Le majordome du premier ministre

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 publié le 19 décembre 2014 à 15 h 26

Le premier ministre du Québec a un majordome. Je ne vous parle pas d’un de ses ministres, prêt à aller au front pour défendre son patron sans poser de questions. Je vous parle d’un majordome dans le sens de… majordome!

Dans le sens du Larousse : « maître d’hôtel chez un riche particulier » ou « intendant de la maison royale mérovingienne et chef de la domesticité ».

Vous avez bien lu! Un majordome.

Non seulement a-t-il un majordome, mais quand vous consultez la liste du personnel politique du premier ministre, le majordome apparaît au quatrième rang, avant le… directeur de cabinet (un des hommes les plus puissants de la colline Parlementaire)!

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Quelques explications

Cette situation particulière mérite des explications d’autant qu’aux dernières nouvelles, «majordome » ne rimait pas avec « austérité » ou « rigueur budgétaire ».

Cela mérite en effet des explications, mais il en existe peu. Quand on pose des questions dans l’entourage du premier ministre, on se fait dire des choses du genre : « Oh non, vous n’allez pas faire quelque chose là-dessus! » avec un air de désolation.

N’écoutant que mon courage, voici quelques données :

  • il semble que ce soit Jacques Parizeau, qui le premier, a eu besoin d’un majordome; c’était en 1994.
  • selon les souvenirs des gens du ministère du Conseil exécutif (le ministère du premier ministre), tous les successeurs de M. Parizeau ont aussi eu un majordome.
  • il n’existe, semble-t-il, pas de description de tâches pour cet emploi. Mais on laisse entendre que le majordome rend service au premier ministre. Il fait pour lui des commissions, peut-être même s’occupe-t-il de certains repas, mais c’est flou.  Un genre d’homme à tout faire, disons.
  • impossible de savoir combien il gagne, à moins de faire une demande d’accès à l’information. On dit simplement que son salaire est payé par le Cabinet.
  • depuis huit ans que je suis les débats à l’Assemblée nationale, c’est la première fois que je vois la fonction de majordome dans la liste du personnel politique. C’est par souci de transparence que le gouvernement actuel a divulgué cette information, dit-on. À la bonne heure!
  • toutes les personnes consultées s’entendent par ailleurs pour dire que la fonction de majordome est importante au Cabinet du premier ministre. Et je les crois. On veut que le premier ministre consacre le plus de temps possible à gérer l’État!

Voilà, c’est tout ce qu’il est possible de savoir sur le majordome du premier ministre!

Là-dessus, Joyeux Noël et Bonne année à tous!

Catégorie : Québec

Le bulletin de notes des chefs à Ottawa

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 publié le 12 décembre 2014 à 17 h 34

La session parlementaire terminée, notre courriériste parlementaire dresse le bilan de Stephen Harper, Thomas Mulcair et Justin Trudeau à Ottawa.

  • Stephen Harper

Meilleur coup : Sa gestion de la lutte au terrorisme, au pays et à l’étranger avec la participation des CF-18 à la mission de la coalition contre le groupe armé État islamique (EI) en Irak.

Épines au pied : Julian Fantino et Leona Aglukaqq. Une dans chaque pied!

Nuages à l’horizon : L’évolution des prix du pétrole, la décision sur le pipeline Keystone XL, les revenus fiscaux et le discours sur la superpuissance énergétique qui en dépendent.

Occasions : La sécurité nationale, la « matière forte » de Stephen Harper. De nouvelles mesures antiterroristes et une mission à prolonger en Irak face à l’EI.

Citation : « C’est un fait que Jim, aussi férocement partisan qu’il ait pu être, était sincèrement apprécié et respecté par ses adversaires, aimé par ses ennemis. C’est quelque chose dans notre milieu, quelque chose que j’envie, je n’arrive même pas à me faire aimer par mes amis. » - Hommage à Jim Flaherty à ses funérailles le 16 avril dernier.

À travailler en 2015 : Sa relation avec deux femmes : la juge en chef de la Cour suprême, Beverley McLachlin, et la première ministre ontarienne, Kathleen Wynne. Des querelles publiques ou persistantes avec elles pourraient lui coûter cher.

Sondages : Selon la moyenne mensuelle des sondages compilés par Threehundredandeight.com, le Parti conservateur se situait à 32 % des intentions de vote en novembre, son plus haut score cette année. Le creux pour le PC était à 28 % en février et juillet.

Défi en 2015 : L’incontournable poids des années, presque 10 ans au pouvoir au moment de l’élection en octobre 2015.

Date à encercler sur son calendrier : 7 avril, début du procès de Mike Duffy

Lecture pour les Fêtes :
- Laurier and a Liberal Quebec : a study in political management : pour des raisons évidentes, il pourrait le prêter à Denis Lebel avec des annotations.

- Discipline of power : the Conservative interlude and the Liberal restoration : interlude conservateur, restauration libérale?

  • Thomas Mulcair

Meilleur coup : un programme national de garderies plafonnées à 15 $ par jour. D’une pierre deux coups, facile à évaluer pour les familles et ça coupe l’herbe sous le pied des libéraux qui nourrissent cette ambition depuis deux décennies.

Épine au pied : Pas de traction chez l’électeur en raison de ses performances, il semble se heurter à un plafond de verre. En témoignent les sondages, mais surtout les résultats du NPD dans les élections partielles. Six partielles en 2014, des reculs partout : de 20 % dans Trinity-Spadina laissé vacant par Olivia Chow et seulement 8 % des voies dans Whitby-Oshawa, où le NPD a déjà eu certaines assises. Des messages forts.

