Billets publiés en décembre 2011

Pauline Marois : terre en vue

par

 publié le 18 décembre 2011 à 18 h 29

Pauline Marois a enfin la tête hors de l’eau, une première bouffée d’air en six mois.

Une fois la tête hors de l’eau, la rive n’est plus tout à fait hors d’atteinte.

Et Pauline Marois a montré qu’elle sait nager, qu’elle a du souffle.

 Les déchirements de son caucus ont donné lieu à d’incroyables péripéties. Les critiques sont venues de toutes parts et ont frappé sur tous les fronts. Pauline Marois n’a été épargnée de rien. Le fond, la forme, la performance dans les sondages, tout a été scruté, examiné, ausculté et presque tout a été retenu contre elle, avec raison la plupart du temps.

 Or, depuis le congrès à la direction du Bloc québécois, dimanche dernier, Pauline Marois peut enfin véritablement respirer. Et la victoire de Daniel Paillé n’y est pour rien.

Non, ce qui a fait la différence pour Pauline Marois, c’est le discours de Gilles Duceppe.

Les militants du Bloc ont pu voir que leur ancien chef n’était ni prêt ni intéressé, à court terme, à diriger le Parti québécois. Celui qui les a quittés le 2 mai au soir a prononcé un discours frugal, centré sur les intérêts immédiats du Bloc, qui n’aura duré que quelques minutes. Gilles Duceppe étant l’un des orateurs politiques les plus doués et les plus expérimentés du Québec, les bloquistes étaient en droit d’espérer une présentation nutritive et inspirante. Ils ont été laissés sur leur faim, sans doute avec l’impression d’un rendez-vous manqué.

 Ce discours représentait une occasion inespérée pour Gilles Duceppe, six semaines avant la tenue du Conseil national du Parti québécois. Pour cette raison, d’une manière ou d’une autre, ce discours envoyait un signal et celui-ci était limpide.

 Huit mois après la défaite, M. Duceppe a montré qu’il ne l’avait pas assumée, ni digérée et encore moins comprise. Son apparente assurance avait quelque chose de factice et elle cachait mal cette fragilité qu’on a vue apparaître le soir des élections fédérales. Il est évident que Gilles Duceppe ne veut, ni ne peut remplacer Pauline Marois d’ici le prochain scrutin. À moins que Gilles Duceppe n’ait caché son jeu, ce à quoi il ne nous a pas habitués.

 Ainsi, le mois prochain, les participants au Conseil national du PQ feront face au même contexte que les délégués du congrès d’avril dernier. Une seule option sera envisageable, miser sur la continuité, garder le cap avec Pauline Marois, advienne que pourra.

Au congrès d’avril, Gilles Duceppe avait été accueilli en héros par les délégués péquistes, deux semaines avant qu’il ne subisse une débâcle. À cette époque, Gilles Duceppe n’était pas disponible. Le lendemain, Pauline Marois obtenait la confiance de 93 % des délégués.

 Au prochain Conseil national, Gilles Duceppe ne sera pas non plus disponible et les participants devront en faire le constat. D’autant que Gilles Duceppe était un « tout inclus », qui aurait été opérationnel après une courte période d’adaptation pour affronter Jean Charest et François Legault. Un oiseau rare.

Alors, si Gilles Duceppe ne manifeste pas davantage d’intérêt d’ici le conseil national, les militants péquistes devront se rendre à l’évidence et assurer leur soutien à Pauline Marois, dans une posture qui pourrait prendre des airs d’unanimité. Les délégués reconnaîtront aussi que Pauline Marois paraît avoir eu le dessus, à l’usure, sur son aile parlementaire tourmentée et dorénavant effilochée.

 Sans Gilles Duceppe, Pauline Marois est la seule qui peut désormais diriger les destinées du PQ aux prochaines élections. Il n’existe plus d’option populaire à Pauline Marois.

Les sondages demeurent mauvais pour le PQ et il est bien possible que Pauline Marois ne sera jamais en mesure de les faire bouger en sa faveur. Néanmoins, le prochain scrutin se déroulera dans un contexte qui rend ses résultats imprévisibles. C’est sur cette imprévisibilité que les délégués du Conseil national du PQ seront invités à fonder leurs espoirs. C’est un argument que Pauline Marois et son équipe évoquent, en rappelant sur un ton nostalgique les sondages du printemps dernier qui donnait 40 % au PQ… sans François Legault.

Un temps révolu. François Legault existe.

Néanmoins, grâce à l’apparent forfait de Gilles Duceppe, Pauline Marois a la tête enfin sortie de l’eau et peut apercevoir une rive au loin.

