Le sondage Ekospolitics n’était même pas encore en ligne que déjà il suscitait une vague de commentaires et d’analyses. Il y a de quoi, me direz-vous, puisque celui-ci place pour la première fois le NPD deuxième dans les intentions de vote, et les conservateurs en territoire minoritaire.
Le sondage Ekospolitics rendu public lundi soir accorde 33,7 % des intentions de vote aux conservateurs, 28 % au NPD et 23,7 % aux libéraux à l’échelle du pays. Le Bloc québécois recueille de son côté 6,2 % des intentions de vote, et le Parti vert, 7,2 %. Le sondage a été effectué du 22 au 24 avril auprès de 3004 répondants, avec une marge d’erreur de 1,8 %, 19 fois sur 20.
L’ironie, bien sûr, c’est que les résultats d’Ekospolitics arrivent le même jour que le sondage Nanos, qui lui, place les conservateurs au bord d’une majorité.
Le sondage Nanos accorde 39,2 % des intentions de vote aux conservateurs, 25,6 % aux libéraux et 23,6 % au NPD. Le Bloc québécois récolte 6.5 % des intentions de vote, et le Parti vert, 3,6 %. Le sondage a été effectué auprès de 1200 répondants, avec une marge d’erreur de 2,8 %, 19 fois sur 20.
Que faut-il en comprendre?
De deux choses l’une, ou bien l’effet « coco de Pâques » et les conversations de famille ont biaisé les données, ou bien l’électorat est immensément volatile.
Mais au-delà des chiffres qui font la manchette, il est intéressant de noter certaines tendances.
La montée du NPD au Québec semble incontournable, d’ailleurs même les bloquistes le reconnaissent assez pour tirer à boulets rouges sur le « mirage orange ». Cible de tous, Jack Layton doit maintenant résister aux attaques et défendre adéquatement son programme, qui est soudainement scruté à la loupe.
Ces contradictions vont relancer le débat sur la méfiance de l’électorat et la crainte pour les conservateurs de voir leurs appuis s’effriter, si une majorité leur semble acquise. Pas surprenant donc que Stephen Harper tente de se montrer si rassurant,en affirmant qu’une majorité conservatrice ne serait pas fondamentalement plus à droite qu’une minorité, tout simplement plus stable.
Il reste bien peu de temps à Michael Ignatieff pour accomplir ce qu’il n’a jamais réussi à faire jusqu’ici, c’est-à -dire renverser la tendance. À vrai dire le seul réconfort pour les libéraux, c’est de voir que l’Ontario semble pour l’instant plus prudente devant les soubresauts de l’opinion publique.
Les stratèges libéraux misent sur la bonne performance et l’enthousiasme de leur chef dans les rassemblements et forums publics en soirée. Ils espèrent que cela réussira à mobiliser suffisamment la base libérale pour la convaincre d’aller voter et, qui sait, non seulement protéger certaines circonscriptions, mais peut-être en regagner d’autres. Car le tiers des 18 circonscriptions qui leur ont échappé en 2008 l’ont été par moins de 1000 voix, dans la plupart des cas des libéraux qui étaient restés chez eux le jour du scrutin. Est-ce que ce sont là des circonscriptions où la motivation des troupes peut faire la différence? Michael Ignatieff doit les convaincre que la partie n’est pas perdue.
C’est donc une guerre de tranchées que cette dernière semaine, mais une guerre dont les conséquences sur le paysage politique pourraient être importantes. La force du Bloc québécois pèse dans la balance. Mais, surtout, si la division du vote anticonservateur donne sa majorité à Stephen Harper, le débat sur un éventuel rapprochement entre le NPD et le PLC risque fort de refaire surface.


