Billets publiés en septembre 2012

Le débat sur l’avortement… loin d’être clos

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 publié le 28 septembre 2012 à 11 h 08

Le jour même où la Chambre des communes votait sur la motion 312 de Stephen Woodworth dans le but de créer un comité qui se pencherait sur la définition de ce qu’est un être humain, un autre député d’arrière-ban déposait une nouvelle motion.

Cette fois, il s’agit de la motion 408, présentée par le conservateur Mark Warawa.

Officiellement, il s’agit d’une motion pour condamner la discrimination envers les femmes qui subissent des avortements sélectifs.

M. Warawa dit avoir été bouleversé par un reportage de la CBC qui montrait que dans certaines communautés culturelles, des femmes passent des échographies pour connaître le sexe de l’enfant à naître. Si le foetus est de sexe féminin, de nombreux couples choisissent l’avortement parce qu’ils préfèrent avoir un garçon.

Cette pratique est largement condamnée… par tous les partis politiques, des associations de médecins, des groupes féministes.

Avec une condamnation non équivoque, le Parlement, dit le député conservateur, doit envoyer un message fort qui contribuerait à mettre fin à ces avortements sélectifs.

Le problème, c’est que plusieurs estiment que cette motion est une autre façon de rouvrir un débat plus large sur l’avortement.

Si le Parlement se prononce sur les avortements sélectifs, estime le NPD, la porte serait grande ouverte pour que les députés aient à se prononcer sur d’autres types d’avortements et ainsi rouvrir le débat.

Il faut d’ailleurs savoir que M. Warawa était un ardent défenseur de la motion 312 et a déclaré plusieurs fois en Chambre que le Canada se comparait à la Corée du Nord pour ce qui est de son manque d’empressement à prendre la défense des enfants à naître.

En temps normal, les partis d’opposition voteraient les yeux fermés pour condamner les avortements sélectifs.

Mais dans le contexte actuel, ils se méfient des conservateurs, estimant que cette motion fait partie d’une stratégie générale qui a pour but de relancer toute l’affaire.

Ils préféreraient donc que la question des avortements sélectifs ne se discute pas au Parlement, mais se règle avec des campagnes d’éducation et de sensibilisation auprès des communautés.

Alors ceux et celles qui s’opposent aux avortements sélectifs, mais qui s’opposent aussi à la réouverture du débat sur l’avortement sont dans une position très inconfortable et devront trouver une façon de se sortir de ce guêpier…

Catégorie: Ottawa

Le monde selon Stephen Harper

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 publié le 28 septembre 2012 à 7 h 21

Pour tout le débat entourant le fait que le premier ministre Harper ait choisi de ne pas aller aux Nations unies cette semaine, eh bien, finalement, il y aura mis les pieds pour rencontrer le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, jeudi après-midi.

Son discours sur sa vision de la politique étrangère, il l’a réservé aux quelque 800 convives qui étaient réunis au dîner de l’Appeal of Conscience Foundation, cette fondation interconfessionnelle qui milite pour la paix et la tolérance dans le monde et qui lui a remis le prix de l’Homme d’État de l’année. Cette fondation a pour devise : « Un crime commis au nom de la religion est le crime le plus grave qui puisse être commis contre la religion. »

Pour commencer, je recommande à tous ceux qui s’interrogent sur la vision du monde de Stephen Harper, sur sa politique étrangère, de prendre quelques minutes pour aller lire l’intégralité du discours. Pour la première fois depuis que le Canada s’est vu refuser un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, le premier ministre tente de donner une cohérence à son intervention sur la scène internationale au cours des 24 derniers mois.

Stephen Harper propose un Canada qui « cherche dans un monde incertain à élaborer une politique étrangère qui repose sur des principes certains », soit sur la liberté et la dignité humaine. Il offre un Canada qui refuse les compromis qui mènent inévitablement à des compromissions.

C’est dans cette logique qu’il encadre son appui à Israël, non pas parce qu’il appuie chacune des politiques du gouvernement Nétanyahou, mais parce que dit-il, c’est LE pays de la communauté internationale dont l’existence est si ouvertement menacée. C’est d’ailleurs pour cette raison que le gouvernement Harper met l’Iran au banc des États voyous, parce qu’il faut tirer des leçons de l’histoire, dit-il. « Ceux qui prennent le peuple juif pour cible de leur intolérance raciale et religieuse seront inévitablement une menace pour nous tous », a plaidé le premier ministre.