Occasion : Être sorti des blocs de départ électoraux rapidement avec des engagements qui occupent le vide laissé par Justin Trudeau : garderies, transferts en santé rétablis, salaire minimum fédéral, enquête publique sur les femmes autochtones assassinées ou disparues, etc.

Citation : « Ben non, coco, j’suis en train de donner la réponse complète. J’pensais que vous étiez avocat, je m’suis peut-être trompé. » – Le 15 mai dernier, en réponse aux conservateurs et aux libéraux en comité sur les bureaux satellites de son parti financés par les fonds publics.

Nuages à l’horizon : Est-ce que la « technique Mulcair » en Chambre a fini de porter ses fruits? Les interrogatoires serrés et acharnés sur les déboires du gouvernement Harper par rapport au ministère des Anciens combattants n’attirent pas les éloges comme ceux sur l’affaire Wright/Duffy un an auparavant.

À travailler en 2015 : Un recours assommant aux formules « le NPD est le seul parti… » et « contrairement aux libéraux et aux conservateurs » qui transforment sa volonté de se démarquer, surtout de Justin Trudeau, en une véritable obsession.

Sondages : La même moyenne mensuelle plaçait le NPD à 22 % en octobre, juste au-dessus du creux de 21 % d’octobre. Il a atteint son sommet en mars avec 25 % des appuis.

Défi en 2015 : Convaincre les Canadiens de choisir son parti, d’un bout à l’autre du spectre politique,  sans s’arrêter en chemin, en territoire familier, chez les libéraux.

Lecture pour les Fêtes :
- T. C. Douglas: the road to Jerusalem : tout le parcours de celui qui demeure une inspiration pour les néo-démocrates. Sauf qu’on le présente comme le politicien le plus influent à ne jamais avoir été élu premier ministre du Canada. Peut-être pas une si bonne idée après tout.

  • Justin Trudeau

Meilleur coup : Exclusion des sénateurs conservateurs du caucus national libéral.

Épine au pied : Massimo Pacetti et Scott Andrews.

Occasion : Profitera-t-il de la reprise inévitable du débat sur la mission en Irak pour essayer de s’installer sur le terrain de la politique étrangère? La politique étrangère fait rarement gagner une élection, mais elle imprègne les perceptions et Stephen Harper ne rate pas beaucoup d’occasions dans ce domaine.

Citation : « C’est très inquiétant – surtout puisque la Russie a perdu au hockey, ils vont être de mauvaise humeur. On craint l’implication russe en Ukraine. »
- Guy A. Lepage : « Juste à cause du hockey? »
- Justin Trudeau : « Non. C’est d’essayer d’amener une optique un peu légère dans une situation qui est extrêmement sérieuse, extrêmement troublante. »

C’était lors de son passage à Tout le monde en parle le 23 février dernier.

Nuages à l’horizon : persistance ou regain de tension au Moyen-Orient avec la possibilité d’autres attaques en sol canadien, des événements qui semblent favoriser Stephen Harper.

À travailler en 2015 : Lui aussi, sa relation avec deux femmes. Est-ce que Kathleen Wynne lui livrera l’Ontario à l’élection d’octobre? Puis, l’avocate Cynthia Petersen ne devrait pas le prendre par surprise, mais plutôt lui montrer une porte de sortie légitime dans le dossier de MM. Pacetti et Andrews.

Sondages : Toujours en tête à 35 % comme moyenne mensuelle des sondages en novembre, mais l’écart se rétrécit. Le sommet, 39 % en juillet, le creux, 31 % en mai. En fait, les libéraux sont en tête des moyennes mensuelles sans interruption depuis avril 2013, après que Justin Trudeau a été choisi chef. Le PC et le NPD occupent les 2e et 3e rangs avec la même constance.

Défi en 2015 : Utiliser l’instinct politique qui l’a amené à prendre des positions audacieuses ou énergiques (harcèlement, marijuana, charte des valeurs, avortement, sénateurs expulsés…). Transformer des prises de position audacieuses ou énergiques dignes d’un chef (marijuana, charte des valeurs, harcèlement, avortement, sénateurs expulsés) en une perception plus durable de chef de gouvernement.

Date à encercler sur son calendrier : 7 avril, comme Stephen Harper, mais pour une autre raison : la fin de l’engagement initial de six mois des CF-18 en Irak. Y sera-t-il toujours opposé? Retour sur un dilemme.

Lecture pour les Fêtes :
- A reckless youth : une jeunesse imprudente, par J.F. Kennedy. Et tant qu’à y être, Prelude to leadership : a diary, par le même Kennedy.
- Pirouette : Pierre Trudeau and Canadian Foreign Policy : ou quand la pomme ne tombe pas loin de l’arbre. Bonne occasion d’apprendre à maîtriser l’art de la pirouette que semble tenter le fils dans ce même domaine.

Catégorie : Ottawa

L’année internationale du Canada

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 publié le 12 décembre 2014 à 15 h 33

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Il y a une photo qui pour moi résume l’année du Canada sur la scène internationale, et ce n’est pas celle d’un CF-18 revenant d’une patrouille dans un pays voisin de l’Ukraine ou au Koweït.  Bien qu’elle serait bien emblématique du ton belliqueux qui a régné!

