Un ministre efficace et effacé

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 publié le 27 février 2015 à 19 h 24

Efficacité et discrétion, ce sont deux qualités recherchées par un premier ministre quand il forme son Conseil des ministres.

Vous allez me dire : « Et la compétence, elle? » Je vous répondrais : « Bien sûr, la compétence, mais en politique, la compétence ne garantit pas un poste de ministre! » Il y a aussi la géographie (le candidat vient-il d’une ville ou d’une région?), le sexe, les liens avec le premier ministre, le passé (trouble ou immaculé), bref…

Mais quand un ministre est efficace et effacé, il fait le bonheur de son patron. D’abord, parce qu’il atteint les objectifs fixés. Et aussi, parce qu’il ne mettra pas le gouvernement et le premier ministre dans l’embarras.

Le nouveau ministre de l’Éducation, François Blais, est exactement comme ça.

Efficacité : c’est un novice en politique (en fait presque, il a été doyen de la Faculté des sciences sociales et candidat défait au poste de recteur de l’Université Laval), mais lors de son bref passage au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, il a mené ses réformes avec doigté, sans faire de vagues.

Effacé : il ne court pas après l’attention des médias, vous ne le verrez pas donner d’entrevues aux caméras de surveillance de l’Assemblée nationale. Disons que ça réduit le risque de dérapage. Disons aussi qu’à l’Emploi et à la Solidarité sociale, les corvées médiatiques étaient rares. Mais quand il les a faites, il les a bien faites. Reste à voir comment il résistera à l’attention quotidienne du ministère de l’Éducation.

Parce qu’il faut le dire, il a du pain sur la planche, M. Blais : fusions des commissions scolaires, élimination des élections scolaires, négociations avec les enseignants, vision de l’école pour 2020-2025… il ne chômera pas et ce ne sera pas facile!

Philippe Couillard pense avoir trouvé celui qui calmera le monde de l’éducation. On verra quelle note il reçoit dans quelques mois…

Catégorie : Québec

Le (premier) ministre de tout

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 publié le 25 février 2015 à 8 h 57

Le chroniqueur du Globe and Mail Jeffrey Simpson parlait en début de semaine de l’isolement dans lequel se retrouvent inévitablement les premiers ministres canadiens. Stephen Harper n’est pas une exception en soi, mais Simpson explique qu’il a poussé la logique à son extrême. Non seulement est-il isolé quand vient le temps de prendre les grandes décisions, il a fait le vide autour de lui de manière unique, quasi-permanente.

Contrairement à ses prédécesseurs tout aussi seuls au sommet, il n’est entouré de personne avec une force de caractère, un bagage ou encore un lien personnel qui place cette personne en position de confronter M. Harper quand celui-ci mûrit les politiques de son gouvernement avant de s’enfermer pour trancher.

Ne vous en faites pas, M. Harper ne montre aucun signe de détresse devant cette solitude dans son bureau du coin sud-est du parlement, bien au contraire. En fait, il cultive tout ça au point où ça se reflète ouvertement dans la stratégie gouvernementale.

Dans nos gouvernements, le premier ministre reste la tête d’affiche. Ça ne date pas d’hier. C’est encore plus vrai en campagne électorale. Les premiers ministres précédents laissaient cependant généralement la place à leurs ministres pour les annonces de politiques relevant de leurs responsabilités. Comme on est virtuellement en campagne depuis l’automne à cause de la date fixée au 19 octobre prochain, M. Harper a décidé de faire en sorte d’être associé à toutes les annonces ou tous les messages forts du gouvernement. Des messages simples, brefs et limpides.

Vous ne le verrez pas donner dans le commentaire nuancé sur quoi que ce soit, question de ne pas se retrouver dans les publicités de ses adversaires qui interpréteraient ses propos. Demandez à Stéphane Dion ou à Michael Ignatieff, ils savent de quoi je parle.

Voyez le modus operandi depuis la rentrée de septembre, la dernière avant l’élection d’octobre prochain.

Après avoir laissé au nouveau venu aux Finances, Joe Oliver, le soin d’annoncer le fade crédit d’impôt à l’embauche destiné aux PME, le patron a pris la relève pour les annonces plus sexy. C’est donc lui qui est allé à Whitby, en banlieue de Toronto, annoncer dans un gymnase, devant de jeunes joueurs de hockey-balle, le doublement du crédit d’impôt pour les activités physiques des enfants. Y a-t-il un Joe Oliver dans la salle?

Quelques semaines plus tard, même scénario à Vaughan avec deux belles familles sur la scène pour l’annonce du fractionnement du revenu des familles avec enfants et de la bonification de la prestation universelle pour la garde d’enfants. Toujours pas de Joe Oliver, sauf quand vient le temps d’annoncer que l’incertitude causée par la baisse des prix pétroliers force le report du dépôt du budget.

Fin janvier, on remet ça à Markham pour l’annonce des mesures contre le terrorisme. Les ministres responsables, MM. Blaney et Mackay, sont laissés de côté, le patron va se charger lui-même de la très populaire annonce. Je vous en parlais vendredi dernier. Il n’est pas question pour M. Harper de nuancer le message avec une main tendue, une ouverture ou un appel à la tolérance envers les musulmans du pays. Il laisse ça à M. Blaney, dont le ministère et la GRC qui en relève ont des programmes d’intégration, de lutte douce à la radicalisation.

Denis Lebel effectue des tournées à répétition au Québec, mais c’est M. Harper qui va livrer LE message dans LA région que ciblent les conservateurs. En entrevue à une radio de Québec, sans sollicitation, M. Harper y va d’une tirade sur le soutien aux familles, les impôts bas, la lutte au crime et au terrorisme, des valeurs que « détestent » beaucoup de gens à Radio-Canada selon lui.

