La valse des rumeurs et spéculations va bon train ici à Ottawa, sur qui sera promu à quel poste dans le nouveau Cabinet Harper (pour les mordus de politique, vous pouvez même suivre les détails de minute en minute sur twitter #cabspec).
Tout en gardant le secret, l’entourage du premier ministre maintient qu’il s’agit avant tout de pourvoir aux postes vacants (il y en a 10) et de faire quelques ajustements plutôt que de redessiner de fond en comble le Conseil des ministres.
Il n’en reste pas moins que Stephen Harper est pris avec tout un casse-tête. Le dilemme est d’autant plus important que la taille du Cabinet n’a cessé d’augmenter, passant de 26 ministres en 2006, à 38 lors du déclenchement des élections.
En effet, les défis sont nombreux : il y a la faible représentation du Québec, le départ de certains de ses ministres les plus importants et le défi de la représentation régionale.
Le Québec
Le moins qu’on puisse dire, c’est que Stephen Harper n’aura pas l’embarras du choix. Denis Lebel, qui était ministre d’État, risque donc de se voir promu ministre à part entière. Bien que Christian Paradis n’ait de toute évidence pas eu un immense succès comme lieutenant politique du Québec, il peut difficilement perdre du galon.
Dans les cercles politiques, plusieurs s’attendent à ce que Steven Blaney gagne en grade afin de représenter la ville de Québec au Conseil des ministres. Reste à savoir si Maxime Bernier sera pardonné pour avoir si souvent adopté des positions tranchées à l’encontre de la ligne de parti. Nombreux sont ceux à Ottawa qui préféreraient le voir demeurer à l’écart.
Pourvoir les postes les plus importants
Ministre des Affaires étrangères, président du Conseil du Trésor, ministre des Transports, voilà trois gros postes vacants (l’un, par la défaite de Lawrence Cannon, les deux autres, par les départs de Stockwell Day et de Chuck Strahl). Stephen Harper n’a pas l’habitude de donner d’immenses promotions à des recrues, et il est difficile d’imaginer qu’il enfreindrait cette règle pour des postes aussi importants.
Le poste de président du Conseil du Trésor sera particulièrement stratégique, car celui qui l’obtiendra devra piloter la rationalisation des dépenses de 11 milliards de dollars sur quatre ans. Une rationalisation promise par les conservateurs pour financer le retour au déficit zéro un an plus tôt que prévu et pour financer surtout la coûteuse promesse électorale sur le fractionnement du revenu pour les familles qui ont des enfants. Il y aura donc un effet domino à surveiller.
Dans la mesure où deux de ces ministères appartenaient à des ministres de la Colombie-Britannique, tout porte à croire que James Moore pourrait quitter le Patrimoine et obtenir une grosse promotion et devenir ainsi l’homme fort de cette province.
Jason Kenney, à qui l’on attribue une part de la victoire conservatrice grâce au succès de sa campagne de charme auprès des communautés immigrantes et à son efficacité comme ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, pourrait donc être l’un des autres ministres à l’aube d’une promotion, tout comme John Baird, à qui Stephen Harper a l’habitude de donner les mandats aussi épineux que stratégiques.
La représentation régionale
Le casse-tête est toujours le même pour le premier ministre d’un aussi grand pays, mais il est particulièrement délicat cette fois-ci parce que la majorité des nouvelles « vedettes » conservatrices élues le 2 mai proviennent de la grande région de Toronto, en Ontario.
On compte entre autres Chris Alexander, diplomate de carrière et ancien ambassadeur du Canada en Afghanistan, Joe Oliver, un avocat bilingue, spécialiste du monde de la finance et ancien dirigeant de la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario, Mark Adler, fondateur de l’Economic Club de Toronto, et Kellie Leitch, chirurgienne orthopédique en pédiatrie, qui enseigne à l’Université de Toronto.
À l’inverse, du côté de Terre-Neuve-et-Labrador, l’équilibre régional joue sérieusement en faveur de Peter Penashue, seul conservateur élu dans la province.
Si, au Nouveau-Brunswick, Bernard Valcourt, ancien ministre sous Mulroney, offrait une voix francophone en Atlantique, il n’est pas le seul nouveau venu qui mérite une attention particulière. John Williamson s’est fait connaître à la tête de la Fédération des contribuables du Canada et maîtrise les rouages de la politique à Ottawa.
Et que dire de l’équilibre homme-femme? Encore là , de nouvelles recrues dans la région de Toronto permettraient au premier ministre d’augmenter le nombre de voix féminines autour de la table de son Cabinet (pour l’instant, elles ne sont que 10 sur 38).
La valse des rumeurs se poursuivra vraisemblablement jusqu’Ã 11 h mercredi. En attendant, force est de constater que Stephen Harper a plus que jamais l’embarras du choix pour la formation de son Conseil des ministres.