il avait alors huit priorités :

- baisses d’impôt;

- cliniques privées en santé;

- dégel des droits de scolarité en bonifiant les prêts et bourses;

- élimination de la malbouffe dans les écoles;

- bulletin chiffré;

- Fonds vert;

- régler les problèmes des agglomérations;

- la loi Anastasia sur les armes semi-automatiques et à circulation restreinte;

Avec le recul, le dégel des droits de scolarité est loin d’avoir été consensuel, mais toutes les autres mesures ont été adoptées relativement facilement.

Le menu était, avouons-le, plutôt mince. Mais le gouvernement voulait montrer qu’il était capable de répondre au verdict des Québécois, c’est-à-dire de diriger de façon consensuelle un gouvernement minoritaire. La stratégie consistait à placer les partis d’opposition dans une situation où ils devraient justifier leur refus de mesures peu controversées.

Pauline Marois utilisera-t-elle la même stratégie? Pour l’instant, elle n’en donne pas vraiment l’impression. Un minibudget et une nouvelle version de la loi 101 provoqueront certainement de vifs débats.

Cela dit, le contexte est différent. Le Parti québécois arrive au pouvoir après neuf ans dans l’opposition. Il veut appliquer son programme. Il a devant lui un parti d’opposition sans chef. Il se sent probablement la légitimité nécessaire pour agir ainsi.

Rendez-vous mercredi à 16 h…

 

Catégorie: Québec

Douze ans après l’adoption de la loi de clarification, le député bloquiste de Richmond-Arthabaska, André Bellavance, dépose un projet de loi pour l’abroger.

Cette loi, dit le Bloc québécois, fait en sorte que « le gouvernement fédéral s’est arrogé unilatéralement le droit de s’ingérer dans le processus démocratique au coeur même de la démarche souverainiste. Pire, il s’est posé en juge et partie quant à ce qui constitue une majorité claire et une question claire, se laissant toute la latitude de refuser de reconnaître la validité d’un référendum gagnant » (extrait du communiqué du Bloc québécois du 25 octobre 2012).

La question à se poser est la suivante : pourquoi le Bloc québécois arrive-t-il avec ce projet de loi 12 ans plus tard, alors qu’il est certain qu’il sera massivement rejeté par la Chambre des communes? Est-ce que l’élection du Parti québécois peut justifier à elle seule le dépôt de ce projet de loi?  Sûrement pas!  Ce n’est assurément pas dans un mandat minoritaire que le Parti québécois va déclencher un processus menant, à court terme, à un référendum.

Le Bloc rejette l’affirmation selon laquelle il présente son projet de loi pour mettre le NPD dans l’embarras. Pourtant, c’est la seule explication qui tienne la route. Faut-il rappeler que lors de l’élection de mai 2011, la vague orange a déferlé sur le Québec. Le NPD a remporté 59 sièges, reléguant du même coup le Bloc québécois au rang de tiers parti sans signification (4 sièges).

Or, lors d’un congrès en 2005 à Sherbrooke, le NPD a adopté une résolution qui souligne qu’un vote clair, c’est 50 % + 1. En ramenant cette question, le Bloc place les néo-démocrates du Québec dans une position inconfortable. Voteront-ils avec le Bloc en soutenant que la loi sur la clarté n’a pas sa raison d’être, ou voteront-ils avec les libéraux et les conservateurs qui veulent la maintenir? Dans le premier cas, ils donnent des munitions aux libéraux et conservateurs pour dénoncer la position néo-démocrate. Dans le second, ils se donnent des munitions pour dire que les 58 députés du NPD au Québec (Lise St-Denis a quitté le NPD pour se joindre au Parti libéral) ne défendent pas adéquatement les intérêts du Québec.

