Dans son budget du 29 mars dernier, le gouvernement Harper nous explique en détail où il va réduire les dépenses et combien d’économies il va générer.

C’est ainsi qu’on apprend que l’Agence de procréation assistée est abolie pour réaliser 9,5 millions de dollars d’économies, Statistique Canada verra son budget amputé de 33,9 millions de dollars, l’École de la fonction publique de 23,6 millions de dollars… et j’en passe.

Un plan minutieux, détaillé, direz-vous.

Transparent même?

Pas tout à fait. Car on est silencieux sur la plus importante réforme de tout le budget, celle qui aura un effet direct sur le plus grand nombre de Canadiens. Je parle bien sûr de la sécurité de la vieillesse. Le gouvernement prévoit qu’entre 2023 et 2029, l’âge auquel les Canadiens auront accès à ces prestations et au supplément de revenu garanti passera de 65 à 67 ans. Là, pas un mot, pas un chiffre pour montrer que la réforme proposée va bel et bien rendre le système « viable » et générer des économies nécessaires.

La raison? Eh bien! ça dépend à qui vous posez la question. Au ministère des Finances et au ministère des Ressources humaines, on ne tient pas le même discours.

Le ministre Jim Flaherty explique que c’est « dans tellement longtemps que ça ne cadre pas dans nos prévisions budgétaires habituelles ».

Curieux qu’il ne soit pas nécessaire de parler des économies qui seront générées en 2023, quand le ministre, pour justifier sa réforme, cite depuis le mois de janvier les projections de l’actuaire en chef du Canada. Ce dernier estime que la sécurité de la vieillesse coûtera 108 milliards de dollars en 2030 (le fait que ni l’actuaire en chef ni le directeur parlementaire du budget ne conclut que le système actuel n’est pas viable est un autre débat…).

Et quand on demande au bureau de la ministre Diane Finley, responsable de la sécurité de la vieillesse, quel sera l’impact des réformes proposées sur le coût du programme à long terme, on nous répond qu’on n’est pas prêt à parler de ça en ce moment.

Vraiment?

Pourtant, le gouvernement ne cesse d’évoquer les projections à long terme pour dire que le programme n’est pas viable. Ne serait-il pas important de prouver qu’en reportant à 67 ans l’accès à la sécurité de la vieillesse, le plus important programme social au pays redeviendra viable?

Difficile de croire que les chiffres sont impossibles à calculer quand des économistes de l’Université Laval ont justement réussi à le faire. Leur étude montre que la réforme annoncée fera passer le poids de la sécurité sociale de 3,1 % du PIB à 2,8 % en 2030. Mais surtout, là où le bât blesse, c’est qu’ils estiment que non seulement cette réforme fera passer le taux de pauvreté chez les 65 à 66 ans de 5 à 25 %, mais surtout que 20 % des économies générées par la réforme vont se traduire par des coûts additionnels pour les provinces, des coûts que le gouvernement fédéral s’est engagé à rembourser.

Donc, dans un contexte de vieillissement de la population, est-ce que la réforme proposée par le gouvernement Harper est la meilleure solution possible au problème de viabilité du programme de la sécurité de la vieillesse? Est-ce qu’il existe d’autres solutions?

De toute évidence, en refusant de dévoiler ses chiffres, le gouvernement refuse d’alimenter le débat. Mais il n’y échappera pas.

Un autre bel exemple de transparence.