Ukraine: monopole conservateur?

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 publié le 19 septembre 2014 à 13 h 44

La présence d’une importante communauté d’origine ukrainienne au Canada, près de 1,3 millions de Canadiens, explique en bonne partie l’attention que la situation là-bas retient ici. A cause de ça, on attribue aussi souvent au gouvernement Harper des intérêts électoraux dans ses prises de positions face à la lutte démocratique en Ukraine et surtout face au conflit provoqué par l’invasion russe de la Crimée. La position est claire et ferme, M. Harper l’a répété en Chambre hier, il n’y a pas de place pour le compromis sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine, qu’on parle de la Crimée ou de toute autre portion du territoire de ce pays.

Sur l’électoralisme en politique étrangère, le gouvernement Harper à des motivations plus larges et plus nobles. C’est plutôt une question de principe ont répété messieurs Harper et Baird sur plusieurs tribunes et c’est aussi vrai pour l’Ukraine. On y défend des valeurs mises en péril par l’invasion russe en Crimée et le soutien accordé aux rebelles ailleurs en Ukraine, liberté, démocratie et la règle de droit.

Comme dans le cas d’Israël, le Canada est à l’avant-garde des appuis, il livre ce que le client demande pour dire le moins. Dans les deux cas, les accusations d’électoralisme fusent, le gouvernement se défend en invoquant les valeurs fondamentales mentionnées plus haut quand ce n’est pas simplement les notions de bien et de mal.

Qu’est-ce qui alimente donc les accusations en question? Un peu le gouvernement lui-même avec la composition des délégations lors des visites de dirigeants canadiens dont M. Harper lui-même. Rappelez-vous qu’aucun député de l’opposition n’avait été invité en Israël en janvier. Ce n’était pas passé inaperçu d’autant plus que plus de 200 personnes accompagnaient le premier ministre dont 13 députés et sénateurs conservateurs. L’exclusion, ou l’oubli, des députés d’origine ukrainienne des autres partis lors d’un voyage de John Baird en Ukraine avait suscité un tollé quelques semaines plus tard

Lui qui va beaucoup jouer à l’homme d’État cet automne avec plusieurs activités importantes sur l’échiquier mondial, M. Harper avait une occasion de faire preuve d’une certaine élévation dans son discours de présentation du président ukrainien à la Chambre des Communes. Il a d’ailleurs laissé planer une certaine ouverture:

“Je suis allé à Kiev pour représenter tous les Canadiens, de toutes les régions, de tous les horizons et de tous les partis représentés au sein de ce Parlement….”

Et là, en dressant l’historique de la relation Ukraine-Canada à partir de la vague d’immigration de la fin du 19ème siècle, sa vision du rôle du gouvernement canadien face à cet Ukraine indépendant depuis 1991:

“Il a été exprimé, dans les années 1960 par le Premier ministre Diefenbaker, qui a demandé à Kroutchev la tenue d’élections libres pour, et je cite : « les Ukrainiens épris de liberté. »Cette sympathie s’est à nouveau manifestée à la fin de la guerre froide, lorsque le Premier ministre Mulroney a fait du Canada le premier pays occidental à reconnaître une Ukraine nouvellement indépendante. Et cet engagement a été puissamment exprimé encore une fois au sein de ce Parlement en 2008 lorsque, à l’initiative de notre collègue James Bezan, nous avons déclaré que l’Holomodor a été ce qu’il a été, c’est-à-dire un acte de génocide envers la population ukrainienne. C’est avec fierté que des Canadiens ont maintenant agi comme observateurs dans le cadre de sept élections successives en Ukraine…”

Les caractères gras sont de moi, trois politiciens conservateurs qui ont selon M. Harper exprimé à leur façon le rêve ukrainien et concrétisé la relation entre les deux pays. Comme si personne d’autre que des conservateurs n’avait joué un rôle du côté canadien de cette relation. Belle déclaration de Dief mais l’Ukraine était loin d’être le seul “état” pour lequel le Canada et l’Occident réclamait des élections libres, que ce soit des républiques soviétiques ou des pays derrière le Rideau de fer. Brian Mulroney a été rapide sur la détente, c’est vrai, pour reconnaître le nouvel Ukraine indépendant, le même jour d’ailleurs que la….Russie!!! Une soixantaine de pays l’ont aussi fait dans ce même mois de décembre 1991.

Des sept élections “observées” par des Canadiens, les premières post-indépendance étaient cruciales et c’est sous Jean Chrétien qu’un imposant contingent de Canadiens, 700  en fait,  y est allé. Peu après son arrivée au pouvoir, le même gouvernement Chrétien signait le 31 mars 1994 une “Déclaration de partenariat spécial” à Kiev. Le document lançait la relation bilatérale qui n’a pas cessé de s’approfondir et qui pourrait déboucher sur une entente de libre-échange sous M. Harper d’ailleurs.