Ce vote surviendra en février prochain. Mais cette stratégie peut-elle changer la donne, redonner des ailes au Bloc québécois?  Probablement pas. Même d’anciens députés bloquistes disent, sous le couvert de l’anonymat, que le parti est moribond; que l’électorat est ailleurs. Le chef Daniel Paillé devra probablement trouver autre chose de plus pertinent pour montrer que sa formation est une option valable au NPD…

Catégorie: Ottawa

Démission, destitution ou tutelle

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 publié le 24 octobre 2012 à 20 h 38

Avec le retrait temporaire du maire de Laval, Gilles Vaillancourt, pour des raisons de santé, vous vous demandez peut-être pourquoi le gouvernement n’a pas forcé M. Vaillancourt à se retirer plus tôt.

Il faut dire que ses pouvoirs sont plutôt limités parce que la loi prévoit des procédures complexes.

La tutelle

La tutelle n’est possible que si la Ville est paralysée. Si le conseil municipal n’est plus fonctionnel, s’il n’arrive plus à adopter des règlements, à faire son travail. Ce n’est pas le cas à Laval, pas plus qu’à Montréal d’ailleurs. C’est pour cela que le ministre des Affaires municipales Sylvain Gaudreault a écarté d’emblée cette possibilité.

La destitution

Elle est possible, mais le processus qui y mène est long et coûteux. En fait, il faut présenter une requête en inhabilité contre un maire devant la Cour supérieure. Deux citoyens de L’Ancienne-Lorette, en banlieue de Québec, ont entrepris cette démarche contre le maire Émile Loranger. Ils lui reprochent de ne pas avoir déposé les rapports financiers de la ville, notamment. Leur cause prendra des mois avant d’être tranchée. Dans le contexte où des élections municipales doivent avoir lieu dans un an, en novembre 2013, ça ne sert pas à grand-chose de se lancer dans une telle démarche.

Reste donc « l’appel à la réflexion » lancé par les membres du gouvernement Marois. Un appel, semble-t-il, entendu par le maire Vaillancourt.

Une démission ou un retrait de la vie politique serait la solution, disons, la plus facile pour ceux qui réclament la tête du maire Vaillancourt.

 

Catégorie: Québec

La loi omnibus, une atteinte à la démocratie?

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 publié le 19 octobre 2012 à 13 h 00

Au printemps, l’affaire a soulevé un tollé. Pour mettre en oeuvre son budget de mars, le gouvernement Harper déposait une brique de 440 pages dans laquelle toutes sortes de mesures étaient présentées, mesures qui modifiaient une soixantaine de lois. Plusieurs de ces modifications n’avaient rien à voir avec l’exercice budgétaire.

L’opposition est montée aux barricades, des groupes environnementalistes aussi, pour dénoncer ce projet de loi omnibus que plusieurs ont rebaptisé « projet de loi mammouth ».

L’opposition a exploité toutes les règles de procédure pour retarder l’adoption de ce projet de loi, pour forcer le gouvernement à le scinder afin de donner plus de temps aux parlementaires pour décortiquer ce gigantesque document.

Rien n’y fit. Malgré un marathon parlementaire, le projet de loi a été adopté tel quel.

Tout a si bien fonctionné que le gouvernement Harper récidive. Un autre pavé de près de 450 pages a été déposé en Chambre jeudi pour mettre en oeuvre tout ce qui n’a pas été concrétisé le printemps dernier. Tout ça est nécessaire, dit le gouvernement, pour revenir au plus vite à l’équilibre budgétaire.

Dans ce nouveau projet de loi, baptisé C-45, d’autres lois sont revisitées : la loi sur les eaux navigables, sur la marine marchande, les pêches, les Indiens, les juges, les fonds de pension des fonctionnaires… Bref, un autre projet de loi fourre-tout.

Tout ce que l’opposition a réussi à obtenir, c’est que le projet de refonte du régime de pension des députés et des sénateurs soit enlevé du projet de loi et soit traité à part. Pour tout le reste, l’opposition crie au scandale, soutient que cet exercice est un déni de démocratie.

