Billets publiés en avril 2011

Sondages en folie ou vague de fond?

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 publié le 26 avril 2011 à 14 h 05

Le sondage Ekospolitics n’était même pas encore en ligne que déjà il suscitait une vague de commentaires et d’analyses. Il y a de quoi, me direz-vous, puisque celui-ci place pour la première fois le NPD deuxième dans les intentions de vote, et les conservateurs en territoire minoritaire.

Le sondage Ekospolitics rendu public lundi soir accorde 33,7 % des intentions de vote aux conservateurs, 28  % au NPD et 23,7 % aux libéraux à l’échelle du pays. Le Bloc québécois recueille de son côté 6,2 % des intentions de vote, et le Parti vert, 7,2 %. Le sondage a été effectué du 22 au 24 avril auprès de 3004 répondants, avec une marge d’erreur de 1,8 %, 19 fois sur 20.

L’ironie, bien sûr, c’est que les résultats d’Ekospolitics arrivent le même jour que le sondage Nanos, qui lui, place les conservateurs au bord d’une majorité.

Le sondage Nanos accorde 39,2 % des intentions de vote aux conservateurs, 25,6 % aux libéraux et 23,6 % au NPD. Le Bloc québécois récolte 6.5 % des intentions de vote, et le Parti vert, 3,6 %. Le sondage a été effectué auprès de 1200 répondants, avec une marge d’erreur de 2,8 %, 19 fois sur 20.

Que faut-il en comprendre?

De deux choses l’une, ou bien l’effet « coco de Pâques » et les conversations de famille ont biaisé les données, ou bien l’électorat est immensément volatile.

Mais au-delà des chiffres qui font la manchette, il est intéressant de noter certaines tendances.

La montée du NPD au Québec semble incontournable, d’ailleurs même les bloquistes le reconnaissent assez pour tirer à boulets rouges sur le « mirage orange ». Cible de tous, Jack Layton doit maintenant résister aux attaques et défendre adéquatement son programme, qui est soudainement scruté à la loupe.

Ces contradictions vont relancer le débat sur la méfiance de l’électorat et la crainte pour les conservateurs de voir leurs appuis s’effriter, si une majorité leur semble acquise. Pas surprenant donc que Stephen Harper tente de se montrer si rassurant,en affirmant qu’une majorité conservatrice ne serait pas fondamentalement plus à droite qu’une minorité, tout simplement plus stable.

Il reste bien peu de temps à Michael Ignatieff pour accomplir ce qu’il n’a jamais réussi à faire jusqu’ici, c’est-à-dire renverser la tendance. À vrai dire le seul réconfort pour les libéraux, c’est de voir que l’Ontario semble pour l’instant plus prudente devant les soubresauts de l’opinion publique.

Les stratèges libéraux misent sur la bonne performance et l’enthousiasme de leur chef dans les rassemblements et forums publics en soirée. Ils espèrent que cela réussira à mobiliser suffisamment la base libérale pour la convaincre d’aller voter et, qui sait, non seulement protéger certaines circonscriptions, mais peut-être en regagner d’autres. Car le tiers des 18 circonscriptions qui leur ont échappé en 2008 l’ont été par moins de 1000 voix, dans la plupart des cas des libéraux qui étaient restés chez eux le jour du scrutin. Est-ce que ce sont là des circonscriptions où la motivation des troupes peut faire la différence? Michael Ignatieff doit les convaincre que la partie n’est pas perdue.

C’est donc une guerre de tranchées que cette dernière semaine, mais une guerre dont les conséquences sur le paysage politique pourraient être importantes. La force du Bloc québécois pèse dans la balance. Mais, surtout, si la division du vote anticonservateur donne sa majorité à Stephen Harper, le débat sur un éventuel rapprochement entre le NPD et le PLC risque fort de refaire surface.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

La guerre des plateformes

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 publié le 10 avril 2011 à 17 h 56

Milliards pour les aînés, équilibre budgétaire, compressions et hausse des impôts des entreprises… Le moins que l’on puisse dire c’est qu’à première vue, il peut sembler difficile de s’y retrouver et de comparer les plateformes des différents partis.

