L’exercice de relations publiques

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 publié le 30 septembre 2014 à 11 h 55

La trentaine de citoyens qui s’étaient déplacés lundi soir pour assister au premier forum citoyen de la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise à Lévis semblaient très heureux de pouvoir débattre de tarifs et de crédits d’impôt. Instauration de péages sur les ponts, abolition des droits de scolarité… les idées et les débats n’ont pas manqué.

À l’extérieur de l’hôtel où se tenait le forum, toutefois, un nombre équivalent de citoyens ne se sont pas gênés pour condamner ce qu’ils tiennent déjà pour un « exercice bidon ». Plusieurs manifestants ont aussi dénoncé l’ « austérité » à laquelle le gouvernement Couillard aurait choisi de condamner le Québec, mélangeant visiblement la colonne des dépenses avec celle des revenus, autour de laquelle est essentiellement centré le mandat de la commission.

Même à l’intérieur de l’enceinte, un participant a exprimé d’entrée de jeu des réserves semblables quant à la valeur de l’exercice : « Qu’est-ce qui nous dit que le gouvernement va tenir compte de nos conseils? Le gouvernement Bouchard ne l’a pas fait en 1996 », a-t-il déclaré. Trois heures plus tard, l’exercice s’est conclu sur le même genre de mise en garde d’une participante : « Je suis venue en n’y croyant pas vraiment, et je n’y crois pas plus maintenant », s’est-elle exclamée.

Pour le fiscaliste Luc Godbout, qui préside les travaux de cette commission, le défi est là : convaincre les Québécois que les conclusions du rapport qu’il remettra ne sont pas écrites d’avance, que les citoyens seront véritablement écoutés. C’est là en fait non seulement le défi de sa commission, mais aussi celui de sa proche cousine, la Commission de révision permanente des programmes, et même, pourrait-on dire, celui du gouvernement Couillard dans son ensemble.

Si certains sont prêts à croire que « tout est sur la table », comme le claironne le gouvernement, plusieurs demeurent sceptiques, à commencer par les groupes sociaux. Amir Khadir, qui était sur place, n’a pas manqué de faire un lien entre le scepticisme ambiant et la crise de confiance envers les institutions qui s’observe depuis quelques années déjà.

Au-delà même du contexte sociopolitique, il semble y avoir, à leur face même, une contraction entre les prétentions de ces commissions et celles des membres du gouvernement. Alors que les premières nous disent pouvoir examiner sans réserve toutes les possibilités pour réformer la fiscalité et les services publics, le gouvernement et son premier ministre répètent sans cesse que les services publics actuels dépassent la capacité de payer des Québécois, qu’il faut faire des choix, même si cela est douloureux.

Le scepticisme quant à la marge de manœuvre réelle de ces commissions ne se dissipera pas facilement. En fait, tant que cette contradiction perdurera, plusieurs risquent de continuer de ne voir dans ces travaux rien de plus qu’un vaste exercice de relations publiques.

Catégorie : Québec

Une présidence impuissante, et pour longtemps

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 publié le 30 septembre 2014 à 9 h 54

Le NPD a décidé de prendre le président de la Chambre des communes au mot. Andrew Scheer invoquait l’impuissance historique de la présidence pour ne pas intervenir dans la querelle Mulcair-Calandra, qui s’est conclue dans les pleurs vendredi dernier. En se reposant sur la tradition parlementaire, le président Scheer disait ne pas avoir l’intention de s’en éloigner, « à moins d’une invitation à le faire de la Chambre elle-même ».

Le NPD a donc décidé d’utiliser sa journée d’opposition d’hier pour proposer un changement au règlement qui permettrait explicitement à la présidence de la Chambre de juger de la pertinence des réponses et de limiter les répétitions pendant la période des questions.

On ne parle pas ici d’une réforme en profondeur de la procédure parlementaire, mais bien d’un remède administré dans le feu de l’action à la suite d’un incident, avec les limites que ça peut comporter, bien sûr.

