Pauline Marois a enfin la tête hors de l’eau, une première bouffée d’air en six mois.
Une fois la tête hors de l’eau, la rive n’est plus tout à fait hors d’atteinte.
Et Pauline Marois a montré qu’elle sait nager, qu’elle a du souffle.
 Les déchirements de son caucus ont donné lieu à d’incroyables péripéties. Les critiques sont venues de toutes parts et ont frappé sur tous les fronts. Pauline Marois n’a été épargnée de rien. Le fond, la forme, la performance dans les sondages, tout a été scruté, examiné, ausculté et presque tout a été retenu contre elle, avec raison la plupart du temps.
 Or, depuis le congrès à la direction du Bloc québécois, dimanche dernier, Pauline Marois peut enfin véritablement respirer. Et la victoire de Daniel Paillé n’y est pour rien.
Non, ce qui a fait la différence pour Pauline Marois, c’est le discours de Gilles Duceppe.
Les militants du Bloc ont pu voir que leur ancien chef n’était ni prêt ni intéressé, à court terme, à diriger le Parti québécois. Celui qui les a quittés le 2 mai au soir a prononcé un discours frugal, centré sur les intérêts immédiats du Bloc, qui n’aura duré que quelques minutes. Gilles Duceppe étant l’un des orateurs politiques les plus doués et les plus expérimentés du Québec, les bloquistes étaient en droit d’espérer une présentation nutritive et inspirante. Ils ont été laissés sur leur faim, sans doute avec l’impression d’un rendez-vous manqué.
 Ce discours représentait une occasion inespérée pour Gilles Duceppe, six semaines avant la tenue du Conseil national du Parti québécois. Pour cette raison, d’une manière ou d’une autre, ce discours envoyait un signal et celui-ci était limpide.
 Huit mois après la défaite, M. Duceppe a montré qu’il ne l’avait pas assumée, ni digérée et encore moins comprise. Son apparente assurance avait quelque chose de factice et elle cachait mal cette fragilité qu’on a vue apparaître le soir des élections fédérales. Il est évident que Gilles Duceppe ne veut, ni ne peut remplacer Pauline Marois d’ici le prochain scrutin. À moins que Gilles Duceppe n’ait caché son jeu, ce à quoi il ne nous a pas habitués.
 Ainsi, le mois prochain, les participants au Conseil national du PQ feront face au même contexte que les délégués du congrès d’avril dernier. Une seule option sera envisageable, miser sur la continuité, garder le cap avec Pauline Marois, advienne que pourra.
Au congrès d’avril, Gilles Duceppe avait été accueilli en héros par les délégués péquistes, deux semaines avant qu’il ne subisse une débâcle. À cette époque, Gilles Duceppe n’était pas disponible. Le lendemain, Pauline Marois obtenait la confiance de 93 % des délégués.
 Au prochain Conseil national, Gilles Duceppe ne sera pas non plus disponible et les participants devront en faire le constat. D’autant que Gilles Duceppe était un « tout inclus », qui aurait été opérationnel après une courte période d’adaptation pour affronter Jean Charest et François Legault. Un oiseau rare.
Alors, si Gilles Duceppe ne manifeste pas davantage d’intérêt d’ici le conseil national, les militants péquistes devront se rendre à l’évidence et assurer leur soutien à Pauline Marois, dans une posture qui pourrait prendre des airs d’unanimité. Les délégués reconnaîtront aussi que Pauline Marois paraît avoir eu le dessus, à l’usure, sur son aile parlementaire tourmentée et dorénavant effilochée.
 Sans Gilles Duceppe, Pauline Marois est la seule qui peut désormais diriger les destinées du PQ aux prochaines élections. Il n’existe plus d’option populaire à Pauline Marois.
Les sondages demeurent mauvais pour le PQ et il est bien possible que Pauline Marois ne sera jamais en mesure de les faire bouger en sa faveur. Néanmoins, le prochain scrutin se déroulera dans un contexte qui rend ses résultats imprévisibles. C’est sur cette imprévisibilité que les délégués du Conseil national du PQ seront invités à fonder leurs espoirs. C’est un argument que Pauline Marois et son équipe évoquent, en rappelant sur un ton nostalgique les sondages du printemps dernier qui donnait 40 % au PQ… sans François Legault.
Un temps révolu. François Legault existe.
Néanmoins, grâce à l’apparent forfait de Gilles Duceppe, Pauline Marois a la tête enfin sortie de l’eau et peut apercevoir une rive au loin.
Terre en vue, donc. Ne serait-ce qu’une île déserte.

