Billets publiés en juin 2011

Le « courant dominant »

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 publié le 18 juin 2011 à 13 h 42

On a beaucoup demandé aux délégués néo-démocrates s’ils craignaient que leur parti ne laisse trop de côté ses principes, qu’il ne dilue trop ses politiques, bref qu’il ne vende son âme pour ratisser plus large et aller au-delà de l’opposition officielle pour former un gouvernement, le prochain dans un monde idéal du point de vue du NPD.

On s’en défend bien… en haut lieu. Jack Layton affirme que ce n’est pas une question de se diriger vers le centre de l’échiquier, mais d’offrir aux gens une « réelle alternative » qui s’appuie sur des politiques qui s’adressent aux familles et qui sont « pragmatiques ». Et aussi, au niveau de la base, quelques délégués froncent bien un peu les sourcils quand on leur parle de retirer le terme « socialiste » du préambule des statuts du NPD.

Il reste que Wilfer Day, de la région de Prince-Edward County, en Ontario, remet les pendules à l’heure. Il parle d’un rattrapage du parti sur la réalité. Il ne se souvenait même plus que le mot était encore là dans les textes officiels. Pourtant, il y a 50 ans, il était dans la salle où le NPD est né sous l’impulsion donnée par Tommy Douglas…

« Courant dominant » ou principal, traduction du « mainstream » utilisé en anglais pour désigner les courants, les partis, les politiciens qui ont de longues traditions, des aspirations légitimes à gouverner et qui ne sont évidemment pas extrémistes.

Jack Layton a commencé à parler de politiques de gouvernement en parlant des objectifs du congrès : le plafonnement des taux des cartes de crédit, le « prix » pour le carbone et la hausse de 4,5 % du taux d’imposition des sociétés de la dernière plateforme ne se retrouveront peut-être pas sur celle de la prochaine élection dans quatre ans.

Autre signe de rapprochement du courant principal, en politique étrangère cette fois, il semble que des gens haut placés du NPD se soient chargés d’empêcher l’adoption en atelier d’une résolution d’appui à l’envoi d’une flottille humanitaire à destination de l’enclave palestinienne de Gaza.

Ces « militants » ont ainsi évité que l’attention ne soit détournée du congrès, mais donnent aussi une bonne indication de l’approche qui sera celle du parti dans ce dossier.

Le NPD avait eu droit à une controverse israélo-palestinienne gracieuseté de Svend Robinson il y a quelques années. La chef Alexa McDonough avait retiré le poste de porte-parole pour le dossier du Proche-Orient à son flamboyant député après qu’il eut accusé Israël de torture et de meurtres de Palestiniens au retour d’une visite là-bas.

Catégorie: Ottawa

Impressions de congrès…

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 publié le 18 juin 2011 à 13 h 37

Ouf, deux congrès politiques en deux fins de semaine… Des militants de deux partis un peu euphoriques, les premiers à cause de leur majorité chèrement acquise, les seconds devenus l’opposition officielle l’année de leur cinquantenaire…

Notez que je ne me plains pas, le congrès du NPD se tient à Vancouver, il y a pire…

Intéressant donc de voir l’atmosphère à ces deux congrès, les conservateurs exposant avec une surprenante ouverture leurs divergences sur certaines politiques, mais aussi sur la constitution du parti, la fameuse question du poids relatif de chaque circonscription lors d’une course à la direction qu’on ne voit pas arriver.

Et les néo-démocrates vivant en quasi parfaite harmonie, les p’tits nouveaux, essentiellement du Québec, rafraîchissant les corridors et les salles de réunion. On a eu droit dans les deux cas à quelques petites joutes, mais elles ne laisseront pas de traces durables.

Non, après avoir passé quelques années à couvrir la politique en supervision plus que sur le terrain, mon retour sur le plancher de ces congrès m’a surtout permis de constater que les deux partis ont beaucoup changé depuis que je m’y suis frotté de près.