En 2004, sous le gouvernement Martin, on attribue au Canada, par le biais entre autre de son ambassadeur à Kiev, un rôle important dans ce qui est devenu la “Révolution orange”. Tout ça était resté obscur pendant quelque temps mais on a constaté en 2007 comment l’ambassadeur Andrew Robinson était considéré comme un véritable héros par les militants pro-démocratie. Mais M. Harper a choisi ses propres moments historiques même si ça contribue à alimenter la perception d’électoralisme de sa politique ukrainienne.

Catégorie : Ottawa

PKP et Facebook

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 publié le 18 septembre 2014 à 11 h 25

Depuis le départ de Pauline Marois, Pierre Karl Péladeau s’est fait on ne peut plus discret, même si personne ne doute qu’il se lancera dans la course à la direction du Parti québécois. Le député de Saint-Jérôme n’a pratiquement accordé aucune entrevue dans les médias nationaux, et il s’est refusé à tout commentaire au sujet de la course à la succession de Pauline Marois. « On n’annoncera rien tant et aussi longtemps que les règles de la course ne seront pas connues », fait valoir un de ses proches.

Or, si Pierre Karl Péladeau s’est montré discret dans les médias, il est très actif sur Facebook. Loin des longues analyses sociopolitiques qu’on peut lire sur le blogue de Jean-François Lisée, les entrées de M. Péladeau sur sa page Facebook sont, à l’image de l’homme, ciblées et directes.

L’ancien PDG de Québecor s’y affiche comme un fier nationaliste économique. Il blâme le gouvernement Couillard pour sa mollesse à défendre les sièges sociaux situés au Québec. Il s’en prend aussi au projet d’oléoduc d’Enbridge. Non sans ironie, il dénonce « cette entreprise dont le respect le plus élémentaire semble être absent envers les citoyens et n’être redevable qu’à leurs actionnaires [sic] ».

Les écrits de M. Péladeau ne font pas dans la dentelle : son ton est direct, parfois incisif. Ainsi qualifie-t-il le ministre des Ressources naturelles Pierre Arcand de « soldat », tout en l’accusant d’être « au service des intérêts de l’industrie canadienne des hydrocarbures ».

Dans un autre registre, Pierre Karl Péladeau fait écho aux mouvements indépendantistes qui animent la Catalogne et l’Écosse. Il écrit : « L’indépendance est à l’ordre du jour en Europe afin que ces nations puissent s’épanouir et s’enrichir davantage. » Sa page fait aussi la part belle au voyage qu’il a effectué l’été dernier au Royaume-Uni, et à celui qu’il a entrepris en Écosse à quelques jours du référendum.

En vrac, Pierre Karl Péladeau se prononce contre les compressions à Radio-Canada, contre l’abolition des cégeps, contre les nouvelles restrictions sur la pêche imposées par le gouvernement fédéral aux pêcheurs des Îles-de-la-Madeleine.

À ces commentaires politiques s’entremêlent des entrées sur sa vie de député et des photos de famille. Julie Snyder y occupe une place prépondérante : on la voit dans des soirées mondaines, en vacances aux Îles-de-la-Madeleine et même au mariage de l’une de ses anciennes collaboratrices.

Le fils du couple, Thomas, est aussi bien visible. Son père confie lui avoir donné une leçon de « parlementarisme britannique » lors de leur passage à Londres. On le voit aussi en vacances au Mont-Tremblant et on apprend même qu’il fréquente une école publique de l’île de Montréal.

Ceux qui se demandent où Pierre Karl Péladeau loge et qui ont hâte de le voir sortir de son silence médiatique peuvent donc d’ici là se rabattre sur sa page Facebook. Ils apprendront à mieux cerner le personnage, d’autant plus que le nouveau député s’y montre très actif, laissant rarement passer une journée sans y ajouter son grain de sel.

Bien sûr, on pourra toujours dire que tous ces messages que le député de Saint-Jérôme se donne la peine d’écrire ne signifient pas qu’il ait un intérêt pour la course à la direction du Parti québécois… Mais voudrait-il préparer le terrain pour une éventuelle candidature qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Catégorie : Québec

Retour au Salon bleu

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 publié le 17 septembre 2014 à 15 h 41

Les travaux ont repris à l’Assemblée nationale, et le ministre Bolduc est la cible des tirs croisés de la Coalition avenir Québec et du Parti québécois.

Les oppositions lui reprochent d’avoir encaissé une prime de 215 000 $ pour avoir accepté de nouveaux patients, en plus de ses honoraires de médecin et de sa rémunération et des autres avantages dont il bénéficie comme député.

Voici quelques-unes des lignes de défense d’Yves Bolduc, qui est aujourd’hui ministre de l’Éducation.