Et pendant qu’il était au Québec, il en profite pour donner un point de presse au cours duquel ses conseillers ouvrent la porte aux journalistes pour lui permettre d’annoncer que son gouvernement fera appel du jugement de la Cour d’appel qui permettrait à une musulmane de prêter le serment de citoyenneté avec le visage couvert. Allô Chris Alexander!!!

Tout aussi révélatrice, sa réponse aux questions lorsqu’interrogé sur la possibilité d’utiliser la clause dérogatoire (nonobstant) pour ne pas avoir à tenir compte du jugement de la Cour suprême qui permet le suicide assisté médicalement. Même logique, mais à l’inverse, il laisse à d’autres la nouvelle moins réjouissante.

À Thomas Mulcair et Justin Trudeau qui lui demandent de confirmer qu’il n’aura pas recours à cette clause exceptionnelle, il ne ferme pas la porte :

« Le gouvernement a toujours respecté les décisions de la Cour suprême et nous allons étudier cette décision et consulter la population canadienne avant de décider comment répondre. »

Incertitude? Ambivalence? Confusion? Ben voyons donc! Plusieurs députés identifiés à la droite orthodoxe réclamaient la veille le contournement du jugement grâce à ladite clause, et la base du parti associée au courant religieux et du droit à la vie le demande aussi. M. Harper ne sera pas celui qui va leur claquer la porte sur les doigts, pas en public du moins.

Peter MacKay ramasse la patate chaude et dit à la sauvette de ne pas compter sur la « clause nonobstant » en circulant dans les couloirs du parlement. Et on envoie même au bâton le secrétaire de presse de M. Harper, Carl Vallée, pour expliquer que la « clause nonobstant » n’est pas envisagée. Mais voilà, pas un son de la bouche de M. Harper qui pourrait être retenu contre lui. C’est ça qui compte.

On aura beau dire que cette droite orthodoxe est une clientèle captive, M. Harper ne veut pas être sa cible principale et, par-dessus tout, il veut limiter les protestations ouvertes. Pire, des messages de mobilisation qui appelleraient au combat avec un extrait venant directement de lui comme amorce. Il ne veut simplement pas être le proverbial messager sur lequel on tire, il sait quel effet ça peut avoir, ses adversaires peuvent en témoigner.

En prime, son gouvernement va permettre à cet électorat de ventiler directement ses frustrations quant au jugement. Il prépare un forum en ligne pour amorcer la consultation que promet le premier ministre. Organisés comme ils le sont, ces groupes vont être en mesure d’inonder le site web de messages défavorables contre l’aide médicale à mourir.

M. Harper n’ira évidemment pas jusqu’à présenter le budget à la place de son ministre des Finances, mais attendez-vous à ce que les scénarios décrits plus haut se répètent. En pleine année électorale, avec en main les rênes du gouvernement et les annonces qui viennent avec, M. Harper se dit tout simplement : « On n’est jamais si bien servi que par soi-même ».

D’une part, ça permet de constater l’efficacité de M. Harper dans la livraison du message, mais ça pose aussi un peu la question de la composition de son Cabinet. C’est Philippe Couillard qui doit regarder M. Harper aller avec intérêt, sinon avec une pointe d’envie!!!

Catégorie : Ottawa

D’une lubie à un projet mal ficelé

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 publié le 24 février 2015 à 17 h 32

La consigne du silence imposée aux ministres qui n’auraient pas été adéquatement informés par le bureau du premier ministre n’y aurait rien changé.

Non, puisque le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau avait consulté le Conseil des ministres le 10 décembre 2014 avant de faire sa sortie contre les maires de Laval et de Longueuil.

M. Moreau, qui craignait peut-être qu’on lui attribue la paternité de cette taxe, a donc obtenu l’appui de ses collègues et du premier ministre pour annoncer ensuite à la presse parlementaire qu’il allait rembourser les contribuables de ces deux villes et réduire d’autant les transferts à ces municipalités.

Pourquoi?

Parce que ces deux maires ont osé dire qu’une partie des hausses d’impôts fonciers était attribuable aux compressions annoncées dans le nouveau pacte fiscal entre Québec et le monde municipal.

Or, cela aura pris deux mois et demi au ministre et au gouvernement pour commencer à mettre de côté ce qui n’était ni plus ni moins qu’une lubie. Il reste maintenant au ministre Moreau à faire marche arrière avec la Ville de Laval et son maire Marc Demers, après avoir vaguement sauvé la face avec la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire.

Cette décision n’avait guère de sens parce que le ministre, en plus de remettre en cause la liberté d’expression de deux maires, créait un impossible précédent, puisque d’autres municipalités n’avaient plus qu’à dénoncer le pacte fiscal pour que Québec indemnise leurs contribuables pour les hausses d’impôts fonciers.

Ça n’avait guère de sens (voire aucun), et pourtant l’ensemble du Conseil des ministres avait donné son approbation à cette idée. Cela montre que le ministre Moreau exerçait, en décembre, un ascendant certain sur ses collègues, dont le premier ministre, et d’autre part, qu’en politique, il arrive parfois qu’on l’échappe. Vraiment.

Pas de taxe Moreau et pas de taxe Poëti

Une lubie est une « fantaisie soudaine » nous dit le dictionnaire Larousse. Ce n’est pas de cela qu’on parle avec ce projet d’impôts fonciers supplémentaires pour les nouveaux résidents qui habitent à proximité des services de transport en commun. Dans ce cas, le gouvernement réfléchit à cette approche depuis plusieurs mois, mais moins de 12 heures après la publication de la primeur de ma collègue Julie Dufresne, le ministre des Transports Robert Poëti a fait marche arrière.