Les conservateurs de Stephen Harper attirent des gens bien différents des réformistes tradition Manning et des « red tories » des années Clark-Mulroney y sont aussi de moins en moins présents. Ça donne un parti plus diversifié, plus jeune, plus urbain aussi…

Au NPD, on voit bien encore quelques blousons des TCA, mais pas mal moins de vestons de tweed par-dessus des cols roulés ou de bas de laine gris dans des sandales. Et on entend moins les gens s’interpeller d’un sonore « brothers and sisters »… Clairement, les clientèles traditionnelles sont probablement encore là, mais elles partagent la scène avec de plus en plus de gens nouveaux.

En fait, les deux partis qui ont le moins changé, ce sont le Parti libéral et le Bloc… Une seule et même excuse, peut-être, pour cet immobilisme, les deux dominaient leurs scènes politiques respectives au point où les mesures incitatives à se remettre en question n’étaient pas là.

Dans les deux cas, le besoin de réalignement est admis, mais il ne se fera pas dans le vide politique. Des gens ont déjà commencé à occuper les espaces politiques plus prometteurs, ils viennent de tenir des congrès clairement orientés vers l’avenir…

Catégorie: Ottawa

Crise d’insécurité

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 publié le 15 juin 2011 à 16 h 18

Par le simple poids du nombre, Pauline Marois devrait parvenir à imposer sa vision sur ce qu’il reste du Parti québécois.  Les adeptes de Jacques Parizeau et les appels à la réflexion de Bernard Landry ne se sont pas beaucoup fait entendre au dernier congrès du parti en avril dernier. 

La chef péquiste aura largement l’avantage médiatique, même si cela n’empêchera pas des coups de force occasionnels et très efficaces de ceux qui se sont désormais affichés comme des adversaires de Mme Marois.

La réalité toutefois, c’est qu’il y a d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte, et parmi ceux-ci, un facteur principal qui a pour nom François Legault, un ancien ministre, un entrepreneur qui a connu du succès, et un parlementaire expérimenté. 

Et François Legault n’est plus une hypothèse politique.  Malgré ses tergiversations, il est réel.  Il existe.

À tel point que Jean Charest est devenu désormais plus « théorique » que François Legault. Parce que la question est particulièrement opportune : Jean Charest va-t-il vraiment rempiler

La réponse viendra bientôt, d’une manière ou d’une autre.  Car, au-delà d’une certaine date, il faudra conclure que Jean Charest sera à la tête des troupes libérales aux prochaines élections. 

Quelle est cette date?  Difficile à dire, sinon qu’elle approche rapidement.

En décembre prochain, Jean Charest aura terminé la troisième année de son mandat.  S’il quittait son poste après cette date, il pourrait mettre en péril le Parti libéral, qui aura à se réorganiser pour le prochain scrutin. 

Et puisque rien n’indique que le premier ministre entretient cette velléité, on devrait connaître d’ici quelques mois les intentions réelles de Jean Charest. S’il n’a pas annoncé son départ une fois arrivée 2012, il sera alors raisonnable de croire qu’il sera bel et bien le chef du PLQ lorsque les Québécois iront aux urnes.  

Et cette tornade politique que François Legault personnifie risque tout autant d’encourager le premier ministre à démissionner que de troubler encore plus les eaux de l’opposition officielle. 

Lors de la démission de leurs quatre collègues du caucus, les députés restés fidèles au Parti québécois ont subitement senti s’éloigner la victoire. Avec la présence croissante de François Legault, cette impression pourrait bien se répéter. 

François Legault est la réelle menace au leadership de Pauline Marois, bien plus que Jacques Parizeau ou Bernard Landry. C’est François Legault qui s’est forgé une place centrale dans les préoccupations de Pauline Marois et de son aile parlementaire rétrécie. 

Cette aile parlementaire va ressentir de plus en plus au fil des mois l’irrépressible besoin de renouveau des électeurs québécois.  L’inquiétude et l’insécurité vont augmenter parmi les députés péquistes, car il est loin d’être acquis que le Parti québécois et ses débats sur le processus qui mènera le Québec à la souveraineté seront perçus comme le parti du renouveau. 

Il y a fort à parier que cette inquiétude et cette insécurité causeront beaucoup plus d’ennuis à Pauline Marois d’ici les prochaines élections que les interventions des anciens chefs du parti.