La tâche semble d’autant plus compliquée que non seulement les plateformes ne sont pas toutes chiffrées sur le même nombre d’années, mais qu’en plus les conservateurs se sont inspirés de certaines des mesures les plus populaires de leurs adversaires et les ont inclues en partie dans leur budget du 22 mars. Et par le fait même dans leur propre plateforme électorale.

Pour vous y retrouver voici donc quelques points de comparaison:

Une chose simple à régler : tous les partis offrent des crédits d’impôts pour les pompiers volontaires, s’engagent à régler l’harmonisation des taxes de vente avec le Québec et à poursuivre l’augmentation des transferts en santé de 6 % par année après 2014.

Un avertissement : la plateforme du Bloc québécois est chiffrée différemment des autres, ce qui rend les comparatifs difficiles. Dès que j’aurai les données, je les ajouterai.

Tout ça se recoupe et se compare. Je vous propose donc d’aller lire ces plateformes directement sur les sites web respectifs de chaque parti.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Une campagne utile

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 publié le 9 avril 2011 à 12 h 40

Et dire qu’il y a des sceptiques qui croient qu’une campagne électorale est un gaspillage inutile qui ne change rien.

La deuxième semaine de campagne s’achève à peine et déjà on a réglé une question qui risquait de déboucher sur une confrontation majeure entre les provinces et Ottawa au cours des deux prochaines années : l’Accord sur la santé.

En quelques heures à peine, vendredi, tous les partis se sont engagés à maintenir la hausse annuelle de 6 % du transfert canadien en matière de santé. Cette entente négociée par Paul Martin en 2004 prend fin en 2014 et doit être négociée. Aucun parti national n’osait, jusqu’à vendredi, s’engager à renouveler l’entente avec les provinces en maintenant la hausse négociée péniblement en 2004.

C’est Michael Ignatieff qui a ouvert le bal à Hamilton vendredi matin en annonçant qu’« un gouvernement libéral maintiendra l’actuel facteur de progression de 6 % après 2014 ».

Cette décision libérale a sans doute eu son effet et a forcé la main de Stephen Harper, puisque le premier ministre affirmait plus tard, en réponse à une question, qu’un futur gouvernement conservateur allait maintenir la hausse de 6 %.

Pourtant, dans la plateforme électorale qu’il dévoilait hier, on ne retrouve pas cet engagement. On y promet plutôt de « collaborer avec les provinces pour renouveler l’Accord sur la santé ».

Jack Layton emboîtait le pas quelques heures tard, tandis que Gilles Duceppe se disait d’accord avec cet engagement. Il y a sûrement soupir de soulagement dans plusieurs capitales provinciales. Mais il y aura toujours des sceptiques pour rappeler qu’il ne s’agit là que de promesses électorales.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Elizabeth May avait rendez-vous avec la cour ce matin. Elle conteste la décision du consortium des diffuseurs de l’exclure des débats des chefs, alors qu’elle y était en 2008. La Cour d’appel fédérale devra trancher rapidement, puisque les débats auront lieu la semaine prochaine.

Mais on peut profiter de cette occasion pour s’interroger sur le processus qui a mené à cette exclusion.

Le consortium des diffuseurs (les réseaux SRC/CBC, TVA, CTV, Global) a pris cette décision derrière des portes closes en invoquant une règle : l’invitation aux débats ne vaut que pour les chefs de partis représentés aux Communes.  Une règle variable, puisqu’elle n’avait pas été invoquée en 2008 pour Mme May.

La dernière fois, le consortium avait d’abord affirmé que trois partis refusaient de participer aux débats si la chef du Parti vert y était. Ce qui était faux… Le Bloc québécois n’a jamais menacé de ne pas participer au débat. Sous la pression publique, Stephen Harper et Jack Layton ont cédé.

Le consortium explique maintenant qu’il s’agit d’un exercice de programmation. On veut un débat le plus attrayant possible, qui attire l’électeur, plutôt que le repousser. Exercice de journalisme également, puisque c’est encore le consortium qui décide des animateurs et des sujets abordés.