A-t-elle raison de se plaindre? Du point de vue conservateur, non. Le gouvernement semble avoir la logique suivante : nous sommes majoritaires, nous arriverons à nos fins de toute façon, alors pourquoi éterniser le débat quand on peut prendre des raccourcis?

Mais dans une démocratie parlementaire, ce raisonnement tient-il la route? La réponse est non. Dans un document qui change des centaines de lois et règlements, comment peut-on penser qu’un seul vote va tout régler? Les députés ne peuvent dire que oui ou non au projet de loi omnibus. En toute conscience, un député peut être d’accord avec une partie de ce qui est proposé et totalement en désaccord avec d’autres pans du projet de loi. Mais le gouvernement refuse de scinder davantage le projet de loi.

L’élu ne peut alors que dire oui à tout… ou non à tout! Le député ne devient qu’une bête machine à voter. Son rôle de chien de garde de la démocratie est écrasé par une machine partisane qui l’oblige à prendre une position sans nuances. De ce point de vue, il est clair que l’exercice démocratique n’est pas bien servi.

Catégorie: Ottawa

Nexen : pourquoi Ottawa a-t-il besoin de temps?

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 publié le 12 octobre 2012 à 11 h 18

C’est aujourd’hui que le gouvernement Harper devait rendre sa décision dans le dossier Nexen. Est-ce que le géant chinois peut ou non acheter la pétrolière Nexen? Est-ce dans l’intérêt du Canada que cette transaction de 15,1 milliards de dollars se réalise? L’affaire est d’une extraordinaire complexité. Il n’est donc pas étonnant que le gouvernement ait décidé de se prévaloir d’un délai supplémentaire de 30 jours.

Les opposants à cette transaction citent toujours l’affaire PotashCorp. En novembre 2010, le gouvernement a estimé qu’il n’était pas à l’avantage net du Canada que la compagnie australienne BHP Billiton prenne le contrôle du géant canadien de la potasse au coût de 40 milliards de dollars. Tout comme pour la potasse, disent ces opposants à la transaction Nexen/CNOOC, il n’est pas approprié de céder une entreprise canadienne de ressources naturelles à une firme étrangère… encore plus une firme contrôlée par un État!

Mais l’affaire Nexen est nettement plus complexe en raison des implications politiques de la décision à venir.

Parlons d’abord des États-Unis… Les Américains ne sont pas très entichés par cette possible transaction. Ils voient d’un très mauvais oeil la possibilité que le géant chinois s’implante en Amérique du Nord, prenne le contrôle de ressources naturelles et, potentiellement, se trouve propriétaire de plateformes de forage dans le golfe du Mexique.

Et ce n’est pas le seul dossier qui inquiète les Américains. Ils constatent que le Canada fait beaucoup d’affaires avec le géant des télécommunications Huawei, un fournisseur d’équipements qui a eu des contrats avec Telus et Bell, et qui vient de signer un gros contrat avec la Saskatchewan pour améliorer son réseau cellulaire rural.

Pas plus tard que lundi dernier, aux États-Unis, les membres de la commission du renseignement de la Chambre des représentants publiaient un rapport soutenant que la technologie de Huawei pourrait être utilisée à des fins d’espionnage.

Dans ces circonstances, il n’est pas étonnant que le gouvernement Harper reporte sa décision de 30 jours… après les élections américaines donc!

Puis, il y a la Chine. Le Canada peut-il vraiment indisposer ce géant?

Le Canada veut des relations soutenues avec le marché chinois en pleine expansion, et la décision qui sera prise dans ce dossier influencera beaucoup la suite des choses. Par exemple, une banque canadienne, la Banque Scotia, tente d’accroître sa présence en Chine et est en voie de faire l’acquisition de 20 % des actions de la Banque de Guanzhou. Il ne manque que l’approbation de l’État chinois. Vous pouvez parier que cette décision ne viendra qu’après celle du Canada dans le dossier Nexen.