Catégorie: Québec

Le prix… et les fruits de l’unité

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 publié le 11 juin 2011 à 16 h 11

Le congrès de militants conservateurs qui vient de se terminer à Ottawa révèle à quel point le parti conservateur a changé depuis sa formation en 2003, mais aussi tout le travail qui reste à faire.

D’emblée, il s’agit de regarder les délégués dans la salle pour voir combien le parti a rajeuni, et surtout combien il s’est diversifié. Mais les changements sont peut-être plus profonds.

Depuis qu’il a pris la tête du parti conservateur, Stephen Harper s’est évertué à convaincre les Canadiens que derrière son discours avant tout économique son parti n’a pas d’objectifs secrets. Que d’efforts il a déployés depuis pour empêcher que les débats moraux sur des enjeux aussi litigieux que le droit à l’avortement ne refassent surface au sein du parti. (On se rappellera la sainte colère qu’avait piquée Stephen Harper en coulisse lors du congrès de Montréal en 2005, au moment où une résolution sur les droits du foetus avait failli faire dérailler tout le congrès).

Il est donc remarquable de noter à quel point les résolutions politiques proposées  cette fois-ci semblent bien tempérées par rapport aux congrès passés. Pour la première fois depuis la naissance du parti, aucune résolution sur l’avortement ou sur les droits de foetus ne s’est même rendue dans le cahier de résolution du congrès. Les délégués ont même voté pour diluer le programme du parti sur le mariage gai, libérant ainsi le gouvernement Harper de l’obligation de rouvrir ce débat.

En effet, la phrase « un gouvernement conservateur soutiendra une loi définissant le mariage comme étant l’union d’un homme et d’une femme » a été remplacée par « le parti conservateur est en faveur d’une loi définissant le mariage comme étant l’union d’un homme et d’une femme ».

Ce n’est pas pour rien donc que vendredi soir Stephen Harper a rappelé à ses troupes que c’est en se concentrant sur les politiques qui unissent les conservateurs que ce parti a réussi à gagner une majorité, leur demandant ainsi de « s’ancrer solidement sur le mandat reçu, et de continuer de gagner la confiance des Canadiens ». Il n’avait pas besoin d’aller plus loin, le message était clair :

OUI aux baisses d’impôts, lutte au déficit, réduction de la taille de l’État, loi et ordre

NON aux autres débats moraux et controversés qui divisent la population.

Cela étant dit, l’euphorie de la majorité n’a pas pour autant scellé toutes les divisions. Le débat sur les règles entourant l’élection du prochain chef du parti en fait foi.  Il illustre surtout la méfiance qui persiste entre les anciens alliancistes et les anciens progressistes-conservateurs.

Au cœur du débat : faut-il perpétuer le principe selon lequel dans une prochaine course à la direction, toutes les associations de circonscriptions auront le même nombre de votes, peu importe leur nombre de membres.

Les progressistes-conservateurs avaient fait de cette règle une condition sine qua non à la fusion en 2003, une façon d’empêcher que leur aile ne soit complètement écrasée sous le poids des alliancistes qui étaient plus nombreux.

Le fait que huit ans plus tard le débat revienne sur le tapis pour la troisième fois en congrès illustre à quel point les anciens progressistes-conservateurs sentent qu’ils ont toujours besoin de cette protection. Si les délégués ont choisi cette fois-ci de maintenir le statu quo, le débat n’en est remis qu’au prochain congrès.

Morale de l’histoire : contrairement à d’autres chefs politiques, depuis qu’il a pris la tête du Parti conservateur, Stephen Harper a certes réussi à en maintenir l’unité, à empêcher les factions pourtant bien présentes de déchirer le parti. Si le mariage de raison derrière la création de son parti n’est pas pleinement consommé, sa victoire du 2 mai offre à Stephen Harper quatre ans pour éradiquer les relents de méfiance qui subsistent et pour créer la cohésion nécessaire pour réaliser son rêve de faire du Parti conservateur, le futur parti du pouvoir au pays.

Catégorie: Ottawa

Les télécoms s’impatientent

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 publié le 10 juin 2011 à 12 h 40

Le secteur des télécoms a très hâte de voir où s’en ira le nouveau ministre de l’Industrie, Christian Paradis, dans les nombreux dossiers qui l’attendent sur la table de travail de son prédécesseur Tony Clement. La stratégie de l’économie numérique, les droits d’auteur, les enchères des nouvelles fréquences, la propriété étrangère dans les télécoms, etc.