Il semble que le gouvernement Couillard se soit effarouché lui-même en réalisant que ce projet risquait de se transformer en « taxe Poëti » dans l’esprit des citoyens.

Un projet de ce genre doit être manipulé avec soin. Il exige d’être expliqué et justifié avec des arguments solides. L’argument du ministre Poëti, qui a évoqué l’économie d’un second véhicule pour les familles qui vivent à proximité du transport en commun, ne trouve pas sa place dans cette catégorie.

D’autres arguments, venus d’ailleurs, ont touché davantage la cible. Pourquoi imposer plus les citoyens qui font les bons choix (de s’établir à proximité du transport en commun) et qui, en outre, ont déjà payé une plus-value à l’achat avec, à l’avenant, des impôts fonciers plus élevés? Qui est à l’origine des problèmes de circulation à Montréal, ceux qui vivent près des transports en commun et qui les empruntent ou ceux qui font la navette en voiture de la banlieue jusqu’en ville? D’autant que Québec s’oppose au projet fédéral d’imposer un péage sur le nouveau pont sur le Saint-Laurent.

On le voit, pour le moment, le projet est mal ficelé, mais il est aussi possible que ce soit simplement une mauvaise idée.

Le premier ministre Couillard a jugé nécessaire d’intervenir pour mettre un terme aux ambitions du ministre Poëti et de remettre le tout entre les mains de la Ville de Montréal, en affirmant que si Montréal veut de nouveaux pouvoirs, même de taxation, le maire Denis Coderre pourra les demander au ministre des Affaires municipales Pierre Moreau.

Toutefois, cela ne règle en rien les coûts associés à l’expansion des services de transport en commun, qui relève du gouvernement du Québec et non pas des villes qui, elles, financent surtout le fonctionnement des transports collectifs.

Dans ces deux dossiers, le gouvernement libéral s’empresse déjà de montrer qu’il passe à autre chose. Néanmoins, cela laisse présager des négociations particulièrement intéressantes sur le statut de métropole entre les ministres Moreau et Poëti et le maire de Montréal, Denis Coderre. Le gouvernement Couillard pourrait avoir l’occasion de manifester plus de cohésion et de cohérence dans ses interventions. Pour le bien-être de Montréal et de sa région, souhaitons que cette fois, il ne l’échappe pas.

Catégorie : Québec

Contrôle du message… et des questions

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 publié le 24 février 2015 à 16 h 57

On a beaucoup parlé de la nouvelle consigne de Philippe Couillard à ses ministres. Ils doivent dorénavant attendre d’avoir reçu les « lignes de presse » de son Cabinet avant de s’adresser aux médias.

Quelques jours après avoir imposé cette consigne, le premier ministre ne se doutait probablement pas qu’il serait lui-même appelé à « contrôler » la question d’un journaliste.

Ça s’est passé lors du passage à Québec du président de l’Islande, Olafur Ragnar Grimmsson. Ça commence par l’aveu d’un collègue journaliste qui juge son anglais trop approximatif pour poser une question au président islandais.

La suite se trouve dans cet extrait :

Malgré une question potentiellement embarrassante, le premier ministre a fidèlement servi d’interprète.

Le président Grimsson le lui a bien rendu en répondant que des États fédérés (comme le Québec ou des États américains) jouissaient d’assez d’autonomie politique pour conclure des ententes avec des pays comme le sien.

Mais à une question précédente sur les aspects négatifs de l’indépendance, M. Grimsson a répondu que l’indépendance n’est jamais négative, surtout quand un peuple (comme le sien) prend sa destinée économique en main.

On présume que M. Couillard aurait aussi souhaité pouvoir « contrôler » la réponse de son invité.

Catégorie : Québec

Un gouvernement fauché

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 publié le 23 février 2015 à 19 h 30

Je vous laisse décider si nous sommes en période d’austérité ou de rigueur budgétaire.

Dans ce débat qui fait rage, une chose est sûre : le gouvernement est fauché.

Si fauché, en fait, qu’il doit demander à la Caisse de dépôt et placement de financer des projets d’infrastructures comme le système léger sur rail du nouveau pont Champlain ou le train de l’Ouest pour relier Montréal à l’aéroport Pierre-Elliott Trudeau.

Si fauché, qu’il veut maintenant donner aux villes le pouvoir de taxer les immeubles en fonction de leur proximité au transport en commun. Votre maison fraîchement construite est près d’une station de métro? Vous paierez plus de taxes municipales.

Pourquoi? Parce que vous bénéficiez d’un meilleur service, qu’il faut financer. On appelle cela « la captation de la plus-value foncière ».

Évidemment, vous pourriez argumenter que votre maison vaut déjà plus cher et que, par conséquent, vous payez déjà plus de taxes municipales, justement parce que vous habitez près d’une station de métro. Peine perdue, le gouvernement est fauché.

Il argumentera qu’il faut bien les financer, ces services. Et si des résidents bénéficient de meilleurs services, pourquoi ne paieraient-ils pas un peu plus cher? Et si leur maison a une plus grande valeur de revente, ils seront gagnants en fin de compte.

En tout cas, on ne pourra pas reprocher au gouvernement de manquer d’imagination. Il va toutefois arriver un moment où les augmentations des tarifs d’Hydro-Québec, des garderies subventionnées et des taxes scolaires commenceront à peser lourd sur le moral du contribuable…

Catégorie : Québec

Harper, Obama et l’Islam

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 publié le 20 février 2015 à 19 h 35

Ce n’est pas d’hier qu’on note les différences entre Stephen Harper et Barak Obama. Les deux hommes n’ont jamais vraiment eu d’atomes crochus. En fait, la popularité de Barak Obama au Canada au moment de son élection était telle qu’elle faisait ombrage au premier ministre canadien.

