Une déception, mais pas nécessairement de surprise. On sait que le ministre des Finances Jim Flaherty n’a pas encore fourni de chiffres sur les économies réalisées quand le passage de l’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse de 65 à 67 ans sera terminé en 2030. Curieusement, les données actuarielles lui permettent de conclure que le programme ne sera pas « viable ».
Ces données montrent qu’il coûtera en 2030 108 milliards de dollars, mais les actuaires ne lui auraient pas donné les chiffres sur les économies. Tout au plus, M. Flaherty laisse-t-il échapper un « c’est dans cet ordre-là », quand la question du journaliste évoque l’hypothèse d’une « économie de 10 milliards de dollars M. le ministre? »
C’est son patron qui avait un peu mis le feu aux poudres de ce débat dans son discours de Davos, en rappelant les mesures pour limiter les hausses de dépenses pour les soins de santé et en ajoutant : « Nous devons faire la même chose pour notre système de soutien à la retraite. »
M. Harper abordait l’épineux sujet pour la première fois, du moins aussi clairement. Plusieurs lui ont rappelé qu’il avait raté l’occasion de l’évoquer pendant la toute récente campagne électorale. On peut maintenant penser que ce n’était pas la première occasion ratée, même si le gouvernement semblait très bien savoir où il s’en allait.
Des collègues anglophones ont rappelé que la volonté des conservateurs d’assurer la viabilité financière de l’État fédéral date en fait de 2007 et, à la lecture de leur engagement du budget 2007 (notamment de publier le rapport qui en a découlé), on comprend bien que le soutien au revenu de retraite était déjà dans la ligne de mire. Le plan budgétaire, page 167, contenait le paragraphe suivant :
À titre de complément à l’objectif consistant à éliminer la dette nette du pays, le gouvernement publiera un rapport exhaustif sur la viabilité des finances publiques et l’équité intergénérationnelle, qui accompagnera la Mise à jour économique et financière de 2007. Le rapport offrira une vaste analyse des changements démographiques actuels et futurs et des répercussions de ces changements sur les perspectives économiques et financières à long terme du Canada. La décision de publier ce rapport sur la viabilité des finances publiques tient au fait que, selon le gouvernement, le maintien de finances publiques viables à tous les ordres de gouvernement constitue une condition essentielle à la réalisation de l’équité entre les générations et à une croissance économique forte et soutenue.
Visiblement, on a changé d’avis sur « la décision de publier ce rapport ». On a eu droit à des budgets chaque année depuis 2007, même chose pour les mises à jour économique et financière, sans oublier les deux élections, et on n’a pas entendu parler des intentions du gouvernement conservateur avant Davos.
La réponse à la demande d’accès à l’information que nous venons de recevoir le confirme. Nous n’avons pu obtenir copie que d’échanges de courriels entre fonctionnaires et le bureau du ministre Flaherty. Ils confirment certes l’existence du rapport et d’un chapitre sur « les implications du vieillissement de la population », mais ils maintiennent le secret sur le contenu du rapport lui-même.Â
On invoque les exclusions de la loi d’accès prévues pour les avis et recommandations au ministre ou au Cabinet. Mais il reste que, s’il confirmait le péril en la demeure à la Sécurité de la vieillesse, le gouvernement aurait intérêt à nous le montrer ce rapport, non? Ou le ministre pourrait s’appuyer sur ce rapport pour nous fournir les chiffres sur les économies post-2030…

