Après le carré rouge, le carré vert, le carré blanc, les parlementaires d’opposition ont leur carré noir à Ottawa.
Ils l’arborent tous fièrement, mardi, en cette journée de mobilisation « Silence on parle », pour dénoncer les manoeuvres jugées antidémocratiques du gouvernement conservateur dans tout le débat entourant l’adoption du projet de loi C-38.
Pour dénoncer le manque de transparence du gouvernement conservateur, qui, d’un seul coup législatif, tente d’abroger et de modifier une soixantaine de lois, sans qu’on en saisisse vraiment toutes les nuances et conséquences, une douzaine d’organismes environnementaux ont transformé leurs pages d’accueil sur Internet en « page noire de dénonciation ».
« Les changements proposés aux lois canadiennes ont pour effet d’affaiblir la réglementation environnementale et de réduire au silence ceux qui cherchent à défendre ces lois », peut-on lire sur les pages de Greenpeace, de la fondation Suzuki, de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, d’Equiterre et d’autres.
L’opposition, bien sûr, s’est mise de la partie.
« À cause des conservateurs, le Canada est tourné en ridicule et vu comme un obstacle en matière d’environnement », a lancé le chef du NPD aux Communes, avant que Bob Rae renchérisse en affirmant que « non seulement c’est une attaque à l’environnement, c’est une attaque à la liberté ».
Le gouvernement a dépêché des ministres aux quatre coins du pays pour plaider que les réformes proposées ne font que simplifier un cafouillis réglementaire et trouvent le juste équilibre entre protection de l’environnement et développement économique.
« L’économie et l’environnement, ça se complète, ce n’est pas une alternative. Il y a moyen de simplifier les choses, il y a moyen d’éviter la duplication et d’instaurer des mesures coercitives pour les projets qui ont un impact sur l’environnement », a expliqué le ministre Christian Paradis à Montréal.
Bien consciente que le gouvernement ne cédera pas à la pression, bien déterminé qu’il soit à faire adopter son budget et toutes les réformes qui s’y rattachent, de l’assurance-emploi à la sécurité de la vieillesse en passant par la réforme des évaluations environnementales d’ici la fin de la session parlementaire, la chef du parti vert emprunte la voix de la procédure parlementaire.
Elizabeth May demande au président des Communes de déclarer le projet de loi C-38 irrecevable. Elle plaide que le C-38 est incomplet parce qu’il ne respecte pas l’esprit d’un projet de loi omnibus, qui doit contenir un thème central et non pas une multitude de mesures disparates. (Si vous désirez lire l’intégrale de l’intervention d’Elizabeth May, mon collègue Aaron Wherry, du Maclean’s, l’a mise en ligne sur son blogue)
La démarche semble assez crédible pour que néo-démocrates et libéraux aient demandé le droit de participer à ce débat au président de la Chambre avant qu’il ne prenne la question en délibéré.
Une nouvelle brèche donc dans l’armure déjà bosselée des conservateurs sur la question.
La question atterrira sur le bureau du président de la Chambre. Mais si le passé est garant de l’avenir, l’opposition ne devra pas retenir son souffle, d’autant plus que ce n’est pas la première fois que le gouvernement Harper et même d’autres auparavant déposent un projet de loi omnibus sur le budget.