Si on passe par-dessus certaines considérations partisanes dans le débat actuel, il est quand même intéressant de revenir sur la position qui sera celle du gouvernement Harper, un gouvernement qui vante à chaque occasion sa transparence et son imputabilité. C’est le leader du gouvernement en Chambre, Peter VanLoan, qui l’a expliquée devant ses collègues hier.

On a donc eu droit pour commencer aux louanges de notre système parlementaire :

  • « La période des questions est un élément fondamental. »
  • « C’est la démocratie à l’oeuvre. »
  • « La Chambre des communes est un chef de file mondial en matière de reddition de comptes. »

Et M. VanLoan de préciser en quoi le premier ministre et ses ministres peuvent alors expliquer leurs décisions, les mesures prises, etc.

Veut-il améliorer les pratiques en permettant au président de gentiment ramener un ministre ou un secrétaire parlementaire dans le droit chemin de la pertinence? Oubliez ça, on ne peut pas juger de la valeur d’une réponse, même dans les cas extrêmes comme celui de M. Calandra la semaine dernière. Autrement dit, toutes les réponses sont bonnes!

Il ajoute que le changement proposé par le NPD ne toucherait que les réponses, pas les questions posées,  et qu’il serait donc injuste d’imposer un fardeau au gouvernement de cette façon. Pourtant grand amateur de procédures parlementaires, M. VanLoan devrait savoir que les lignes directrices de la Chambre, adoptées en 1964, expriment en quatre points ce que les questions posées devraient être et en 17 points ce qu’elles ne devraient pas être. Pour ce qui est des réponses? Un seul critère, assez minimal merci! Qu’elles soient adressées à la présidence!

Quand on dit que c’est la période des questions, pas celle des réponses…

M. VanLoan base son argumentaire pour crier à l’injustice de la motion du NPD sur le fait que les membres du Cabinet, y compris le premier ministre, ne bénéficient d’aucun avis préalable sur les questions à venir, qu’ils doivent être prêts à tout, chaque jour, ce qui nécessite une préparation minutieuse. De quoi vous faire verser des larmes de Calandra… ou plutôt de crocodile, sur le sort de ces pauvres ministres.

Avec cet argument, M. VanLoan vient bien involontairement de nous expliquer en bonne partie d’où viennent ces réponses à côté de la plaque, souvent ultra-partisanes, qui viennent des banquettes ministérielles. Pourquoi se donner la peine de mettre du contenu, surtout quand on tient compte en plus du chrono qui ferme le micro après 35 secondes?

M. VanLoan nous dit que la motion du NPD ne s’attaque qu’à une partie du problème. Très possible qu’il ait raison. Il serait alors intéressant de savoir si son gouvernement serait prêt à renoncer à ses réflexes naturels de partisanerie, sarcasme, invective et moquerie en échange d’un changement moins limité et moins improvisé que celui proposé par le NPD en réaction à la controverse de la semaine dernière.

Catégorie : Ottawa

Une conception étriquée du service public

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 publié le 29 septembre 2014 à 17 h 08

Est-ce qu’Élaine Zakaïb ou Christian Dubé auraient démissionné s’ils avaient occupé un poste de ministre?

À mon avis, ils n’auraient pas pris la décision de quitter leurs fonctions. Or, le message que ces deux députés démissionnaires envoient est très clair : la fonction de député d’opposition n’est pas vraiment importante, d’autres défis méritent davantage leurs précieuses énergies.

Les partis politiques, dans ces deux cas, ne sont pas responsables de cette situation. Ils auraient préféré garder en leur sein ces députés de bonne réputation. Et conserver leurs sièges.

Moins de six mois après avoir été élus, ces deux députés jugent acceptable de demander à leurs électeurs de se soumettre à une nouvelle campagne électorale et d’engendrer des dépenses d’environ un demi-million de dollars pour tous les Québécois.

En agissant de la sorte, ils réduisent la fonction de député de l’opposition à un malheureux accident de parcours qui s’inscrit mal sur la feuille de route des ambitieux. Ils font l’étrange démonstration qu’ils n’étaient pas faits pour être députés, même s’ils sont parvenus à occuper cette fonction avec un certain mérite.

