La session de tous les défis

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 publié le 9 février 2016 à 18 h 54

C’est un euphémisme de dire que la politique est remplie de défis. Le gouvernement veut stimuler la création de la richesse, il veut adopter des mesures qui viennent en aide aux plus vulnérables, et ainsi de suite. Les oppositions critiquent le gouvernement, elles dénoncent, elles proposent parfois des solutions. Elles préparent le terrain des prochaines élections en espérant convaincre l’électorat.

La session qui commence à Québec ne fait pas exception.

Le défi du gouvernement

Le premier ministre Couillard veut tourner la page sur l’austérité/rigueur budgétaire. Il veut passer à un discours de prospérité. Soit! Un des défis de la politique c’est que les « bottines doivent suivre les babines », bref que le gouvernement passe de la parole aux actes. Et pour ça, il faudra attendre le budget en mars, pour voir si bottines et babines sont synchronisées. Il ne faudra pas s’attendre à ce que le gouvernement roule sur l’or, qu’il réinvestisse massivement dans les écoles et les mesures de solidarité. Mais il devrait pouvoir réinvestir… un peu. Combien? Comment? Rendez-vous en mars.

Le défi de Pierre Karl Péladeau

Le chef du Parti québécois en a des défis. Il doit préparer son parti pour les prochaines élections. Il doit se distinguer comme chef de l’opposition, un rôle ingrat puisqu’il n’a aucun autre pouvoir que celui de critiquer. Il doit coordonner les efforts de l’aile parlementaire de son parti. Il doit stimuler la flamme souverainiste, pas éteinte, mais qui a besoin de carburant.  Il doit assurer la cohésion de son parti. Mais d’abord et avant tout, il doit démontrer qu’il est premier ministrable, qu’il est capable d’avoir la confiance des Québécois. Jusqu’à maintenant, ça a été plutôt difficile.

Le défi de François Legault

La Coalition avenir Québec a tourné en rond en 2015. En 2016, François Legault cherchera à rassembler les déçus du PQ et du PLQ. Vaste défi. Son parti est devenu fédéraliste dans les faits, même s’il est nationaliste. Pas sûr que les souverainistes du PQ suivront, à moins qu’ils ne soient si déçus qu’ils voient dans la CAQ le seul moyen de bloquer le PLQ. Pour les convictions politiques, on repassera. Les sympathisants du PLQ pourraient-ils être déçus par le discours économique du premier ministre? Peut-être. Assez déçus pour faire le saut chez la deuxième opposition? Pas sûr. Bref, la CAQ doit mettre à profit le mécontentement des familles, des souverainistes, des gens d’affaires…

Le défi de Québec solidaire

Depuis sa création et l’élection de son premier député, Québec solidaire se présente un peu comme la conscience morale de l’Assemblée nationale, à la défense de la veuve et de l’orphelin. Depuis quelques semaines, par contre, c’est le Parti québécois, avec son équipe de recherche, qui est au front pour défendre les plus vulnérables. Ça illustre toute la complexité de la tâche d’un tiers parti, qui ne compte que trois députés et une petite équipe de recherche, aussi vaillante soit-elle. Les députés courent les commissions parlementaires, prennent position sur presque tous les sujets et, en fin de compte, dispersent leur énergie. C’est dur, mais probablement nécessaire, de concentrer ses efforts.

Catégorie : Québec

Anticosti : Philippe Couillard cherche un prétexte

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 publié le 5 février 2016 à 17 h 38

Il faudrait se fermer les yeux, se boucher les oreilles et partir loin loin du Québec pour ne pas comprendre que Philippe Couillard ne veut rien savoir d’exploiter le pétrole et le gaz naturel de l’île d’Anticosti. Le problème, c’est qu’il est lié, par contrat, à un processus d’exploration du potentiel énergétique de l’île.

Alors, comment concilier son opposition et son obligation légale? C’est simple! En trouvant un prétexte pour se sortir du contrat.

Quel est ce prétexte? L’environnement!

Oubliez le fait que le baril de pétrole est à 29 ou 30$. Que l’exploitation du pétrole à Anticosti nécessiterait la construction d’un port en eau profonde. Bref, que les coûts/bénéfices seraient minimes.