Au-delà des personnalités radicalement différentes, des contrastes sont apparus sur certains enjeux au point de frôler carrément le différend dans certains cas. Et on ne parle pas d’enjeux marginaux ici. Après la crise financière et la récession de 2008-2009, les deux hommes étaient loin d’être sur la même longueur d’onde en ce qui concernait la relance économique globale. Stimulation prolongée de l’économie pour M. Obama, rigueur budgétaire pour M. Harper.

Les positions de M. Obama sur le changement climatique et surtout ses tergiversations sur l’approbation du pipeline Keystone XL ont creusé l’écart entre les deux hommes.

Ce contraste se manifeste à nouveau sur leur façon d’aborder la question de la lutte au terrorisme. Tout d’abord, les deux sont d’accord sur le plus élémentaire, il faut confronter le groupe armé État islamique et le faire en évitant l’envoi massif de troupes en sol irakien ou syrien. Là où ils se distancient, c’est sur la façon d’aborder les dessous du terrorisme.

Dès l’attentat du marathon de Boston d’avril 2013, Stephen Harper a adopté une ligne dure face aux jeunes qui se laissaient séduire par le courant islamiste radical. Ça se passait dans la cour de M. Obama. Mais même lui, tout en condamnant le geste, indiquait qu’il fallait tenter de comprendre la source du mécontentement ou des frustrations de ces jeunes qui débouchaient sur des attentats.

Ces fameuses causes profondes, Stephen Harper ne voulait pas en entendre parler. Un chef de parti fraîchement élu, Justin Trudeau,  avec le vent, que dis-je, des rafales dans les voiles, les avait mentionnées en commentant l’attentat du marathon et l’occasion était trop belle de l’étamper dans la bande à sa première présence sur la glace dans la grosse ligue. Justin Trudeau a compris depuis qu’il n’y a pas trop de place pour la nuance sur cette question-là dans la stratégie de Stephen Harper.

La tenue du sommet contre l’extrémisme violent à Washington à l’initiative de Barak Obama et les déclarations de Stephen Harper sur tout ce qui entoure le terrorisme, la mission en Irak et même le port du niqab fournissent la plus récente occasion de départager les deux hommes.

M. Obama et tous ceux qui gravitent autour de lui évitent consciencieusement les mots djihadiste et islamique pour décrire les motivations ou les sources de l’idéologie du groupe armé État islamique. Certains de ses adjoints tentent de justifier ce choix en disant que le fait d’étiqueter comme « islamique » ces convictions et les gestes barbares posés en leur nom ferait le jeu de l’ennemi qui veut justement se définir comme une cible d’une guerre menée par les États-Unis contre l’islam au sens large…

Disons que la subtilité de la tactique est si peu évidente que les politiciens et les commentateurs de tous les côtés y trouvent à redire. Est-ce diluer le tout? Un euphémisme qui traduit un manque de conviction? Une approche à la Obama, un peu académique et désincarnée au point de devenir réductrice?

À l’inverse, M. Harper n’y va pas par quatre chemins et cherche même à associer sa personne à chaque occasion. C’est donc lui plutôt que les ministres responsables, MM. Alexander ou MacKay, qui a annoncé l’intention de son gouvernement de faire appel du jugement qui autorise la prestation du serment de citoyenneté le visage voilé du niqab la semaine dernière. Même chose pour l’annonce du projet de loi C-51 sur la lutte contre le terrorisme.

Quant au contenu des propos, vous allez devoir creuser pas mal pour trouver LA fois où M. Harper a fait preuve d’une certaine ouverture à l’égard de la communauté musulmane depuis le regain de tension des derniers mois. Vérification faite, aucun appel à la tolérance ni à la solidarité, aucune main tendue à la communauté lors des grands moments, lorsque les projecteurs nationaux étaient braqués sur lui.

Pensons au soir de l’attaque du 22 octobre au Parlement dans son discours télévisé ou encore à celui du lendemain en Chambre qui se concluait par les fameuses accolades à ses rivaux. Au lendemain de l’attaque à Charlie Hebdo, même chose. À Richmond Hill pour l’annonce du C-51, même message, celui de la répression et de la prévention par la coercition.

Pourtant, le gouvernement met de l’avant des programmes intéressants, certains pour voir venir la radicalisation, pour ramener dans le droit chemin les jeunes qui seraient tentés. Même les autorités policières le font. M. Harper laisse justement ça à ses ministres qui eux, en parlent fréquemment.

LA fois où M. Harper a tendu cette main aux musulmans canadiens est pas mal passée inaperçue, malheureusement vous diraient probablement M. Harper lui-même et ses conseillers. C’était un jeudi soir du début décembre lors d’un souper-anniversaire d’un organisme charitable à Markham. M. Harper y a remercié les dirigeants de la communauté pour leur réaction, leur dénonciation des auteurs des attentats en sol canadien et surtout pour leur campagne contre la radicalisation des jeunes. Pas totalement un coup d’épée dans l’eau, mais probablement pas non plus l’occasion la plus rentable de le faire si on compare aux audiences qu’il avait quand toutes les caméras étaient braquées sur lui.

De plus, des remerciements aux musulmans, c’est une chose, un appel au reste de la population de ne pas se laisser gagner par l’intolérance,  c’en est une autre. Demandez justement aux musulmans du pays ces jours-ci.

