Billets publiés en septembre 2011

L’économie, LA priorité

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 publié le 28 septembre 2011 à 10 h 40

 Le gouvernement Harper fait grand état de SA priorité de l’automne, l’économie.

 Le premier ministre a lui-même donné le ton en consacrant à peu près tout son discours de rentrée de son caucus à l’économie. Tout au plus a-t-il laissé tomber quelques mots à la fin pour dire qu’en plus de se concentrer sur l’économie, son gouvernement « va passer à l’action sur les autres engagements de la plateforme électorale ».

 Que va faire le gouvernement dans l’immédiat en matière d’économie? Il va suivre l’évolution de l’économie mondiale et du système financier global et attendre tout en « restant flexible », le ministre Flaherty réitérant à qui veut l’entendre qu’il « maintient le cap ».

Il n’en faut pas moins à l’opposition pour rappeler novembre 2008, lorsque le gouvernement conservateur, à peine réélu, a livré une mise à jour économique et financière qui faisait encore état d’un surplus pour l’année en cours.

Une mise à jour qui mettait surtout le feu aux poudres avec l’intention, jamais mentionnée en campagne, d’éliminer les subventions aux partis politiques et le droit de grève de la fonction publique au passage.

En pleine campagne quelques semaines plus tôt, M. Harper lui-même avait suggéré aux investisseurs de profiter des aubaines à la suite de l’écroulement des marchés!

Le reste fait partie de l’histoire : coalition, prorogation et un plan d’action frisant les 50 milliards de dollars sur deux ans pour soutenir l’économie. Et sur l’élimination du déficit encouru que le ministre Flaherty maintient aujourd’hui le cap.

Mais,est-ce que le gouvernement Harper est dans une phase de déni semblable à celle de 2008, comme le prétend Nycole Turmel?

En tout cas, les conservateurs ne négligent rien pour nous prouver le contraire. On a tous entendu le credo économique de M. Harper la semaine dernière lors de sa rencontre avec Bloomberg à New York, et lors de la visite de son homologue britannique et allié, David Cameron.

Que penser de l’ouverture aux caméras hier du début de cette rencontre à trois Harper-Flaherty-Carney? Rien d’exceptionnel,  affirme l’entourage de M. Harper, après un retour du ministre des Finances et du gouverneur de la Banque du Canada d’une rencontre du G20 à Washington.

La rencontre ne l’est certainement pas. Cependant, l’ouverture aux caméras et photographes l’est tout à fait. On s’attendait presque à voir les trois hommes en « bras de chemise » s’attaquant aux démons économiques et financiers!

En fait, la phrase : « Notre gouvernement a comme principale priorité l’économie » est devenue un tel mantra qu’elle revient sans arrêt, comme si on sentait le besoin de convaincre les gens. Même la réponse écrite et lue à cinq reprises lundi en Chambre par Deepak Obraj commençait par cette phrase. Ah oui, M. Obraj répondait à la place de Tony Clement aux questions sur les dépenses du G8 il y a 18 mois!

On verra plus tard cet automne, pour la très attendue mise à jour économique et financière de M. Flaherty, comment le gouvernement navigue entre « rester flexible » et « maintenir le cap » dans la mer agitée de SA priorité.

Catégorie: Ottawa

Après le rapport, le témoin Duchesneau

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 publié le 28 septembre 2011 à 9 h 14

Jacques Duchesneau a donné beaucoup de matière. Le directeur de l’Unité anticollusion a évoqué aussi bien des problèmes systémiques que des anecdotes croustillantes.

Il a été limpide sur la perte d’expertise au sein du ministère des Transports, rendue possible par la réingénierie de l’État. Il a été savoureux lorsqu’il a évoqué les transferts en argent liquide les vendredis après-midi à Montréal pour alimenter des chantiers de construction, des sous-traitants et, peut-être, ce n’est pas tout à fait clair, des caisses électorales.

Cinq heures de témoignage permettent de dire bien des choses.

Jacques Duchesneau a souligné la gravité des faits qu’il révèle dans son rapport et l’étendue du problème, même s’il se refuse à toute généralisation. Mais il a aussi manifesté de l’optimisme sur la possibilité de vaincre la collusion et de surmonter cette crise. 

Néanmoins, M. Duchesneau est convaincu qu’une commission d’enquête publique constitue la véritable réponse au « système » dont la mécanique a été exposée par son unité. Même s’il croit que cette commission d’enquête devrait mener une partie de ses travaux à huis clos, Jacques Duchesneau a été clair en affirmant que c’est une commission d’enquête publique qui doit être mise en place. 

Quelle sera la réaction du premier ministre Jean Charest? Si on en juge par le travail mené par les députés libéraux à la commission parlementaire, désespérément à la recherche de toute autre solution que la commission d’enquête publique pour vaincre ce système de collusion, il est peu probable que Jean Charest fasse volte-face. 