Non, ma photo, c’est celle du premier ministre Stephen Harper seul à la proue du navire de défense Kingston dans le passage du Nord-Ouest.  Un message de souveraineté au reste du monde et de maîtrise de la situation pour les Canadiens.

Cette année, qui devait être marquée par la fin de la mission canadienne en Afghanistan, a plutôt été celle de la multiplication des engagements aux côtés de la communauté internationale. Et parfois même au-devant.

  • Ukraine : le Canada à l’avant-scène

Dans le cas de l’Ukraine, des manifestations populaires à Kiev jusqu’aux troubles encore bien présents dans l’est du pays, en passant par l’annexion de la Crimée, le gouvernement canadien, le premier ministre Harper en tête, a été à l’avant-scène.

Avant le sommet sur la sécurité nucléaire à La Haye, fin mars, qui allait mener les pays du G8 à exclure la Russie, à annuler le sommet de Sotchi et à redevenir un G7, M. Harper avait tenu à se rendre à Kiev. Il a été le premier à le faire.

Autour de la table, il est devenu celui qui avait le discours le plus autoritaire sur les exigences du gouvernement ukrainien, en opposition à Angela Merkel. La chancelière allemande tenait toujours à l’époque à maintenir un dialogue avec Moscou.  Et puis, il faut dire que le premier ministre canadien, avec ses huit ans au pouvoir, est l’aîné du groupe.

Il refera plus tard le voyage à Kiev pour l’assermentation du président Petro Porochenko, qui sera aussi accueilli en grande pompe à Ottawa.

Stephen Harper a vraiment pris en grippe le président russe Vladimir Poutine et a dénoncé sa mentalité de guerre froide, son nationalisme extrême et même son impérialisme à chaque occasion.

Au sommet du G20 à Brisbane en Australie, il a serré la main tendue du Russe, mais, avec aplomb, il lui a dit qu’il fallait qu’il quitte l’Ukraine.  « Nous ne sommes pas en Ukraine », aurait répondu Poutine. Il faut dire que toute la pression internationale n’est pas encore venue à bout des encouragements du président russe aux sécessionnistes de Donetsk et de Lougansk.

  •  L’accord avec l’Union européenne

Autres visiteurs de marque à Ottawa : le président français François Hollande, d’une part, et les dirigeants de l’Union européenne, de l’autre.

Tous ces officiels ont vanté l’accord de libre-échange dont on ne cesse de célébrer la conclusion, mais qui doit encore être ratifié par Ottawa et chacun des 28 pays membres de l’UE. Un traité qui n’est donc pas à la veille d’entrer en vigueur!

  • En guerre contre le groupe armé État islamique

L’autre dossier dominant sur la scène internationale, c’est bien sûr celui de la participation du Canada à l’offensive d’une coalition militaire menée par les États-Unis contre le groupe armé État islamique en Irak et en Syrie.

Le Canada ne participe qu’aux patrouilles et aux frappes en Irak, et il a déployé des conseillers militaires dans le nord du pays, à l’invitation du gouvernement irakien, précise-t-on.

Ottawa n’exclut pas un jour de participer aussi à l’opération en Syrie. Toutefois, comme le disait récemment le ministre de la Justice Peter MacKay, même si les forces canadiennes s’attaquent à un ennemi qui ne respecte pas les frontières, entrer sur le territoire d’un gouvernement souverain pose des obstacles juridiques que ses avocats sont en train d’examiner.

Le nombre de sorties des six chasseurs CF-18, des deux appareils de surveillance Aurora et du ravitailleur Polaris sont en baisse depuis le déploiement des forces au Koweït à la fin d’octobre.

Les cibles stratégiques facilement identifiables ont été atteintes. Maintenant, il faut toucher des cibles d’opportunité (imprévisibles) comme des convois, des pièces d’artillerie ou des camps, et le danger de faire des victimes collatérales est d’autant plus grand.

Les porte-parole de la Défense nationale, tout comme les responsables américains, font valoir que les actions de la coalition ont des effets positifs, que les militants de Daesh (le groupe armé État islamique tel que le nomment les Français et maintenant les Américains) se sont retirés de certaines localités et qu’ils sont obligés de se cacher beaucoup plus qu’auparavant.

  • Harper en Israël

Finalement, il ne faut pas oublier que l’année 2014 avait commencé par une visite historique du premier ministre Harper en Israël. Une visite importante pour celui qui a fait de l’appui indéfectible à Israël une pièce maîtresse de sa politique étrangère.

Le premier ministre s’est attiré les huées de deux députés arabes israéliens à la Knesset, quand il a affirmé dans son discours qu’un « relativisme moral » permet ces jours-ci « la mutation de la vieille maladie qu’est l’antisémitisme et l’émergence d’une nouvelle souche », celle-ci enrobée « d’un langage plus sophistiqué ».

« Les gens qui n’oseraient jamais dire qu’ils haïssent les Juifs et les blâment pour leurs propres échecs et les problèmes du monde déclarent plutôt leur haine d’Israël et blâment le seul État juif comme responsable des problèmes du Moyen-Orient. » – Stephen Harper

Ce nouveau visage de l’antisémitisme, selon Stephen Harper, culmine lorsque des gens « traitent ouvertement Israël d’État apartheid ». « Comment pouvons-nous appeler autrement cette critique qui condamne de manière sélective seulement l’État juif et nie son droit de se défendre tout en ignorant, ou en excusant, systématiquement la violence et l’oppression chez ses voisins? », a-t-il souligné.

