Cette crise a frappé comme un séisme dont l’épicentre était situé tout près du bureau de la chef de l’opposition officielle. En deux jours, quatre députés ont quitté le caucus du Parti québécois. Â
Le premier ministre Jean Charest a évacué la notion d’urgence dans cette crise, en reportant au moins à la fin septembre l’adoption du projet de loi sur l’amphithéâtre. Cela ne veut pas dire que les secousses vont cesser. Néanmoins, profitons de cette minute de répit pour rendre compte de l’état des lieux et des forces en présence :
Le Parti québécois
Même pour un parti rompu aux tensions et aux schismes, la démission de quatre députés de ce calibre est une véritable catastrophe pour le Parti québécois. Les démissionnaires ont critiqué l’une des marques de commerce du PQ : la liberté de parole de ses membres et, donc, de ses députés.
L’implosion du Parti québécois est un thème dont on n’entendait plus parler depuis quelques années, mais il pourrait revenir à la mode. Néanmoins, ce parti est capable d’une remarquable résilience; ce sont ses chefs qui en ont moins.Â
Pauline Marois
La chef du Parti québécois a reconnu une erreur là où on pourrait en voir au moins trois. Premièrement, elle n’a pas consulté son caucus, mais ce serait une première en quatre ans, selon elle. Deuxièmement, elle n’a pas mesuré l’effet que ce projet de loi pourrait avoir dans l’opinion publique. Surprenant. Troisièmement, elle paraît loin, bien loin de son caucus. Les Curzi et Lapointe ont des personnalités qui exigent de l’attention et parfois des compromis, mais le PQ ne pouvait se permettre de les perdre. Pas plus que les Beaudoin et Aussant.
Diriger un caucus réclame des soins attentionnés (voir Jean Charest) et Mme Marois a failli à la tâche à cet égard. En outre, une guerre ouverte avec Jacques Parizeau paraît vouloir s’engager. Le prestige perdu ne reviendra peut-être plus.Â
Les 4 députés démissionnaires
Le trio, devenu quatuor, parviendra-t-il à orchestrer une véritable musique de chambre? Ils quittent le caucus du PQ pour des raisons différentes, mais il paraît y avoir un point commun qui nous ramène aux résultats des élections fédérales du 2 mai dernier. Le nouveau groupe, résolument souverainiste, plaide pour une autre façon de faire de la politique. Les « quatre » ont gagné la liberté de parole, réussiront-ils à se faire entendre?
Jean Charest
Le premier ministre n’est pas ici le grand marionnettiste qui a tiré les ficelles de toute cette affaire. Les faits indiquent plutôt qu’il a été contraint d’agir comme il l’a fait (voir ministère des Affaires municipales).
Les hauts fonctionnaires n’ont jamais voulu intégrer les demandes du maire de Québec, Régis Labeaume, dans un projet de loi gouvernemental. Cela dit, toute crise au PQ peut profiter à Jean Charest. Ce politicien expérimenté a néanmoins évité de pavoiser devant la déconfiture du PQ. M. Charest sait trop bien que le feu peut facilement se propager si le vent se met à souffler dans le mauvais sens.
Son caucus avait d’ailleurs « d’énormes questions » sur le projet de loi sur l’amphithéâtre (dixit le libéral Henri-François Gautrin). M. Charest, qui a été longtemps sous la direction de Brian Mulroney, a vu comment l’ancien chef conservateur pouvait « chouchouter » son caucus. Le chef libéral applique la même recette, mais avec un peu plus de réserve et de prudence que son ancien mentor. Un caucus libéral est probablement plus facile à gérer qu’un caucus péquiste. Toute négligence d’un chef péquiste est d’autant plus inadmissible.Â
Amir Khadir
Le député de Québec solidaire a de nouveau fait la démonstration du pouvoir qu’un seul député pouvait exercer, même s’il s’agit d’un pouvoir étroitement limité. Il est probablement le plus intelligent des députés à l’Assemblée nationale et ce n’est faire injure à aucun d’entre eux. M. Khadir est vraiment très intelligent et ça ne nuit pas pour exercer le métier de parlementaire. Intelligent donc, mais il est loin d’être le plus habile des locataires du Salon bleu. Pas encore.Â
L’Action démocratique du Québec
Ce parti s’est placé intentionnellement sous le radar, en zone de non-visibilité, pendant tout ce débat. Il n’y avait pas consensus parmi les quatre députés!Â
Éric Caire et Marc Picard
Les deux députés indépendants ont cherché à faire belle figure. Ils ont peut-être marqué quelques points, sans en perdre.
Le ministère des Affaires municipales
Le ministère a publié un communiqué de presse le 19 mai dernier qui explique beaucoup de choses. Ce communiqué inhabituel, présenté le jour de la rencontre Labeaume-Khadir, rendait compte des observations à caractère juridique du ministère dans le dossier de l’entente de gestion de l’amphithéâtre.
Il est clair que les juristes du ministère n’ont jamais voulu inclure ce que Régis Labeaume a demandé dans un projet de loi gouvernemental. Et leurs réticences ont dû bien embêter le premier ministre (avocat de formation) et le ministre des Affaires municipales Laurent Lessard (notaire de profession).
Avec un ou des avis juridiques défavorables, il devenait très difficile de demander au ministère de parrainer ce projet de loi. Et c’est la raison pour laquelle il a été suggéré à Régis Labeaume de passer par un projet de loi privé, présenté par un député local de l’opposition, ce qui est conforme à la tradition. Agnès Maltais est alors apparue.Â
Régis Labeaume
Le maire de Québec a désormais quelques mois pour refaire les choses selon les règles en vigueur. Se donnera-t-il cette peine?
Pierre-Karl Péladeau
Le PDG de Quebecor était en droit d’espérer que la Ville de Québec fasse les choses selon les règles. Il l’a dit et répété. Il serait peut-être opportun qu’il l’exige cette fois.Â
François Legault
Le cofondateur de la Coalition pour l’avenir du Québec a sûrement apprécié les tirades des Curzi, Beaudoin et Aussant sur la nécessité de faire de la politique différemment. Cela correspond à la démarche qu’il a entreprise. En outre, grâce à la vulnérabilité accrue du Parti québécois, le spectre des possibilités politiques s’élargit; cela ne peut que favoriser François Legault.