Billets publiés en mars 2012

Démission d’Angelo Persichilli

par

 publié le 30 mars 2012 à 12 h 04

Pas de sécurité d’emploi au bureau du premier ministre.

Au lendemain du budget, la nouvelle est tombée en fin d’avant-midi. Angelo Persichilli, le directeur des communications de Stephen Harper, remet sa démission.

La nomination de M. Persichilli avait fait beaucoup de bruit en août dernier parce que cet ancien journaliste du Toronto Star était un unilingue anglophone. Et, dans sa dernière chronique, il avait des propos durs pour le Québec. Son mandat, mené très discrètement, n’aura duré que sept mois. M. Persichilli a invoqué la lourdeur de la charge de travail pour justifier son départ. Pourtant, il a été le moins présent des directeurs des communications de Stephen Harper.

Mais une question se pose. En quoi le travail de directeur des communications du premier ministre est-il un emploi si difficile à conserver? Bien sûr, c’est un emploi exigeant. C’est presque du 7 jours sur 7 à longueur d’année. C’est peut-être pourquoi M. Harper a eu six directeurs des communications en six ans. Il y a eu successivement William Stairs, Sandra Buckler, Kory Teneycke, John Williamson, Dimitri Soudas et Angelo Persichilli.

Plusieurs estiment que c’est un emploi difficile à garder parce que les communications sont tellement contrôlées au bureau du premier ministre que la situation devient rapidement intenable pour quiconque prend cet emploi. Alors, dans les prochains jours, un septième directeur des communications sera nommé. Mais ne retenez pas votre souffle, rien ne changera, puisque la ligne directrice a été établie depuis 2006. Les directeurs des communications se succèdent, le style reste le même.

Catégorie: Ottawa

Qui veut danser?

par

 publié le 28 mars 2012 à 17 h 33

 Aujourd’hui, à l’Assemblée nationale, on avait l’impression que le syndicat des employés d’Aveos et le gouvernement vivaient dans des mondes parallèles.

Le syndicat est venu demander au gouvernement d’intenter un recours en justice contre Air Canada pour sauver les emplois d’Aveos. Le gouvernement, lui, demande au syndicat d’intenter un recours en justice contre Air Canada pour maintenir les emplois.

Voici les arguments de chacun.

Le syndicat :

- En 2008, le gouvernement du Manitoba a intenté un recours devant les tribunaux pour empêcher Air Canada de cesser la formation des agents de bord au Manitoba.

- En mai 2011, un juge ontarien a débouté le syndicat dans une affaire un peu semblable (cet article en parle à la fin), il serait donc assuré de perdre s’il intentait lui-même le recours.

Il faut donc que ce soit le gouvernement qui agisse. Et s’il le fait, le syndicat l’appuiera.

Le gouvernement :

- Ses avocats lui disent que n’étant pas une « partie lésée » dans la fermeture d’Aveos, il ne peut intenter lui-même un recours devant les tribunaux.

- La cause manitobaine s’est conclue à l’amiable, avant procès.

Il faut donc que ce soit le syndicat qui agisse. Et s’il le fait,  le gouvernement l’appuiera.

C’est comme si on était en face de deux personnes qui veulent danser ensemble, mais qui ne font pas les premiers pas pour y arriver. Et on se demande un peu ce qui les retient.

Pendant ce temps, les travailleurs se retrouvent sans emploi.

Quelqu’un peut-il lancer la musique?

Catégorie: Québec

Le dernier budget Bachand évalue que le Québec sera privé de plus de 9 milliards de dollars en 10 ans en vertu des nouveaux modes de calculs imposés par Ottawa pour le Transfert canadien en matière de santé (TCS). 

Deux mesures annoncées par Ottawa auront des effets concrets sur le budget québécois.  

1)   La répartition par habitant : à ce chapitre, Québec calcule que son manque à gagner atteindra 2,3 milliards de 2014 à 2024.  Selon le budget Bachand, la seule province qui ne subira pas une diminution de ses transferts, c’est l’Alberta, qui engrangera plus de un milliard de dollars supplémentaires par année.  C’est une mesure à coût nul pour le fédéral, qui ne profitera en fin de compte qu’à une seule province.  Sur 10 ans, c’est environ 11 milliards que l’Alberta recevra en plus. 