C’est cette logique qui empêche le premier ministre de critiquer ouvertement l’État hébreu sur la scène internationale, même si dans son discours, il a bien dit à plusieurs reprises qu’il était possible de critiquer Israël : « Aucun État n’est à l’abri de questions légitimes ou de critiques. » Ou encore « aucune nation n’est parfaite ».

  • Promesse d’aide aux réfugiés syriens

Pendant ce voyage, le premier ministre s’est également rendu en Jordanie, où il a pu visiter le grand camp de réfugiés syriens de Zaatari, où il y avait plus de 100 000 réfugiés à l’époque.

M. Harper a promis plus d’aide, notamment pour y renforcer la sécurité.  En juillet 2013, le Canada s’est engagé à accueillir sur son sol 1300 réfugiés syriens d’ici la fin de 2014, soit 200 parrainés par le gouvernement et 1100 parrainés par des organismes détenteurs de permis de parrainage.  Or, en date de la mi-novembre, 35 % de l’objectif était atteint.

  •  Le projet de loi sur l’État juif

Revenons à Israël un moment, puisque les événements des dernières semaines de 2014, qui ont mené le premier ministre Nétanyahou à déclencher des élections anticipées, interpellent le Canada.

Rappelons qu’en Israël, la coalition gouvernementale se déchirait depuis plusieurs semaines, notamment sur son projet de loi controversé visant à renforcer le caractère juif de l’État — au détriment de son caractère démocratique, disent les critiques.

Quelle est la position du Canada dans ce débat qui se déroule chez son grand ami, dont le premier ministre se plaît à vanter justement le caractère démocratique?

Aucun ministre du gouvernement, pas plus que le bureau du premier ministre, ne veut se prononcer.  Voici ce que répond officiellement le ministère des Affaires étrangères : « Le Canada prend note de la poursuite des discussions sur le projet de loi sur l’État juif, fidèles à la démocratie solide qu’est l’État d’Israël.  Pour cette raison, il est encore trop tôt pour se prononcer sur les aspects spécifiques du projet. »

D’ici aux élections de la mi-mars, il ne semble pas que le Canada dira quoi que ce soit d’autre.

Catégorie : Ottawa

Le torchon brûle

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 publié le 11 décembre 2014 à 14 h 39

De l’avis de presque tous les commentateurs politiques, le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau est une étoile du gouvernement Couillard. Je l’ai moi-même qualifié de ministre efficace.

À preuve, il a réussi à signer le pacte fiscal avec les municipalités, leur faisant avaler au passage une compression de 300 millions de dollars dans leurs transferts financiers.

Le jour même où des centaines d’employés municipaux manifestaient dans les rues, il annonçait que le projet de loi 3, sur la réforme des régimes de retraite municipaux, serait adopté parce qu’il acceptait des amendements proposés par le Parti québécois.

Un ministre efficace, calme, rassembleur, capable de faire des compromis… jusqu’à hier.

Sa virulente sortie contre les maires de Longueuil et de Laval a outré et stupéfait les élus municipaux.

Ça se résume ainsi : comment ces villes peuvent-elles augmenter les impôts de 3,9 % (Longueuil) et 3,2 % (Laval) quand elles ont des surplus accumulés de 17,5 millions de dollars (Longueuil) et de 117 millions de dollars (Laval)? Pourquoi ne pigent-elles pas dans leurs surplus au lieu d’augmenter autant les impôts?

Qui a raison? Qui a tort? Vous savez comme moi que les enjeux politiques sont rarement noirs et blancs, ils sont en teintes de gris.

Selon les municipalités, les surplus servent à financer des projets d’infrastructure ou des dépenses imprévues (comme pour le déneigement, par exemple).

Sur la forme, par contre, la menace du ministre de retenir des transferts d’argent aux municipalités qui se servent du pacte fiscal pour augmenter les impôts ressemble à de l’ingérence. Les villes jouissent d’une certaine autonomie, leurs dirigeants sont élus, elles ont un pouvoir de taxation. Comment le gouvernement de Philippe Couillard réagirait-il si le gouvernement fédéral menaçait de retenir des transferts parce que le gouvernement du Québec ne contrôle pas ses dépenses?

Les villes par contre sont dépendantes des transferts du gouvernement pour financer leurs activités. Et, récemment, elles s’en sont complètement remises au gouvernement pour régler le problème des déficits de leurs régimes de retraite.

Avouez par ailleurs qu’il y a un certain paradoxe à entendre le gouvernement Couillard s’en prendre à des villes qui augmentent les impôts quand lui-même augmente le fardeau fiscal de beaucoup de Québécois pour atteindre l’équilibre budgétaire.

Bref, le torchon brûle, et ça prendra un ministre efficace pour éteindre le feu!

 

Catégorie : Québec

Un gouvernement en mission

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 publié le 5 décembre 2014 à 13 h 54

Gaétan Barrette, ministre de la Santé du Québec en compagnie du premier ministre Phillipe Couillard
Gaétan Barrette, ministre de la Santé du Québec, en compagnie du premier ministre Phillipe Couillard

Le jeune gouvernement libéral de Philippe Couillard a déjà pris un coup de vieux.

Ceux qui ne l’aiment pas pourraient dire qu’il n’a jamais véritablement été jeune.

Il n’aura fallu que quelques mois pour que les premiers plis et les premières rides apparaissent. Le premier ministre Philippe Couillard expliquerait sans doute que la faute en incombe aux finances publiques.