L’épineuse question de la fracturation hydraulique

 

Ce sont les études environnementales qui seront la planche de salut du premier ministre. Parce que la seule façon d’extraire le pétrole ou le gaz d’Anticosti, c’est par fracturation hydraulique.

La fracturation hydraulique, c’est pas très vert. On utilise des produits chimiques pour fracturer la pierre et aller chercher le pétrole ou le gaz. S’il y a un moratoire sur la fracturation dans la vallée du St-Laurent, il n’y aura pas de fracturation sur Anticosti. Les études vont (fort) probablement conclure que la contamination de l’eau sera trop importante, qu’elle représentera un danger pour le fleuve St-Laurent.

Et Philippe Couillard aura son prétexte.

La suite est prévisible. Le plan de match prévoit des tests de fracturation hydraulique l’été prochain. Mais seulement si les études environnementales sont concluantes, donc seulement si l’effet sur l’environnement est minime. Pariez que l’effet sera important. Pariez que les certificats d’autorisation du ministère de l’Environnement ne seront pas émis.

Le premier ministre pourra alors dire qu’il a respecté le contrat. Que la phase exploratoire a peut être démontré qu’il y avait un potentiel (surtout gazier), mais que les conséquences sur l’environnement seraient beaucoup trop importantes et qu’on ne peut donc pas aller de l’avant.

Il fermerait alors le robinet de possibles recours en justice des compagnies pétrolières associées au projet.

Bref, ce n’est qu’une question de temps avant que les chevreuils d’Anticosti puissent dormir tranquilles.

Catégorie : Québec

Remaniement ministériel : la vitrine

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 publié le 1 février 2016 à 17 h 21

Le remaniement ministériel de Philippe Couillard a changé la vitrine, mais la marchandise dans le magasin, elle, reste identique pour l’instant, même si on nous promet du « nouveau stock ». La comparaison vient de Louise Beaudoin, je pense.

Cinq nouveaux visages ont fait leur entrée au Conseil des ministres, et plusieurs ministres ont joué à la chaise musicale. Avec ces changements, le premier ministre veut relancer son gouvernement, ouvrir un nouveau chapitre. En clair, il veut se défaire de l’étiquette d’austérité qui commence à coller à son gouvernement. S’il faut plus qu’une affiche « Nouvelle administration » pour relancer un magasin, il faut plus que des mots pour changer l’image et le contenu d’un gouvernement.

Devant la vitrine, les mécontents sont toujours là : parents du réseau de l’éducation, parents du réseau des CPE, chauffeurs de taxi, Fédération autonome de l’enseignement (qui a rejeté la proposition salariale du gouvernement). Bref, les projecteurs braqués sur le remaniement ministériel ont plongé le mécontentement dans l’ombre pour à peine quelques jours. Mais la dure réalité est toujours là : il y a des mécontents. Philippe Couillard va devoir renouveler son inventaire, au-delà de la vitrine.

Le gouvernement voudra calmer la grogne. La clé sera le prochain budget. Il laisse déjà entendre qu’il réinvestira en éducation et en santé tout en continuant de contrôler ses dépenses. On peut déjà prévoir les arguments du gouvernement. « Le contrôle des dépenses donne désormais la marge de manoeuvre pour réinvestir. C’était un passage obligé pour permettre d’avoir les moyens de nos ambitions. » Mais aura-t-il les moyens de répondre aux nombreuses demandes, ou devra-t-il encore arbitrer les revendications?

Politiquement, Philippe Couillard commence à préparer les élections de 2018. Elles ont beau être dans un peu moins de trois ans, elles arriveront vite. Il veut rapidement tourner la page sur les premiers mois de son gouvernement, ouvrir la voie vers une mer plus calme. Cette voie se dessine : réinvestissement, abolition graduelle de la taxe santé et… baisses d’impôts juste avant les élections?

Catégorie : Québec

Grenouillage politique

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 publié le 20 janvier 2016 à 16 h 42

Depuis que je fais du journalisme politique, je me surprends parfois à conclure des discussions avec des collègues par un « on n’en est pas à une surprise près » bien senti. Comprendre la dynamique politique représente pour moi le même défi que de résoudre le cube Rubik! Pas facile.