Stephen Harper offre-t-il une vision logique ou simpliste de l’état du monde? À vous de juger.

À ceux qui ne peuvent s’empêcher de s’interroger sur la Chine, à ceux qui se demandent comment Stephen Harper, qui dit refuser les compromis, peut ainsi justifier son discours très diplomatique et feutré sur la question des violations des droits de l’homme, même s’il est bien connu qu’il tente avant tout de multiplier les échanges commerciaux du Canada avec la deuxième puissance économique mondiale, à ceux qui se demandent si le premier ministre n’est pas justement en train de céder à la tentation du compromis, à ceux-là, Stephen Harper offre ceci : « Pendant ce temps, de nouveaux pouvoirs émergent, dont l’engagement en faveur de nos idéaux ne sont ni fermes ni clairs… Certains nouveaux pouvoirs ne sont ni des amis garantis ni des ennemis implacables. Comme ce sont les plus difficiles à évaluer, je n’élaborerai pas ici sur leur cas. »

Vous auriez aimé que le premier ministre précise sa pensée? Moi aussi. Je lui poserai la question quand j’en aurai l’occasion.

Catégorie: Ottawa

Ah! la science…. quand on en a besoin!

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 publié le 24 septembre 2012 à 10 h 30

Encore trois jours, et nous serons fixés sur les appuis qu’a réussi à récolter le député conservateur Stephen Woodworth à sa motion qui vise à obtenir à terme la redéfinition de l’être humain au sens du Code criminel. En un mot, M. Woodworth veut qu’un comité des Communes se penche sur la question avec l’aide d’experts. Selon lui, ça permettrait de tenir compte des progrès médicaux des derniers siècles, car la définition actuelle date de 400 ans. Que dit cette définition qui vise à déterminer s’il y a infanticide? Voici l’article désuet du Code criminel selon le député Woodworth :

  • 223. (1) Un enfant devient un être humain au sens de la présente loi lorsqu’il est complètement sorti, vivant, du sein de sa mère :
    • a) qu’il ait respiré ou non;
    • b) qu’il ait ou non une circulation indépendante;
    • c) que le cordon ombilical soit coupé ou non.
    • Note marginale : Fait de tuer un enfant

      (2) Commet un homicide quiconque cause à un enfant, avant ou pendant sa naissance, des blessures qui entraînent sa mort après qu’il est devenu un être humain.

    • S.R., ch. C-34, art. 206.

    Et pour justifier la modernisation? La SCIENCE, disent les Woodworth et cie. Voici un échantillon de discours en Chambre vendredi dernier – dans tous les cas, il s’agit de députés conservateurs (les caractères gras sont de moi) :

    Stella Amblee

    « Les Canadiens méritent mieux que cela de notre part. Ils méritent un peu plus de courage. Les Canadiens s’attendent à ce que nous nous intéressions davantage aux faits avérés. »

    « Toutefois, cette définition d’un être humain est-elle sensée sur le plan médical et scientifique au 21e siècle? »

    « Les Canadiens et la Chambre devraient entendre des experts à ce sujet. D’après ce que j’ai appris sur le développement d’un enfant avant sa naissance, il me semble que celui-ci est un être humain bien avant le moment de sa naissance. »

    « Si les données scientifiques nous apprennent que la définition juridique que nous donnons au concept d’être humain est erronée, avons-nous raison de faire la sourde oreille? »

    « Comment peut-on s’opposer à la tenue d’une démarche respectueuse visant à étayer une disposition législative aussi importante par des faits? »

    David Anderson

     « Les réponses ont des conséquences pour les Canadiens et le système de justice du Canada. La motion M-312 demande aux dirigeants du pays, les parlementaires, d’examiner les preuves et demande si elles confirment ou infirment la teneur du paragraphe 223(1). »

    Mark Warawa

     « Le député de Kitchener-Centre prétend que nous devrions nous tourner vers l’avenir. Il faut examiner ce qui se passe ailleurs dans le monde et mener une étude fondée sur la science et les meilleurs faits disponibles

    « Cela m’attriste de constater que le discours est parfois si virulent qu’il n’est pas fondé sur la logique. Peut-être est-ce par peur de la vérité et de ce que les études pourraient révéler. »

    « Pourquoi le Canada a-t-il les mêmes politiques que la Corée du Nord? Voilà ce que révélerait une étude à ce sujet. »