D’ailleurs, le bureau du premier ministre a déjà accaparé les pouvoirs considérables que notre système politique lui accorde. Ainsi, il était omniprésent dans le dossier des services de garde.

Il y a tout de même quelques ministres qui subissent un peu moins l’emprise du bureau du premier ministre et qui sont parvenus à se distinguer.

Par exemple, le ministre de la Santé Gaétan Barrette est jugé capable de porter ses dossiers jusque dans la zone des buts. Malgré des dérapages médiatiques, malgré des levées de boucliers, il parvient à faire cheminer ses réformes. Bien des Québécois considèrent qu’il est probablement le meilleur homme pour mener à bien ces réformes… même s’il n’est pas clair que celles qu’il propose vont améliorer sensiblement le système de santé. Le ministre Barrette est à l’aise avec les médias et il est déjà un parlementaire redouté par les partis d’opposition.

Le premier ministre veille tout de même au grain, comme il l’a fait avec le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau dans le dossier du projet de loi 3 sur les régimes de retraite dans les municipalités. Philippe Couillard lui a laissé peu de marge de manoeuvre, surtout au cours des premières semaines, en raison d’un Régis Labeaume hyperactif et d’un Denis Coderre, maire de Montréal, tout beau tout neuf.

Le ministre Moreau, qui a mené rondement la période de consultations, a réussi un coup de maître en annonçant une entente avec l’opposition officielle pour l’adoption du projet de loi 3, le jour même du « grand dérangement » syndical. Cela a semblé sonner le glas du combat politique pour la Coalition syndicale pour une libre négociation, qui se voit contrainte de s’en remettre aux tribunaux. Avant qu’une décision finale des juges n’intervienne, la renégociation des régimes de retraite sera terminée. Un retour en arrière sera-t-il vraiment possible?

Le ministre Moreau est aussi parvenu à éviter d’être la cible des critiques dans le dossier du pacte fiscal entre Québec et les municipalités.

Un bilan de l’action gouvernementale met obligatoirement en lumière l’influence, sur le gouvernement Couillard, du président du Conseil du Trésor Martin Coiteux. La recherche de l’équilibre budgétaire a mobilisé toute l’énergie de ce gouvernement depuis huit mois, et partout on retrouve les empreintes de l’ancien professeur de HEC Montréal.

Sa perspective sur les finances publiques s’est imposé comme la priorité politique de l’administration Couillard.

Une mauvaise nomination à la Direction des services informatiques est inscrite à son dossier et le président du Conseil du Trésor est moins doué qu’il ne semble le croire dans ses interventions auprès des médias et au Salon bleu.

Le metteur en scène de l’action gouvernementale, le leader parlementaire du gouvernement Jean-Marc Fournier, est de ceux qui ont toujours les yeux sur la balle. En plus de ses responsabilités à l’Assemblée nationale, il est l’un des trois membres du comité des priorités, qui est le principal comité du Conseil des ministres. Les deux autres membres de ce comité sont le premier ministre Couillard et la vice-première ministre Lise Thériault.

M. Fournier, bien que candidat libéral dans Saint-Laurent, a passé la campagne électorale dans l’autobus de campagne du chef libéral. Il a été son conseiller rapproché pendant 35 jours. Aujourd’hui, il est le véritable numéro deux de ce gouvernement. Il est au sommet de son art au Salon bleu et avec la presse parlementaire.

Le chef d’orchestre de ce gouvernement en mission pour le rétablissement des finances publiques, le premier ministre Philippe Couillard, a enregistré une performance en nuances. Il a fait preuve de la dignité qui convient à un premier ministre et il s’est révélé un parlementaire très habile.

En revanche, son caucus a manifesté publiquement son malaise à l’égard de certaines de ses politiques, dont les services de garde et la réforme scolaire. Et les déficiences de son flair politique se sont fait sentir à l’occasion de son périple en Chine et en Islande. Il sera intéressant de voir si le premier ministre persistera dans sa volonté de s’exprimer en anglais seulement à l’étranger lorsque l’interprétation simultanée ne sera pas disponible.

Ses premières réactions concernant le projet de pipeline Énergie Est de TransCanada ont aussi montré son manque de sensibilité politique. Il lui aura fallu une fuite qui a mené à la publication de la stratégie de relations publiques de TransCanada pour provoquer un changement d’attitude.

Et l’opposition?

Le chef de l’opposition, Stéphane Bédard

Le chef de l’opposition, Stéphane Bédard

LLa première année de mandat d’un nouveau gouvernement majoritaire est rarement une période aisée pour les partis d’opposition. Cette fois ne fait pas exception.

Le Parti québécois est en restructuration depuis la défaite électorale et passera encore plusieurs mois à débattre d’ici l’élection d’un nouveau chef. Dans ce contexte, le chef par intérim Stéphane Bédard fait ce qu’il peut pour maintenir la fragile unité de son caucus et rendre le gouvernement Couillard redevable de ses actions.

La Coalition avenir Québec a de la difficulté à trouver ses marques depuis le scrutin. Son chef, François Legault, doit composer avec un gouvernement qui a décidé d’essayer la plupart de ses recettes, ce qui le contraint à chipoter sur les détails : pas assez de cet ingrédient ou un peu trop de celui-là.

La victoire de François Paradis dans Lévis est à la fois une bonne acquisition et un baume après la démission de Christian Dubé. La possibilité que Pierre Karl Péladeau devienne chef du Parti québécois va demeurer un sujet d’inquiétude majeur pour la CAQ.