Donc, d’un côté un président américain qui dilue le message au point de noyer le poisson, de l’autre un premier ministre qui préfère un message simple, sans équivoque. Les deux avec des visées politiques qui leur sont propres. Celui des deux qui a à se faire réélire est de notre côté du 49e parallèle.

Catégorie : Ottawa

Les voies de l’austérité

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 publié le 17 février 2015 à 13 h 07

Jeudi dernier, une manifestation syndicale était prévue vers 16 h devant l’Assemblée nationale. Le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux convoque les médias à la salle de presse à 15 h 30 pour adresser un message aux Québécois et aux manifestants :

« Le gouvernement est totalement, mais parfaitement conscient de tous les efforts qu’on demande, qui sont des efforts importants, qui sont des efforts qui ne sont pas nécessairement faciles pour personne. On est tout à fait conscients de ça. Mais je réitère que c’est un effort qu’on demande à tous, que c’est un effort national qui est demandé à tout le monde. »

Il n’est pas si clair que tous les groupes participent aux efforts du gouvernement. Certainement pas tous de façon égale. Ceux qui sont dans le secteur public, ou qui en dépendent, souffrent davantage. Cela paraît évident.

Pour les personnes morales, les corporations, c’est une toute autre chose.

La participation fiscale des entreprises semble être un sujet devenu tabou (ou désuet?) face à l’argument de la concurrence des entreprises d’une juridiction à l’autre. Il est tout de même troublant de constater que les entreprises contribuent environ pour 10 % des revenus autonomes du gouvernement du Québec. Le reste est assumé par les particuliers.

Alors, même si on retire quelques avantages fiscaux aux entreprises, la contribution des entreprises au budget de l’État étant devenue marginale, il est difficile de mesurer l’effort réel du secteur privé dans tout ce processus.

Et, même parmi les entreprises, celles qui écopent le plus sont celles des secteurs économiques qui dépendent davantage des subventions gouvernementales, comme les productions cinéma, télévision et multimédia.

Aux institutions financières, on ne parviendra à soutirer qu’une somme de 129 millions de dollars au maximum par année avec une « surtaxe temporaire ». Le gouvernement Couillard semble avoir trouvé gênant de constater que le budget de juin n’exigeait aucun effort aux banques qui engrangent des profits mirifiques.

Voici un extrait du Point sur la situation économique et financière du Québec de décembre 2014 : « À l’instar des autres secteurs de l’économie qui voient leur aide fiscale diminuer, un effort sera demandé aux institutions financières jusqu’au 31 mars 2017. »

Ainsi, les banques profitent d’une surtaxe — j’ignorais que les banques étaient « surtaxées » — temporaire, donc accompagnée d’une date de péremption. Nos classes dirigeantes font parfois preuve d’une imagination fertile dont les citoyens aimeraient certainement profiter plus souvent. Mais, en attendant, poursuivons avec Martin Coiteux :

« Il y a une raison pour laquelle on demande cet effort national et qu’on demande cet effort, donc, à tous : presque 11 milliards d’intérêts, cette année, sur une dette de plus de 200 milliards de dollars. C’est 11 milliards de dollars qui n’est pas disponible, ni pour de la rémunération d’employés du secteur public ni pour aucun programme dont les Québécois pourraient être les bénéficiaires. »

Il est exact que Québec va verser cette année 10 milliards 831 millions de dollars au service de la dette, ce qui représente 11,2 % des revenus. Dans une perspective historique, c’est très raisonnable, et cela s’explique par les faibles taux d’intérêt. Avant 2008 et jusqu’au début des années 80, le service de la dette représentait de 12 à 16 % des revenus du gouvernement du Québec.

Qu’est-ce que ça signifie? Que ça fait déjà longtemps que c’est ainsi et, quoi que nous fassions, nous assumerons pendant encore longtemps un service de la dette qui va représenter au moins 10 % des revenus. À très long terme, cela pourrait changer, mais pour y parvenir, il ne faudrait pas seulement planifier des remboursements de la dette, il faudrait d’abord arrêter de rempiler les prêts, avec l’entretien et la construction des infrastructures.

Donc, payer comptant. Ce n’est pas impossible, mais, au mieux, ce n’est pas pour demain. Alors, ces 11 milliards de dollars ne seront pas disponibles, pendant longtemps, pour autre chose que le paiement des intérêts sur la dette.  Martin Coiteux :

« Si on ne faisait pas cet effort national qu’on demande à tous, cette année, on aurait 5 milliards de déficit. Et l’an prochain, on aurait plus de 7 milliards de déficit. »

Ces données, fondées sur les demandes de budget des ministères, ne contribuent en rien au débat sur les finances publiques. Ces déficits hypothétiques ne sont pas pertinents parce qu’ils occultent les informations sur les déficits réels. Comme d’autres, mais cela n’excuse rien, ce gouvernement a choisi d’utiliser des chiffres douteux comme arguments pour assurer son pouvoir plutôt que des chiffres authentiques pour animer un véritable débat démocratique.

Le vérificateur général par intérim (depuis environ trois ans), Michel Samson, a accepté de s’en mêler en juin dernier. Il a fondé son analyse sur cette base discutable des demandes des ministères au Conseil du Trésor. Aux yeux de l’opposition officielle, il s’est largement discrédité en agissant de la sorte. L’aile parlementaire du Parti québécois ne semble pas avoir l’intention d’accorder à Michel Samson son nécessaire appui pour une nomination en bonne et due forme.

Poursuivons avec le président du Conseil du Trésor qui explique le processus qui suit l’austérité, c’est-à-dire l’objectif, la finalité de l’austérité.