La pression sera pourtant forte, très forte, à la limite du tenable pour le premier ministre, en raison de la puissance et de la densité du témoignage de Jacques Duchesneau. 

Il convient de se rappeler que Jean Charest refuse de déclencher cette commission d’enquête depuis plus de deux ans, malgré qu’une large majorité de Québécois la réclame. Jean Charest a déjà payé le prix de son refus et il paraît résolu d’assumer son choix jusqu’au bout.

Ainsi, le nom de Jacques Duchesneau ne ferait que s’ajouter à une très longue liste de Québécois. Une si longue liste, qu’il y a déjà longtemps que Jean Charest a cessé de la lire.

Catégorie: Québec

La mafia déstabilise la SQ, dit Dutil

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 publié le 27 septembre 2011 à 12 h 24

Dans la tempête, un gouvernement doit toujours inspirer la confiance. Or, depuis quelques jours, le ministre de la Sécurité publique du Québec, Robert Dutil, un personnage pourtant calme et posé, y va de déclarations étonnantes. 

Dimanche, à l’émission Les coulisses du pouvoir, il a qualifié de manoeuvre de déstabilisation la lettre anonyme provenant possiblement du quartier général de la Sûreté du Québec.

Selon La Presse, cette lettre reproduit la frustration de plusieurs enquêteurs qui exigent une enquête publique. De présumés policiers écrivent que les membres du gouvernement seraient à l’abri des enquêtes actuelles et que l’indépendance entre le pouvoir policier et politique serait factice.

L’accusation est grave, et comme la lettre n’est pas signée, cela nous amène à traiter ce texte avec grande prudence.

Le ministre de la Sécurité publique du Québec, de son côté, a toutefois voulu disqualifier cette lettre avec du papier à en-tête de la Sûreté du Québec de façon éclatante. Robert Dutil a laissé entendre que cette lettre est peut-être une tentative de déstabilisation orchestrée par le crime organisé! 

« Ça pourrait très bien venir du crime organisé », a-t-il dit à ma collègue Emmanuelle Latraverse. Le ministre, qui reproche à plusieurs d’échafauder des hypothèses et de lancer des allégations qui excitent la population, a fait preuve d’audace cette fois.

Catégorie: Québec

Visite stratégique

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 publié le 22 septembre 2011 à 13 h 11

La visite du premier ministre britannique David Cameron au Canada tombe pile-poil pour le premier ministre Harper.

Accusé par ses adversaires politiques d’avoir adopté une approche trop rigide face à l’incertitude économique mondiale, Stephen Harper pourra au moins se vanter d’avoir l’appui de son homologue britannique dans sa lutte au déficit comme mécanisme pour protéger l’économie d’une nouvelle crise.

Le gouvernement Harper plaide ce message avec d’autant plus d’urgence qu’il craint ouvertement que la crise qui secoue la zone euro, sans parler de l’incertitude aux États-Unis, ne vienne menacer la reprise ici au pays.

À la veille d’une rencontre du Fonds monétaire international, le ministre des Finances Jim Flaherty a donc sérieusement haussé le ton. Il a affirmé que le Canada fait les frais du manque de volonté politique en Europe. Jim Flaherty prédit même une confrontation si les réformes nécessaires ne sont pas mises en oeuvre de l’autre côté de l’Atlantique.

« Il y a un niveau de frustration justifié face au manque d’action décisive de la part de l’Europe. Comme ministres des Finances nous parlons de la Grèce depuis janvier 2010. Il doit y avoir un exercice de volonté politique et de prise de décision en Europe. »

D’ailleurs, le premier ministre Harper a co-signé ce matin une lettre sans équivoque à l’attention du président du G20, Nicolas Sarkozy, dans laquelle il lui demande essentiellement de prendre les grands moyens pour que le G20 ait enfin le courage de prendre les décisions difficiles qui s’imposent pour prémunir l’économie mondiale contre une nouvelle crise.

Et, sans surprise, cette lettre est co-signée par le premier ministre de la Grande-Bretagne. Ce dernier n’a pas hésité à utiliser un remède de cheval pour son économie en imposant un plan d’austérité sans précédent.

Face à l’inquiétude des Canadiens et aux attaques de l’opposition, Stephen Harper voudra profiter de la visite de David Cameron pour légitimer la rigueur de son approche économique. Gagner l’approbation de la communauté internationale face à la crise, c’est sa recette depuis 2008.

Catégorie: Ottawa

La citation

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 publié le 21 septembre 2011 à 19 h 27

Le premier ministre Jean Charest n’a cité qu’une seule fois le texte du rapport de l’unité anticollusion du ministère des Transports, dirigée par Jacques Duchesneau.  M. Charest a cité cet extrait le mardi 20 septembre à l’Assemblée nationale, à la période des questions. 