Ils démontrent qu’ils avaient une certaine conception du service public. Une conception qui donnait finalement au public un rôle plutôt secondaire. Et il vouait un caractère très relatif à l’engagement et au sens du devoir.

Catégorie : Québec

Le facteur du gouvernement

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 publié le 26 septembre 2014 à 17 h 42

Cette semaine, le ministre de la Santé Gaétan Barrette est devenu le facteur du gouvernement. Celui qui livre le message, celui qui livre la marchandise.

Depuis qu’il a pris le pouvoir, le premier ministre Couillard affirme à qui veut l’entendre que son gouvernement ira au bout de ses ambitions, qu’il réformera en profondeur les programmes et la fiscalité du Québec. Il n’est pas le premier politicien à nous le promettre. Il ne serait pas le premier à ne pas tenir parole.

Vous avez donc raison d’être sceptiques et de douter.

Pour montrer sa détermination, il lui fallait un porteur de ballon, un facteur. Un ministre qui ne reculera pas, qui ne déviera pas de l’objectif. Ce ministre, il l’a trouvé. Il s’appelle Gaétan Barrette.

On peut l’aimer ou ne pas l’aimer. Je l’ai moi-même traité de « girouette » quand il est passé de la CAQ au PLQ. Mais comme soldat politique, il a parfaitement rempli sa mission.

Il a arraché une entente avec les médecins et a posé le premier jalon du grand chambardement de l’État québécois en déposant un projet de loi. Il a dû prendre un chemin tortueux avec les médecins, et son projet de loi ne passera probablement pas comme une lettre à la poste. Mais le message est livré : le gouvernement est sérieux.

Le bulldozer ouvre le chemin et trace la voie. Les ministres qui doutaient de la détermination de leur gouvernement (il y en a) devront suivre.

On se demande quand même ce qui restera debout une fois que tous les ministres auront suivi le bulldozer…

Catégorie : Québec

La Chambre : des attentes en baisse

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 publié le 25 septembre 2014 à 10 h 15

Combien de fois avez-vous entendu ces dernières années des politiciens prendre de très belles résolutions sur le décorum, la hauteur à donner aux débats à la Chambre des Communes, un art qui s’est perdu dans la nuit des temps parlementaires? Arrêtez de compter, vous n’aurez pas assez des doigts de vos deux mains.

À chaque fois qu’on a cru avoir atteint le fond du baril de la partisanerie et du mépris des institutions parlementaires, un député « créatif », « innovateur », pousse la déliquescence de la rhétorique parlementaire un cran plus loin.

Nouvel exemple cette semaine avec les réponses complètement à côté de la plaque du secrétaire parlementaire du premier ministre Harper, Paul Calandra, aux questions légitimes et surtout relativement simples de Thomas Mulcair sur la présence militaire canadienne en Irak. À noter que M. Calandra était en service commandé, son initiative personnelle n’est pas en cause, mais il a livré une performance digne d’un Oscar.

Sans revenir sur le sujet abordé, concentrons-nous sur le rôle du président de la Chambre, Andrew Scheer, celui qu’on identifie, en raison de sa position, comme le dernier rempart contre la barbarie parlementaire.

Interpellé par M. Mulcair sur son rôle d’arbitre après deux réponses dictées et non pertinentes de M. Calandra, le président Scheer écoute sans broncher une troisième réponse du même genre. Irrité, le chef de l’opposition lui indique que son silence en dit long sur sa neutralité, ou sur son absence de neutralité… M. Scheer ne fait ni un ni deux, il passe à Justin Trudeau pour la question suivante, coupant ainsi M. Mulcair.

Quelles conclusions tire le président de la Chambre au lendemain de cet accrochage? Il invoque les règles du parlementarisme et des décisions passées pour expliquer les limites de ses pouvoirs. Il conclut que les règles sur la pertinence et les répétitions des propos tenus en Chambre ne valent pas pour la période des questions. Ah bon… Il rappelle au passage la blague voulant que « ça s’appelle la période des questions, pas celle des réponses »!!!!