    « Nous devons prendre des décisions et édicter des lois sur le fondement de la logique, de la science et de la vérité. »

     

    Stephen Woodworth

     « Nous devons nous imprégner des nouvelles connaissances pour les mettre au service de la défense des droits universels de la personne. »

    « Ce serait un triomphe de leadership que de faire valoir que la définition de l’être humain ne doit pas demeurer figée dans le temps, à l’abri de la lumière jetée par de nouvelles connaissances, de toute gouvernance démocratique et de l’esprit du dialogue ouvert. »

    Vérification faite, aucun de ces députés n’a exprimé de réserves dans le passé sur les politiques du gouvernement Harper sur le questionnaire long du recensement, les émissions de gaz à effet de serre, la lutte à la criminalité et la détention, les jeunes contrevenants, des dossiers où la science et l’épreuve des faits ont souvent été évoquées par les opposants à ces politiques.

Catégorie: Ottawa

Bilan d’une rentrée ultra-partisane

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 publié le 21 septembre 2012 à 16 h 58

S’il fallait trouver un mot pour décrire cette rentrée parlementaire à Ottawa, lequel choisir?

Productif? J’en doute.

Constructif? Encore moins.

Mais ultra-partisan, vindicatif,  seraient plus appropriés. À vrai dire, cette rentrée parlementaire à Ottawa aura été aussi partisane que révélatrice.

Bien sûr, Thomas Mulcair a tenté d’insuffler une dose de professionnalisme et d’optimisme à cette rentrée. Dans un discours à son caucus, il a tracé leur route vers le pouvoir, comme un fruit mûr à cueillir en 2015. « C’est pourquoi, cet automne, nous allons présenter aux Canadiens un message positif, optimiste et ô combien déterminé. Un message qui parle de rétablir l’économie équilibrée que les conservateurs ont démantelée », a-t-il promis à ses députés.

Mais la réalité, c’est qu’en cette première semaine de travaux parlementaires, lui et son parti ont dû subir l’assaut des conservateurs. À la période des questions seulement, députés et ministres de Stephen Harper l’ont accusé de vouloir mettre en oeuvre une taxe sur le carbone, une taxe de 20 milliards de dollars. Une accusation répétée 36 fois en 5 jours durant la seule période des questions. Une taxe « qui tuerait des emplois et ferait augmenter le prix de l’essence, de l’électricité et de pratiquement tout ».

On se serait crû à l’époque du virage vert de Stéphane Dion, en 2008.

Le problème (et les néo-démocrates prient pour que vous le sachiez), c’est que la taxe sur la carbone n’apparaît nulle part dans le programme du NPD. Celui-ci propose plutôt de mettre en place une bourse du carbone. L’ultime ironie, c’est que le Parti conservateur a lui-même proposé une bourse sur le carbone en 2008. Mais soudainement ça c’est de l’histoire ancienne… voilà. Mauvaise foi? À vous de juger. Mon collègue de Maclean’s offre une analyse fort intéressante d’ailleurs.

Sur le front du Québec (drapeau, registre des armes d’épaule), les troupes de Thomas Mulcair ont joué de prudence. Sans surprise, bloquistes et libéraux n’ont pas hésité à dénoncer la décision du gouvernement Harper d’en appeler de l’injonction accordée par la Cour supérieure pour sauvegarder les données québécoises du registre. Même la députée néo-démocrate Françoise Boivin a parlé d’« un affront pour tous ceux qui sont du côté de la prudence, du côté de la sécurité publique ». Mais ne cherchez pas une telle indignation du côté de Thomas Mulcair. Il a plutôt bien évité de se montrer cinglant. « Pour ce qui est du registre des armes à feu, porter ça en appel, ce n’est pas la fin du monde. C’est un cours qui existe pour le gouvernement tant et aussi longtemps qu’effectivement, ils n’ont pas détruit les informations », a-t-il déclaré.

Cette prudence du chef reflète non seulement un certain malaise de plusieurs membres de son caucus face au registre, mais surtout l’espoir du NPD de faire des gains dans les régions du pays où ce registre est honni. Morale de l’histoire : cette semaine, le NPD a choisi de ne pas se mouiller, mais sur les grands enjeux et ceux qui sont plus symboliques, il est loin d’être acquis que tant les Québécois que les électeurs du reste du pays vont apprécier une telle ambivalence à la longue. Après tout, la politique c’est l’art des choix.