Dans ma quête, j’ai appris plusieurs choses. Par exemple, que la « faune politique » aime grenouiller, comme si elle était incapable de tenir en place. Comme s’il fallait toujours qu’il se passe quelque chose. J’ai aussi appris qu’une fois qu’une information devient publique, la faune ne s’intéresse pas tant à sa véracité qu’à ses conséquences.

Quelques exemples des derniers jours :

- Le cas Pierre Duchesne

Ça fait des semaines qu’on entend des mauvais commentaires sur le style de gestion du directeur de cabinet de Pierre Karl Péladeau. Ses jours sont-ils comptés au PQ? Peut être que oui, peut être que non. Peu importe, une fois que cette hypothèse est sur la place publique, que se passe-t-il? Le chef du PQ se fait demander s’il fait toujours confiance à M. Duchesne. Il ne répond pas. Conséquence : Pierre Duchesne est fragilisé dans ses fonctions. Peut-il rester dans ces conditions? Ses ennemis en interne espèrent qu’il sera congédié ou qu’il remettra sa démission. Le leadership du chef est testé. Passera-t-il le test?

Grenouillage, grenouillage…

- Le cas Pierre Moreau

À une semaine d’un probable remaniement ministériel, on apprend que Jacques Dupuis, son ami, ex-patron et ex-collègue, conseille le syndicat des policiers municipaux. La conjointe de M. Dupuis est l’attachée de presse de M. Moreau. Conflit d’intérêts en vue! M. Moreau, qu’allez-vous faire (avec en sous-entendu, ce n’est pas vivable)? Conséquence : le ministre Moreau est sur la sellette, il doit réagir, c’est en effet invivable comme situation. Son leadership et son éthique sont testés. C’est rare, il est l’homme des grandes occasions, un pilier du gouvernement, un ministre au parcours irréprochable et… un prétendant possible à la succession de Philippe Couillard.

Pierre Moreau voudrait regrouper les Affaires municipales et la Sécurité publique en un seul « superministère » de l’Intérieur. Philippe Couillard acceptera-t-il ou pas, qui sait? Mais une des conséquences, c’est cette impression que le superministre veut des superpouvoirs, qu’il est sur un supernuage et que certains (en interne?) pensent que ce serait peut-être super bien de ralentir un peu ses ardeurs. Remarquez, une autre hypothèse pourrait simplement être que le gouvernement laisse couler cette info juste pour la tester et voir si elle est acceptée dans l’opinion publique. On appelle ça un ballon d’essai!

Grenouillage, grenouillage…

- Le cas François Legault

Le chef de la Coalition avenir Québec multiplie les entrevues cette semaine. Pas seulement lui. Sa femme aussi a donné une entrevue. Et il dit quoi, M. Legault? Il dit que des députés péquistes réfléchissent à la possibilité de faire le saut avec la CAQ! Vrai, faux, qui, combien, on ne sait pas. Mais on sait que si vous êtes à la CAQ vous vous dites : « Wow, des péquistes veulent venir chez nous! Ça va vraiment mal au PQ, ça va bien à la CAQ! » Disons qu’après « l’annus horribilis » de 2015, c’est exactement le genre de petit remontant dont les militants de la CAQ ont besoin.

Grenouillage, grenouillage…

Évidemment, ce ne sont là que des hypothèses, des conjectures sur les intentions de tout un chacun et sur les conséquences des informations qui circulent.

Ce qui me fait penser… Depuis que je fais du journalisme politique, j’ai aussi appris qu’on fait énormément de conjectures!

M’enfin…

Catégorie : Québec

Négos : note à moi-même

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 publié le 18 décembre 2015 à 16 h 37

Cher Sébastien,

Maintenant que le soleil brille sur les relations entre le gouvernement et ses employés, je t’invite à la réflexion.

Dans cinq ans, quand les négociations reprendront, rappelle-toi de la phrase du premier ministre Philippe Couillard au lendemain de l’entente de principe : « Moi, je n’aborde pas les négociations avec le secteur public ou d’autres personnes ou d’autres organisations comme une sorte de bataille de machos où il faut qu’un soit plus fort que l’autre. »

Rappelle-toi de Martin Coiteux qui disait : « Nous sommes à des années-lumière d’une entente. »

Rappelle-toi des syndicats qui disaient que les offres du gouvernement étaient inacceptables, voire méprisantes.