À ceux qui nourrissent encore dans leur belle naïveté l’espoir de voir un jour les débats s’élever aux Communes, surtout à la période des questions, seul moment où les ministres doivent être présents pour répondre à l’opposition, il n’est pas certain que vous pouviez compter sur M. Scheer. Disons qu’il ne semblait pas placer la barre très haut quand il « avertissait » l’ensemble des parlementaires de faire leur gros possible en rappelant une de ses décisions rendues en janvier dernier :

« d’examiner comment la Chambre pourrait améliorer les choses de façon à ce que ceux qui observent puissent au moins conclure que la période des questions est une occasion d’échanges de vues et qu’elle fournisse au moins un peu d’information ».

À voir son sourire en coin alors qu’il lisait la dernière ligne, on peut penser que ses propres attentes ne sont pas très élevées. Et il n’est pas évident qu’il prenne lui-même son message au sérieux.

Toujours dans la même veine du rôle du Parlement, autre exemple venant du sommet, du premier ministre Harper lui-même. Un parterre de gens d’affaires de New York a eu le privilège de l’entendre annoncer que son gouvernement considérait une demande américaine de contribution militaire additionnelle en Irak, dossier délicat, et aussi que le gouvernement fédéral s’acheminait vers un déficit moins élevé que prévu cette année, graphique à l’appui.

On peut se rappeler qu’un auditoire semblable, à Davos cette fois, avait eu la chance d’apprendre de la bouche de M. Harper que le Canada s’acheminait vers une réforme du système de soutien au revenu des personnes âgées, ce qui s’était soldé deux mois plus tard par le report de 65 à 67 ans de l’âge d’admissibilité aux prestations du Régime de pensions.

À voir les comportements de ces deux chefs de file, on peut toujours s’indigner ou être déçu par le niveau des discussions aux questions, mais on peut difficilement être surpris.

 

Catégorie : Ottawa

Ukraine : monopole conservateur?

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 publié le 19 septembre 2014 à 13 h 44

La présence d’une importante communauté d’origine ukrainienne au Canada, près de 1,3 million de Canadiens, explique en bonne partie l’attention qu’on porte ici sur  la situation là-bas. Ainsi, on attribue souvent au gouvernement Harper des intérêts électoraux dans ses prises de position face à la lutte démocratique en Ukraine, et surtout face au conflit provoqué par l’invasion russe de la Crimée.

La position est claire et ferme, M. Harper l’a répété en Chambre jeudi, il n’y a pas de place pour le compromis sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine, qu’on parle de la Crimée ou de toute autre portion du territoire de ce pays.

Sur l’électoralisme en politique étrangère, le gouvernement Harper à des motivations plus larges et plus nobles. C’est plutôt une question de principe, ont répété MM. Harper et Baird sur plusieurs tribunes. Et c’est aussi vrai pour l’Ukraine. On y défend des valeurs mises en péril par l’invasion russe en Crimée et le soutien accordé aux rebelles ailleurs en Ukraine, soit la liberté, la démocratie et la règle de droit.

Comme dans le cas d’Israël, le Canada est à l’avant-garde des appuis. Il livre ce que le client demande, c’est le moins qu’on puisse dire. Dans les deux cas, les accusations d’électoralisme fusent. Le gouvernement se défend en invoquant les valeurs fondamentales mentionnées plus haut, quand ce n’est pas simplement les notions de bien et de mal.

Qu’est-ce qui alimente donc les accusations en question? Un peu le gouvernement lui-même avec la composition des délégations lors des visites de dirigeants canadiens, dont M. Harper lui-même. Rappelez-vous qu’aucun député de l’opposition n’avait été invité en Israël en janvier. Ce n’était pas passé inaperçu, d’autant plus que plus de 200 personnes accompagnaient le premier ministre, dont 13 députés et sénateurs conservateurs. L’exclusion, ou l’oubli, des députés d’origine ukrainienne des autres partis lors d’un voyage de John Baird en Ukraine avait suscité un tollé quelques semaines plus tard.