L’arrivée de Manon Massé parmi la députation de Québec solidaire est un ajout positif pour le parti de gauche, mais aussi pour l’Assemblée nationale. Il demeure, compte tenu de son petit nombre d’élus, que l’action de Québec solidaire parvient rarement à faire la différence.

Catégorie : Québec

PKP : ce que ça annonce

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 publié le 2 décembre 2014 à 16 h 57

Il y a d’abord cette impression que l’annonce de la candidature de Pierre Karl Péladeau pousse sur les lignes de côté tous les autres candidats de cette course à la succession. Sa personnalité, son expérience, sa réputation contribuent à cette impression.

La teneur de son propos l’alimente aussi.

En affichant une telle ferveur souverainiste, Pierre Karl Péladeau affadit les prises de position de ses adversaires, qui paraissent désormais se résumer à un calendrier référendaire.

En ignorant les autres prétendants au poste de chef du PQ et en concentrant ses attaques contre le premier ministre Philippe Couillard, le député de Saint-Jérôme cherche à montrer qu’il est déjà ailleurs et qu’il a déterminé le véritable adversaire de son parti et de son projet d’indépendance.

En ne faisant aucun cas de la Coalition avenir Québec, l’actionnaire de contrôle du groupe Québecor veut montrer qu’il est le mieux placé pour occuper l’espace politique que s’est créé François Legault.

Ce discours recelait donc des qualités au plan stratégique, même s’il n’était ni gracieux ni élégant. Lorsqu’il s’appuie sur un texte, Pierre Karl Péladeau est un orateur crispé, qui se rabat sur des phrases courtes énoncées sur un ton qui ne varie guère. Il peine à faire usage de son charme et, ce qui en ressort, ce sont surtout les aspects abrasifs de sa personnalité.

Sans texte, comme lors de sa présentation à l’Université de Montréal la semaine dernière, sa performance était bien différente, mais certainement pas meilleure. Il passait d’un sujet à l’autre, par soubresauts et en ordre dispersé, comme si son cerveau avait besoin d’évacuer un trop-plein. Le fil de son discours semblait soumis davantage à l’humeur qu’à la raison. Le message qu’il entendait transmettre aux étudiants n’était pas évident, sinon qu’il voulait se faire connaître, à la manière d’un amoureux maladroit qui se montre trop bavard lorsque vient le temps de faire valoir ses qualités.

L’héritier de Pierre Péladeau aura le temps d’améliorer ses prestations publiques au cours des prochains mois.

En revanche, sur le fond, ses interventions marquent déjà les esprits, particulièrement lorsqu’il affirme qu’il n’a aucun intérêt pour la gestion d’une province au sein de la fédération canadienne. Il est tout de même possible que ce discours soit seulement destiné aux membres du Parti québécois, dont il sollicite l’appui. S’il parvient, le cas échéant, à conquérir les membres du Parti québécois, M. Péladeau infléchira-t-il son discours? Est-ce que la souveraineté demeurera au centre de son programme?

Pierre Karl Péladeau a affirmé dimanche qu’il était désormais exclu pour le Parti québécois de partir en campagne en dissimulant sa bannière.

Il est plus clair que jamais que la présence de Pierre Karl Péladeau sur la scène politique québécoise n’a rien de banal. En devenant candidat, Pierre Karl Péladeau a franchi une autre étape dans la longue ascension qu’il s’impose, et dont l’objectif ultime est de bouleverser l’ordre politique québécois et canadien.

Catégorie : Québec

Le roi de la passerelle (2)

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 publié le 1 décembre 2014 à 14 h 37

Rien n’est plus important pour un gouvernement que de savoir communiquer. « Faire passer le message » est primordial. Tous les jours, les journalistes de la colline Parlementaire font subir le test aux ministres qui traversent la passerelle vers le Salon bleu.

L’ancien gouvernement péquiste était reconnu pour son grand nombre de spécialistes en communication.

Le nouveau gouvernement libéral a aussi ses personnalités.

Certains libéraux ont même réussi à pousser l’art oratoire à un niveau de subtilité insoupçonné. Ils savent répondre aux questions de façon sélective. Ils peuvent tourner autour du pot et tenir les journalistes sur les dents pendant de très longues minutes, tout en esquivant les questions embarrassantes.

Le ministre Jean-Marc Fournier, alter ego politique du gouvernement, est passé maître dans cet art. Le ministre Pierre Moreau, qui a des velléités aux plus hautes fonctions, est d’une redoutable efficacité.

Ils ont, sans doute, appris de leur ancien chef. Jean Charest est sûrement un de ceux qui ont inventé le style.

Il y a aussi les communicateurs nés. C’est le cas du ministre des Transports Robert Poëti, qui a été initié aux « scrums » (mêlées de presse) il y a belle lurette. Ancien policier à la Sûreté du Québec, il a été un porte-parole efficace. La ministre Christine St-Pierre, ex-journaliste politique, ne se fait pas prier pour répondre aux questions. Même chose pour le responsable des Ressources naturelles, Pierre Arcand. On découvre aussi la verve gracieuse de la nouvelle venue Hélène David, qui réussit très bien à déjouer les questions pièges.

Le trio économique semble adorer parler aux journalistes. Jacques Daoust, que plusieurs surnomment amicalement « le monarque », ne se lasse pas de parler de développement économique. Martin Coiteux le ferait aussi abondamment, si seulement son attaché de presse lui permettait de répondre à plus de trois questions d’affilée.