« Ce cycle antiprospérité, qui est lié à une dépense excessive, on doit le briser [...] Parce que, si on contrôle bien nos finances publiques après cet effort qu’on demande à tous, bien, on va commencer à retrouver la liberté aussi de commencer à baisser cette pression fiscale, permettre à nos entreprises d’investir davantage et d’innover davantage, permettre à nos citoyens de consommer davantage, permettre donc d’avoir une économie beaucoup plus dynamique et prospère. Et ultimement d’avoir les recettes fiscales que nous n’avons pas aujourd’hui, avec lesquelles on va être capables de se payer les programmes que l’on veut collectivement, la justice sociale que l’on veut collectivement et améliorer les conditions d’existence de tout le monde, y compris, bien entendu, des employés du secteur public. »

Ne retrouvons-nous pas une recette maintes fois évoquée? Réduire les taxes et les impôts afin de créer davantage de croissance, afin de générer un accroissement des revenus de l’État, malgré une assiette fiscale plus petite.

Il n’est pas dit que ça fonctionne, sinon que tout ça n’advient pas dans l’absolu, au grand bonheur du gouvernement libéral.

Les nouvelles conditions économiques comptent parmi les meilleurs alliés de l’administration Couillard. La baisse du prix du baril de pétrole, qui a entraîné dans son sillage le dollar canadien, combinée à une reprise robuste aux États-Unis, pourrait se révéler une bénédiction pour l’économie québécoise.

Une mobilisation incertaine

Si ces facteurs se confirment et se révèlent déterminants, si l’économie redémarre et si la croissance n’est pas assommée par l’austérité, la contestation sociale pourrait bien en pâtir.

En outre, les revendications des groupes qui subissent les effets des compressions ne s’arriment pas facilement :

  • Voyons-nous les parents de la classe moyenne qui ont des enfants en  service de garde subventionné se mobiliser, organiser des manifestations?
  • Les étudiants vont-ils lancer un vaste mouvement de grève pour dénoncer l’austérité?
  • Est-ce que les employés du secteur public sont prêts à débrayer dans la foulée de leurs négociations collectives?
  • Les employés municipaux sont-ils toujours en mode protestation?

Québec solidaire a affirmé son soutien sans équivoque à ceux qui s’opposent aux mesures d’austérité, mais la porte-parole Françoise David semble bien consciente de la fragilité des liens qui les unissent.

Le printemps étudiant 2012 fait rêver les groupes sociaux et si une mobilisation importante n’est toujours pas exclue, la situation est très différente. Les conditions économiques des étudiants étaient beaucoup plus précaires que celles des employés du secteur public provincial et municipal et des parents visés par les hausses de tarifs en garderie.

Pour ajouter aux difficultés, une partie des employés du secteur de la santé se retrouveront en période de maraudage, au moment même des négociations collectives. Ça pose un sérieux défi pour la solidarité intersyndicale.

Une mobilisation d’une grande ampleur est toujours envisageable, mais le printemps approche. Et, pour l’instant, les opposants ne sont pas parvenus à coordonner leurs efforts.

Carlos Leitao et l’Institut économique de Montréal

Le ministre des Finances est un économiste prévisionniste réputé. Mais au plan idéologique, Carlos Leitao s’est montré assez discret jusqu’à présent. Lors de la présentation en commission parlementaire de l’Institut économique de Montréal sur le projet de loi 28, il a donné une idée plus précise sur sa façon de voir les choses :

« J’appuie beaucoup vos commentaires, c’est un peu rafraîchissant. Nous avons entendu beaucoup de groupes. Votre opinion diffère de celles qu’on a entendues avant. Je dois vous dire que c’est beaucoup plus proche de ce que moi je pense. De ce côté-là, on finit en beauté, on dirait. »

Pourtant, le Conseil du patronat, la Fédération des chambres de commerce du Québec et la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, qui ont aussi témoigné lors de ces consultations, sont réputés pour être bien campés à droite, mais moins que l’Institut économique de Montréal, il est vrai. Les représentants de l’Institut venaient notamment de proposer au ministre Leitao que les policiers soient secondés par des civils ou par des entreprises pour les aider à assumer leurs tâches de nature administrative.

Si certains voulaient croire que Carlos Leitao pourrait tempérer les ardeurs du gouvernement Couillard, ils peuvent mesurer aujourd’hui l’ampleur de cette illusion.

Catégorie : Québec

Les 50 ans du drapeau canadien : souvenirs unifoliés

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 publié le 15 février 2015 à 7 h 02

Archive de la cérémonie officielle d'inauguration du drapeau à Ottawa en 1965
Cérémonie officielle d’inauguration du drapeau à Ottawa en 1965 / Photo : CBC

C’était il y a 19 ans, un 15 février, fête du drapeau canadien dans un parc à Hull pendant le Bal de Neige. Il faisait froid comme ces jours-ci, et le soleil était de la partie. J’étais avec quelques reporters dans l’enclos réservé aux journalistes et nous nous regardions en nous demandant qu’est-ce qui avait bien pu faire en sorte qu’on se retrouve condamnés ainsi à couvrir la non-histoire qu’allait être l’apparition du premier ministre Jean Chrétien à cette cérémonie du drapeau.

Mais c’était quelques mois après le référendum de 1995 et la courte victoire du non, le premier ministre venait juste d’annoncer l’arrivée de Pierre Pettigrew et de Stéphane Dion dans son cabinet. Le gouvernement s’accrochait à autant de symboles canadiens que possible.