Comme il va beaucoup jouer à l’homme d’État cet automne avec plusieurs activités importantes sur l’échiquier mondial, M. Harper avait une occasion de faire preuve d’une certaine élévation dans son discours de présentation du président ukrainien à la Chambre des communes. Il a d’ailleurs laissé planer une certaine ouverture.

« Je suis allé à Kiev pour représenter tous les Canadiens, de toutes les régions, de tous les horizons et de tous les partis représentés au sein de ce Parlement… »

Et là, en dressant l’historique de la relation Ukraine-Canada à partir de la vague d’immigration de la fin du 19e siècle, il présente sa vision du rôle du gouvernement canadien pour cette Ukraine indépendante depuis 1991.

« Il a été exprimé, dans les années 1960 par le premier ministre Diefenbaker, qui a demandé à Kroutchev la tenue d’élections libres pour, et je cite : « les Ukrainiens épris de liberté. » Cette sympathie s’est à nouveau manifestée à la fin de la guerre froide, lorsque le premier ministre Mulroney a fait du Canada le premier pays occidental à reconnaître une Ukraine nouvellement indépendante. Et cet engagement a été puissamment exprimé encore une fois au sein de ce Parlement en 2008 lorsque, à l’initiative de notre collègue James Bezan, nous avons déclaré que l’Holomodor a été ce qu’il a été, c’est-à-dire un acte de génocide envers la population ukrainienne. C’est avec fierté que des Canadiens ont maintenant agi comme observateurs dans le cadre de sept élections successives en Ukraine… »

Les caractères gras sont de moi, trois politiciens conservateurs qui ont selon M. Harper exprimé à leur façon le rêve ukrainien et concrétisé la relation entre les deux pays. Comme si personne d’autre que des conservateurs n’avait joué un rôle du côté canadien de cette relation. Belle déclaration de Diefenbaker, mais l’Ukraine était loin d’être le seul « État » pour lequel le Canada et l’Occident réclamaient des élections libres, que ce soit des républiques soviétiques ou des pays derrière le Rideau de fer.

Brian Mulroney a été rapide sur la détente, c’est vrai, pour reconnaître la nouvelle Ukraine indépendante, le même jour d’ailleurs que la… Russie! Une soixantaine de pays l’ont aussi fait dans ce même mois de décembre 1991.

Des sept élections observées par des Canadiens, les premières après l’indépendance étaient cruciales. Et c’est sous Jean Chrétien qu’un imposant contingent de Canadiens, 700  en fait,  y est allé. Peu après son arrivée au pouvoir, le même gouvernement Chrétien signait le 31 mars 1994 une déclaration de partenariat spécial à Kiev. Le document lançait la relation bilatérale qui n’a pas cessé de s’approfondir et qui pourrait déboucher sur une entente de libre-échange sous M. Harper, d’ailleurs.

En 2004, sous le gouvernement Martin, on attribue au Canada, par l’entremise entre autres de son ambassadeur à Kiev, un rôle important dans ce qui est devenu la Révolution orange. Tout ça était resté obscur pendant quelque temps, mais on a constaté en 2007 comment l’ambassadeur Andrew Robinson était considéré comme un véritable héros par les militants prodémocratie. Mais M. Harper a choisi ses propres moments historiques, même si ça contribue à alimenter la perception d’électoralisme de sa politique ukrainienne.

Catégorie : Ottawa

PKP et Facebook

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 publié le 18 septembre 2014 à 11 h 25

Depuis le départ de Pauline Marois, Pierre Karl Péladeau s’est fait on ne peut plus discret, même si personne ne doute qu’il se lancera dans la course à la direction du Parti québécois. Le député de Saint-Jérôme n’a pratiquement accordé aucune entrevue dans les médias nationaux, et il s’est refusé à tout commentaire au sujet de la course à la succession de Pauline Marois. « On n’annoncera rien tant et aussi longtemps que les règles de la course ne seront pas connues », fait valoir un de ses proches.