Rappelle-toi que les syndicats demandent la lune, que le gouvernement offre un caillou et, qu’en fin de compte, ils se serrent la main à mi-chemin.

Rappelle-toi que ce qui se dit sur la place publique ne traduit pas ce qui se passe derrière les portes closes.

Rappelle-toi que toute la rhétorique guerrière et agressive n’est qu’une stratégie pour établir un rapport de force.

Rappelle-toi que même si le gouvernement dit que sa patience a ses limites, il peut être patient.

Rappelle-toi que Noël n’est pas juste le miracle de la Nativité, mais aussi le miracle de la négociation.

Rappelle-toi, parce que dans cinq ans, ça recommencera.

Catégorie : Québec

Diane Lamarre, la joueuse étoile

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 publié le 8 décembre 2015 à 15 h 30

Il y a plusieurs années, l’ancienne ministre des Finances Monique Jérôme-Forget, attablée avec quelques journalistes, avait comparé la période des questions à l’Assemblée nationale à une partie de hockey où tous les coups sont permis. Quand on en sort, avait-elle précisé, il faut « prendre la bière, faire la paix et passer à autre chose ». Autrement dit, il ne faut pas prendre personnellement les remarques souvent désobligeantes qui maquillent les questions comme les réponses.

Parce que, disons-le, les couteaux volent souvent bas au Salon bleu.

Les députés qui arrivent à s’illustrer sont ceux qui s’expriment très bien ou qui maîtrisent à merveille leur dossier, ou les deux.

C’est le cas du ministre de la Santé Gaétan Barrette, que cette chronique a déjà sacré « roi de la passerelle ». Le volubile ministre ne refuse jamais une mêlée de presse où il peut disserter à sa guise sur sa vision élaborée du réseau de la santé. Il est très à l’aise,  a réponse à tout et joue facilement avec les mots. Tout ça avec humour, un humour qui a toutefois son public. Sa réplique est rapide, il maîtrise le sarcasme et l’ironie.

Pour l’affronter, dans le sens parlementaire du mot, il faut donc un député solide, consciencieux, dont la crédibilité est inébranlable. Parce que l’adversaire, quoi qu’on en pense, est coriace.

Le chef de l’opposition officielle a choisi de confier ce rôle délicat à Diane Lamarre, l’ancienne présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec.

Elle est peu connue du public, mais il faut toutefois noter sur sa feuille de route qu’elle est membre de l’Ordre du Canada, docteure honoris causa de l’Université Laval et qu’elle a été présidente de Pharmaciens sans frontières.

Beaucoup moins flamboyante que son vis-à-vis, discrète même, Diane Lamarre a tout de même réussi à tenir le ministre en haleine. Tout au long des débats houleux qui ont mené à l’adoption du projet de loi 20 sur l’accès aux médecins, elle a décortiqué chaque ligne du projet ou des ententes parallèles, elle a talonné le ministre et l’a, quelquefois, mis dans l’embarras. Qui, aujourd’hui, au Québec, ne sait pas ce que sont les frais accessoires?

Ses questions, à l’Assemblée nationale, ont toujours été claires et préparées avec attention. Elle les a lues, sans effet de toge et sans humour.

Mais, sans la traiter directement d’incompétente, le ministre Gaétan Barrette ne s’est pas gêné pour remettre en question sa compréhension du système de santé. Il a aussi (régulièrement) critiqué la pertinence de poser telle ou telle question. Malgré les mots du ministre, qui ont parfois fait rire,  jamais la députée de Taillon n’a semblé intimidée. Elle s’est montrée impassible aux attaques, parfois vicieuses, du ministre.

Il faut donc souligner le flegme Lamarre.

La « saison de hockey » étant terminée. La première étoile de la session parlementaire revient donc à Diane Lamarre.

Catégorie : Québec

Une mise à jour économique aux allures politiques

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 publié le 26 novembre 2015 à 18 h 16

Dans l’océan de chiffres dans lequel nous nageons quand le gouvernement présente une mise à jour économique, il y en a un que je retiens : 80 millions.