Sur la pénurie de médecins de famille :

Je travaillais le samedi puis le dimanche. En passant, si les médecins faisaient comme moi, probablement qu’il y en aurait moins de pénurie également. »

Sur le travail de député :

« M. le Président, je me demande pour qui se prend le député de La Peltrie. Je vis dans mon comté, je magasine dans mon comté. En passant, quand les gens voulaient me voir, ils avaient des rendez-vous assez rapidement. M. le Président, les gens qui veulent nous rencontrer peuvent nous rencontrer. Puis, dans le comté de Jean-Talon, on était très présents. Je les rencontre sur la rue. »

Et sur le fond de la question, le ministre Bolduc juge qu’il n’y avait pas vraiment de problème. Le problème, selon Yves Bolduc, a été la réaction populaire, la polémique que cette affaire a causée :

« Par contre, compte tenu du tollé que ça a causé et reconnaissant qu’il y avait un problème de perception et, de bonne foi, j’ai remboursé un montant équivalent et j’ai fait un don à deux organismes communautaires. J’ai assumé les responsabilités, je me suis occupé des patients. Je suis très fier, comme médecin, de dire : « Oui, il fallait aider nos patients. » Mais, M. le Président, pour moi, ce dossier est clos. J’ai fait les remboursements nécessaires. »

La ministre de la Sécurité publique Lise Thériault a été questionnée sur le départ du directeur général de la Sûreté du Québec, qui est retourné à la direction de la sécurité d’Hydro-Québec. La ministre Thériault tolère mal de ne pas avoir toute l’attention du Salon bleu lorsqu’elle parle :

« Oui. M. le Président, évidemment, puisqu’on commence une nouvelle session, je pense que c’est important que les députés écoutent au moins les réponses des ministres. Ça permettrait peut-être de se faire une vraie tête, plutôt que de partir avec des préjugés ou des peut-être que. [...] Et, M. le Président, je vous demanderais de rappeler la leader à l’ordre parce qu’elle n’arrête pas de m’interrompre, et il n’y a que moi qui ai la parole. Et je considère que la question du député, elle était très pertinente, et je veux bien y répondre, mais je veux bien qu’on écoute également ce que je dis, M. le Président. »

Terminons ce florilège par une courte déclaration du ministre de la Santé Gaétan Barrette (qui est certainement en lice pour le titre de roi de la passerelle que décerne ma collègue Martine Biron), à propos des négociations avec les fédérations de médecins :

« La négociation, M. le Président, suit son cours comme elle le doit et elle se terminera selon… de la façon qu’elle se terminera. »

De toute évidence, le ministre n’est pas convaincu que cette négociation se terminera dans l’harmonie.

Catégorie : Québec

Et c’est parti à Ottawa!

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 publié le 16 septembre 2014 à 9 h 07

Cette fois-ci, vous ne pouvez pas blâmer les journalistes. C’est bien le premier ministre Harper qui a lancé les hostilités sur le front électoral lundi matin lors de son rassemblement partisan au rythme d’une des chansons fétiche des conservateurs Taking care of business, sa version « des vraies affaires ».

Si rien ne remplace dans l’esprit des électeurs la vraie campagne électorale de l’automne prochain en vue d’un scrutin le 19 octobre 2015, la joute des prochains mois sera cruciale pour permettre aux chefs de consolider leurs organisations et surtout consolider leurs appuis dans l’esprit de l’électorat. Et la joute politique de cette rentrée est révélatrice des défis et devoirs de tout un chacun.

Stephen Harper : l’usure du pouvoir

D’ici la fin de l’année, Stephen Harper sera au 6e rang des premiers ministres ayant été en exercice le plus longtemps. Après neuf ans au 24 Sussex, il n’échappe pas à l’usure du pouvoir. D’ailleurs, les deux tiers des Canadiens croient que le fruit est mûr pour un changement de gouvernement, même si la proportion d’électeurs qui apprécient le travail du gouvernement conservateur est davantage de l’ordre de 49 %.

Il est là le défi du chef conservateur, soit renverser la tendance des derniers mois et l’effritement de ses appuis à l’échelle du pays et plus particulièrement en Ontario, la clé de sa majorité en 2011.

Les conservateurs font donc le pari de faire campagne contre le risque du changement, miser sur leur valeur sûre qu’est l’économie.

« La mesure d’un bon gouvernement, le vrai test de leadership, ne réside pas dans les succès accomplis dans les moments de paix et de stabilité, mais face au risque et au danger », dit Stephen Harper

La stratégie est double : profiter des surplus à l’horizon pour séduire à nouveau l’électorat avec une série de mesures populaires et populistes, baisses d’impôts, des tarifs de câblodistribution, des écarts de prix avec les États-Unis, et projeter l’image d’un chef décisif sur la scène internationale dans des dossiers aussi délicats que l’Ukraine et l’Irak. Mais la stratégie n’est pas sans risques.

Les baisses d’impôts ciblées sont certes devenues la marque de commerce des conservateurs. Pensez à tous les crédits d’impôt allant de l’équipement sportif, au transport en commun en passant par les cours de musique. Mais après tant d’années au pouvoir, ces baisses ne marquent plus l’imaginaire autant qu’avant. Et si les conservateurs semblent toujours miser sur un éventuel fractionnement du revenu, cette mesure bien coûteuse n’est pas sans ses détracteurs et ouvre certainement la porte aux meilleures façons de dépenser plus de 3 milliards de dollars par an pour la classe moyenne.