Or, si Pierre Karl Péladeau s’est montré discret dans les médias, il est très actif sur Facebook. Loin des longues analyses sociopolitiques qu’on peut lire sur le blogue de Jean-François Lisée, les entrées de M. Péladeau sur sa page Facebook sont, à l’image de l’homme, ciblées et directes.

L’ancien PDG de Québecor s’y affiche comme un fier nationaliste économique. Il blâme le gouvernement Couillard pour sa mollesse à défendre les sièges sociaux situés au Québec. Il s’en prend aussi au projet d’oléoduc d’Enbridge. Non sans ironie, il dénonce « cette entreprise dont le respect le plus élémentaire semble être absent envers les citoyens et n’être redevable qu’à leurs actionnaires [sic] ».

Les écrits de M. Péladeau ne font pas dans la dentelle : son ton est direct, parfois incisif. Ainsi qualifie-t-il le ministre des Ressources naturelles Pierre Arcand de « soldat », tout en l’accusant d’être « au service des intérêts de l’industrie canadienne des hydrocarbures ».

Dans un autre registre, Pierre Karl Péladeau fait écho aux mouvements indépendantistes qui animent la Catalogne et l’Écosse. Il écrit : « L’indépendance est à l’ordre du jour en Europe afin que ces nations puissent s’épanouir et s’enrichir davantage. » Sa page fait aussi la part belle au voyage qu’il a effectué l’été dernier au Royaume-Uni, et à celui qu’il a entrepris en Écosse à quelques jours du référendum.

En vrac, Pierre Karl Péladeau se prononce contre les compressions à Radio-Canada, contre l’abolition des cégeps, contre les nouvelles restrictions sur la pêche imposées par le gouvernement fédéral aux pêcheurs des Îles-de-la-Madeleine.

À ces commentaires politiques s’entremêlent des entrées sur sa vie de député et des photos de famille. Julie Snyder y occupe une place prépondérante : on la voit dans des soirées mondaines, en vacances aux Îles-de-la-Madeleine et même au mariage de l’une de ses anciennes collaboratrices.

Le fils du couple, Thomas, est aussi bien visible. Son père confie lui avoir donné une leçon de « parlementarisme britannique » lors de leur passage à Londres. On le voit aussi en vacances au Mont-Tremblant et on apprend même qu’il fréquente une école publique de l’île de Montréal.

Ceux qui se demandent où Pierre Karl Péladeau loge et qui ont hâte de le voir sortir de son silence médiatique peuvent donc d’ici là se rabattre sur sa page Facebook. Ils apprendront à mieux cerner le personnage, d’autant plus que le nouveau député s’y montre très actif, laissant rarement passer une journée sans y ajouter son grain de sel.

Bien sûr, on pourra toujours dire que tous ces messages que le député de Saint-Jérôme se donne la peine d’écrire ne signifient pas qu’il ait un intérêt pour la course à la direction du Parti québécois… Mais voudrait-il préparer le terrain pour une éventuelle candidature qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Catégorie : Québec

Retour au Salon bleu

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 publié le 17 septembre 2014 à 15 h 41

Les travaux ont repris à l’Assemblée nationale, et le ministre Bolduc est la cible des tirs croisés de la Coalition avenir Québec et du Parti québécois.

Les oppositions lui reprochent d’avoir encaissé une prime de 215 000 $ pour avoir accepté de nouveaux patients, en plus de ses honoraires de médecin et de sa rémunération et des autres avantages dont il bénéficie comme député.

Voici quelques-unes des lignes de défense d’Yves Bolduc, qui est aujourd’hui ministre de l’Éducation.