Du côté des conservateurs, ceux-ci avaient beau promettre de ne pas mordre à l’hameçon de la gouvernance souverainiste, on a pu constater qu’ils n’en ont pas besoin pour attiser les braises; pensez à la « fierté » de Maxime Bernier d’annoncer l’appel de son gouvernement sur le registre, et Christian Paradis qui ferme la porte à toute discussion sur autre chose que l’économie.

Inutile de dire qu’on a bien hâte de voir Stephen Harper et Pauline Marois côte à côte au Sommet de la Francophonie dans quelques semaines à Kinshasa au Congo.

Pour le reste, comme vous l’a expliqué mon collègue Denis Ferland, le signal d’une nouvelle loi omnibus est clair. Il cache d’ailleurs la tactique d’insérer dans cet immense texte législatif l’éventuelle réforme du régime de pension des députés. Une tactique, diraient certains, pour forcer l’opposition à « voter contre un ménage de leurs retraites dorées », même si elle est en faveur du principe? On entend déjà les lignes d’attaques du caucus conservateur à ce sujet.

L’objectif des conservateurs, dans ce dossier comme dans celui de la taxe sur le carbone, semble être de forcer l’opposition à jouer dans les nuances.

Forcer l’opposition dans le gris alors que dans le monde politique de Stephen Harper, on opère toujours dans le noir ou blanc.

La vie n’est pas si simple me direz vous. Mais les stratèges de Stephen Harper vous répondront que jusqu’à maintenant, ça a toujours fonctionné.

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Le caillou dans le soulier de Stephen Harper

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 publié le 21 septembre 2012 à 14 h 41

Chaque fois qu’ils en ont l’occasion, Stephen Harper et ses ministres disent et redisent qu’il n’est pas question de rouvrir le débat sur l’avortement… sous aucune condition.

Pourtant, le doute persiste. Pourquoi? À cause, notamment, de députés comme Stephen Woodworth. Il fait partie de ces élus qui n’ont pas l’ambition de gravir les échelons et devenir ministres. Woodworth est un député d’arrière-ban et le restera toujours. Alors, il peut y aller avec ses convictions profondes, quitte à indisposer son chef et son parti.

La motion 312  vise à créer un comité qui se pencherait sur la définition de ce qu’est un être humain. Plusieurs ont interprété cette motion comme une tentative de rouvrir le débat sur l’avortement. Même si cette histoire fait couler beaucoup d’encre depuis des mois, il faut rappeler que tout le débat en Chambre sur cette motion se limite à deux heures. Une heure le 26 avril dernier, une heure aujourd’hui, avant de passer au vote mercredi prochain, le 26 septembre.

Au printemps, comme se tenait la première heure de débat en Chambre, Woodworth disait qu’il ne fallait pas aller au-delà de ce qu’annonçait cette motion; qu’il s’agissait surtout d’une mise à jour de cette définition. Cinq mois plus tard, au moment où il est quasiment assuré de perdre son vote, il radicalise son discours, admet qu’il veut aller plus loin et carrément reprendre le débat sur le droit à l’avortement, ce qui donne évidemment des munitions à tous ces groupes de pression qui croient que les conservateurs ont des intentions cachées.

Monsieur Woodworth a d’ailleurs tenu des propos controversés cette semaine, en comparant le droit à l’avortement à l’euthanasie des personnes handicapées pendant le régime nazi en Allemagne!

Mercredi prochain donc, même s’il s’agit d’un vote libre, la motion 312 devrait être battue. Même Stephen Woodworth s’attend à ce verdict.

Cet épisode aura indisposé le gouvernement et sera chose du passé. Mais ce ne sera sûrement pas la fin de l’histoire. Il y a d’autres députés d’arrière-ban, plus à droite, qui reviendront avec des projets de loi privés ou des motions qui tiennent compte de l’opinion d’une partie de l’électorat conservateur, mais qui ramènent dans l’actualité des sujets que la plupart des Canadiens croient clos.

Stephen Harper aura alors d’autres cailloux dans son soulier…

Catégorie: Ottawa

Projet de loi mammouth : tome 2

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 publié le 21 septembre 2012 à 10 h 31

La réforme des pensions des députés et des sénateurs ne fera pas l’objet d’un examen à part et sera incluse dans le tout prochain projet de loi omnibus sur la mise en application du budget… et tutti quanti. C’est le ministre Tony Clement qui l’a confirmé hier en réponse aux demandes de l’opposition. Le gouvernement Harper a essuyé les dénonciations de tous bords tous côtés le printemps dernier, mais juge probablement qu’il n’en a pas souffert. À en juger par les sondages, il n’en a pas bénéficié non plus, il faut le dire, si ce n’est qu’il a évité ce qu’il voit comme un inconvénient ou un mal qui n’est même plus nécessaire, un débat de fond sur des décisions politiques importantes. Aussi revient-il avec cette version revue, corrigée et, si la rumeur est vraie, augmentée du projet de loi budgétaire!

Et les dénonciations recommencent par anticipation, et un des premiers à se mettre dans la file est justement le quotidien souvent perçu comme un allié éditorial objectif du gouvernement conservateur, le National Post. Dans un éditorial intitulé « Le retour du projet budgétaire bouffi », le journal rappelle les nombreux éléments attendus dans ce projet de loi qui n’ont rien à voir avec le budget. Il ajoute que le Parlement n’est pas un de ces pythons géants qui avalent une antilope d’un coup et qui sont rassasiés pour une semaine; il faut lui donner du temps pour bien digérer les matières qui l’alimentent, dans l’intérêt public. Et le journal conclut que les débats approfondis, inévitablement plus longs, il est vrai, constituent une « façon plus juste et plus transparente de gouverner, un bien petit sacrifice à consentir à un gouvernement qui n’a rien à cacher ».

Première d’une longue série de dénonciations à prévoir, intéressant de voir qu’elle vient de ce côté-là du spectre politique.

Catégorie: Ottawa

Un Conseil des ministres électoral

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 publié le 18 septembre 2012 à 19 h 17

L’objectif du gouvernement Marois est de nommer un Conseil des ministres qui le mènera probablement jusqu’au prochain scrutin. Des modifications mineures, des retouches pourraient y être apportées, mais pour l’essentiel ceux qui accèderont au Cabinet y seront encore au moment où les Québécois retourneront aux urnes.

Dans ce contexte, la répartition géographique des membres du Cabinet prendra une importance particulière. Pauline Marois aura intérêt à veiller à ce que chaque région soit dûment représentée. La présence d’un ministre dans une région peut être un atout de taille, mais c’est surtout l’absence de ministre dans une région qui peut être dommageable.

Par exemple, le cas de Laval. Si Léo Bureau-Blouin n’accède pas au Conseil des ministres, cela pourrait ouvrir la porte à une nouvelle venue, Suzanne Proulx, dans Sainte-Rose.

En revanche, il y a trop d’élus talentueux en Montérégie. Certains en pâtiront, en dépit de leurs compétences.

La composition de ce Conseil soulève d’ailleurs de nombreuses interrogations. D’abord, Nicolas Marceau est-il l’homme de la situation pour occuper les finances?  Et s’il ne l’est pas, qui pourrait assumer cette fonction?

Parmi les nouveaux venus, Jean-François Lisée sera certainement assermenté ministre de ce gouvernement minoritaire. On l’imagine aux relations intergouvernementales canadiennes ou encore aux relations internationales. Mais puisque l’homme a de nombreux talents, il pourrait aussi hériter de dossiers liés à la langue.

Parmi les députés d’expérience, il est difficile de déterminer les responsabilités qui seront dévolues aux François Gendron, Martine Ouellet, Bernard Drainville, Bertrand St-Arnaud et Nicole Léger, sinon qu’ils ne seront pas laissés pour compte. Agnès Maltais aura sa place au Conseil, cela ne fait guère de doute. Et les Bédard, Hivon, Malavoy auront des responsabilités importantes.

Deux hommes de caractère, Yves-François Blanchet et Stéphane Bergeron, permettront de mesurer l’importance de la fidélité pour Pauline Marois. Le premier l’a férocement soutenue, tandis que l’autre a ouvertement flirté avec Québec Solidaire pendant la crise de leadership qui a secoué le PQ.

Plus intéressant encore, c’est le sort qui sera réservé à plusieurs nouveaux venus. Le bouillant Daniel Breton dans Sainte-Marie-Saint-Jacques devra probablement faire ses classes comme parlementaire. L’ancien journaliste Pierre Duchesne dans Borduas devrait avoir du temps, lui aussi, pour maîtriser ses nouvelles fonctions de député. Diane De Courcy dans Crémazie peut espérer le ministère de l’Éducation, quoique la bouchée soit grosse et il y a déjà Réjean Hébert, une recrue, qui deviendra sans doute titulaire de la Santé, le plus gros ministère du gouvernement. Serge Cardin, même s’il a vaincu Jean Charest dans Sherbrooke, et même s’il a été député du Bloc québécois, devrait attendre un prochain tour. Élaine Zakaïb, dans Richelieu, a de fortes chances d’obtenir un portefeuille à caractère économique.

Depuis quelques jours sur la colline Parlementaire, on entend souvent que ce gouvernement minoritaire n’aura pas droit à l’erreur. Ce sera particulièrement vrai pour ce Conseil des ministres. Si des ministres deviennent des fardeaux, ils ralentiront la progression de Pauline Marois sur le chemin escarpé qui mène à un gouvernement majoritaire.

Catégorie: Québec

Pas si vite, prenez votre numéro…

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 publié le 18 septembre 2012 à 12 h 23

Avant même que Pauline Marois ne devienne officiellement première ministre, en fait, ni même députée, deux ministres conservateurs du Québec se sont bousculés pour lui faire face dans des dossiers chauds au Québec.

Le ministre fédéral de l’Industrie, Christian Paradis, est allé se donner un beau rôle dans sa circonscription avec une manne de 50 millions de dollars, un fonds de transition pour la région, destiné à compenser la fermeture de la dernière mine d’amiante. Une fermeture dont il rejette la responsabilité, par anticipation, sur Pauline Marois.

Le ton du ministre Paradis était révélateur, tout comme les mots, lui qui a entre autres tourné en dérision l’exercice « pédagogique » et « académique » auquel veut se livrer Mme Marois pour relancer la région de l’amiante, une fois qu’elle aura annulé le prêt de 58 millions de dollars à la mine Jeffrey. 

Le Canada ne s’opposera plus à l’inscription de l’amiante sur la liste des produits dangereux sur la scène internationale, dit M. Paradis. Il ajoute toutefois que c’est la faute de Mme Marois, qui s’apprête à décréter la fermeture de la mine Jeffrey. Aucune raison, il est vrai, de douter de l’intention de Mme Marois de remplir son engagement électoral, un engagement qui la place du même côté de la clôture de la santé publique que la quasi-totalité des experts, y compris ceux de Santé Canada, qui demandent depuis 2006 au gouvernement Harper de ne plus soutenir l’amiante à bout de bras.

M. Paradis en a remis un peu hier matin aux abords du caucus conservateur. Après son « business as usual » du lendemain de l’élection québécoise, il ajoutait : « Un Québec fort dans le domaine économique, le gouvernement qui est ici va être preneur pour ça, mais pour le reste des dossiers, on ne sera pas là ». Ouch… une chance que Mme Marois n’avait pas encore les doigts près de la poignée de la porte, car elle vient de claquer fort.

Et c’est ensuite avec « fierté », presque exubérance, que son collègue Maxime Bernier a annoncé que le gouvernement Harper en appellerait du jugement Blanchard, lui ordonnant de conserver et de remettre au Québec sur demande les données québécoises du registre des armes d’épaule. C’était évidemment écrit dans le ciel que MM. Harper et Toews n’entendaient pas reculer sur un engagement aussi cher à leurs yeux. Juste intéressant que l’annonce de l’appel tombe dans la cour d’un des ministres québécois, qui l’a fait avec un enthousiasme débordant.

Dire qu’on scrutait la plateforme du PQ pour tenter de prévoir sur quel enjeu Pauline Marois « provoquerait » les premières frictions avec le gouvernement Harper! C’était sans compter sur deux ministres du Québec heureux, même un peu empressés, d’en découdre.

Catégorie: Ottawa

Coûts des F-35 : ne retenez pas votre souffle!

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 publié le 11 septembre 2012 à 11 h 36

Le gouvernement Harper vient discrètement d’octroyer un contrat à la firme KPMG pour mettre à jour l’ensemble des coûts des chasseurs F-35 et pour suggérer une méthode afin d’estimer les coûts sur toute la vie utile des appareils.