La scène internationale comporte aussi son lot d’écueils pour Stephen Harper

C’est une chose de se présenter comme le plus grand défenseur de l’Ukraine, mais comment alors réconcilier le silence assourdissant d’Ottawa sur la demande de l’Ukraine de se joindre à l’OTAN? C’est une chose d’envoyer des forces spéciales en Irak, mais pour combien de temps, à quel prix, pour faire quoi?

Finalement Stephen Harper peut bien affirmer que la seule différence entre le Hamas et l’État islamique est que l’un des deux est plus proche d’Israël, mais est-ce vraiment la mesure d’un chef qui saisit toute la complexité de la situation au Proche-Orient?

Justin Trudeau : le test de crédibilité

Après 17 mois consécutifs en tête des intentions de vote c’est un euphémisme que de dire que Justin Trudeau est en plutôt bonne position. Mais il n’en demeure pas moins que cette position comporte une bonne dose de fragilité. Les électeurs conservent bien des doutes à son égard tant au chapitre des idées que du leadership.

Il est donc intéressant de noter que d’emblée en cette reprise des travaux parlementaires, ce politicien qui répète depuis plus d’un an qu’il n’a pas l’intention de dévoiler son programme avant les prochaines élections, ait pris la peine d’annoncer au moins une politique claire.

Un gouvernement libéral annulerait la baisse de cotisation d’assurance emploi promise aux petites entreprises par le ministre des Finances Joe Oliver la semaine dernière. Il opterait plutôt pour une exemption de cotisation pour tout employeur qui créerait un nouvel emploi.

Le signal est clair : les libéraux veulent montrer que leur chef n’est pas une coquille vide et qu’il est capable de formuler des politiques concrètes qui répondent aux défis de l’économie d’aujourd’hui.

Comme l’utilisation des surplus prendra de l’ampleur dans les prochaines semaines et les prochains mois, le chef libéral devra aller plus loin et clarifier sa pensée sur un élément essentiel. Sera-t-il prêt à révoquer les baisses d’impôts des conservateurs pour financer son propre programme électoral.

C’est la clé de voûte des finances publiques pour les prochaines années, et il sera difficile pour les libéraux d’entretenir le suspense sur ce front pendant 13 mois.

Finalement, s’il veut montrer qu’il est apte à gouverner, Justin Trudeau devra répondre au défi implicite que lui a lancé Stephen Harper sur le front de la politique étrangère. Car les libéraux ont beau plaider que les conservateurs nuisent à la réputation du Canada dans le monde, sur les dossiers d’Israël particulièrement cet été, de l’Ukraine et de l’Irak pour ne nommer que ceux-là, les nuances dans leurs approches sont plutôt subtiles.

Pour consolider son avance et se prémunir contre les risques inhérents à une campagne électorale, le chef libéral n’a pas le luxe d’attendre le déclenchement de celle-ci en septembre prochain pour faire la preuve qu’au-delà du style, il a la substance pour devenir premier ministre.

Thomas Mulcair : au-delà du rôle d’opposition

Brian Mulroney a dit de lui qu’il est le meilleur chef d’opposition depuis John Diefenbaker, et il est bien là le problème du chef du Nouveau Parti démocratique (NPD). Thomas Mulcair doit convaincre les Canadiens qu’il est plus qu’un bon chef d’opposition.

C’est ainsi que celui qui a fait sa marque à Ottawa en menant l’inquisition contre le premier ministre dans le scandale du Sénat fait le pari de sortir de la capitale pour aller à la rencontre des Canadiens. L’objectif est clair : faire valoir le politicien sensible, près des préoccupations des gens, plutôt que le parlementaire féroce et sans compromis qu’ils ont connu jusqu’ici.

Thomas Mulcair n’a toutefois pas le luxe de jouer les jeunes premiers, d’où le pari du NPD de dévoiler sa plateforme électorale le 19 octobre prochain, un an jour pour jour avant la prochaine élection. L’espoir ici, c’est que les politiques précises du NPD aideront le chef du parti à rejoindre l’électorat. Le NPD espère ainsi faire la preuve, politiques précises à l’appui, que l’expérience du chef compte. Le NPD mise sur l’« expérience solide » pour contrer le « se préparer à vous représenter » de Justin Trudeau.

Les stratèges du NPD vous diront qu’ils demeurent optimistes, en meilleure position qu’à un an des élections de 2011, que leur chef est plus populaire que son parti.

Certes, mais la réalité demeure que leur parti est bon troisième dans les intentions de vote, troisième aussi au chapitre du financement, troisième dans une course qui prend parfois des allures de duel entre conservateurs et libéraux.

Mario Beaulieu : un défi de taille

Le chef du Bloc québécois n’a pas raté cette rentrée parlementaire, mais il a dû se contenter d’y assister en marge, forcé de répondre aux multiples questions sur son leadership, plutôt que d’imposer sa voix comme incontournable dans le débat québécois. C’est dire toute l’ampleur du défi qui l’attend toujours.

Malgré la défection de deux députés, malgré les critiques et divisions internes depuis son arrivée, Mario Beaulieu demeure optimiste. Mais les priorités qu’il évoquait lundi révèlent déjà un ajustement dans sa stratégie.