Ça se bouscule dans au moins un cas. Voilà qu’un jugement vient dire à M. Paradis que le gouvernement Harper avait raison de considérer Globalive comme une entreprise canadienne, infirmant à l’époque une décision contraire du CRTC. Les opposants, les trois ou quatre géants qui contrôlent 95 % du sans-fil, misent maintenant sur l’appel probable de la petite filiale derrière laquelle se cache avec peine l’un d’eux, Telus.

Le ministre Paradis fait partie d’un gouvernement qui prône la plus grande concurrence possible. L’ajout de Globalive, entreprise canadienne à l’importante capitalisation russe, va maintenant dans ce sens… mais au cas par cas.

Après avoir justement fait le tour de la question avec analystes financiers, experts-chercheurs et joueurs de l’industrie ces derniers jours, je constatais que tous réclament une position claire du gouvernement fédéral sur la levée ou non des restrictions à la propriété étrangère dans les télécoms.

M. Paradis a prononcé la semaine dernière au Sommet canadien des télécommunications à Toronto un discours rempli des belles intentions affichées par son gouvernement ces dernières années.

Nul doute que tout ce beau monde va vouloir rencontrer individuellement le ministre pour le pousser dans une direction ou l’autre sur la propriété étrangère. Va-t-il prendre prétexte du jugement de mercredi pour étaler les petits déjeuners et rencontres?

S’il n’y avait que les télécoms sur le bureau de M. Paradis! La fusion/prise de contrôle des bourses de Londres et Toronto, la Loi sur Investissement Canada à clarifier après l’affaire PotashCorp, etc. Pour ceux qui se demandaient encore si M. Paradis avait vraiment eu une promotion en passant des Ressources naturelles à l’Industrie, pas de doute dans mon esprit. M. Paradis est au coeur de l’équipe économique de Harper. Et bonnes vacances en passant, M. Paradis!

Catégorie: Ottawa

L’embonpoint de la machine fédérale

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 publié le 8 juin 2011 à 16 h 55

Il est généralement reconnu que les gens qui se mettent au régime perdent assez facilement du poids au départ. On entend souvent que les deux ou trois premiers kilos sont plus faciles à perdre que les suivants.

Le même principe s’applique lorsqu’une famille doit se serrer la ceinture, faire des choix budgétaires, bref commencer par couper où ça paraît moins, certains loisirs, avant de passer à des biens dits de luxe, puis, déjà plus difficile, des vêtements, en espérant qu’on ne se rendra pas au logement ni à la nourriture.

On fait beaucoup état des 4 milliards de dollars que veut aller chercher le ministre Flaherty du côté des 80 milliards de dépenses de fonctionnement du gouvernement fédéral. Soit 5 %, « pas une grosse affaire », dit le ministre. On peut discuter longtemps de l’ampleur réelle des coupes. Leur impact dépendra beaucoup des choix que fera le gouvernement Harper et de la façon dont il s’y prendra.

Le nouveau mantra est l’examen stratégique et fonctionnel confié à Tony Clement au Trésor et à son comité de ministres. Et c’est là qu’on revient au principe du régime, budgétaire celui-là. 

Il faut revenir au budget de 2007, lorsque le gouvernement lançait son « Système de gestion des dépenses ». Ce système visait à forcer les ministères, agences et organismes à gérer leurs dépenses en fonction des « résultats attendus », de leur « rendement » et des « priorités permanentes » du gouvernement.

Le tout grâce à une ronde d’examens stratégiques, qui ont touché au fil des quatre dernières années une cinquantaine de ministères et organismes et mené à des économies permanentes de 2,8 milliards de dollars. On parle ici des deux premiers kilos du régime budgétaire.

Cette année et l’an prochain, tous les budgets de fonctionnement sont déjà gelés au niveau de l’an dernier, il faut gérer les hausses de coûts et de salaires à l’intérieur de ça, et on va contenir les coûts administratifs. Des épargnes de 7 milliards de dollars sur cinq ans, soit trois autres kilos que vient de perdre la machine.