Mais est-ce que le consortium devrait avoir ce pouvoir de décider seul de la participation aux débats? Un processus plus objectif, neutre et transparent s’impose.

En 2011, les débats des chefs sont devenus incontournables. D’autant plus essentiels que la baisse du taux de participation des dernières élections démontre bien les difficultés d’attirer l’attention des citoyens même en période électorale. 

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Yvon Vallières : le drame d’un homme

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 publié le 5 avril 2011 à 8 h 41

Il était particulièrement déçu lorsqu’en octobre 2008, celui qui devait devenir président de l’Assemblée nationale voyait ce poste tant convoité lui glisser des mains en raison des manœuvres de l’ADQ, qui appuyait alors le péquiste François Gendron. Nous faisions face à l’histoire… Québec était aux prises avec un second gouvernement minoritaire en un siècle! Et l’ADQ et le PQ pouvaient bloquer la candidature libérale. Pour justifier son geste, Mario Dumont était allé jusqu’à dire qu’il fallait écarter Yvon Vallières, le « goon » de Jean Charest. Or, quand il a fait son court point de presse en octobre 2008, dans le « hot room », le « goon » avait le dos rond et les larmes aux yeux, tout comme son adjointe en retrait dans le coin de la petite pièce. Yvon Vallières devait se résigner, ce serait la deuxième fois de l’histoire de l’Assemblée nationale que le président de cette institution ne proviendrait pas des rangs du parti gouvernemental…

Le 13 janvier 2009, l’homme revenait au Salon bleu, bien assis sur le trône. Jean Charest venait de remporter une troisième élection, dirigeant cette fois un gouvernement majoritaire. « J’espère que l’on va pouvoir y tenir des débats de façon plus sereine, tout en respectant les personnes », m’avait dit Yvon Vallières. L’homme ne savait pas alors qu’un long calvaire l’attendait. Comme me l’a confirmé son entourage, l’animosité au Salon bleu lui pesait trop. Cela devenait insoutenable pour lui. La sixième année du gouvernement Charest, et les suivantes, allaient être contaminées par les allégations de corruption et de collusion dans le milieu de la construction. Pendant deux ans, le financement des partis politiques, tant à Québec qu’au palier municipal, et la façon déconcertante avec laquelle ce gouvernement ne répondrait aux questions le plus souvent qu’en contre-attaquant allaient enflammer considérablement la période des questions.

Tous les partis au pouvoir se comportent ainsi, me direz-vous?! Bien sûr… Mais quand cela fait huit ans que vous tenez le volant, il devient quelque peu gênant de reprocher si fréquemment à l’opposition officielle, la plupart des maux actuels de l’État.

Yvon Vallières peinait à rétablir l’ordre pendant la période des questions. Les « collègues! collègues! » n’en finissaient plus de ne pas écouter. Pour plusieurs observateurs, il n’avait peut-être pas la force de caractère et l’autorité nécessaire pour occuper cette fonction à ce moment-ci de l’histoire politique du Québec. Mais celui qui représente ses électeurs depuis 1973, presque sans interruption, ne méritait pas une telle fin. Le leader de l’opposition, Stéphane Bédard, a été par moments inutilement impoli à son endroit. Le gouvernement et le « re-nouveau » leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, devait initier un changement de ton. Mais au contraire, depuis son arrivée, on constate que les tensions n’ont fait que s’accroître.

Yvon Vallières est arrivé à la présidence de l’Assemblée nationale à un bien mauvais moment. C’est la grande impopularité du gouvernement Charest rendant l’opposition officielle plus belliqueuse qui explique son départ. « Jamais en 33 ans comme député au sein de cette institution, a-t-il écrit dans sa lettre de démission, je n’ai connu un climat parlementaire aussi exacerbé ». Il fait partie des dommages collatéraux propres à une guerre parlementaire devenue trop tendue.

La politique, c’est bien souvent affaire de circonstances et de hasard. Cette fois, c’est aussi le drame d’un homme profondément blessé par cette épreuve.