Alors, pour le gouvernement Harper, le choix sera difficile. S’il dit non à la transaction, il indispose la Chine et peut se fermer des portes, surtout sur le marché de l’exportation. S’il approuve la transaction, il indispose les Américains, notre voisin direct et plus gros partenaire commercial. Il y aura probablement des tractations diplomatiques intensives avant et après cette transaction historique. Un délai de 30 jours ne sera sûrement pas de trop pour le gouvernement canadien.

Catégorie: Ottawa

Taxe santé : question de leadership

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 publié le 11 octobre 2012 à 17 h 30

C’est au début de février que Pauline Marois a annoncé son intention d’abolir la taxe santé et d’en refiler le fardeau financier aux plus hauts revenus.

C’était tout juste avant la reprise des travaux à l’Assemblée nationale. Le Parti québécois a d’ailleurs présenté une motion pour l’abolition de la taxe santé et Nicolas Marceau réclamait son abolition immédiate. C’était il y a huit mois.

C’était aussi dans la foulée immédiate de la crise qui a secoué le Parti québécois et mis en péril Pauline Marois dans ses fonctions de chef. En fait, l’ancien chef bloquiste Gilles Duceppe venait de jeter l’éponge. Par cette annonce, Mme Marois visait à reprendre l’initiative au sein de son parti. Elle cherchait aussi à séduire la classe moyenne tout en essayant de rallier des électeurs sur sa gauche avec une mesure fiscale visant à « faire payer les riches ».

Jusqu’à la campagne électorale et pendant son déroulement, les ténors du Parti québécois et Pauline Marois au premier chef ont attaqué sans répit cette taxe santé. Cette promesse était au cœur du programme péquiste et elle a certainement contribué à sa victoire électorale.

Le jour de son assermentation comme ministre des Finances, le 19 septembre, Nicolas Marceau s’est fait demander si l’abolition de la taxe santé « sera une priorité à court ou à moyen terme? ».  Nicolas Marceau était prêt à faire des compromis : «Écoutez, nous avons établi des objectifs à cet égard durant la campagne électorale. Nous allons aller de l’avant avec ça, évidemment. Cependant, nous allons tenir compte de la réalité politique dans laquelle nous nous trouvons. Évidemment, cela exigera possiblement des compromis. Mais nous allons tenir compte des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons. Mais, l’objectif, nous l’avons fixé clairement… et nous allons l’atteindre. »

Pourtant, dès le lendemain, à l’occasion de son premier point de presse à titre de première ministre, Pauline Marois a statué que la fameuse taxe serait éliminée dès cette année. Elle a soutenu qu’elle en connaissait les conséquences et qu’elle les assumerait. Avec son engagement d’atteindre l’équilibre budgétaire dès l’année prochaine, Pauline Marois a ouvert toute grande la porte à des impôts rétroactifs. À coût nul, cette réduction rétroactive de la taxe santé se transformait nécessairement par un transfert d’impôts, rétroactif lui aussi, vers les plus riches.

Et, encore une fois, c’est parce qu’elle a voulu faire la démonstration de ses qualités de meneuse que Pauline Marois a réagi de cette façon. D’autant que les interrogations sur son leadership ont sans cesse fait partie du sous-texte de la campagne électorale. Depuis sa victoire à l’arrachée dans son parti, ce n’est plus un sujet de conversation. Néanmoins, la question demeure et la réponse est plus importante aujourd’hui que jamais.

Le résultat de toute cette opération est passablement catastrophique. L’échec est particulièrement cuisant, car il met également en lumière, sous un éclairage pas très favorable, l’équipe économique du gouvernement Marois, jugée comme le maillon faible de cette administration par les partis d’opposition.

Le gouvernement Marois est  sur la défensive et le fragile lien de confiance entre cette nouvelle administration et la population a été mis à l’épreuve.

Toutefois, la taxe santé pourrait aussi se transformer en un test de leadership pour les partis d’opposition. Un vote de confiance, avant les Fêtes,  sur la taxe santé à l’Assemblée nationale les ramènera sans doute aux réalités de la mathématique parlementaire. Le libéral Jean-Marc Fournier, à titre de chef intérimaire, pourra difficilement faire obstacle, tandis que le coalisé François Legault devra sans doute être plus conciliant dans ses actions qu’il ne l’est actuellement dans ses propos. Des élections hâtives seraient sans doute mal perçues par bon nombre de Québécois, et les partis d’opposition qui en seraient responsables pourraient en payer le prix.

Catégorie: Québec

Marceau à l’école de… Flaherty!

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 publié le 11 octobre 2012 à 14 h 15

À écouter Nicolas Marceau ne pas reculer (c’est lui qui le dit) sur le principe de l’engagement électoral avec sa transformation de la taxe en une « contribution santé » modulée en fonction du revenu, j’ai eu ce qu’on appelle un moment « back to the future ». C’était au soir de l’Halloween en 2006.  Jim Flaherty s’était déguisé en Libéral et annonçait que son gouvernement allait finalement taxer les fiducies de revenu au même titre que les autres revenus de placement dans les sociétés.

Je dis « déguisé en Libéral » parce que la promesse des conservateurs élus quelques mois plus tôt était la suivante :

« Un gouvernement conservateur stoppera l’attaque des Libéraux envers les économies de retraite et préservera les fiducies de revenu en ne prélevant aucun nouvel impôt. »

Et vlan pour la promesse!!! Sans faire l’unanimité, la décision de M. Flaherty était vue comme relativement sensée sur les plans fiscal, financier et économique, même si les retraités pouvaient en faire les frais à court terme. En fait, comme M. Marceau, M. Flaherty avait baptisé son recul, sa contribution santé à lui, son nouveau « Plan d’équité fiscale ». Comme M. Marceau qui réduit quand même la taxe, sa… euh la contribution santé, de moitié pour près de 2 millions de contribuables, M. Flaherty dorait la pilule des retraités en haussant la déduction en raison de l’âge et en autorisant le partage des revenus entre les conjoints pour réduire les impôts du couple retraité.

Comme M. Marceau et le PQ, M. Flaherty et les conservateurs se sont retrouvés en situation minoritaire avec une promesse populaire, visible, simple… mais mal ficelée, et pas seulement politiquement. Les deux ont fait le millage politique facile pour ensuite faire face à la réalité.

MM. Marceau et Flaherty ont fait le même constat face à leur promesse respective, simple à décrire et surtout à vendre en campagne électorale, mais pleine de conséquences moins évidentes. Pour M. Marceau, les compensations recherchées du côté des impôts des « riches », des gains en capital et des dividendes étaient non seulement impopulaires, mais elles étaient loin d’être fiables. Tandis que M. Flaherty s’est vite rendu compte qu’il ne pouvait pas se passer du milliard de dollars de revenu des fiducies non taxées.

Il n’y a pas que des similarités entre les deux reculs cependant. L’un a agi dans l’enthousiasme postélectoral, alors que l’autre s’est longtemps fait tirer l’oreille avant de renoncer à son credo anti-impôt. Une question demeure dans les deux cas cependant, compte tenu de leurs expériences personnelles, l’un comme professeur d’économie vanté et l’autre comme ministre ontarien des Finances, est-ce que ni l’un ni l’autre n’avait soupçonné les effets secondaires de sa promesse?

Catégorie: Ottawa, Québec

Assurance-emploi : un grand classique…

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 publié le 5 octobre 2012 à 16 h 48

Et pas dans le sens habituel de la « classe »… Le gouvernement Harper vient d’annoncer par voie de communiqué, à 16 h 31 (17 h 31 dans l’Atlantique où l’impact n’est pas négligeable) vendredi, veille de long congé de l’Action de grâces, qu’il reculait sur les changements apportés à un projet-pilote de l’assurance-emploi qui pénalisaient les chômeurs qui retournaient sur le marché du travail à des emplois à temps partiel ou à bas salaire horaire. Sans entrer dans les détails, une partie plus importante de leur salaire était déduite de leurs prestations, pas une grosse mesure incitative.