Mesures ciblées aussi en vigueur : on limite la croissance des dépenses à la Défense, et on plafonne celles à l’aide internationale pour épargner 7 milliards de dollars en quatre ans. Encore trois kilos de perdus!

Vous aurez compris que Tony Clement n’arrive pas en terrain vierge avec son examen stratégique et fonctionnel, et que l’embonpoint de la machine fédérale n’est déjà plus ce qu’il était.

Catégorie: Ottawa

Le plan d’ «action» du gouvernement Harper

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 publié le 8 juin 2011 à 12 h 58

Le budget  Flaherty est  titré « La prochaine phase du Plan d’action économique du Canada ». Le gouvernement Harper commence par confirmer que la prochaine phase commence par… la fin des dépenses de stimulation de l’économie Ces dépenses auront donc totalisé plus de 45 milliards de dollars sur un peu plus de deux ans, une somme non négligeable, dont l’impact à court terme l’est tout autant. On peut certainement parler d’« action » dans ce cas-là, même si le gouvernement Harper s’est fait tirer l’oreille avant de déroger à son credo économique et intervenir dans l’économie après la crise politique de la fin 2008.

Le reste de la « prochaine phase » consiste donc en ceci : « maintenir des impôts bas »  et des mesures fiscales qui, au net, injecteront cette année 168 millions de dollars du côté des particuliers et 1,5 milliard chez les entreprises, soit environ 0,14 % du PIB. Des mesures nettement plus en accord avec la vision des conservateurs sur la stimulation économique.

L’autre mesure notable de ce budget, dont on connaît l’ampleur, mais pas le détail, là où se trouve le diable comme disent les Anglais, est la réduction des dépenses publiques de 11 milliards de dollars sur quatre ans.

Les gens du gouvernement Harper, tant les politiques que vous voyez en ondes que les conseillers en image, mettent en perspective l’impact des compressions puisqu’elles sont récurrentes. À terme, disent-ils, c’est un maigre 4 milliards sur plus de 80 milliards de dépenses compressibles qu’on va aller chercher. Des peccadilles budgétaires, nous dit-on, et, selon la façon dont l’exercice sera mené, il est très possible que les planchers des édifices fédéraux ne soient pas si maculés de sang que ça… L’opposition « achète » la proportion de 4 /80 milliards de dollars, mais veut savoir où ça va faire mal.

M. Flaherty explique que, même si ce ne sera pas facile, les coupes de 4 milliards sur un appareil de 80 milliards ne sont pas une grosse affaire, à peine 5 %. On se rappelle pourtant quand le même Flaherty vantait les mérites de son plan d’action des deux dernières années : 45 milliards de dollars de dépenses de stimulation s’élevant donc à un peu plus de… 2 % de l’économie canadienne sur deux ans.

Catégorie: Ottawa

Amphithéâtre de Québec : la joute

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 publié le 8 juin 2011 à 12 h 12

Cette crise a frappé comme un séisme dont l’épicentre était situé tout près du bureau de la chef de l’opposition officielle. En deux jours, quatre députés ont quitté le caucus du Parti québécois.  

Le premier ministre Jean Charest a évacué la notion d’urgence dans cette crise, en reportant au moins à la fin septembre l’adoption du projet de loi sur l’amphithéâtre. Cela ne veut pas dire que les secousses vont cesser. Néanmoins, profitons de cette minute de répit pour rendre compte de l’état des lieux et des forces en présence :

Le Parti québécois
Même pour un parti rompu aux tensions et aux schismes, la démission de quatre députés de ce calibre est une véritable catastrophe pour le Parti québécois. Les démissionnaires ont critiqué l’une des marques de commerce du PQ : la liberté de parole de ses membres et, donc, de ses députés.

L’implosion du Parti québécois est un thème dont on n’entendait plus parler depuis quelques années, mais il pourrait revenir à la mode. Néanmoins, ce parti est capable d’une remarquable résilience; ce sont ses chefs qui en ont moins. 