Et bien sûr, vous me voyez venir depuis le début, ce qui rend ce 15 février mémorable, ça a été la rencontre entre Jean Chrétien et le manifestant antipauvreté Bill Clennett. Surgissant devant lui au moment où le premier ministre se dirigeait vers sa voiture, il a été agrippé au cou par un Jean Chrétien aux airs de lutteur de Sur le matelas derrière ses lunettes noires et jeté par terre. Il était sur mon chemin, a expliqué le premier ministre qui a ensuite essayé de tourner ça à la blague. Nous, on n’en revenait pas que quelqu’un franchisse ainsi le cordon des gardes du corps, mais aussi d’avoir vu les réflexes du premier ministre.

Pourtant, en novembre de l’année précédente n’avait-il pas brandi une sculpture en pierre à savon pour se défendre d’un intrus à la résidence officielle du 24 Sussex… ou était-ce son épouse?

Autre souvenir du drapeau canadien, en 1999 cette fois, en juin, au moment où les soldats de la force de l’OTAN pour le Kosovo (KFOR) entrent pour la première fois sur le territoire occupé par l’armée serbe pendant 15 mois. C’est ma deuxième affectation internationale (hors des voyages officiels avec le premier ministre) et je vais pouvoir accompagner des soldats canadiens qui entrent en convoi terrestre en route vers Pristina.

En ce premier jour, ils vont s’arrêter à peu près à mi-chemin entre la frontière macédonienne et la capitale. Dans le village que le convoi traverse pendant qu’il quitte la route principale pour établir son camp, des gens attendent le long du chemin, des fleurs à la main, dont les jolis coquelicots rouges qui poussent partout. En échange, les soldats leur donnent de petits drapeaux canadiens qu’ils agitent avec joie, heureux – je me le fais expliquer – que le Canada ait été un des pays de l’OTAN qui a bombardé le territoire pour obtenir la fin de la guerre, même si ces bombes ont fait de nombreuses victimes chez les civils.

Dernier souvenir lié au drapeau canadien, en Cisjordanie en 2006, après l’élection législative où le Hamas a obtenu la majorité absolue. Peu de temps après, plusieurs gouvernements occidentaux, dont le Canada, avaient suspendu leurs programmes d’aide à l’autorité palestinienne pour ne pas avoir de contacts directs avec des ministres du Hamas, une organisation sur la liste des organisations terroristes.

Plusieurs organismes palestiniens dénoncent la décision canadienne et, lors d’une grande manifestation, un drapeau canadien est brûlé non loin d’où je surveille la manifestation. J’ai été très discrète sur le média représenté lors de mes demandes d’entrevue pendant quelques mois, préférant dire CBC que Radio-Canada pour ne pas me faire fermer la porte d’emblée.

Catégorie : Ottawa

L’approche « légalo-légale » du PLQ

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 publié le 11 février 2015 à 21 h 05

Vous vous souvenez peut-être du débat sur la charte des valeurs et de l’embarras dans lequel le Parti libéral avait été plongé.

Rappelez-vous : le député libéral Marc Tanguay disait qu’il serait « tout à fait à l’aise » de côtoyer une députée portant le tchador (qui recouvre le corps de la tête au pied en laissant le visage découvert).

Rappelez-vous : le fracassant départ de Fatima Houda Pepin, expulsée pour les uns, incapable de compromis pour les autres, mais elle était certainement plus affirmative que son parti sur les questions de laïcité.

Vous pensiez que le PLQ avait appris sa leçon? Pas vraiment.

En arrivant au caucus du gouvernement mercredi matin, la ministre de l’Immigration Kathleen Weil s’est fait demander si elle accepterait de travailler dans son cabinet avec un intégriste religieux.

Voici deux extraits de sa réponse :

1- « Intégriste, ça dépend jusqu’où… s’il est rigoriste, mais qu’il ne fait pas de mal à personne. C’est ça l’inquiétude pour une démocratie, c’est la sécurité des gens. »

2- « On n’a pas de jugement à porter sur cette personne, en autant que la sécurité publique est protégée… »

En deux réponses, la ministre Weil a rappelé à gros traits le problème latent du PLQ sur ces questions : son approche « légalo-légale ».

D’accord, l’intégrisme n’est pas illégal en soi. D’accord, « en théorie », on ne peut pas faire de discrimination. Mais la politique, c’est autre chose. C’est avoir une certaine sensibilité sur ces questions, au-delà de la lettre légale.

À la sortie du conseil des ministres, Mme Weil a corrigé le tir :

« On s’entend, quelqu’un qui ne partage pas nos valeurs de démocratie, l’égalité entre les hommes et les femmes, quelqu’un qui ferait la promotion de l’homophobie, ce serait impossible que quelqu’un comme ça se retrouverait dans mon cabinet. »

Il est évident que dans un cabinet politique, on n’engage pas quelqu’un qui ne partage pas ses valeurs ou sa vision politique.

Mme Weil aurait-elle engagé un adversaire politique? Non!

Pourquoi alors engagerait-elle un intégriste?

Catégorie : Québec

Rentrée politique dans un climat social tendu à Québec

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 publié le 10 février 2015 à 17 h 54

Le ministre de la Santé s’est placé littéralement à l’avant-plan de cette rentrée parlementaire avec ce bâillon pour forcer l’adoption de son projet de loi sur la réforme des structures.

Et c’est lourd de sens.

On l’a vu, presque tous les groupes du domaine de la santé ont dénoncé la réforme du ministre. Il ne reste qu’un homme debout après l’adoption sous le bâillon du projet de loi, et c’est le ministre Barrette. Pourquoi? Parce que Gaétan Barrette a acquis quelque chose d’extrêmement précieux, et c’est la confiance, pleine et entière, du premier ministre et de son bureau.