Terre en vue, donc. Ne serait-ce qu’une île déserte.

Catégorie: Élections Québec, Québec

Quatre députés et un mariage

par

 publié le 14 décembre 2011 à 21 h 30

On a vu les mariés, voici le contrat de mariage.

La Coalition avenir Québec ne semble pas payer un prix élevé pour mettre la main sur les actifs de l’Action démocratique du Québec : 4 députés, 2500 membres avec quelques associations de comté, près de 800 000 $ de revenus annuels et une dette d’environ 600 000 $.

Le projet-pilote en santé privée ne soulèvera probablement pas de tollé et le programme de 100 $ par semaine par enfant pour pallier les places subventionnées en services de garde sera évalué avant d’être inclus dans le programme de la Coalition.

François Legault a franchi une étape délicate avec cette fusion que devront confirmer les membres de l’ADQ. Il serait étonnant que ça dérape. En réalité, les Deltell, Bonnardel, Roy et Grondin ont déjà fait le saut. Ne reste que les Caire, Picard, Ratthé et Charette, qui n’attendent que ça.

Pendant ce temps, au Parti québécois, Pauline Marois a dû être particulièrement soulagée en regardant le discours de Gilles Duceppe avant le dévoilement du vote à la direction du Bloc québécois. Un discours bref et sans relief d’un homme qui semblait fatigué, désintéressé et pressé d’en finir. C’est l’ombre de Gilles Duceppe qui s’est adressé aux militants bloquistes.

Impossible de voir là un homme qui veut et qui croit à la possibilité de prendre la tête du Parti québécois et d’engager une lutte épique avec Jean Charest et François Legault. Pauline Marois a toute la chance désormais de survivre au prochain Conseil national de son parti, à la fin janvier à Montréal. Cela prendrait une véritable révolution pour l’obliger à démissionner, ce qui ne se produira probablement pas.

Au Parti libéral, Jean Charest prend des postures de boxeur, mais pour l’instant ses coups ne portent guère. L’opération fusion de la Coalition avenir Québec peut séduire l’électorat francophone du Parti libéral et c’est la raison pour laquelle Jean Charest cherche à en souligner les contradictions. Il tente de définir François Legault comme un souverainiste de gauche. Une tentative un peu maladroite, d’autant qu’il en a parlé comme un homme de droite il y a quelques mois à peine.

Jean Charest est-il en état de panique comme le prétend François Legault? Pour le moment, il n’en est pas là. On voit tout de même monter la tension. Avec des déclarations sans lien avec le programme de François Legault, le premier ministre montre involontairement une attitude inquiète. La période des Fêtes permettra aux libéraux de réviser entièrement leur stratégie.

Québec solidaire a adopté des mesures importantes lors de son congrès en fin de semaine dernière à Montréal, qui auront besoin d’être défendues avec autant de vigueur que de rigueur. La formation politique de gauche devra être attentive aux détails de ses propositions. Les principes ne suffisent pas.

Un programme de revenu minimum garanti est une initiative majeure qui viendrait en principe bouleverser les programmes sociaux actuels, même si Québec solidaire en a adopté une version édulcorée dont l’efficacité et l’intérêt restent à être démontrés.

Il est normal que ce tiers parti fasse comme les autres et affiche un haut degré d’optimisme, voire de jovialité dans le cadre d’un congrès. Mais 9 % des votes dans Bonaventure est honorable, sans plus. 7500 membres après 6 ans d’existence, ça n’a rien d’une panacée. Et le programme politique qui est encore incomplet montre que les négociations internes sont ardues et même fastidieuses au sein de cette organisation. Phénomène intéressant, ce congrès, qui réunissait au moins 400 délégués, comptait surtout des gens dans la vingtaine et des plus de cinquante ans.

Les intentions de Jean-Martin Aussant et d’Option nationale ne sont pas claires. Le parti fondé en juin paraît recruter au sein des universités, parmi les étudiants et les professeurs. La campagne de financement d’Option nationale est d’ailleurs présidée par le politologue Denis Monière qu’on n’imaginait pas nécessairement dans ce rôle.

Ce parti veut-il être dans la course aux prochaines élections ou attend-il simplement que le Parti québécois se réforme pour rentrer au bercail? Selon toute apparence, les élections vont être déclenchées avant que le PQ ne change son programme sur la question de la souveraineté.

Parlant de financement, tous les partis mettent les bouchées doubles pour recueillir des fonds d’ici la nouvelle année. Il y a un nouveau plafond, 1000 $ par année par électeur, et une nouvelle procédure : les contributions transitent désormais par le directeur général des élections.