Catégorie: Québec

Président recherché pour Assemblée nationale

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 publié le 4 avril 2011 à 18 h 48

Ce ne sera pas une présidente, cela est certain. Fatima Houda-Pepin a décidé de ne pas présenter sa candidature, une décision annoncée par communiqué pendant le caucus libéral ce matin (lundi 4 avril). Ce ne sera pas François Ouimet, député libéral de Marquette, qui a annoncé son intérêt à l’entrée de ce même caucus libéral pour, finalement, ne jamais soumettre son nom. Le caucus libéral s’est rallié (l’expression est du PM Jean Charest), et Jacques Chagnon est devenu le seul candidat qui émane de la majorité gouvernementale. 

Au Parti québécois, on juge que la candidature de Jacques Chagnon est acceptable. Mais qu’en est-il du député péquiste (et vice-président de l’Assemblée nationale) François Gendron?  Ce n’est pas le candidat du caucus péquiste, dit-on au PQ, mais plutôt une initiative individuelle. 

Ça se présente mal, pour le moins, pour le doyen de l’Assemblée nationale. Une rencontre des élus péquistes demain midi (mardi 5 avril) permettra à François Gendron de mieux jauger ses appuis.

L’indépendant Marc Picard brigue aussi les suffrages de ses collègues. L’ancien adéquiste aura besoin d’un miracle demain pour accéder à cette fonction.

Plusieurs médias ont dénoncé le travail de l’ancien président Yvon Vallières. Mais, bien franchement, son successeur pourra-t-il faire mieux, s’il est confronté au même niveau d’hostilité entre libéraux et péquistes?

Des commentateurs évoquent la nécessité pour le prochain président de prendre des mesures musclées. Plus facile à dire qu’à faire… Imaginez-vous le successeur d’Yvon Vallières expulser le leader de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale? Ou encore, comment pourrait-il contraindre un ministre à offrir une véritable réponse à une question de l’opposition? 

Quelles sont les options du prochain président pour assainir le climat à l’Assemblée nationale? 

Je ne crois qu’en l’autorité intellectuelle pour ce genre d’assemblée; des élus ne peuvent être régis à coups de baguette, pas longtemps en tout cas. Lequel parmi Jacques Chagnon, François Gendron et Marc Picard a les neurones assez musclés pour dompter la vigueur excessive du débat démocratique à Québec?

Catégorie: Québec

Des promesses, des promesses

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 publié le 4 avril 2011 à 12 h 47

C’est bien connu, en campagne électorale, « on n’est pas avare de promesses ». Il y a d’abord les promesses traditionnelles. Ainsi, conservateurs et libéraux nous promettent, s’ils sont élus, d’instaurer un crédit d’impôt pour les pompiers volontaires. Rien de nouveau sous le soleil.

Stephen Harper a cependant trouvé le moyen d’innover en matière d’engagement électoral. Il a en quelque sorte inventé deux genres de promesses conditionnelles.

Les premières sont liées à la lutte contre le déficit. Une fois le déficit zéro atteint, dans quatre ou cinq ans, les conservateurs vont permettre le fractionnement du revenu des familles qui ont des enfants mineurs.

Variante sur le même thème : si et seulement si le gouvernement conservateur obtient un mandat majoritaire, il mettra fin au financement public des partis politiques. Et si le gouvernement est minoritaire, les conservateurs promettent… de ne rien faire! 

Mais M. Harper n’a pas le monopole des idées nouvelles en matière de promesses électorales. Ainsi, dans son livre rouge, Michael Ignatieff s’engage en matière de changements climatiques à réduire de 80 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2050 par rapport à leur niveau de 2010.

Ce n’est pas un nouvel engagement pour les libéraux, mais là où ils innovent, c’est qu’ils refusent maintenant de fixer des cibles intermédiaires, parce que, selon un des penseurs du livre rouge, il ne faut pas se donner des cibles non réalistes.  

Jusqu’à la publication du livre rouge, le Parti libéral prônait une réduction de 25 % des GES en 2020. Ils ont maintenant 39 ans pour atteindre leur seul objectif chiffré. Et je ne vous parle pas des promesses dites de Gascon, ces promesses qui ne sont jamais tenues!

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa