Billets publiés en mars 2011

La coalition, une arme à double tranchant

par

 publié le 29 mars 2011 à 17 h 29

Il faut être à Regina, dans un magasin d’articles nautiques, en train d’écouter ce qui devrait être une annonce sur les crédits d’impôt pour les PME, pour constater à quel point Stephen Harper n’a pas l’intention de lâcher le morceau sur la coalition.

Sauf que plus il revient à la charge, plus ses propres vulnérabilités sur le sujet refont surface.

Il y a eu la lettre cosignée avec Gilles Duceppe et Jack Layton en 2004.

Et Stephen Harper a beau répéter qu’il n’était pas question de ravir le pouvoir aux libéraux sans élections, de nouvelles interprétations de cette première crise parlementaire minoritaire refont surface.

Dans une entrevue accordée au National Post, l’ancien directeur de campagne et ancien chef de cabinet de Harper, Tom Flanagan, a affirmé que le scénario d’une coalition était bel et bien sur la table. Une affirmation que le principal intéressé a ensuite démentie à l’émission Power and Politics de la CBC.

Et c’est sans compter les commentaires que Stephen Harper a lui-même émis sur le sujet dans le passé et qui viennent de réapparaître sur YouTube.

C’était en 1997, il venait de quitter la politique pour diriger la National Citizens Coalition.

Questionné à ce sujet, Stephen Harper affirme aujourd’hui qu’il parlait « d’unir la droite, de rassembler les progressistes-conservateurs et les réformistes ».

 « Comme chef de mon parti depuis 9 ans, je n’ai jamais tenté de prendre le pouvoir sans une victoire dans une élection, et les autres partis ont tenté ça en 2008. »

Vrai, mais le débat est peut-être plus nuancé que ça. Car il s’agit d’établir si dans le passé il a bel et bien défendu l’idée que l’opposition prenne le pouvoir sans obtenir un mandat en campagne électorale. Il accuse justement ses adversaires de ce genre de complot.

Et… oui… le passé du chef conservateur compte dans ce débat. Ce dernier se permet bien d’invoquer le passé de ses adversaires, répétant qu’on ne peut croire la profession de foi anticoalition de Michael Ignatieff, simplement parce que les libéraux avaient tenté de former une coalition en 2008.

En ce jour 4 de la campagne, la coalition est-elle en train de se révéler une arme à double tranchant pour les conservateurs?

Toujours est-il que Stephen Harper ne peut plus simplement attaquer ses adversaires, il est forcé de défendre sa propre crédibilité sur la question.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

JOUR 3 : Perdre l’initiative

par

 publié le 29 mars 2011 à 5 h 28

Occasion ratée par les partis d’opposition hier de maintenir la pression sur Stephen Harper sur la question de la coalition et de garder l’initiative dans cette campagne.

La veille, embarrassé, pressé de questions par les journalistes sur sa volonté de former un gouvernement en 2004 avec l’aide du Bloc et du NPD pour faire tomber le gouvernement Martin, M. Harper avait mis fin abruptement au point de presse.

Pour la première fois, les partis d’opposition avaient réussi à amener Stephen Harper sur leur terrain : on ne peut faire confiance à un chef de gouvernement qui dit une chose un jour et le contraire le lendemain.

Plutôt que de poursuivre l’attaque hier, Michael Ignatieff a choisi de s’en prendre à l’engagement conditionnel (une fois le déficit éliminé, dans quatre ans… si les conditions le permettent!) des conservateurs à l’intention des jeunes familles.

Même si cette « promesse » électorale fait sourciller, c’est du jamais vu. Elle aura permis à Stephen Harper de reprendre l’initiative au cours de la journée, tout en continuant, en sourdine, de mettre les électeurs en garde contre la coalition irresponsable.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Le jour de la marmotte

par

 publié le 28 mars 2011 à 15 h 25

Trois jours sur la route, et nous avons déjà l’impression de vivre le jour de la marmotte.

Mêmes hôtels, mêmes sièges dans l’avion, mêmes gardes du corps, mêmes responsables de la logistique, même routine. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les conservateurs ne dévient pas de leur plan de campagne bien rodé depuis 2006.

C’est ainsi que ce matin nous avons commencé la journée à la résidence privée d’une « famille canadienne moyenne » pour voir Stephen Harper écouter leurs préoccupations et leur expliquer sa promesse du jour.

Cette fois-ci, il s’agit de permettre le fractionnement du revenu pour les parents qui ont des enfants de moins de 18 ans. Sensiblement la même scène donc qu’en 2008, lorsqu’il a visité une autre « famille moyenne » pour écouter les enfants jouer du violon et leur annoncer son crédit d’impôt pour les activités culturelles… Ou encore le matin de septembre 2008, où il avait choisi la cuisine d’une famille de Vancouver pour leur promettre une autre mesure fiscale bien ciblée.

Ah, oui… Il y a une différence entre 2008 et 2011 : Stephen Harper a abandonné le chandail de laine rassurant du bon père de famille.

Le chien de la GRC inspecte les bagages avant l'embarquement dans l'avion du Parti conservateur à Sydney, en Colombie-Britannique. C'est si simple la sécurité à l'aéroport en campagne électorale!

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Campagne de peur?

par

 publié le 26 mars 2011 à 22 h 38

Coalition ultra-centralisatrice-séparatiste?

Majorité conservatrice?

Mépris de la démocratie?

Un gouvernement contre les intérêts du Québec?

Voilà les menaces qu’ont fait planer Stephen Harper, Michael Ignatieff, Jack Layton et Gilles Duceppe ce matin, au moment où ils donnaient le coup d’envoi de leurs campagnes respectives.

Le chef conservateur a même fait de cette menace de coalition le fondement de son plaidoyer pour convaincre les Canadiens de lui accorder finalement la majorité qu’il convoite depuis tant d’années.

L’ironie de cette stratégie, c’est que son principal adversaire au Québec a sauté sur l’occasion pour ressusciter les tractations qu’il avait eues avec Stephen Harper et Jack Layton en octobre 2004 pour donner une leçon de démocratie parlementaire au premier ministre de l’époque, Paul Martin, et ainsi nourrir la menace qu’il laisse planer sur l’électorat québécois : une majorité conservatrice. 

Entre le meneur conservateur et les trois partis d’opposition, deux thèmes s’affrontent : la coalition contre la majorité.

Pour Stephen Harper, peu importe si son rival libéral a nettement écarté ce scénario, le risque d’une coalition postélectorale plane. Il ébranle les règles de base de la démocratie et met en péril la stabilité économique du pays.

Pour Gilles Duceppe, une majorité conservatrice serait carrément néfaste pour les intérêts du Québec. 

À en juger par le ton de cette première journée, cette élection se transformera-t-elle en campagne de peur? Est-ce la tactique qu’ont trouvée les chefs pour mobiliser l’électorat?

Il est certes trop tôt pour l’affirmer, mais on semble bien loin du chandail bleu poudre et du ton rassurant qu’affichait Stephen Harper lors de la campagne de 2008!

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Le calme avant la tempête…

par

 publié le 25 mars 2011 à 9 h 57

Wow!… Qui dirait qu’on est à moins de six heures d’un moment exceptionnel en politique canadienne. Une seule collègue dans le foyer de la Chambre. On est à peine à deux heures du début du débat sur la fameuse motion de défiance de Michael Ignatieff. Le seul parlementaire visible est John Baird, leader du gouvernement à la Chambre des communes.

Drôle d’impression, dit-il… Entrer au boulot en sachant qu’on va être congédié dans la journée!!! Rassurez-vous, sa petite pirouette me laisse croire que ce n’est pas si dramatique que ça pour lui.

Le soleil se lève sur la chambre des Communes.

On installe le studio.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

On oublie vite. Le Canada traverse sa plus longue période de gouvernement minoritaire depuis la Confédération.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Paul Martin en 2004, les défaites en Chambre de ces gouvernements sur des projets de loi ou de simples motions sont monnaie courante et ne nous étonne plus.

Ce qui est plus rare, en fait ce qui est exceptionnel, ce sont les défaites en Chambre qui ont provoqué des élections fédérales. Même pour un vieil habitué de la colline du Parlement, j’ai été étonné de constater que cela n’est arrivé que 5 fois au cours des 144 dernières années!

Le gouvernement Harper fera donc son entrée dans ce livre des records parlementaires. Et si l’on se fie aux sondages, ce ne sera pas le dernier de notre vivant!

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Une question délicate et bien embêtante : les éventuels revenus pétroliers de Québec dans le golfe du Saint-Laurent seront-ils exclus, au moins pour un temps, du calcul de la péréquation, comme ça a été le cas pour Terre-Neuve-Labrador et la Nouvelle-Écosse?

Catégorie: Ottawa, Québec

C’est difficile à croire, mais c’est vrai. Même si les minières ont extrait pour une valeur de 6 milliards de dollars en minerais du sous-sol québécois en 2009, le ministère des Ressources naturelles n’a reçu aucune redevance, en fait il a dû verser 10,3 millions aux minières. Voici l’explication du ministère :

« 1- des acomptes provisionnels encaissés et comptabilisés en 2007-2008 qui ont dû être remboursés en 2008-2009 parce qu’ils avaient été versés en trop;

2- une augmentation de l’exploration minière qui a engendré une augmentation des demandes de crédits de droits remboursables pour perte;

3- un résiduel d’un compte à payer de 2007-2008 qui a dû être enregistré en 2008-2009 à la suite d’un changement de méthode de comptabilisation survenu en 2007-2008 pour répondre aux nouvelles normes comptables gouvernementales. »

Bon, en clair, les minières ont versé trop d’argent en 2008 (43 millions en droits miniers) et elles ont procédé à de l’exploration intensive.  Et en 2010, les minières ont versé près de 100 millions.

Alors résumons :

Droits miniers : 2008: 43 millions,  2009 : -10 millions,  2010 : 100 millions  (chiffres arrondis).  Total : 133 millions en trois ans (cela exclut les droits sur les « claims », environ 10 millions par année).

Pendant ces trois années, les minières ont puisé pour environ 19 milliards de dollars de minerais du sous-sol québécois.

Il faut aussi tenir compte des 10 000 emplois directs du secteur minier, principalement en Abitibi-Témiscaminque, dans le Nord du Québec et sur la Côte-Nord.

Le ministre des Finances Raymond Bachand a modifié le régime des droits miniers (redevances) dans le budget 2010-2011. Désormais, Québec prévoit recueillir près de 250 millions par année en redevances.  Pour une valeur probable de 7 milliards en minerais en 2011-2012.

Les Québécois en ont-ils pour leur argent?

Catégorie: Québec

L’énigme des redevances minières au Québec

par

 publié le 23 mars 2011 à 12 h 00

En 2009, environ 6 milliards de dollars de minerais ont été extraits du sous-sol québécois, selon le ministère des Ressources naturelles et de la Faune.   Alors, comment expliquer que ce même ministère enregistre des pertes de 10,3 millions en redevances pour l’exploitation minière pour cette même année (comptes publics, volume 2, p.2-155)?

L’explication du  ministère dans mon prochain envoi.

Les redevances sur les ressources naturelles sont un sujet inépuisable que j’ai bien l’intention d’exploiter pour notre profit collectif au cours des prochaines semaines.  Les revenus que nous en avons obtenus et les revenus que le gouvernement espère en obtenir… 

Je vous invite dès maintenant à formuler des commentaires et des pistes de recherche à ce sujet.

Catégorie: Québec

Une journée de budget fédéral

par

 publié le 22 mars 2011 à 16 h 17

Le réflexe est humain : une journée de budget fédéral, les membres de la Tribune de la presse à l’Assemblée nationale se disent que la journée sera tranquille. Et en général, ils ont raison. Quoique…

Aujourd’hui, conférences de presse d’Yves Bolduc à 9 h 30 et de Jean-Marc Fournier à 10 h. Quelques converses et un caucus des députés libéraux plus tard, période de questions. 

Interrogé par Pauline Marois, Jean Charest n’exclut pas catégoriquement la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly 2. Il s’en remet à Hydro Québec. On a des choses à se mettre sous la dent.

Et là on attend la réaction de Raymond Bachand au budget Flaherty entre 17 et 18 heures… Pas si petite finalement la journée.

Catégorie: Ottawa, Québec