Le gouvernement investira 80 millions de dollars de plus que prévu en éducation l’an prochain. Le réseau était frappé par la rigueur budgétaire (ou l’austérité?) avec une maigre augmentation de 0,9 % de son budget. Même pas assez pour couvrir l’augmentation des coûts de système.

On peut penser que ce réinvestissement est une réponse au mécontentement du réseau scolaire. Non seulement les syndicats et les commissions scolaires se sont-ils mobilisés pour dénoncer la vision du gouvernement, ils ont reçu l’appui de beaucoup de parents. L’enjeu? La qualité des services, la qualité fondamentale du réseau de l’éducation, avec une nette impression que cette qualité est compromise.

Alors, cette mise à jour devient aussi politique. En réinvestissant 80 millions de dollars en éducation, le gouvernement admet implicitement que sa rigueur budgétaire a un effet négatif sur le réseau. L’argent sera investi dans les services aux élèves, en augmentant « les ressources en enseignement et les ressources professionnelles et techniques, notamment dans les milieux défavorisés et dévitalisés ».

Il semble trouver l’argent dans un surplus budgétaire qui sert à financer le Fonds des générations. En prenant cette décision, le gouvernement ouvre la porte aux syndicats qui réclameront maintenant qu’il fasse le même choix pour financer des augmentations de salaire plus élevées pour les employés de l’État. Sur ce front, il faut s’attendre à un refus net du gouvernement parce que les sommes en jeu sont beaucoup plus importantes que les « maigres » 80 millions réinvestis en éducation.

Pour le reste, la mise à jour économique confirme que le gouvernement est sur la voie de l’équilibre budgétaire cette année. Il le fait grâce au contrôle des dépenses, dont dépend 84 % de l’effort du retour à l’équilibre budgétaire. La vie du gouvernement serait un peu plus facile si les revenus augmentaient à un rythme plus élevé, ce qui n’est pas le cas.

Catégorie : Québec

Une véritable enquête indépendante s’imposait dès le 15 mai, et pourtant, Québec a alors préféré confier à la SQ le soin d’enquêter… sur la SQ.

En confiant à ce corps policier le soin d’enquêter sur des allégations d’agressions sexuelles et d’abus de pouvoir portées contre des collègues de Val-d’Or par des femmes autochtones, comment le gouvernement pouvait-il vraiment espérer gagner leur confiance?

Et d’autant plus que leurs présumés agresseurs continuaient à patrouiller dans les rues de Val-d’Or?

Par ce choix, le gouvernement de Philippe Couillard – les ministres Lise Thériault et Geoffrey Kelley en tête – se condamnait à ne rien découvrir.

C’est tellement évident que la question subséquente est malheureusement inévitable : ce gouvernement et, notamment, la Sûreté du Québec, voulaient-ils vraiment en savoir davantage?

Dans le meilleur des cas, s’il est en gestion de crise aujourd’hui, ce gouvernement n’a que lui-même à blâmer.

Qui est responsable?

Philippe Couillard, montré du doigt par le chef Ghislain Picard, soutient que « toute la société est responsable » des événements de Val-d’Or.

Son ministre des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, considère pour sa part que la responsabilité des actes allégués de quelques policiers relève de « beaucoup de personnes ».

« Ça commence dans les communautés, ça commence avec le gouvernement fédéral, il y a des responsabilités partagées dans ce dossier […] de dire qu’il y a un responsable de 400 ans d’histoire, c’est vraiment inexact », a-t-il soutenu.

Ces propos sont franchement surprenants. Quels sont les éléments du reportage d’Enquête dont on pourrait imputer la responsabilité aux communautés autochtones, au gouvernement fédéral ou même à toute la société?

J’avais l’impression que ces allégations de plusieurs femmes autochtones mettaient seulement en cause le comportement de quelques policiers de la Sûreté du Québec.

Le directeur général de la SQ, Martin Prudhomme, n’a pas hésité lui non plus à vouloir minimiser ses propres responsabilités en affirmant qu’il n’y avait pas de crise à la SQ de Val-d’Or.

Mais alors, quelle peut bien être sa définition d’une crise?