Sur la pénurie de médecins de famille :

Je travaillais le samedi puis le dimanche. En passant, si les médecins faisaient comme moi, probablement qu’il y en aurait moins de pénurie également. »

Sur le travail de député :

« M. le Président, je me demande pour qui se prend le député de La Peltrie. Je vis dans mon comté, je magasine dans mon comté. En passant, quand les gens voulaient me voir, ils avaient des rendez-vous assez rapidement. M. le Président, les gens qui veulent nous rencontrer peuvent nous rencontrer. Puis, dans le comté de Jean-Talon, on était très présents. Je les rencontre sur la rue. »

Et sur le fond de la question, le ministre Bolduc juge qu’il n’y avait pas vraiment de problème. Le problème, selon Yves Bolduc, a été la réaction populaire, la polémique que cette affaire a causée :

« Par contre, compte tenu du tollé que ça a causé et reconnaissant qu’il y avait un problème de perception et, de bonne foi, j’ai remboursé un montant équivalent et j’ai fait un don à deux organismes communautaires. J’ai assumé les responsabilités, je me suis occupé des patients. Je suis très fier, comme médecin, de dire : « Oui, il fallait aider nos patients. » Mais, M. le Président, pour moi, ce dossier est clos. J’ai fait les remboursements nécessaires. »

La ministre de la Sécurité publique Lise Thériault a été questionnée sur le départ du directeur général de la Sûreté du Québec, qui est retourné à la direction de la sécurité d’Hydro-Québec. La ministre Thériault tolère mal de ne pas avoir toute l’attention du Salon bleu lorsqu’elle parle :

« Oui. M. le Président, évidemment, puisqu’on commence une nouvelle session, je pense que c’est important que les députés écoutent au moins les réponses des ministres. Ça permettrait peut-être de se faire une vraie tête, plutôt que de partir avec des préjugés ou des peut-être que. [...] Et, M. le Président, je vous demanderais de rappeler la leader à l’ordre parce qu’elle n’arrête pas de m’interrompre, et il n’y a que moi qui ai la parole. Et je considère que la question du député, elle était très pertinente, et je veux bien y répondre, mais je veux bien qu’on écoute également ce que je dis, M. le Président. »

Terminons ce florilège par une courte déclaration du ministre de la Santé Gaétan Barrette (qui est certainement en lice pour le titre de roi de la passerelle que décerne ma collègue Martine Biron), à propos des négociations avec les fédérations de médecins :

« La négociation, M. le Président, suit son cours comme elle le doit et elle se terminera selon… de la façon qu’elle se terminera. »

De toute évidence, le ministre n’est pas convaincu que cette négociation se terminera dans l’harmonie.

Catégorie : Québec

Et c’est parti à Ottawa!

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 publié le 16 septembre 2014 à 9 h 07

Cette fois-ci, vous ne pouvez pas blâmer les journalistes. C’est bien le premier ministre Harper qui a lancé les hostilités sur le front électoral lundi matin lors de son rassemblement partisan au rythme d’une des chansons fétiche des conservateurs Taking care of business, sa version « des vraies affaires ».

Si rien ne remplace dans l’esprit des électeurs la vraie campagne électorale de l’automne prochain en vue d’un scrutin le 19 octobre 2015, la joute des prochains mois sera cruciale pour permettre aux chefs de consolider leurs organisations et surtout consolider leurs appuis dans l’esprit de l’électorat. Et la joute politique de cette rentrée est révélatrice des défis et devoirs de tout un chacun.

Stephen Harper : l’usure du pouvoir

D’ici la fin de l’année, Stephen Harper sera au 6e rang des premiers ministres ayant été en exercice le plus longtemps. Après neuf ans au 24 Sussex, il n’échappe pas à l’usure du pouvoir. D’ailleurs, les deux tiers des Canadiens croient que le fruit est mûr pour un changement de gouvernement, même si la proportion d’électeurs qui apprécient le travail du gouvernement conservateur est davantage de l’ordre de 49 %.

Il est là le défi du chef conservateur, soit renverser la tendance des derniers mois et l’effritement de ses appuis à l’échelle du pays et plus particulièrement en Ontario, la clé de sa majorité en 2011.

Les conservateurs font donc le pari de faire campagne contre le risque du changement, miser sur leur valeur sûre qu’est l’économie.

