Aucune comparaison entre l’action sur le terrain politique au Québec et l’atmosphère de fin d’été à Ottawa, que ce soit sur la colline du Parlement, le mail piétonnier de la rue Sparks ou le Marché By. Le beau temps persistant permet de rêver à un été sans fin, d’autant plus que le menu politique n’est pas très garni en prévision de la rentrée aux Communes.
Il y a bien le passage obligé des caucus de rentrée la semaine prochaine. Celui de l’opposition officielle du NPD se déroule à Saint-Jean (T.-N.-L.), tandis que les libéraux se rencontreront à Montebello, avec en toile de fond la course à la direction embryonnaire.
Une fois qu’on a dit ça, qu’est-ce qu’on envisage à trois semaines de la rentrée parlementaire???
Le principal défi de Stephen Harper ne lui viendra peut-être pas des banquettes d’en face, mais plutôt de Québec, si un gouvernement souverainiste est élu mardi. Il y a eu des irritants au cours de la dernière année, des « n’a pas pour but, mais a pour conséquence » comme l’abolition du registre, le projet de loi sur la criminalité, les transferts décrétés pour la santé, le renoncement à Kyoto, etc.
Des ministres libéraux sont venus protester en service commandé, imaginez sous un gouvernement Marois. Ça ne sera pas évident non plus face à François Legault, qui veut se lancer dans le rapatriement de certains pouvoirs.
La table à dessin du gouvernement Harper n’est pas encombrée. Deux projets de loi liant immigration et sécurité, celui sur la réforme du Sénat auquel le gouvernement ne donne décidément pas la priorité, des broutilles.
M. Harper se dit essentiellement préoccupé par l’économie. Deux commandes importantes de ce côté-là  : la conclusion souhaitée des pourparlers avec l’Union européenne sur une ambitieuse entente qui dépasse largement les échanges commerciaux, et l’examen du dossier Nexen, ce géant pétrolier canadien que veut acquérir une société d’État chinoise, CNOOC, pour plus de 15 milliards de dollars.
Dans les deux cas, on parle de diversifier les relations économiques et commerciales canadiennes, de développer des options au vaste partenariat avec les États-Unis.
Si ça semble assez naturel pour ce qui est de l’Europe, c’est moins évident avec la Chine. M. Harper ne cache pas ses intentions au sujet de la Chine, mais la transaction Nexen-CNOOC est un test à plusieurs égards, à commencer par celui de l’approche de laisser-faire économique du gouvernement conservateur. Nous y reviendrons d’ici la fin novembre, date limite pour la fin de l’examen de la transaction par Invertissement Canada.
En ce qui concerne les intentions législatives du gouvernement, c’est presque le néant pour l’instant. Mais on est jamais à l’abri d’une prorogation et d’un discours du Trône…
Reste que deux démarches mises en branle par le gouvernement au cours de sa première année majoritaire pourraient rebondir à l’avant-scène.
Premièrement, les premières conséquences des réformes contenues dans le mégaprojet de loi soi-disant budgétaire, que ce soit en matière d’évaluation environnementale ou d’assurance-emploi, pour ne nommer que les dossiers les plus chauds.
Deuxièmement, les retombées des coupes dans la machine gouvernementale avec les premiers départs concrets, que ce soit par attrition ou autrement. En verra-t-on l’impact dans les services à la population?
À l’horizon plus lointain de la saison politique à Ottawa : la course à la direction qui devrait donner aux libéraux fédéraux un nouveau chef au cours du mois d’avril et relancer le parti, s’il n’en tient qu’à eux.
Bref, il n’y a pas de quoi rivaliser pour l’instant avec nos collègues de Québec, qui sont dans le sprint final de la campagne électorale et qui doivent envisager divers scénarios dont aucun ne prévoit la continuité.
Mais bon, faisons confiance à la nature humaine pour nous alimenter en actualité avec une démission par ci, un remaniement par là , un débat sur l’avortement…
Allez, c’est reparti!