Bref, si on en croit les responsables politiques et administratifs, tout le monde est responsable, sauf Québec.

Responsables de leur propre sort?

Il a été écrit et dit ces derniers jours qu’une partie de la responsabilité incombait aux chefs autochtones qui se sont montrés si fâchés mardi, en fin de journée, à Val-d’Or.

Bien sûr, ils ont des responsabilités, ce sont des représentants politiques. Mais, pour les agissements de la SQ, quelles responsabilités devrait-on leur imputer exactement?

Dans une perspective plus large, il est sans doute tentant de les rendre responsables des conditions de vie désastreuses qui sévissent dans bien des réserves autochtones. J’ai lu et entendu que certains chefs sont de mauvais administrateurs, que d’autres s’en mettent plein les poches et que des grands chefs de l’Assemblée des Premières Nations se baladeraient en Mercedes à Ottawa.

Ah bon. C’est assurément une grande désillusion pour ceux qui croyaient que les maux qui frappent notre société en général ne sévissaient pas parmi les Autochtones.

Et, en l’occurrence, il est bon de se rappeler que de la pauvreté, il y en a dans toutes les régions du Québec, et que ça n’empêche aucun ministre de se promener en limousine.

400 ans d’histoire…

La responsabilité individuelle est un concept fondamental, mais penser que l’histoire a commencé hier, qu’elle est donc sans conséquence, relève de la pensée magique.

À ceux qui se demandent de quelles injustices peuvent se plaindre les Autochtones, je leur suggère la lecture des recommandations de la Commission de vérité et réconciliation sur les pensionnats autochtones.

La commission a désigné comme une tentative de « génocide culturel » la pratique des pensionnats pour Autochtones, qui s’est étalée sur un siècle, pour assimiler 150 000 enfants autochtones en les retirant de leur milieu familial.

Cette injustice s’ajoute à bien d’autres subies par ces peuples qui ont été littéralement dépossédés de leur pays, enfermés dans des réserves et dépouillés de droits politiques jusque dans les années 60.

Je conçois mal que l’on condamne des victimes comme étant responsables de leur propre sort, à tous égards, sans tenir compte de leur passé.

Il est vrai que depuis une quarantaine d’années, la situation a heureusement évolué et que les sociétés canadienne et québécoise conçoivent d’une tout autre manière le rôle des Premières Nations et leur rapport avec elles.

Cependant, cette collaboration relativement récente demeure marquée, de part et d’autre, par les préjugés, la méfiance et l’incompréhension.

L’inévitable impunité

Et c’est loin d’être terminé, puisque les événements de Val-d’Or sont déjà source de méfiance et d’incompréhension, alors que les préjugés affleurent déjà. Malheureusement, il suffit de regarder un peu au-delà des événements pour voir que la suite des choses n’amènera pas grand-chose de bon, au contraire.

Deux éventualités sont envisageables à l’issue de cette enquête policière sur des policiers.

1- La Direction des poursuites criminelles et pénales juge qu’il n’y a pas matière à porter des accusations parce que les preuves sont insuffisantes ou parce qu’il n’y a pas de possibilités raisonnables de faire condamner les policiers visés.

Une telle décision susciterait nécessairement de vives réactions.

2- La Direction des poursuites criminelles et pénales dépose des poursuites criminelles contre des policiers.

Les procès, qui se dérouleraient alors plusieurs années plus tard – ça semble être la règle dorénavant – mettraient en opposition des policiers à des femmes autochtones, consommatrices de drogues et d’alcool de leur propre aveu, « multipoquées » de la vie, qui auront grand-peine à se remémorer les dates précises des événements, et tout ça peut-être devant jury.

Je ne voudrais pas paraître exagérément pessimiste, mais c’est un euphémisme de dire qu’il sera très ardu pour la Couronne d’obtenir des condamnations. Il est déjà difficile de condamner des policiers avec des témoins solides et des éléments de preuves matérielles.

La voie juridique offre donc peu de perspectives encourageantes, quelle que soit la vérité dans cette affaire. Il est plus que probable qu’elle nourrira la méfiance, l’incompréhension et les préjugés, de part et d’autre.