Pauline Marois
La chef du Parti québécois a reconnu une erreur là où on pourrait en voir au moins trois. Premièrement, elle n’a pas consulté son caucus, mais ce serait une première en quatre ans, selon elle. Deuxièmement, elle n’a pas mesuré l’effet que ce projet de loi pourrait avoir dans l’opinion publique. Surprenant. Troisièmement, elle paraît loin, bien loin de son caucus. Les Curzi et Lapointe ont des personnalités qui exigent de l’attention et parfois des compromis, mais le PQ ne pouvait se permettre de les perdre. Pas plus que les Beaudoin et Aussant.

Diriger un caucus réclame des soins attentionnés (voir Jean Charest) et Mme Marois a failli à la tâche à cet égard. En outre, une guerre ouverte avec Jacques Parizeau paraît vouloir s’engager. Le prestige perdu ne reviendra peut-être plus. 

Les 4 députés démissionnaires
Le trio, devenu quatuor, parviendra-t-il à orchestrer une véritable musique de chambre? Ils quittent le caucus du PQ pour des raisons différentes, mais il paraît y avoir un point commun qui nous ramène aux résultats des élections fédérales du 2 mai dernier. Le nouveau groupe, résolument souverainiste, plaide pour une autre façon de faire de la politique. Les « quatre » ont gagné la liberté de parole, réussiront-ils à se faire entendre?

Jean Charest
Le premier ministre n’est pas ici le grand marionnettiste qui a tiré les ficelles de toute cette affaire. Les faits indiquent plutôt qu’il a été contraint d’agir comme il l’a fait (voir ministère des Affaires municipales).

Les hauts fonctionnaires n’ont jamais voulu intégrer les demandes du maire de Québec, Régis Labeaume, dans un projet de loi gouvernemental. Cela dit, toute crise au PQ peut profiter à Jean Charest. Ce politicien expérimenté a néanmoins évité de pavoiser devant la déconfiture du PQ. M. Charest sait trop bien que le feu peut facilement se propager si le vent se met à souffler dans le mauvais sens.

Son caucus avait d’ailleurs « d’énormes questions » sur le projet de loi sur l’amphithéâtre (dixit le libéral Henri-François Gautrin). M. Charest, qui a été longtemps sous la direction de Brian Mulroney, a vu comment l’ancien chef conservateur pouvait « chouchouter » son caucus. Le chef libéral applique la même recette, mais avec un peu plus de réserve et de prudence que son ancien mentor. Un caucus libéral est probablement plus facile à gérer qu’un caucus péquiste. Toute négligence d’un chef péquiste est d’autant plus inadmissible. 

Amir Khadir
Le député de Québec solidaire a de nouveau fait la démonstration du pouvoir qu’un seul député pouvait exercer, même s’il s’agit d’un pouvoir étroitement limité. Il est probablement le plus intelligent des députés à l’Assemblée nationale et ce n’est faire injure à aucun d’entre eux. M. Khadir est vraiment très intelligent et ça ne nuit pas pour exercer le métier de parlementaire. Intelligent donc, mais il est loin d’être le plus habile des locataires du Salon bleu. Pas encore. 

L’Action démocratique du Québec
Ce parti s’est placé intentionnellement sous le radar, en zone de non-visibilité, pendant tout ce débat. Il n’y avait pas consensus parmi les quatre députés! 

Éric Caire et Marc Picard
Les deux députés indépendants ont cherché à faire belle figure. Ils ont peut-être marqué quelques points, sans en perdre.

Le ministère des Affaires municipales
Le ministère a publié un communiqué de presse le 19 mai dernier qui explique beaucoup de choses. Ce communiqué inhabituel, présenté le jour de la rencontre Labeaume-Khadir, rendait compte des observations à caractère juridique du ministère dans le dossier de l’entente de gestion de l’amphithéâtre.

Il est clair que les juristes du ministère n’ont jamais voulu inclure ce que Régis Labeaume a demandé dans un projet de loi gouvernemental. Et leurs réticences ont dû bien embêter le premier ministre (avocat de formation) et le ministre des Affaires municipales Laurent Lessard (notaire de profession).

Avec un ou des avis juridiques défavorables, il devenait très difficile de demander au ministère de parrainer ce projet de loi. Et c’est la raison pour laquelle il a été suggéré à Régis Labeaume de passer par un projet de loi privé, présenté par un député local de l’opposition, ce qui est conforme à la tradition. Agnès Maltais est alors apparue. 