 « Le tout garde encore un caractère exploratoire et demande à être complété, notamment à l’occasion d’autres rencontres. Nous croyons donc prudent de ne pas généraliser sur cette base, ou d’en tirer des conclusions hâtives. »

 Cet extrait se retrouve à la page 26 du rapport Duchesneau :

http://www.scribd.com/doc/65126106/Le-rapport-de-l-Unite-anticollusion

Catégorie: Élections Québec

Enquête publique : le camp de la vérité

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 publié le 21 septembre 2011 à 13 h 40

Dans notre régime parlementaire britannique, les électeurs peuvent exprimer leur colère et leur volonté de changement ultimement par un vote, qui se tient habituellement aux quatre ans, lors d’élections générales.

Mais quand la crise de confiance de la population envers leurs institutions se maintient pendant deux ans (selon plusieurs sondages) et qu’elle entraîne un rejet de toute la classe politique en place, que prévoit le système? Les élus doivent-ils s’ajuster et tenir compte de cette gronde?

Hier, à la sortie du caucus du Parti libéral du Québec, voici ce que répondait le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, aux demandes répétées des citoyens en faveur d’une commission d’enquête publique sur la corruption :

« Le sentiment populaire c’est que la meilleure solution serait une enquête publique. Alors, ce n’est pas notre sentiment. Évidemment, il y a donc une confrontation de choix. » (20 sept.)

Un ministre élu et son gouvernement s’engagent donc ouvertement dans une confrontation avec la volonté populaire. C’est franc.

Aujourd’hui (21 sept.), le premier ministre a déclaré que le choix de son gouvernement de donner la priorité aux enquêtes de police et d’exclure l’enquête publique le place dans le camp de la vérité :

« Nous avons, nous, la ferme conviction que c’est la vraie façon d’arriver au bout de ce problème-là. »

Plus que jamais, un véritable bras de fer prend forme sous nos yeux et oppose vivement un gouvernement et une bonne partie de sa population. Jean Charest pourra répéter à juste titre qu’il ne gouverne pas par sondage et que le système parlementaire existant depuis plus de 140 ans lui donne toute la latitude pour continuer de gouverner. Il doit espérer, encore une fois, que la colère populaire s’estompe.

 

 

Catégorie: Québec

Avez-vous dit… élections?

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 publié le 20 septembre 2011 à 22 h 08

C’est le mot magique de la politique. C’est un mot qui porte en lui ses propres pouvoirs. Et si vous doutez qu’il soit magique, songez au fait qu’il peut aussi bien faire apparaître que disparaître.

Ceux qui peuvent le prononcer sans trop de risques gagnent en autorité. Ceux qui l’utilisent au mauvais moment peuvent en payer le prix. Un politicien avisé est bien au fait de ses vertus et de ses dangers. Et il sait que jamais, au grand jamais, il ne doit être prononcé à la légère.

Il y a moins d’une semaine, même sous la torture, Pauline Marois ne l’aurait jamais laissé sortir de sa bouche. Désormais, grâce au rapport Duchesneau, c’est devenu son mantra et celui de son parti, malgré ses déboires depuis juin.

Même des députés indépendants osent le dire à haute voix, ailleurs que dans une salle de bain. Ils savent pourtant qu’ils risquent d’en être les premières victimes si leur vœu se réalise.

C’est cela qui a véritablement changé en cette rentrée parlementaire à l’Assemblée nationale : le mot magique a changé de bord. Il a quitté les banquettes libérales pour trouver refuge parmi l’opposition.

Bien sûr, le premier ministre devra s’en servir un jour, de gré ou de force. Mais, jusqu’à nouvel ordre, considérez que le mot magique a disparu de son esprit.

Catégorie: Québec

Le virage tant attendu….

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 publié le 20 septembre 2011 à 14 h 49

C’est fait.

Après cinq ans de débats et trois campagnes électorales, le gouvernement Harper a enfin les moyens de mener sa réforme du système de justice pénale jusqu’au bout.

Mardi matin, dans le cadre de la Loi sur la sécurité des rues et des communautés, le ministre de la Justice Rob Nicholson regroupe neuf projets de loi en un seul pour donner un nouveau visage au Code criminel, et pour renforcer surtout l’approche punitive à laquelle croient les conservateurs.

Le gouvernement compte ainsi en profiter pour étendre l’imposition de peines minimales obligatoires pour les crimes sexuels contre les enfants et les crimes impliquant les drogues. Il veut aussi donner aux victimes le droit d’être entendues devant la Commission des libérations conditionnelles et abolir le pardon dans le cas d’infractions d’ordre sexuel, ou lorsque le détenu a été condamné pour trois infractions.