Un peu d’espoir

La possibilité d’une enquête plus globale menée par Québec, mais complémentaire de celle d’Ottawa sur les femmes autochtones assassinées et disparues est une avenue qui s’inscrit à moyen et long terme.

Si le gouvernement Couillard s’extirpe du mode improvisation dans lequel il s’enfonce un peu plus chaque jour, il réussira peut-être à formuler un mandat conséquent pour cette éventuelle commission.

La Coalition avenir Québec (CAQ) a proposé que cette commission enquête sur le traitement des Autochtones par le système de justice québécois, en y intégrant les interventions de la Direction de la protection de la jeunesse.

Cette recommandation, qui aurait obtenu l’aval de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, semble à première vue particulièrement adéquate.

Catégorie : Québec

La marée rouge vue de Québec

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 publié le 20 octobre 2015 à 18 h 04

À première vue, le premier ministre Couillard a de quoi se réjouir des résultats des élections fédérales. Justin Trudeau a indiqué qu’il voulait agir avec davantage d’ouverture dans sa façon de pratiquer le fédéralisme, et cela paraît relativement prometteur dans le dossier des changements climatiques.

À ce chapitre, les Couillard et Trudeau affichent une même détermination sur papier, bien que, concrètement, il n’est pas clair dans quelle mesure ces deux administrations réagiront concrètement aux projets de transport et d’exploitation des hydrocarbures au Québec et dans le reste du Canada.

Pour les transferts en santé, Justin Trudeau rejette l’approche unilatérale du gouvernement Harper et se dit prêt à discuter avec les provinces. Mais il insiste davantage, dans sa lettre qui répond aux demandes de Philippe Couillard, sur l’innovation que sur des injections importantes de fonds, comme le réclame Québec.

Dépassé sur sa gauche

Le plus évident de ces points de discorde entre les deux hommes est lié à l’économie et aux finances publiques. Philippe Couillard s’emploie à gratter les fonds de tiroir et réduit les dépenses en éducation bien en deçà de l’inflation tout en prétendant qu’il ne pratique pas une politique d’austérité. En revanche, Justin Trudeau plaide pour des déficits modestes pour relancer l’économie, avec un Ontario qui est parfaitement au diapason avec une politique économique expansionniste.

Philippe Couillard se fait aussi dépasser sur sa gauche par Justin Trudeau dans le dossier des retraites publiques (un régime plus généreux est envisagé en Ontario et peut-être ailleurs au Canada, mais pas au Québec). Quant au dossier de la marijuana, le PM du Québec est contre la légalisation et veut s’en tenir à la décriminalisation, sans parvenir à expliquer clairement son point de vue, même si quelques États américains sont déjà engagés sur la voie de la légalisation.

Moins libéral que les libéraux fédéraux

À propos du niqab, Justin Trudeau est limpide et rejette toute interdiction. Il l’a répété le soir de son élection. Pour sa part, Philippe Couillard se retrouve maintenant dans le rôle de celui qui veut interdire, peut-être au détriment de la Charte des droits et libertés, cette pièce de vêtement qui couvre le visage et le corps. En théorie, Philippe Couillard pourrait bénéficier sur cette question d’un appui populaire au Québec, bien que, jusqu’à présent, il n’y a que Mario Dumont qui soit parvenu à profiter bien temporairement (et il y a déjà 8 ans) du débat identitaire au Québec.

Et Philippe Couillard veut interdire le niqab – un outil d’oppression des femmes qui n’a rien à voir avec la religion, a-t-il répété en anglais au lendemain du scrutin fédéral – même s’il s’empêche d’interdire le tchador, qui couvre tout le corps, mais pas le visage. Doit-on comprendre que, pour cette raison, le tchador ne serait pas un outil d’oppression? Le tchador, dans l’esprit du premier ministre Couillard, serait-il une véritable pièce de vêtement à caractère religieux? Tout cela paraît bien spécieux, surtout à la lumière de décisions de la Cour suprême sur la liberté de religion.

À l’ombre d’Ottawa

La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a jugé bon de se ranger aux côtés de Justin Trudeau, et tout indique qu’elle a remporté son pari sur tous les tableaux. Justin Trudeau deviendra premier ministre d’un gouvernement majoritaire avec forte représentation ontarienne.