 2)   La croissance du TCS au PIB nominal (3,9 %) que le ministre des Finances Jim Flaherty a annoncé unilatéralement en décembre dernier à Victoria aux autres ministres des Finances du pays : cette mesure s’appliquera à compter de 2017 jusqu’en 2024. Et selon Québec, le manque à gagner sur son budget atteindra plus de 7 milliards.  Actuellement, les transferts en santé augmentent de 6 % par année. Le ministère des Finances du Québec a élaboré son estimation des pertes sur cette base.

 Au total donc, c’est près de 9,4 milliards sur 10 ans qui ne seront plus transférés d’Ottawa vers Québec.  Le gouvernement du Québec juge inacceptable ce désengagement financier d’Ottawa qui fera chuter la participation du gouvernement fédéral dans les dépenses québécoises en santé, qui représente 22 % actuellement.  Québec réclame qu’Ottawa réajuste le tir afin que sa participation augmente graduellement à 25 % des dépenses de santé.

Catégorie: Québec

La nouvelle rivalité NPD-PLC

par

 publié le 26 mars 2012 à 16 h 21
Avec l’élection de Thomas Mulcair à la tête du NPD, plusieurs croyaient que cette journée en Chambre serait le premier jour d’une guerre entre le NPD et le Parti conservateur. Mais ça a plutôt été une bataille entre les néo-démocrates et les libéraux, la bataille de ceux qui veulent garder sur eux l’attention médiatique.
 
Les exemples que je vais vous donner peuvent sembler anecdotiques, mais soyez certains qu’ils sont révélateurs. Donc, lundi, c’était la rentrée de Thomas Mulcair en Chambre en tant que chef de parti. La députation néo-démocrate, avant la période de questions, a fait une démonstration d’unité; tous les élus qui affrontaient Mulcair dans cette course à la direction se sont levés un à un pour lancer des appels à l’unité. 
 
Puis, la période de questions. Thomas Mulcair, d’habitude si flamboyant, est nerveux et ému. Ses questions, il les lit presque mécaniquement. Après une telle course, il aura besoin de quelques jours pour reprendre le rythme en Chambre. Mais les libéraux, eux, sont prêts… Bob Rae, d’abord, et Denis Coderre, ensuite, posent des questions vigoureuses, ciblées, percutantes.
 
Puis, après la période de questions, la tradition veut que le chef de l’opposition officielle prenne place derrière le micro au centre du Foyer de la Chambre des communes. Un des attachés de presse de Thomas Mulcair a prévenu que son chef arriverait dans 30 secondes. C’est le signal qu’attendaient les libéraux. Bob Rae est arrivé au micro précipitamment… Pourtant, à ce micro, tous les médias attendaient Thomas Mulcair. Ce n’était pas le seul accroc au protocole. Le NPD a réagi en envoyant Thomas Mulcair à un autre micro pendant que Bob Rae répondait toujours aux questions. La tradition veut qu’un chef attende que l’autre ait terminé avant de se présenter devant les médias.
 
Depuis la mort de Jack Layton, c’est surtout le Parti libéral qui a occupé le rôle d’opposition officielle, puisque les principaux joueurs du NPD étaient engagés dans une course à la direction. Avec l’arrivée de Thomas Mulcair, attendez-vous à un coup de barre vigoureux.
 
Les néo-démocrates voudront reprendre avec force leur rôle d’opposition officielle. Ils voudront aussi courtiser une partie de la clientèle libérale pour assurer leur marche vers le pouvoir en 2015. Les libéraux sont des gens expérimentés. Ils se débattront pour ne pas tomber dans le rôle obscur du troisième parti à la Chambre, un rôle qu’ils n’ont pas joué souvent dans l’histoire politique canadienne.

Catégorie: Ottawa

Budget Bachand : 211 millions

par

 publié le 22 mars 2012 à 16 h 33

Lire et comprendre un budget, c’est parfois comme essayer de lire un texte dans une « soupe à l’alphabet ».

Au bout d’un certain temps, après un immense effort de concentration, on est étourdi par les chiffres qui défilent et les mots qui s’enchaînent. Qu’est-ce qui est important? Qu’est-ce qui l’est moins? La tête tourne, les images s’embrouillent.