Il s’est fait élire en balayant du revers de la main l’approche de la « défense des intérêts du Québec » et a campé la crédibilité du Bloc au fil des ans. Il compte aujourd’hui faire la preuve que les partis fédéralistes relèguent ces intérêts au second rang, et aussi porter le ballon du déséquilibre fiscal. Des priorités qui donnent un air de déjà vu à l’approche du Bloc québécois version 2014.

Un an c’est le temps qu’il reste aux chefs de partis avant de monter à bord de leurs avions et autobus armés de slogans et de certitudes. Et si rien ne remplace le presto d’une campagne électorale pour mettre ces chefs à l’épreuve et interpeller l’électorat, le travail de terrain des 12 prochains mois sera déterminant et dictera inévitablement lequel d’entre eux sera sur la ligne de départ en position de force en septembre prochain.

Catégorie : Ottawa

Mon carnet

Le bûcher des vanités

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 publié le 15 septembre 2014 à 17 h 13

« Les événements de la vie de toutes sortes ont enlevé toute trace de vanité en moi. Je suis là pour le travail que j’ai à faire. » – Philippe Couillard, Manoir Richelieu, La Malbaie, le 5 septembre 2014

Nous savons désormais que le « travail » que le premier ministre s’est donné, c’est celui d’éliminer le déficit structurel. Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, se fait d’ailleurs un devoir de répéter qu’il y a maintenant un consensus au Québec sur l’existence de ce déficit et sur la nécessité de le faire disparaître.

Cela ouvre un vaste champ de questions. En voici quelques-unes :

1- Le gouvernement Couillard saura-t-il où trouver l’argent?

C’est le plus difficile. Et tout part de là. Il serait question de 3 milliards de dollars. C’est probablement un minimum si l’objectif est d’éradiquer le déficit. Pour ce qui est du « structurel », ça signifie qu’il faudra que ces réductions budgétaires se répètent année après année. Il est difficile d’imaginer que Martin Coiteux puisse dénicher cette somme sans toucher à la santé ni à l’éducation, tout en conservant tels quels les services aux citoyens. Des programmes seront révisés, certes, mais il est bien possible que cela s’accompagne de compressions paramétriques – tous les ministères et organismes voient leur budget réduit d’un même pourcentage – pour atteindre les objectifs fixés.

2- Le gouvernement Couillard gardera-t-il le cap?

Ce sera aussi très difficile. La pression populaire peut devenir intense. Les groupes sociaux et les syndicats sont en état d’alerte. Les syndicats des employés municipaux sont déjà confrontés au projet de loi 3 sur les régimes de retraite. Philippe Couillard montre beaucoup de détermination. Sa déclaration citée plus haut en fait foi. Martin Coiteux est profondément engagé au plan idéologique dans cette opération, si l’on en juge par ses prises de position avant de devenir ministre.

En principe, ce nouveau gouvernement est en bonne position pour agir. Il vient d’être élu et même s’il a été quasi muet sur ces questions en campagne électorale, une bonne partie de l’électorat paraît disposé à le suivre, mais jusqu’à quel point? En outre, les syndicats, les groupes sociaux et les partis d’opposition ne sont pas particulièrement en position de force, bien que cela puisse évoluer très rapidement.

3- Qu’en sera-t-il du « flair politique » du premier ministre?

Philippe Couillard n’a pas fait la démonstration qu’il était capable de mesurer rapidement l’impact politique d’un événement, malgré son expérience de ministre. Il est peut-être bien entouré, ce qui reste à voir, mais rien ne remplace le sens politique dont doit faire preuve le premier ministre. Cela peut éviter bien des difficultés, comme « la grosse tempête dans un petit verre d’eau » concernant la polémique créée par les 215 000 $ qu’Yves Bolduc a reçus pour prendre de nouveaux patients au moment où il était député de l’opposition. Philippe Couillard a montré là, et en d’autres occasions, qu’il n’était pas en phase avec la population. Lorsqu’on veut procéder à de vastes réformes, le pouvoir politique a intérêt à entendre et à comprendre ce qui se passe réellement au sein de la population. Sinon, les risques de dérapages sont importants.

4- À quoi ressemblera l’État québécois après cette série de compressions?

Un État « recentré » sur ses missions « prioritaires ». C’est un joli concept. Mais pour le moment, le gouvernement Couillard n’a pas précisé ce que ça voulait dire. La santé, l’éducation, la justice font certainement partie des fonctions vitales de l’État québécois. Mais qu’en est-il de la culture, de l’immigration, de l’agriculture, des transports, de l’environnement? On voit bien qu’il n’est pas si facile de définir les missions « non prioritaires ». Oserait-on affirmer que les affaires autochtones ne sont pas prioritaires? L’emploi et la solidarité sociale? L’énergie et les ressources naturelles? Ah, pourquoi pas les relations internationales? D’autant qu’Ottawa est responsable de la politique étrangère. Pourtant, il n’aura suffi que d’une rumeur qui voulait transformer ce ministère en secrétariat pour calmer les ardeurs des pourfendeurs de fonds publics.