Philippe Couillard ne peut pas en dire autant. La conséquence sera-t-elle que le Québec passera après l’Ontario à Ottawa? En tout cas, l’inverse paraît peu probable.

Le nouveau gouvernement de Justin Trudeau risque d’obtenir une partie appréciable de l’espace médiatique. Les nouveaux ministres fédéraux seront nécessairement plus présents que leurs prédécesseurs conservateurs. Dans certains cas, ça se fera au détriment des ministres libéraux québécois, qui seront moins sous les feux de la rampe.

L’éclat du nouveau premier ministre et de sa famille, qui prendront place au 24 Sussex, pourrait rendre bien terne un premier ministre Couillard qui n’affiche, pour le moment, que des ambitions comptables.

Les gouvernements libéraux à Québec ont rarement bénéficié de la présence d’un gouvernement rouge à Ottawa. Face au fils de Pierre Trudeau, le fédéraliste convaincu qu’est Philippe Couillard devra jauger la façon dont il commandera sa barque constitutionnelle, dont il se plaît à agiter les voiles, malgré qu’il sache qu’elle est toujours en cale sèche. Est-ce qu’un jour viendra où Philippe Couillard sera contraint de manifester des velléités nationalistes pour rassurer les Québécois à l’égard de Justin Trudeau et retrouver une place au soleil?

Tout nouveau, tout beau

Le nouveau premier ministre paraît promis à une lune de miel qui, par la force des choses, ne durera qu’un temps. Philippe Couillard sait bien qu’un jour ou l’autre, Justin Trudeau perdra du lustre, d’autant que son propre gouvernement a subi une importante métamorphose en une seule nuit, en raison de l’arrivée de Justin Trudeau.

Le gouvernement Couillard apparaît tout à coup plus beige et sans vertu progressiste, comme si l’on se rendait compte davantage de certains plis du gouvernement du PLQ que l’on associait jusqu’à présent au gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Catégorie : Québec

Un ministre en eaux troubles

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 publié le 7 octobre 2015 à 21 h 13

Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai beaucoup de difficulté à y voir clair dans la controverse du déversement d’eaux usées à Montréal. C’est une controverse embrouillée, pleine de contradictions.

Récapitulons :

- il y a 18 mois, Montréal soumet son projet;

- le ministère de l’Environnement produit un rapport favorable le 24 février dernier;

- le document affirme cependant que les « usagers du fleuve Saint-Laurent seraient ainsi exposés à une importante contamination microbiologique »;

- le rapport énonce par ailleurs des mesures de mitigation pour limiter le plus possible les effets négatifs du déversement;

- le Québec tout entier apprend la décision de déverser les eaux usées dans le fleuve il y a deux semaines;

- le maire de Montréal Denis Coderre, qui semble l’apprendre en même temps que tout le monde, décrète un moratoire;

- après analyse, il affirme que c’est la seule solution possible;

- mardi, en pleine campagne électorale, le gouvernement fédéral décide de suspendre le déversement le temps de faire des analyses supplémentaires;

- Denis Coderre n’en revient pas, laisse entendre que Les Pierrafeu c’est un documentaire scientifique aux yeux des conservateurs et dit que le fédéral est au courant du projet depuis plus d’un an;

- sur Twitter, la ministre fédérale l’Environnement, Leona Aglukkak, affirme qu’elle n’a été informée des intentions de Montréal que la semaine dernière (remarquez, ses fonctionnaires étaient probablement au courant sans qu’elle le soit elle-même);

- pendant ce temps, le ministre québécois de l’Environnement David Heurtel se met les pieds dans les plats en affirmant quatre fois plutôt qu’une que si les travaux ne se font pas, l’approvisionnement en eau potable de la Ville de Montréal sera menacé;

- or c’est faux, le ministre lui-même en convient en disant qu’il a fait un « lapsus » (voir vidéo).

Eau potable? Eaux usées? Le « lapsus » de David Heurtel

Je vous laisse sur cette question philosophique : un lapsus est-il encore un lapsus quand on le répète quatre fois en 24 heures?

Peu importe votre réponse, il y a un fait incontournable : le ministre Heurtel est en eaux troubles…

Catégorie : Québec