De tous les chiffres du budget, je vous en soumets un, humblement : 211 millions (tableau A.10, page A.31 du Plan budgétaire). 211 millions de dollars, c’est l’argent frais que le gouvernement dépensera dans les mesures annoncées dans le budget, l’ensemble de « l’impact financier » de ces mesures. La nouvelle dépense la plus importante est pour le partenariat pour le développement du Québec : 59 millions de dollars.

Dans le budget 2011, l’impact financier des mesures annoncées était de 171 millions, selon le Plan budgétaire (page F8).

Quand même surprenant que les montants soient si « petits », quand on pense aux sommes en jeu, c’est-à-dire des dizaines de milliards de dollars.

Comme quoi, peu importe l’année, au Québec, les lacets, neufs ou pas, sont toujours pas mal serrés.

Catégorie: Québec

Budget Bachand : ce qu’il faudra surveiller

par

 publié le 16 mars 2012 à 17 h 42

Ce sera sans doute un budget d’une relative simplicité et sans trop de surprises. Le ministre des Finances Raymond Bachand a tracé une voie qui le mène jusqu’en 2013-2014 de laquelle il ne peut guère déroger, surtout en ce qui a trait à l’atteinte de l’équilibre budgétaire. Le déficit budgétaire devrait donc baisser au moins jusqu’à 1,5 milliard de dollars en 2012-2013, comme prévu.

 La dette

Ce qui sera surveillé de près, par les analystes et les partis d’opposition, c’est l’importance de la dette. La dette par rapport au PIB au 31 mars 2012 devrait atteindre 55,5 %. Dans un an, cette proportion devrait atteindre 55,6 %, un sommet. L’importance de la dette par rapport au PIB devrait ensuite baisser graduellement; l’objectif ultime du gouvernement Charest est qu’elle atteigne 45 % le 31 mars 2026.

 La proportion de la dette pourrait baisser, mais pas la dette elle-même en chiffres absolus. En effet, aujourd’hui, la dette frise les 184 milliards. Et dans quatre ans, elle devrait dépasser 207 milliards selon les prévisions. Ce sera un critère important, peut-être le plus important, pour juger la performance du ministre des Finances.

 Les dépenses

Il en sera de même pour le contrôle des dépenses. Cependant, l’analyse des dépenses gouvernementales est un exercice complexe et souvent peu concluant. Il y a les dépenses de programmes, les dépenses de ce qu’on appelle les fonds spéciaux de même que les organismes autres que budgétaires… une chatte y a souvent perdu ses petits.

 Les nouvelles initiatives devraient être peu nombreuses. Le ministre Bachand a indiqué que l’aide aux aînés fera partie des priorités. La question des retraites a été aussi déterminée comme prioritaire par le ministre, qui confirmera probablement son programme de régimes volontaires d’épargne-retraite, à moins qu’il n’attende, en toute logique, le dépôt du comité dirigé par Alban D’Amours sur les régimes de retraite avant de mettre ses propositions de l’avant.

 Pour ce qui est des taxes, des impôts et des tarifs, le ministre Bachand devra y penser deux fois avant d’alourdir le fardeau des Québécois. Il a déjà augmenté ce fardeau de façon importante dans les budgets précédents, qui se traduisent par des hausses en 2012, notamment sur l’essence, la taxe de vente, les droits de scolarité et la taxe santé. En demander encore plus aux Québécois, en pleine quatrième année de mandat, serait la meilleure façon de saborder le navire libéral, qui prend déjà l’eau dans les intentions de vote.

Catégorie: Québec

L’effet « robocall »

par

 publié le 12 mars 2012 à 18 h 13

Dans tout le débat sur l’affaire des appels trompeurs, une question demeure toujours sans réponse. Les appels automatisés visant à harceler des électeurs, et ceux les dirigeant vers les mauvais bureaux de scrutin ont-ils bel et bien eu un impact sur la participation des Canadiens à l’élection du 2 mai dernier?

S’il faut attendre la fin des enquêtes que mène actuellement Élections Canada avant d’avoir une réponse définitive à cette question clé, une économiste de l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique tente un début de réponse. En effet, Anke S. Kessler a tenté de mesurer l’impact de ces appels trompeurs sur la participation électorale dans un rapport de recherche intitulé : Does misinformation demobilize the electorate? Measuring the impact of alleged robocalls in the 2011 Canadian election. (Est-ce que la désinformation a démotivé l’électorat? Mesure de l’effet des présumés appels trompeurs à l’élection canadienne de 2011)

Son analyse du taux de participation dans les bureaux de scrutin à l’échelle du pays, comparé à celui dans 27 des circonscriptions touchées par des appels trompeurs, accrédite la thèse qu’il y aurait bel et bien eu une démobilisation de l’électorat dans les circonscriptions. Donc, qu’on peut croire à un effet « robocall ».

Dans les circonscriptions prétendument ciblées par les appels trompeurs, elle évalue qu’en moyenne le taux de participation dans les bureaux de scrutins à majorité non conservatrice est inférieur de 3 % à celui dans les bureaux de scrutins comparables à l’échelle du pays. Anke Kessler évalue que les tactiques de dissuasion auraient eu pour effet qu’entre 1000 et 2500 personnes auraient ainsi renoncé à exercer leur droit de vote.

Son analyse s’arrête là. Car l’économiste insiste aussi sur le fait que son analyse ne permet pas de tirer quelque conclusion que ce soit sur QUI est responsable, ou même d’établir s’il y a bel et bien eu un stratagème formel pour dissuader les Canadiens de voter.

« Il est important de noter que mes conclusions ne peuvent pas prouver qu’il y ait eu inconduite ou qu’un geste illégal ait été fait », écrit-elle. Anke Kessler ajoute surtout que son « analyse et ses résultats ne sont pas faits pour remettre en question les résultats dans une circonscription donnée ».

C’est une analyse strictement statistique, mais une analyse qui risque fort d’alimenter le débat sur toute cette affaire.

Catégorie: Ottawa

« Fax jam »

par

 publié le 12 mars 2012 à 15 h 41

Ça fait environ un mois que des étudiants sont en grève pour protester contre l’augmentation des droits de scolarité. Ils ont moins de 30 ans, ils sont au cégep ou à l’université. Ils manifestent pour forcer le gouvernement à changer d’idée, à renoncer à l’augmentation des droits de scolarité. Ils regardent en avant, mais devraient peut-être jeter un coup d’oeil en arrière et retenir les leçons de ceux qui ont fait la bataille avant eux.

Comme Jean-Patrick Brady, ancien président de la Fédération étudiante universitaire du Québec et aujourd’hui spécialiste des relations entre les groupes de pression et le gouvernement. Dans cette entrevue, il apporte un éclairage intéressant sur la stratégie étudiante.

Par exemple, en 2005, après avoir évoqué une augmentation des droits de scolarité, le gouvernement faisait marche arrière. Selon M. Brady, le mouvement étudiant avait mené une espèce de guérilla en inondant le gouvernement et les bureaux de députés d’appels téléphoniques et de télécopies toutes noires (ce qu’il appelle un « fax jam »). Un envoi répété de télécopies occupe continuellement ceux qui les reçoivent et quand elles sont noires, ça les oblige à changer les cartouches d’encre régulièrement.

Inondés d’appels et de télécopies, les employés n’en peuvent plus, s’en plaignent à leur député ou à leur ministre, qui ramène ça à la table du caucus ou du Conseil des ministres et donne l’impression que le gouvernement est « assiégé ».

Évidemment, cette stratégie n’explique qu’en partie le recul du gouvernement en 2005, mais il nous apprend que ce qu’on voit du mouvement étudiant, c’est-à-dire les manifestations, n’est qu’un aspect du « combat ». Que pour gagner, les grévistes ont recours à d’autres moyens. Selon Jean-Patrick Brady, la cuvée 2012 n’exploite pas ces tactiques, ce qui permet au gouvernement de maintenir sa position.

Autre leçon de 2005, la grève étudiante pourrait bien s’essouffler après le dépôt du budget si le gouvernement maintient la ligne dure. Il se rappelle qu’après sept semaines de grève, les étudiants commencent à penser un peu plus à leur session en péril. 

C’est une entrevue à voir pour connaître la stratégie de part et d’autre…

Catégorie: Québec

Coalition avenir Québec : à la merci des sondages

par

 publié le 6 mars 2012 à 14 h 53

La marche triomphante de François Legault vers la victoire commence à prendre les allures d’un chemin de croix. Ses idées, qui l’avaient mené si près des gens, ont pris des proportions telles qu’il ne parvient plus à les porter seul.

François Legault a besoin de gens solides autour de lui. Pour l’instant, il est le seul qui est en mesure de traduire sa pensée politique et de la présenter sur la place publique au nom de la Coalition. Les autres têtes d’affiche de la CAQ ne sont pas encore au diapason du chef, dont la trajectoire intellectuelle, il est vrai, n’est pas exactement rectiligne.

Son équipe parlementaire mérite le respect qu’elle parviendra à gagner, et pour le moment, elle apparaît désorganisée et imprécise dans ses attaques.

Ce groupe de députés a ses forces, mais certainement pas celles de l’unité et de la cohésion. Leur seul point commun, c’est François Legault. D’autant que, pour le moment, le programme ressemble à un squelette que chacun cherche à habiller comme il l’entend. Il faudra attendre le congrès à la fin avril pour qu’on lui taille un complet sur mesure.

La décision des députés de la Coalition de ne pas participer aux commissions parlementaires n’était pas particulièrement avisée. Les commissions parlementaires permettent aux députés d’acquérir une connaissance plus approfondie des dossiers, et s’en priver ne représente pas en une réelle économie de temps et d’énergie. Gérard Deltell a d’ailleurs fait son apparition à une commission parlementaire la semaine dernière, ce qui est peut-être le signe que la CAQ rectifie déjà sa stratégie.

François Legault a beaucoup à faire pour stopper la dégringolade dans les intentions de vote. Sur la liste des tâches urgentes à accomplir, il doit dénicher des candidats solides qui ont quelque chose à dire et qui pensent comme lui. Il doit aussi aider son équipe parlementaire à trouver sa vitesse de croisière.

Le problème pour la Coalition, c’est que les mauvais sondages nuisent directement à sa capacité de recruter des candidats-vedettes. Dans ce contexte, chaque sondage devient cruellement important pour la CAQ. Ceux qui pourraient venir en aide au leader de la Coalition, des «pointures», scruteront attentivement les intentions de vote des Québécois et ce sera leur outil de référence pour décider s’ils partent à l’aventure avec François Legault.

Catégorie: Québec

Après avoir parlé de mesures « modérées », voici que le ministre Jim Flaherty nous dit, au sortir de sa rencontre prébudgétaire avec les économistes du secteur privé, qu’il ne faut pas s’attendre à des mesures draconiennes dans son budget du 29 mars, en parlant des réductions de dépenses.

Vous vous souvenez de cette fourchette de 4 à 8 milliards de dollars (5 à 10 % des dépenses compressibles du gouvernement), si on exclut en plus les transferts aux individus et aux provinces, soit un peu plus de 80 milliards de dollars.

Si draconien veut toujours dire d’une excessive sévérité, ça laisse quand même pas mal de place pour des restrictions qui visent, rappelle le ministre, à mettre le Canada sur la voie de l’élimination du déficit en 2015, mais surtout sur celle d’un assainissement à long terme des finances publiques.

Et, à écouter M. Flaherty et les économistes, on comprend que le terme « pas draconien » est utilisé de manière très relative.

— Pour M. Flaherty, ça veut entre autres dire « des pinottes », par rapport à l’ensemble du budget de son gouvernement qu’il chiffre à environ 265 milliards de dollars, mais aussi par rapport à l’économie dans son ensemble qui frisera les 1700 milliards de dollars. À noter que sa référence pour les mesures d’austérité draconiennes sont la Grèce et surtout la Grande-Bretagne, où le gouvernement Cameron a entamé des coupes d’en moyenne 19 % dans ses ministères et agences.

— Pour les économistes présents, même des compressions de 8 milliards de dollars ne seraient pas draconiennes, dans la mesure où le déficit chute déjà plus vite que prévu. Et ce ne serait pas grave si ces coupes étaient étalées sur une ou deux années de plus, et si elles ne représentaient que des décimales de point de pourcentage du PIB à terme.

Et M. Flaherty semble avoir entendu ce qu’il voulait entendre quand la plupart des économistes n’ont pas partagé le point de vue de deux agences de cotation de crédit qui avertissaient récemment son gouvernement de ne pas y aller trop radicalement dans l’austérité pour ne pas tirer le tapis sous les pieds de la reprise.

À bientôt pour la suite de ces préparatifs budgétaires « psychologiques ».

Catégorie: Ottawa