Mais le favori reste Carlos Leitao, qui éblouit la tribune de la presse par sa candeur. Malgré les efforts des attachés politiques pour encadrer ses déclarations, le ministre des Finances n’intègre toujours pas (au plus grand bonheur des journalistes) la langue de bois.

D’autres ont non seulement dû être aidés, ils doivent s’adapter.

La ministre de la Famille Francine Charbonneau, qui a fait les délices de la chronique Mots et maux de la politique de mon collègue du Devoir, répond maintenant de l’entourage du premier ministre. Chaque intervention devant les médias est travaillée. Elle tente de faire de gros efforts pour éviter les fautes de français et formuler des phrases complètes.

Le ministre de l’Éducation Yves Bolduc, qui a multiplié les gaffes l’été dernier et qui est connu pour son caractère jovial, a visiblement reçu la consigne de se donner un air militaire. C’est certainement à regret qu’il marche maintenant très vite, les yeux sur son but, devant les journalistes qui, avidement, tentent de le questionner en courant derrière lui.

David Heurtel, le ministre de l’Environnement, qui, au point de départ, donnait l’impression d’être un franc-tireur de la communication, s’avère plutôt un spécialiste de l’esbroufe.

Ajoutons aussi la vice-première ministre. Mal préparée, elle a également connu des heures difficiles. Elle s’est embourbée, deux fois plutôt qu’une, en tentant d’expliquer ses décisions, laissant les journalistes dans un brouillard complet. Un recul… Alors que Lise Thériault s’est fait un nom quand elle a montré son aplomb à l’endroit de la FTQ.

Alors, qui donc au sein de ce gouvernement peut aspirer au titre de roi ou reine de la passerelle?

Le premier ministre aurait certainement été un bon choix, mais ses points de presse sont ultra-organisés. Il s’installe dans le cadre de la porte du caucus et peut ainsi se sauver s’il ne veut plus répondre aux journalistes.

Il reste donc le ministre de la Santé, qui se fait une réelle joie de répondre à toutes les questions. L’exercice le comble au point où il cherche les micros et les caméras. Il peut même se livrer à deux ou trois mêlées de presse par jour… avec les mêmes journalistes! Le ministre a de l’humour et il sait donner aux journalistes de très bons « clips ».

Si bien qu’après avoir sacré, en 2013, l’ancien ministre de la Santé Réjean Hébert roi de la passerelle, c’est maintenant à son successeur de jouir de ce titre.

Catégorie : Québec

Le plan d’affaires de PKP

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 publié le 27 novembre 2014 à 20 h 02

« Je pense que c’est clair que je me suis engagé en politique pour faire la souveraineté du Québec, c’est mon objectif, mon unique objectif. »

Si vous vous souvenez de  la dernière campagne électorale, du poing en l’air de Pierre Karl Péladeau parlant du pays du Québec, vous êtes peut-être surpris d’entendre M. Péladeau dire que la souveraineté sera son unique objectif comme candidat à la direction du Parti québécois.

Parce qu’à partir du moment où M. Péladeau a levé son poing, la campagne électorale est devenue une campagne sur la souveraineté et un référendum, avec les résultats qu’on connaît.

Alors pourquoi persiste-t-il et signe-t-il? N’a-t-il pas compris la leçon du 7 avril?

Il persiste et signe parce qu’il n’est pas en campagne électorale. Il est dans une course à la direction.

À qui s’adresse-t-il? Aux militants du PQ.

De quoi les militants du PQ veulent-ils entendre parler? De souveraineté.

Il semble que M. Péladeau a construit sa quête politique comme on construit un plan d’affaires, en y allant par étape, mais en gardant toujours l’oeil sur l’objectif final. Dans son cas, ça pourrait se décliner ainsi : devenir chef du PQ, devenir premier ministre, faire la souveraineté.

Plus simple à écrire qu’à faire, j’en conviens. Mais l’approche « plan d’affaires » consiste à définir des objectifs, faire tout ce qu’il faut pour les atteindre un à un, et concrétiser l’ambition.

Un des problèmes que M. Péladeau devra surmonter, c’est le fait que le monde des affaires n’est pas le monde de la politique. En affaires, la ligne droite peut être le chemin le plus court entre deux points. En politique, il faut parfois faire de nombreux détours, résister aux nids de poule et aux pièges de la route pour arriver à destination.

 

Catégorie : Québec

C’était le 5 novembre dernier.

Une onde de choc a secoué la colline du Parlement quand Justin Trudeau a expulsé de son caucus deux députés pour des allégations de faute personnelle.

Thomas Mulcair, ébranlé, se disait profondément attristé par ces allégations des plus sérieuses.

« C’est le devoir de tous les députés de toutes les formations politiques d’agir pour faire en sorte que la colline parlementaire, comme tout lieu de travail, soit sécuritaire et libre de ces accrocs à la capacité de fonctionner », soulignait le chef du NPD.

« Le Parlement a besoin de lignes directrices et de procédures claires pour traiter des plaintes de ce type et d’une telle gravité. Cela fait partie du leadership que tous les Canadiens attendent de nous », ajoutait le chef libéral en demandant au président des Communes de faire la lumière sur les allégations.

Or, trois semaines plus tard, si ni l’un ni l’autre des deux chefs n’a dévié de sa position initiale, chacun est confronté au fait que leur appel à la confidentialité, au devoir de tous d’être à la hauteur du problème que représente le harcèlement, n’a pas été entendu.