En toute logique, les sommes récoltées par les partis seraient en baisse. Plusieurs ont noté que François Legault a lancé son parti à la mi-novembre, sans doute dans l’espoir d’amasser le plus d’argent possible pour l’année fiscale 2011.

Catégorie: Québec

Legault nous fera-t-il le coup de Duplessis?

par

 publié le 9 décembre 2011 à 18 h 40

L’année se termine et l’impopulaire Jean Charest dirige toujours son parti et le gouvernement du Québec. Malgré une succession de sondages défavorables, de rapports très critiques sur sa gestion dans certains dossiers (garderie, corruption dans la construction), l’homme garde les deux mains sur le volant.

 Le premier ministre Charest affirme même que cette année parlementaire a été meilleure que l’année dernière. Il faut dire que Jean Charest avait perdu, l’automne dernier, son élection partielle dans Kamouraska-Témiscouata alors qu’il a triomphé dans celle de Bonaventure cette semaine. Les résultats électoraux semblent avoir un très fort effet sur le moral de Jean Charest.

Pauline Marois, dont le leadership se lézarde depuis juin dernier, est toujours en poste elle aussi. Sa détermination fait d’elle une fière résistante à l’égard d’un parti habitué à dévorer ses chefs en quelques mois. La chef fait toutefois face à une situation étrange : malgré un vote de confiance de 93 % de ses membres, une partie de son caucus (10 députés au moins) ne lui fait plus confiance.

Elle doit donc réécrire des pages entières de son programme politique pourtant facilement adopté en avril dernier. Elle veut « rester jusqu’à l’élection », dit-elle, mais que restera-t-il de son parti le soir du scrutin? La question est cruelle, mais si le contexte politique ne change pas, cette interrogation demeure pertinente.

Deux chefs, contestés de différentes façons, s’accrochent à leur fonction. Un troisième, François Legault, vient de créer un parti sur mesure pour sa personne. En politique, le « timing » constitue souvent l’un des ingrédients magiques qui assurent le succès. François Legault semble pour l’instant en profiter.

Demeurons donc aux aguets. Nous pourrions voir un parti, rapidement constitué, prendre le pouvoir tout aussi rapidement. Le dernier qui a réussi ce tour de force s’appelait Maurice Duplessis. Le Parti conservateur avait fusionné avec l’Action libérale nationale pour créer l’Union nationale qui a perdu à l’élection de 1935, mais qui a pris le pouvoir environ une année plus tard, en 1936.

 

Catégorie: Québec

Polytechnique et le malaise des conservateurs

par

 publié le 6 décembre 2011 à 18 h 22

Le 6 décembre a toujours été une journée difficile pour les conservateurs.

Cette année, le malaise était double.

Ce 22e anniversaire passera toujours à l’histoire comme l’année de l’abolition du registre des armes d’épaules.

Certains députés conservateurs ont beau trouver désolant que cette journée de commémoration soit récupérée par plusieurs groupes en faveur du contrôle des armes, la réalité demeure qu’au Québec, ce registre est devenu dans l’esprit populaire un symbole des tristes leçons de Polytechnique. Et les familles des victimes ont toujours été à l’avant-plan de la bataille pour le registre.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les députés conservateurs n’ont pas été invités à participer à la cérémonie de commémoration sur les marches du Parlement, une cérémonie disons-le qui a davantage pris les allures d’un appel à la mobilisation pour sauver le registre.

Cette année donc, à l’ombre des photos des 14 victimes de Marc Lépine, il ne restait que les 14 roses à la mémoire de ces femmes fauchées dans la fleur de l’âge et la colère de toutes ces familles. Cette « rage » était exprimée par Suzanne Laplante-Edwards,  qui vit l’abolition du registre comme un affront à la mémoire de sa fille.

Cette année donc, pour plusieurs, la minute de silence aux Communes ne suffisait pas.

La vidéo du vote du 1er novembre sur l’adoption en deuxième lecture du projet de loi C-19 sur l’abolition du registre n’a fait que mettre de l’huile sur le feu.

On y voit le député conservateur de Lethbridge Jim Hillyer faire semblant de dégainer une arme en signe de victoire.

« Indécent, insultant », les députés d’opposition manquaient de mots pour exprimer leur indignation.

Les conservateurs manquaient de mots pour exprimer leur malaise.

Le président du caucus conservateur au Québec, Jacques Gourde, a certes affirmé que son collègue albertain devrait présenter des excuses, mais au bureau du premier ministre Harper on offre pour seule réaction un « pas de commentaires ».

Catégorie: Ottawa