En juin dernier, l’Assemblée nationale a adopté la loi concernant la lutte contre la corruption. C’est par cette loi que l’Unité permanente anticorruption a été créée, de même que le poste de patron de l’UPAC, le commissaire de la lutte contre la corruption. C’est Robert Lafrenière, alors sous-ministre à la sécurité publique, qui a été nommé à ce poste.
Dans cette loi, un chapitre est consacré à la protection des dénonciateurs d’actes répréhensibles. Et là , accrochez-vous, on s’approche dangereusement de l’absurde.
Ce chapitre compte 10 articles (de 26 à 35) et si on les examine avec, à l’esprit, le cas du directeur de l’unité anticollusion Jacques Duchesneau, c’est troublant.
Jugez par vous-même :
Article 26 : « Toute personne… communique au commissaire tout renseignement qui, selon elle, peut démontrer qu’un acte répréhensible a été commis… » Jacques Duchesneau l’a fait.
Article 29 : « […] S’il (le commissaire) accepte de donner suite à la dénonciation, le commissaire transmet le dossier, selon le cas, au commissaire associé ou aux équipes d’enquête concernées. »
Le commissaire Lafrenière a transmis aux équipes d’enquête 17 dossiers remis par Jacques Duchesneau.
Article 32 : « Il est interdit d’exercer des mesures de représailles contre une personne qui a fait une dénonciation ou contre celle qui collabore à une vérification ou à une enquête concernant un acte répréhensible… » (je souligne) De toute évidence, Jacques Duchesneau correspond aux critères de cet article.
Article 33 : « Sont présumées être des mesures de représailles la rétrogradation, le congédiement ou le déplacement d’une personne visée à l’article 32 ainsi que toute sanction disciplinaire ou autre mesure portant atteinte à son emploi ou à ses conditions de travail ». Jacques Duchesneau a été congédié par le commissaire Robert Lafrenière vendredi dernier, le 28 octobre 2011.
L’article 34 stipule le montant des amendes : jusqu’à 20 000 $ pour une personne physique et 250 000 $ pour une personne morale.
Ah oui, l’article 30 prévoit que c’est le commissaire, celui-là même qui a congédié Jacques Duchesneau, qui doit veiller au respect des droits des dénonciateurs.
Je comprends qu’on puisse prétendre que Jacques Duchesneau n’est pas un dénonciateur, mais, en réalité, ce n’est pas ce qu’indique la loi. Il correspond à tous les critères énoncés dans la loi pour définir un dénonciateur. Or, si on accepte cette prémisse (et il paraît difficile de faire autrement, la loi n’est peut-être pas bien faite, mais elle est claire), le congédiement de Jacques Duchesneau prend toutes les allures de représailles contre un dénonciateur.
Cette loi est toute récente. Elle a été adoptée il y a à peine quatre mois, et personne n’a été inculpé, encore moins condamné, en vertu de cette loi. Bien sûr, il serait étonnant que Jacques Duchesneau l’invoque pour dénoncer son congédiement. Il serait encore plus étonnant que le commissaire Robert Lafrenière se dénonce lui-même, selon les pouvoirs que lui confère la loi. Néanmoins, il est profondément ironique que cette loi puisse être susceptible de s’appliquer, pour une première fois, contre celui qui doit en assurer l’application.
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