Je dis discrètement, mais j’ajoute que l’annonce en a été faite le jour où on expulsait les diplomates iraniens et on fermait notre ambassade à Téhéran, tout en nommant cinq sénateurs. Bref, de quoi attirer l’attention ailleurs, on s’entend. L’appel d’offres avait en plus été relancé ou prolongé à des fins d’ajustements.

Il faut rappeler ici que le jour où le vérificateur général a lâché sa bombe sur les coûts réels du F-35, connus du gouvernement Harper, le gouvernement répondait avec un plan en sept points. Ce plan comprenait la création du fameux Secrétariat du F-35 et  la promesse de fournir une mise à jour des coûts 60 jours après réception des mises à jour des autorités américaines.

Les nouveaux chiffres des États-Unis sont arrivés en mai, de sorte qu’on attendait les plus récents chiffres canadiens en juillet. Mais la ministre Rona Ambrose, des Travaux publics, a indiqué dès le mois de juin que l’échéance ne tenait plus. Pourquoi? Parce qu’elle affirme avoir toujours dit qu’elle publierait des coûts à jour seulement après vérification indépendante. Cherchez bien, et vous ne trouverez cela nulle part dans le plan en sept points du gouvernement pour redresser la barre du navire à la dérive du processus d’acquisition du F-35.

Bilan : des chiffres attendus en juillet, puis en octobre, ne devraient maintenant être fournis pour examen aux députés et surtout aux Canadiens qu’à la fin novembre, si KPMG peut remplir la commande d’ici là. Ça fera probablement en sorte que le comité pertinent ne pourra pas les examiner avant le début de l’an prochain, après l’ajournement de deux mois des Fêtes.

La controverse entourant le F-35 s’est pas mal estompée. À peu près personne, sauf les initiés, n’attend les chiffres avec ce qui pourrait être qualifié d’impatience. Donc, pas grand monde ne risque de mourir d’asphyxie en retenant son souffle.

Catégorie: Ottawa

Au menu cet automne, au cas où ça vous intéresse…

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 publié le 11 septembre 2012 à 9 h 51

À une semaine de la rentrée parlementaire, de notre côté de la rivière des Outaouais, force est de constater qu’on ne sait pas trop où l’on s’en va, ni où le gouvernement Harper s’en va. Avec le mégaprojet de loi C-38, qui ratissait bien plus large que le seul budget Flaherty, la boucle est pas mal bouclée, puisque les projets prioritaires du premier ministre Harper sont réalisés.

Rappelez-vous le projet de loi omnibus sur la lutte à la criminalité et ceux sur l’abolition du registre des armes de chasse, sur les nouvelles circonscriptions électorales ou encore sur les passeurs d’immigrants ont été adoptés.

Alors, nous allons aborder plusieurs projets de loi qui sont enlisés, ou laissés pour compte pour diverses raisons, en première lecture. La quasi-élection et le mandat de neuf ans des sénateurs, la réforme des ressources humaines à la GRC et celle de la justice militaire ou encore le renvoi accéléré des criminels étrangers, autant de sujets passionnants qui nous attendent. Décidément…

Remarquez que le salut nous vient peut-être hors du Parlement. On verra sur le terrain les premiers effets des compressions dans les ministères, notamment dans certains services. Et la réforme de l’assurance-emploi doit aussi être précisée, car ce ne sont que des intentions que le gouvernement Harper a exprimées jusqu’à maintenant.

Mais voilà, la triste réalité fait aussi en sorte qu’on devra faire face à une redoutable concurrence pour votre attention à compter du 17 septembre, jour de la reprise des travaux à la Chambre des communes. Le 17 septembre? Pensez-y bien, 17 septembre? Ça ne vous dit rien? La Charbonneau de commission qui entreprend ses travaux, des heures de plaisir… et de diffusion qui vont nous damer le pion de votre attention, toujours très convoitée.

Je dis ça, mais en fait, comptons sur la nature humaine pour nous nous fournir un peu d’action et pour nous replacer sur votre écran radar. Si elle n’avait pas été si minoritaire, on aurait aussi pu s’en remettre à Pauline Marois pour venir animer les choses ici avec quelques demandes appuyées ou non sur des consensus québécois. Mais bon, ce sera pour plus tard, peut-être après une prochaine élection au Québec. Elle aura probablement droit à une rencontre avec M. Harper, mais son rayon d’action sera plus limité qu’elle ne l’aurait voulu.

Allez! Bon automne quand même, on reste aux aguets pour vous.

Catégorie: Ottawa