Le nouveau premier ministre a les allures d’un homme qui s’est donné une mission, et il laisse entendre que personne ne pourra l’en détourner. Pour le moment, les Québécois semblent être à l’écoute, attentifs et ouverts. Maintenant que Philippe Couillard a expliqué que l’État québécois doit être réformé, il est temps désormais de commencer à leur expliquer quelle forme il entend donner à cette nouvelle mouture de l’État québécois.

Car, pour le moment et malgré une campagne électorale, nous n’en savons rien.

Catégorie : Québec

Et le développement économique?

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 publié le 15 septembre 2014 à 16 h 42

Quand Philippe Couillard a pris le pouvoir, il a annoncé aux Québécois que l’action de son gouvernement serait axée sur le redressement et la relance. Appelons ça la politique « R et R ».

Mais depuis plusieurs semaines, seul le premier « R » sort de la bouche des membres du gouvernement. Au mot redressement, ils ajoutent parfois rigueur budgétaire.

Où donc est passé le deuxième « R », la relance? On l’avait oublié, mais le premier ministre l’a retrouvé… aujourd’hui.

Et il l’accompagnera de deux autres mots :  « développement économique ».

Philippe Couillard les a utilisés ce matin devant des gens d’affaires de grandes compagnies américaines. Il le fera à la fin du mois lors d’un passage à New York. Il ne s’arrêtera pas là, puisqu’à la fin octobre et au début novembre,  ce sont les Chinois et les Islandais qui l’entendront discourir sur le Plan Nord, la stratégie maritime, la fiscalité des entreprises et l’expertise de la main-d’oeuvre québécoise.

À bien y penser, il commençait peut-être à être temps que le premier ministre ramène le balancier du côté « positif ». Si je me mettais dans les souliers d’un riche investisseur à la recherche d’une bonne affaire, je ne suis pas sûr que je verrais le Québec comme un bon endroit où investir. À force de brosser un portrait sombre des finances publiques, M. Couillard envoie-t-il un message négatif aux investisseurs? Peut-être.

Une chose est sûre, son discours changera au cours des prochaines semaines. Les deux « R », redressement et relance, seront à nouveau réunis.

Reste à voir si le gouvernement sera capable de tout faire. Bref, sera-t-il capable de faire les deux « M »: marcher et mâcher de la gomme en même temps?

Catégorie : Québec

Cette image sonar montre l'épave retrouvée.
Cette image sonar montre l’épave retrouvée.

Ce n’était pas étonnant de voir le premier ministre Harper annoncer lui-même qu’une des épaves de l’expédition Franklin avait été trouvée.  Après tout, la rumeur avait circulé la semaine dernière que le premier ministre était prêt à quitter abruptement la réunion de l’OTAN au pays de Galles, pourtant présentée comme une réunion cruciale de l’Alliance, pour se rendre directement dans le Grand Nord si les vestiges des navires étaient trouvés.

Le premier ministre est un fervent d’histoire. Il a rappelé les expéditions annuelles menées depuis 2008 par Parcs Canada chaque été où il s’est rendu dans le Grand Nord pour son périple annuel.  Cette année, il a évoqué la mouture 2014 de l’expédition pour retrouver les épaves du NSM Erebus et du NSM Terror chaque jour de sa tournée d’une semaine dans le Grand Nord.  Et il y a participé… Il a séjourné presque deux jours sur la frégate Kingston, l’un des navires de la marine qui a pris part aux recherches, avec à son bord des sonars sophistiqués et des véhicules amphibies qui ont été la clé, finalement, pour trouver l’épave.

Imaginez la scène… Le samedi 23 août au soir, Stephen Harper est sur la passerelle du Kingston. Une vingtaine de personnes l’entourent, dont son épouse Laureen, les ministres Leona Aglukkaq et James Moore ainsi que le commandant de la frégate, Paul Smith.

Tout le monde est agglutiné autour de plusieurs cartes, certaines sont des reproductions de relevés du 19e siècle, d’autres représentent la zone qui sera explorée cette année.  Le premier ministre se fait expliquer où seront concentrées les recherches et comment, grâce aux expéditions précédentes, les experts ont ciblé une zone plus prometteuse dans le détroit de Victoria et même au sud de l’île Victoria dans le golfe de la reine Maud.

Les autres hommes dans la pièce sont tous associés aux fondations privées qui se sont jointes à l’expédition.  Parmi eux Jim Basillie, cofondateur de BlackBerry, qui finance le navire océanographique Martin Bergmann et Andrew Prossin, de la fondation One Ocean, qui possède aussi un bateau dans l’expédition.

Le premier ministre Stephen Harper le NCSM Kingston.L’atmosphère est très détendue. Stephen Harper, qui est habituellement réservé, semble très à l’aise, pose des questions et est très animé.  On trinque au scotch.  L’excitation est palpable.  Cette scène digne d’un film (et reconstituée grâce aux comptes rendus de plusieurs des participants) s’est déroulée loin des regards indiscrets des journalistes relégués au brise-glace Des Groseillers, mais elle peut être considérée comme le pendant mondain de la photo du premier ministre à la proue du Kingston, l’air heureux sous le drapeau canadien qui flotte au vent.

Stephen Harper n’est pas seulement un fervent d’histoire. Il est attaché au Nord et désire ardemment inscrire ce Nord dans la psyché canadienne. En annonçant la découverte de l’épave avec son air d’enfant à qui on a permis d’ouvrir son cadeau de Noël en septembre, il a évoqué un moment historique pour le Canada.

Depuis son accession au pouvoir, il est clair qu’il cherche à développer sa propre vision de l’identité canadienne et, dans cette vision, il y a l’appartenance au territoire, le patriotisme, une unité autour des mythes fondateurs et autour des exploits militaires du Canada, comme la guerre de 1812 dont il a fait la promotion comme étant « la bataille pour le Canada ».

Le succès de l’expédition 2014  à la recherche des épaves de Franklin lui fournit un argument de plus pour accroître l’intérêt dans l’Arctique et les revendications territoriales là-haut. Comme le dit un universitaire qui était du voyage, chaque fois que le premier ministre évoque la souveraineté canadienne, substituez le terme nationalisme et vous comprendrez que pour lui, faire flotter le drapeau unifolié dans l’Arctique, ce n’est pas seulement un message pour le reste du monde.

Catégorie : Ottawa

Si vous avez lu les aventures d’Harry Potter, vous savez qu’il y a un nom-qu’il-ne-faut-pas-prononcer : Voldemort!

Si vous suivez la politique canadienne, vous savez qu’il y a un mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer : constitution!

En fin de semaine, une déclaration de Philippe Couillard a suscité toutes sortes de réactions, sans même qu’il ne prononce le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne. Peut-être pas chez vous entre vos travaux extérieurs, un dernier BBQ avec les amis ou la famille et une bonne bouteille de vin.

Mais des réactions de la classe politico-médiatique…

Qu’est-ce que M. Couillard a dit sans même prononcer le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne?

Il a dit : « … à l’aube du 150e anniversaire du Canada, les Québécois souhaitent que le pacte qui lui a donné naissance soit réaffirmé. »

Traduction : pacte = constitution.

L’interprétation est plus délicate, parce que le terme « réaffirmé » est flou à souhait. « Réaffirmé », ça veut dire quoi?

Ça veut dire que M. Couillard veut rouvrir la Constitution, y réintégrer le Québec d’ici le 150e anniversaire du Canada en 2017?

Ça veut dire rappeler que le Québec n’est toujours pas signataire de la Constitution et que c’est une tache historique?

Hier, M. Couillard a « précisé » sans même prononcer le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne : « Tant mieux si on fait avancer ce dossier, mais ce n’est pas une priorité quotidienne pour nous. »

Traduction : dossier = constitution.

Interprétation : M. Couillard réalise que le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne suscite, dans la sphère politico-médiatique, une réaction épidermique.

Interprétation finale : comme bien des fédéralistes, M. Couillard pense que l’absence de signature du Québec au bas de la Constitution est une tache historique. Il pense qu’elle doit être effacée. Mais il réalise qu’il n’y a pas d’appétit, que les options pour effacer cette tache (débat constitutionnel ou indépendance) n’émeuvent pas la population actuellement.

Bref, ça veut dire qu’en 2017, pariez que rien n’aura changé…

Catégorie : Ottawa, Québec

Gérer les ballons d’essai

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 publié le 4 septembre 2014 à 17 h 52

Savez-vous ce qu’est un ballon d’essai en politique?

C’est quand « quelqu’un » veut tester une idée, une hypothèse et qu’il décide de la faire « couler » sur la place publique. Ce « quelqu’un » observe ensuite les réactions.

Des ballons d’essai, on va en avoir tout plein cet automne, au Québec. « Tel programme est menacé de disparaître. » « Tel ministère est en péril. » « Le gouvernement veut abolir telle subvention. »

La nouvelle de ce matin dans Le Devoir concernant la possible disparition du ministère des Relations internationales tombait probablement (même si je n’en ai pas la preuve) dans la catégorie des ballons d’essai.

« Quelqu’un » qui étudie l’hypothèse voulait observer les réactions. Ou « quelqu’un » qui est contre l’hypothèse voulait soulever un mouvement de protestation.

La réponse du premier ministre m’a surpris : il n’est « pas question de diminuer le rayonnement international du Québec ». Pour un plaidoyer fort pour le ministère des Relations internationales, on repassera!

Ça veut dire quoi, « ne pas diminuer le rayonnement international du Québec »? Ça prend un ministère pour faire ça? Ou un simple secrétariat, moins gros, avec moins d’employés?

Et, quand on y pense, qu’est-ce que le premier ministre peut répondre d’autre?

S’il dit que le ministère va disparaître, il court-circuite sa commission sur la révision des programmes. Il lance le message que les dés sont pipés d’avance.

S’il dit que le ministère ne disparaîtra pas, il envoie le message que « tout » n’est pas sur la table, contrairement à ce qu’il nous dit depuis des semaines. Que le travail d’analyse ne sera pas fait jusqu’au bout, que des décisions sont déjà prises, sans analyse profonde.

Dans les deux cas, peu importe la réponse, M. Couillard s’expose à devoir réagir, le jour même, à n’importe quel ballon politique. Le message aux fonctionnaires, sous-ministres et groupes de pression est le suivant : « Vous voulez lancer des ballons d’essai? Allez-y, je vais commenter. »

Il n’est pas gardien de soccer, M. Couillard, il est premier ministre.

Et en ce sens, sa réponse, bien qu’évasive, est peut-être la seule qu’il pouvait donner… aujourd’hui.

Catégorie : Québec

Grandeur et misère de la CAQ

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 publié le 4 septembre 2014 à 17 h 34

La démission du député caquiste de Lévis, Christian Dubé, est un véritable coup dur pour le parti de François Legault. C’est d’abord une perte parce qu’il était considéré comme un parlementaire efficace, qui pouvait parler intelligemment d’économie et de finances publiques, même s’il se permettait à l’occasion d’utiliser des arguments populistes.

Ce qui est plus embêtant pour la coalition, c’est qu’en raison du départ de M.Dubé quelques mois après les élections, il va devenir difficile aux élus de la CAQ de faire la leçon aux autres parlementaires en quelque autre matière.

La CAQ tente désespérément de minimiser l’importance de cette affaire. Le problème, c’est que le député de Chauveau, Gérard Deltell, pourrait être tenté de faire le saut dans l’arène fédérale dans les prochains mois. Lorsqu’on lui a demandé s’il s’engageait à terminer son mandat, M. Deltell se contente de répondre « c’est mon intention», ce qui est bien loin d’un engagement formel.

Les prochaines élections au Québec n’auraient lieu qu’à l’automne 2018 et, d’ici là, la CAQ cherchera à remplacer le Parti québécois en se présentant aux Québécois comme un parti nationaliste, responsable sur le plan fiscal.

Pour remplacer le PQ, François Legault part chasser sur ses terres. Après avoir dénoncé en campagne électorale la cimenterie de Port-Daniel, l’énergie éolienne en Gaspésie et les projets de minicentrales hydroélectriques, le chef de la CAQ constate que les électeurs des régions se sont montrés méfiants à l’égard de son parti.

Un « New Deal » pour les régions

Aujourd’hui, M.Legault propose un « New Deal » pour venir en aide aux régions. Un « New Deal » sans argent supplémentaire toutefois. L’enveloppe budgétaire demeurerait la même. Ce sont les critères des projets retenus qui seraient différents.

La Coalition avenir Québec veut surtout que chaque emploi coûte moins cher au gouvernement, et que ces projets offrent une chance raisonnable de rentabilité.

Ce « New Deal », qui s’ajoute au Projet Saint-Laurent, illustre surtout l’intention de la CAQ de devenir un véritable parti provincial, qui couvrirait l’ensemble du territoire québécois. Pour l’instant, la CAQ est un parti qui se concentre dans l’axe Québec-Montréal, complètement absent des régions dites ressources. L’ironie, c’est que l’île de Montréal est vierge, elle aussi, de tout député caquiste.

Ce « New Deal » est aussi la preuve que le troisième parti d’opposition poursuit sa quête pour établir des thèmes séduisants pour les électeurs.

La place du Québec au Canada

Si la Coalition veut prendre la place du PQ, en le tassant par la droite, elle devra s’interroger sur la place du Québec au sein du Canada. Sinon, qu’est-ce qui distinguerait réellement la CAQ du Parti libéral?

François Legault est nationaliste (encore souverainiste, soutenait Jean Charest), mais comment cela devrait-il se traduire dans les prises de position de la CAQ?

Jusqu’à présent, la CAQ a refusé de miser sur cet enjeu, en délaissant complètement cette question aux deux principaux partis. Si elle veut remplacer le PQ et battre le PLQ au prochain scrutin, la Coalition peut difficilement continuer à ignorer cette question.

Pour ajouter aux défis de la CAQ, le Parti libéral semble déterminé à mettre en oeuvre un programme que la CAQ n’aurait pas renié (et que le PLQ n’a jamais véritablement annoncé en campagne électorale). Ainsi, la seconde opposition risque d’éprouver de sérieuses difficultés à formuler une critique efficace des projets du gouvernement Couillard.

François Legault attaquera probablement Philippe Couillard sur l’incapacité de son gouvernement à relancer l’économie québécoise. Mais ces attaques pourraient mettre aussi en lumière un des paradoxes de la CAQ : ce parti veut assainir les finances publiques tout en relançant l’économie grâce au soutien du gouvernement. Une sorte d’État providence en équilibre budgétaire. Le « New Deal » de François Legault illustre ce paradoxe.

Ça confirme aussi que la CAQ est prête à jouer sur tous les tableaux pour se hisser au pouvoir. Mais, à vouloir vendre le Projet St-Laurent, un « New Deal » pour les autres régions et même le Plan Nord, la Coalition avenir Québec cherche à faire plaisir à tout le monde au risque de ne jamais définir sa propre personnalité.

Catégorie : Québec