J’oserais dire que le ministre Barrette les a transcendés.

C’est d’autant plus évident que M. Couillard pensait tout autrement que son ministre actuel il n’y a pas si longtemps, en décembre 2011.

Le premier ministre Philippe Couillard a autorisé le ministre Gaétan Barrette à réaliser son plan, son oeuvre. Leurs destins, à tous les deux, sont désormais liés. Ils se sont tatoués.

« Je viens d’écrire la première lettre de mon nom, a affirmé vendredi soir le ministre de la Santé. En 2018, les gens verront la signature au complet et ils jugeront. »

Car ce projet de loi n’est pas son dernier . Le 10 est adopté, maintenant c’est au tour du projet de loi 20, sur la tâche des médecins et la procréation assistée, et ensuite la mise en place du financement à l’activité dans les établissements de santé.

Et Yves Bolduc?

Est-ce que le ministre de l’Éducation obtiendra la même marge de manœuvre que son confrère pour réaliser sa réforme? Le ministre Bolduc et son gouvernement ne se sont pas illustrés pour le mieux dans le dossier des élections scolaires ni dans le projet de redécoupage et de fusions des commissions scolaires. Quelles sont les intentions réelles du gouvernement, quels sont les objectifs qu’ils recherchent?

MM. Bolduc et Couillard se contentent pour l’instant de professer des généralités sur l’élimination de la bureaucratie et le lien essentiel entre l’enseignant et l’élève. Des déclarations qui ne donnent aucun indice sur leurs intentions et qui ne permettent pas d’alimenter le débat public. Est-ce que le gouvernement Couillard entend mener cette réforme sans plus de consultations préalables que pour celle de la santé?

La consécration de Martin Coiteux

Le point de vue du président du Conseil du Trésor sur les finances publiques s’est révélé dominant au sein du gouvernement Couillard depuis les élections du 7 avril, et cela ne devrait pas changer au cours des prochains mois. Toutefois, après le budget, une fois l’équilibre atteint, il se pourrait que son influence diminue rapidement.

Martin Coiteux devra continuer à surveiller de près les dépenses de l’État. Mais si le gouvernement Couillard veut ensuite consacrer des efforts importants à la relance économique, ce n’est pas le président du Conseil du Trésor qui sera en première ligne.

La radicalisation, la sécurité et la neutralité de l’État

Philippe Couillard cherche à gagner du temps dans le dossier de la neutralité religieuse de l’État. En retardant le dépôt d’un projet de loi au mois de juin, il veut éviter d’unir contre sa proposition les cinq candidats à la direction du PQ. M. Couillard préfère de loin les laisser se disputer sur cette question. Lorsque la course sera terminée et que le nouveau chef des troupes péquistes aura probablement énoncé ses propres choix dans ce dossier, le premier ministre croit sans doute qu’il aura les coudées un peu plus franches. Il reste à voir si la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, parviendra à jouer efficacement un rôle de rempart au cours des prochains mois.

En matière de sécurité – la nouvelle priorité de Philippe Couillard – c’est la ministre de l’Immigration Kathleen Weil qui dirige le travail. Maintenant que le mot intégrisme religieux est devenu tabou, le gouvernement avance à pas feutrés dans un dossier dont les concepts évoluent au gré des événements et des réflexions du premier ministre. Et il n’est pas facile à suivre.

Le jour de la tragédie de Saint-Jean-sur-Richelieu, le premier ministre disait craindre une dérive sécuritaire. Après Charlie Hebdo, la sécurité est devenue l’ultime priorité. La seule chose qui paraît désormais certaine, c’est que le gouvernement Couillard n’interdira pas les symboles religieux pour les employés de l’État.

La relance économique

Malgré une mesure annoncée ce matin, la relance économique ne sera pas réellement à l’ordre du jour avant le budget. Le projet de loi pour permettre à la Caisse de dépôt et placement d’investir dans les infrastructures québécoises pourrait toutefois être présenté assez rapidement. Néanmoins, la chute du dollar canadien et du prix du baril de pétrole, combinée à une reprise aux États-Unis, devrait à la fois faciliter l’atteinte de l’équilibre budgétaire et ouvrir la voie à une croissance plus robuste, sans que cela n’exige trop d’efforts supplémentaires de la part de Québec.

Les oppositions

Il y aura les oppositions dans le Salon bleu et les oppositions à l’extérieur du parlement, dans la rue. Dans les deux cas, il ne sera pas facile de faire dévier le gouvernement de sa course.

Le Parti québécois devra mener de front son travail d’opposition officielle et gérer sa course à la direction. Sur le fond, le PQ ne conteste pas l’objectif d’équilibrer le budget en 2015-2016, il devra donc se contenter de dénoncer les moyens employés par le gouvernement pour atteindre le déficit zéro et déplorer le manque de mesures destinées à la relance économique.

La Coalition avenir Québec (CAQ) est dans la même situation et devrait formuler sensiblement le même type de critiques contre le gouvernement libéral. François Legault semble aussi prêt à dépenser beaucoup d’énergie pour discréditer le favori dans la course à la direction du PQ. Les sondages montrent qu’une victoire de Pierre Karl Péladeau pourrait amputer une part appréciable des appuis de la CAQ.

Des syndiqués du secteur public, des élus et des citoyens des régions, des groupes communautaires, des parents avec des enfants en garderie, des médecins, des employés municipaux et des étudiants notamment dénoncent l’approche libérale ou protestent contre des mesures précises. Des manifestations auront lieu cette semaine. Il est difficile de voir si la grogne populaire se transformera en vague de contestation. Pour le moment, tous ces groupes avancent en rangs dispersés.

Catégorie : Québec