Les conservateurs en profitent aussi pour donner au ministre une plus grande latitude lorsque vient le temps d’accepter le transfert d’un détenu au Canada et pour permettre aux victimes d’actes de terrorisme d’intenter des poursuites au civil.

Déjà, en août dernier, le Barreau du Canada a adopté une résolution à l’unanimité pour souligner ses graves inquiétudes face à cette approche plus punitive, reprochant au gouvernement « d’engendrer la peur et l’anxiété du public » pour gagner l’appui de la population.

Le Barreau exhortait d’ailleurs le gouvernement à rendre publique l’évaluation des coûts de sa réforme par crainte justement que celle-ci ne sape les ressources déjà étirées du système judiciaire au pays. Il demandait également au gouvernement de laisser un minimum de latitude aux juges pour leur permettre d’éviter les sentences minimales obligatoires dans les cas exceptionnels.

Dans la même veine, il est aussi intéressant de noter les nombreuses réserves émises par le Barreau à l’égard du projet de loi sur les jeunes contrevenants. Qu’importe, le ministre de la Justice Rob Nicholson prévient que ce n’est qu’un début.

Lorsqu’on lui demande quelle sera l’augmentation de la population carcérale au pays, il répond que ce qui compte, c’est que ces individus ne seront plus libres dans les rues du pays et que de toute façon ils devraient être en prison.

Quand on lui fait remarquer que la criminalité est en baisse au pays, il répond que « le gouvernement ne gouverne pas sur la base des statistiques, mais en vertu de ce qui est juste pour les victimes ».

Il ne faut pas se leurrer, c’est toute la philosophie des conservateurs en matière de loi et d’ordre qui est axée sur la répression. Ils ne s’en cachent pas. Et ils ont beau souligner que ces mesures ont l’appui des 40 % des Canadiens qui ont voté pour eux, la réalité demeure que ces mesures suscitent une certaine levée de boucliers, et pas seulement dans les cercles de défense des droits des détenus.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Une reprise mouvementée à l’Assemblée nationale

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 publié le 20 septembre 2011 à 12 h 03

LE ROUGE TRAVERSERA-T-IL LE BLEU?!

La reprise de la session parlementaire à l’Assemblée nationale du Québec se déroule sur fond de crises multiples. 

1) Le rapport Duchesneau, dévoilé par Radio-Canada, replonge le gouvernement Charest au coeur des questions liées à la corruption possible de certaines des fonctions de l’État.

2) Le mouvement souverainiste semble plus divisé que jamais, alors que le leadership de Pauline Marois demeure fragile. Aussant forme un parti indépendantiste et Québec solidaire s’enracine dans certaines circonscriptions montréalaises.

3) L’ADQ pourrait disparaître, laissant sa place à une nouvelle formation politique dirigée par François Legault. Déjà, son mouvement domine dans les sondages.

Ce qui explique toute cette agitation politique semble provenir d’une volonté populaire exprimée de façon de plus en plus claire : les Québécois rejettent la classe politique traditionnelle et désirent plus d’intégrité. Déjà, lors de l’élection fédérale, tous les partis politiques traditionnellement établis au Québec ont été secoués. Le Bloc québécois en a été la principale victime.

Déjà, l’Assemblée nationale compte neuf députés indépendants. C’est beaucoup. La colère rouge des Québécois va-t-elle traverser les murs du Salon bleu? Les prochaines semaines devraient nous indiquer si les parlementaires se rapprocheront de la volonté de leurs électeurs.

 

Catégorie: Québec

Le rapport secret

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 publié le 19 septembre 2011 à 19 h 38

Scène étonnante vendredi dernier (16 sept.) : Le premier ministre du Québec tient une conférence de presse sur un rapport qu’il n’a pas lu. Jean Charest parle « d’allégations ».

Ce lundi (19 sept.), le président de SNC-Lavalin, Pierre Duhaime, ne souhaite pas d’enquête publique et qualifie le rapport secret de « peu étoffé… qui fait beaucoup d’allusions ».

Voici quelques extraits de ce rapport secret dévoilé par Radio-Canada :

« La construction est le principal outil de blanchiment d’argent de la mafia. »

« Un grand nombre d’entreprises québécoises du domaine de la construction entretiennent des liens avec des organisations criminelles. »

« Plusieurs observations nous portent à croire que les firmes d’ingénieurs-conseil conçoivent leurs plans et devis non pas uniquement selon les coûts réels estimés des travaux… »

« Avec la création de l’Escouade Marteau et de l’Unité anticollusion, une certaine prudence aurait incité les firmes de génie-conseil et les entrepreneurs à limiter leurs échanges… »

Catégorie: Québec