La politique partisane a rapidement repris ses droits sur un enjeu qui devrait pourtant en être dépourvu.

D’une part, il y a les deux présumées victimes qui craignent sans cesse de voir leur nom être publié. De l’autre, il y a deux ex-députés libéraux qui n’ont pas eu l’occasion de se défendre. Mais surtout, entre les deux, il y a une armée de stratèges, de députés qui, pris dans la tornade politique et médiatique, conscients que leur chef joue une partie de leur avenir, alimentent la machine à rumeurs.

C’est cette pression qui a incité l’une des deux présumées victimes à se confier, contre la promesse que son nom ne sera pas révélé. Elle désirait avant tout reprendre un minimum de contrôle de sa vie qu’elle voyait au cœur des débats politiques depuis trois semaines.

Or, son témoignage a davantage incité certains à en raconter davantage, de nouveaux présumés détails ultraconfidentiels sur son histoire se sont retrouvés dans les médias. (Des détails, je me dois de le souligner, que Radio-Canada a choisi de ne pas diffuser parce qu’ils ne servent pas l’intérêt public).

Au moment où le climat devient de plus en plus toxique dans la bulle parlementaire d’Ottawa, ne serait-il pas propice à ce que tous prennent un pas de recul et trouvent le moyen de mettre leurs intérêts partisans de côté? Car il est difficile de croire que le sort des présumées victimes et le droit des deux ex-députés libéraux de se défendre aient été respectés et aient guidé le débat politique au cours des dernières semaines.

Certes, c’est la raison pour laquelle tant Thomas Mulcair que Justin Trudeau ont renouvelé leur appel au président des Communes de mettre sur pied un processus confidentiel, indépendant juste et équitable pour faire la lumière sur ces allégations, tout comme se voient forcés de le faire bien des PDG d’entreprises confrontés à des situations semblables au Canada.

Le président des Communes a beau affirmer qu’il ne peut rien mettre en branle tant qu’il n’a pas reçu de plainte formelle et avoir mis à la disposition des députés en question les processus de médiation et de résolution de conflits qui existent pour les employés de la Chambre, la solution qu’il a avancée ne satisfait personne.

« On ne sait même pas comment déposer une plainte qui reste confidentielle, on ne sait même pas à qui on le fait, comment on procède », déplorent les présumées victimes.

Une analyse que partage d’ailleurs la whip du NPD, Nycole Turmel, qui attend toujours des explications du président des Communes quant aux experts externes ou les ressources qui sont offertes actuellement et qui pourraient être déployées pour se pencher sur les allégations formulées par les deux députées du NPD.

Donc, trois semaines après le début de cette troublante affaire, celui à qui tous donnent l’autorité morale d’agir, le président de la Chambre, avance encore à l’aveugle, à pas de tortue. Les fuites se multiplient et le débat sur la nature des allégations, qui devait être confidentiel, se fait sur la place publique.

Cet enjeu si délicat et si important semble être pris en otage par le climat partisan qui l’envenime.

C’est là un bien malheureux message qu’envoie la classe politique au reste de la société.

 

Catégorie : Ottawa

Mon carnet

Au buffet de l’austérité

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 publié le 25 novembre 2014 à 11 h 26

La stratégie n’est pas très subtile : publier un dimanche matin à 10 h le rapport de la commission Robillard sur la révision des programmes quelques jours à peine après que le gouvernement a annoncé son intention d’augmenter le tarif quotidien des garderies.

C’est la stratégie de l’amputation : votre médecin vous dit qu’il doit vous amputer la jambe, il n’enlève que le pied. Vous vous dites que c’est terrible, mais que ça aurait pu être pire.

La commission Robillard propose d’augmenter à 35 $, pour tout le monde, le tarif quotidien des garderies? Le gouvernement le plafonne à 20 $. Et même si « fiscalement » le 35 $ est plus avantageux, le 20 $ apparaît moins élevé que 35 $.

La commission Robillard propose de réduire de 1,3 milliard de dollars les transferts aux municipalités? Le gouvernement les réduit de 300 millions (pour l’instant). « Ça aurait pu être pire. »

Le problème de la politique du « moindre mal », c’est qu’elle éloigne le gouvernement de son objectif de trouver 3 milliards de dollars pour équilibrer les finances publiques. La commission Robillard propose des économies de 2,3 milliards de dollars. Le gouvernement ne va pas aussi loin. Il faudra bien qu’il trouve l’argent quelque part.

Santé et éducation?

L’argent se trouve en santé et en éducation. Ce sont les deux plus grosses dépenses du gouvernement. Des ministères « trop complexes » pour être évalués rapidement, selon Lucienne Robillard. Mais ça viendra, dans quelques mois. Politiquement ce sera délicat parce que les Québécois tiennent à leur réseau de santé et à leur système d’éducation.

En attendant, le gouvernement ne fera pas de cadeaux de Noël. Il multipliera les annonces « difficiles » d’ici les Fêtes.

Au lieu de servir un énorme buffet difficile à digérer, comme l’a fait la commission Robillard, il présentera ses plats un à un, vous les offrira en petites bouchées pour éviter l’indigestion, mais surtout pour éviter de provoquer trop de mécontentement dans toutes les couches de la société.

Et il semble qu’en janvier et février, nous aurons droit à une espèce de Boxing Day de « bonnes nouvelles » (investissements et autres).

Catégorie : Québec