Peter MacKay et la nouveauté

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 publié le 13 avril 2012 à 14 h 09

Peter MacKay doit se dire qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. C’est avec cette attitude pleine de détermination qu’il défendait plus tôt cette semaine à Halifax le plan en sept points de son gouvernement pour revoir la gestion du projet d’acquisition des chasseurs F-35.

Davantage de supervision, de discussion et de transparence pour le Parlement et les Canadiens, disait le ministre, compte tenu de la « nouvelle » façon de comptabiliser l’ensemble des coûts des grands projets d’acquisition d’équipements militaires déterminée par le vérificateur général dans son rapport dévastateur de la semaine dernière.

Nouvelle façon? M. MacKay a indiqué de différentes manières qu’il s’agit d’une nouvelle méthode ou façon de faire des affaires, d’une nouvelle façon de calculer ou encore de nouveaux critères. Décidément, le nouveau VG Michael Ferguson innove dès son premier rapport!

En point de presse, M. MacKay souligne qu’il est prêt à se soumettre au souhait du VG de présenter l’ensemble des coûts, en tenant compte des salaires du personnel, du carburant… et même des lacets de bottine.

Voulant sans doute se faire pédagogue, il demande à une ex-collègue de la colline d’Ottawa maintenant à Halifax si, en achetant sa nouvelle fourgonnette, elle budgéterait, en plus des 20 000 $ de la facture à l’achat, les pleins d’essence, l’huile, le lave-vitre pour les 15 à 20 années de durée de vie du véhicule… et un salaire pour elle-même comme conductrice, tant qu’à y être. Wow, quand et où Peter MacKay trouvera-t-il une fourgonnette qui va durer de 15 à 20 ans, me direz-vous? C’est qu’il voulait une durée qui approche le cycle de vie des chasseurs F-35, pour faciliter la comparaison.

Pour ce qui est de la nouveauté imposée par le nouveau VG,  le rapport de Michael Ferguson prend plutôt le relais de celui de Sheila Fraser  à propos des achats d’hélicoptères Cyclone et Chinook, publié en 2010. Mme Fraser y déplorait que « les coûts liés à des éléments clés comme le soutien en service et le personnel aient été omis ». Pour le Chinook, elle disait qu’il fallait s’assurer « que des fonds suffisants soient disponibles à long terme », parce que la « Défense nationale créait une nouvelle capacité en partant de zéro »! 

Ça ne vous rappelle pas un certain avion de chasse?

Deux recommandations de Mme Fraser que je résume : la Défense doit prendre exemple sur les hélicoptères pour s’assurer que pour les prochains grands projets, « l’ampleur des modifications ou des travaux de développements » soit prise en compte dans l’évaluation des risques, du calendrier et… des coûts. Elle ajoute que la Défense nationale devrait commencer à estimer les coûts liés au cycle de vie complet et présenter ces coûts aux décideurs. Dans les deux cas, la Défense nationale a coché la case « Recommandation acceptée ».

En fait, on comprend à la lecture du rapport Ferguson que ces recommandations et les étapes du processus d’acquisition ont été suivies d’une certaine façon, un peu à la sauvette dans certains cas, escamotées dans d’autres, certainement pas dans l’ordre prévu, et que les communications sur le dossier étaient à la va-comme-je-te-pousse entre le ministère et le gouvernement, et ensuite entre le gouvernement, le Parlement et le public. Mais bon… on a maintenant un plan en sept points pour gérer les « nouvelles » exigences.