On avait compris dès le début de la semaine que la ministre Diane Finley se préparait à un repli. Sa position était difficilement tenable devant les cas de chômeurs pénalisés qui lui étaient balancés à la figure par les députés de l’opposition, qui ne faisaient que soumettre les dossiers de gens de leurs circonscriptions. Et pourtant, ce n’est qu’en cette fin d’après-midi que le gouvernement Harper fait son annonce, avant le long congé. Il faut préciser qu’ici, au Parlement, quand on parle de long congé de l’Action de grâces, on ne parle pas de trois jours, mais bien de toute la semaine qui suit, ce qui fait que le dossier se sera perdu dans la nature d’ici le retour en Chambre.

Ce n’est pas qu’on assiste ici à un précédent ou à une pratique sur laquelle le gouvernement Harper exerce un monopole, mais il faut toujours se rappeler que l’on consacre beaucoup d’encre et de salive en chroniques, commentaires ou éditoriaux sur le cynisme de la population devant la chose politique. Disons qu’on a une belle contribution avec cette annonce…

Allez, bon congé!

Catégorie: Ottawa

Rappel de boeuf : la responsabilité ministérielle

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 publié le 5 octobre 2012 à 12 h 00

Le scandale prend de l’ampleur. Le plus important rappel de viande de l’histoire canadienne continue de s’élargir et, depuis jeudi, l’opposition exige la démission du ministre de l’Agriculture Gerry Ritz.

Pourquoi? Parce qu’ils prétendent que le gouvernement a caché à la population la présence d’E. coli dans le boeuf qui sortait de l’usine XL Foods pendant près de deux semaines, et que ce n’est que trois semaines après la découverte initiale de la bactérie que l’usine a été fermée.

En Chambre jeudi, le chef du NPD Thomas Mulcair disait ceci :

« Monsieur le Président, le gouvernement savait que certains équipements de XL Foods étaient endommagés et hors d’usage. Le gouvernement savait que XL Foods n’avait pas de système en place pour dépister et retracer la bactérie E. coli, et le ministre de l’Agriculture le savait. Même après que l’alerte pour E. coli a été donnée par le gouvernement américain, XL Foods continuait de cacher des informations vitales sur la salubrité des installations. Pourquoi le ministre de l’Agriculture a-t-il caché à la population ces informations sur le boeuf contaminé? »

Le ministre Ritz se défend d’avoir été négligent, affirme avoir fait tout ce qu’il faut dans ce dossier, que l’essentiel de la faute retombe sur les épaules de XL Foods, qui n’a pas pris ses responsabilités.

Mais voilà, quelle est la responsabilité d’un ministre? Doit-il être montré du doigt dans un scandale pareil?

Bien sûr, toute comparaison est boiteuse. Mais rappelez-vous le scandale du thon avarié au milieu des années 80. En septembre 1985, la population canadienne apprenait dans un reportage de CBC qu’elle avait consommé du thon en boîte avarié de marque StarKist. En mars 1985, des inspecteurs du ministère des Pêches avaient délivré un avis selon lequel un million de boîtes de thon préparées dans une usine au Nouveau-Brunswick étaient impropres à la consommation humaine.

Un mois plus tard, le ministre avait tout de même autorisé la vente du thon avarié. Dans les jours qui ont suivi ce reportage, le ministre John Fraser a dû remettre sa démission. Un an plus tard, un rapport d’enquête critiquait sévèrement tout le système d’inspection des agents du ministère des Pêches et accusait StarKist de grossière négligence.

Évidemment, dans ce cas, l’implication directe du ministre avait été établie. Mais dans le cas du boeuf contaminé, si XL Foods est blâmée, s’il est établi que le système d’inspection était déficient, peut-on établir que le ministre Ritz n’a pas fait ce qu’il faut?  C’est en tout cas la prétention des partis d’opposition.

Catégorie: Ottawa