Régis Labeaume
Le maire de Québec a désormais quelques mois pour refaire les choses selon les règles en vigueur. Se donnera-t-il cette peine?

Pierre-Karl Péladeau
Le PDG de Quebecor était en droit d’espérer que la Ville de Québec fasse les choses selon les règles. Il l’a dit et répété. Il serait peut-être opportun qu’il l’exige cette fois. 

François Legault
Le cofondateur de la Coalition pour l’avenir du Québec a sûrement apprécié les tirades des Curzi, Beaudoin et Aussant sur la nécessité de faire de la politique différemment. Cela correspond à la démarche qu’il a entreprise. En outre, grâce à la vulnérabilité accrue du Parti québécois, le spectre des possibilités politiques s’élargit; cela ne peut que favoriser François Legault.

Catégorie: Québec

Budget fédéral : déjà vu…

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 publié le 6 juin 2011 à 9 h 43

Décidément, une impression qu’on va avoir pendant toute la journée, tant à Ottawa que chez tous ceux qui ont suivi la dernière campagne électorale et la couverture du budget Flaherty mort-né du 22 mars dernier.

Tout d’abord, Stephen Harper se rend finalement en Montérégie pour « participer à une séance d’information au sujet des zones sinistrées ». Mais maintenant que le survol des zones sinistrées n’est plus au menu et qu’il ne prévoit pas se rendre autrement sur le terrain, seuls les maires et quelques autres invités pourront le rencontrer, et pas de point de presse, à moins de changement… Une impression de déjà vu? On vous le pardonne, les cinq semaines de campagne ressemblaient pas mal à ça…

Encore du déjà vu… Mais là, on a été prévenu pendant et depuis la campagne, le budget de cet après-midi sera quasi-identique à celui du 22 mars et le ministre Flaherty en a même lu le titre, exactement le même, en point de presse il y a deux semaines, en nous disant qu’il y aurait tout au plus un ou deux ajustements mineurs…

Donc, si vous voulez avoir l’impression de « scooper » le ministre Flaherty et même de violer les privilèges des députés en lisant le budget avant eux… Allez sur le site du ministère des Finances, le pré-budget de cet après-midi y est toujours affiché.

Catégorie: Ottawa

La tonne de fer à 7,20 $

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 publié le 1 juin 2011 à 10 h 10

Ce n’est plus « une cenne » la tonne comme au temps de Duplessis, c’est 7 dollars et 20 cents que les Québécois peuvent espérer obtenir en moyenne pour chaque tonne de fer extraite par la compagnie ArcelorMittal à sa mine située près de Fermont.   

Les informations divulguées le 20 mai dernier par ArcelorMittal, qui a annoncé un investissement de plus de 2 milliards de dollars à Fermont et à Port-Cartier, permettent d’évaluer les redevances que les Québécois obtiendront pour chaque tonne de fer exploitée par cette compagnie.

De 2014 à 2039, ArcelorMittal espère extraire 10 millions de tonnes de fer de plus chaque année. La compagnie a par ailleurs précisé qu’elle prévoit verser 1,8 milliard de dollars en droits miniers supplémentaires à Québec pendant cette période de 25 ans.

Une règle de trois permet donc de calculer que les Québécois recevront 7,20 $ par tonne de fer exploitée par ArcelorMittal. Si les chiffres d’ArcelorMittal sont basés sur la valeur actuelle de la tonne de fer (environ 200 $), les Québécois percevront des droits miniers qui représentent environ 3,5 % de la valeur réelle de la ressource.

Mais, en réalité, les droits miniers ne sont pas fixés en vertu de la valeur de la ressource, mais plutôt en fonction des profits des entreprises minières. Et comme les déclarations de revenu des entreprises sont confidentielles, il faut se prêter à ce genre de calcul pour mesurer l’importance des droits miniers par rapport à la valeur de la ressource extraite du sous-sol québécois.

À 7,20 $ pour chaque tonne de fer, les Québécois obtiennent-ils une juste redevance?

Catégorie: Québec