« La mesure d’un bon gouvernement, le vrai test de leadership, ne réside pas dans les succès accomplis dans les moments de paix et de stabilité, mais face au risque et au danger », dit Stephen Harper

La stratégie est double : profiter des surplus à l’horizon pour séduire à nouveau l’électorat avec une série de mesures populaires et populistes, baisses d’impôts, des tarifs de câblodistribution, des écarts de prix avec les États-Unis, et projeter l’image d’un chef décisif sur la scène internationale dans des dossiers aussi délicats que l’Ukraine et l’Irak. Mais la stratégie n’est pas sans risques.

Les baisses d’impôts ciblées sont certes devenues la marque de commerce des conservateurs. Pensez à tous les crédits d’impôt allant de l’équipement sportif, au transport en commun en passant par les cours de musique. Mais après tant d’années au pouvoir, ces baisses ne marquent plus l’imaginaire autant qu’avant. Et si les conservateurs semblent toujours miser sur un éventuel fractionnement du revenu, cette mesure bien coûteuse n’est pas sans ses détracteurs et ouvre certainement la porte aux meilleures façons de dépenser plus de 3 milliards de dollars par an pour la classe moyenne.

La scène internationale comporte aussi son lot d’écueils pour Stephen Harper

C’est une chose de se présenter comme le plus grand défenseur de l’Ukraine, mais comment alors réconcilier le silence assourdissant d’Ottawa sur la demande de l’Ukraine de se joindre à l’OTAN? C’est une chose d’envoyer des forces spéciales en Irak, mais pour combien de temps, à quel prix, pour faire quoi?

Finalement Stephen Harper peut bien affirmer que la seule différence entre le Hamas et l’État islamique est que l’un des deux est plus proche d’Israël, mais est-ce vraiment la mesure d’un chef qui saisit toute la complexité de la situation au Proche-Orient?

Justin Trudeau : le test de crédibilité

Après 17 mois consécutifs en tête des intentions de vote c’est un euphémisme que de dire que Justin Trudeau est en plutôt bonne position. Mais il n’en demeure pas moins que cette position comporte une bonne dose de fragilité. Les électeurs conservent bien des doutes à son égard tant au chapitre des idées que du leadership.

Il est donc intéressant de noter que d’emblée en cette reprise des travaux parlementaires, ce politicien qui répète depuis plus d’un an qu’il n’a pas l’intention de dévoiler son programme avant les prochaines élections, ait pris la peine d’annoncer au moins une politique claire.

Un gouvernement libéral annulerait la baisse de cotisation d’assurance emploi promise aux petites entreprises par le ministre des Finances Joe Oliver la semaine dernière. Il opterait plutôt pour une exemption de cotisation pour tout employeur qui créerait un nouvel emploi.

Le signal est clair : les libéraux veulent montrer que leur chef n’est pas une coquille vide et qu’il est capable de formuler des politiques concrètes qui répondent aux défis de l’économie d’aujourd’hui.

Comme l’utilisation des surplus prendra de l’ampleur dans les prochaines semaines et les prochains mois, le chef libéral devra aller plus loin et clarifier sa pensée sur un élément essentiel. Sera-t-il prêt à révoquer les baisses d’impôts des conservateurs pour financer son propre programme électoral.

C’est la clé de voûte des finances publiques pour les prochaines années, et il sera difficile pour les libéraux d’entretenir le suspense sur ce front pendant 13 mois.

Finalement, s’il veut montrer qu’il est apte à gouverner, Justin Trudeau devra répondre au défi implicite que lui a lancé Stephen Harper sur le front de la politique étrangère. Car les libéraux ont beau plaider que les conservateurs nuisent à la réputation du Canada dans le monde, sur les dossiers d’Israël particulièrement cet été, de l’Ukraine et de l’Irak pour ne nommer que ceux-là, les nuances dans leurs approches sont plutôt subtiles.

Pour consolider son avance et se prémunir contre les risques inhérents à une campagne électorale, le chef libéral n’a pas le luxe d’attendre le déclenchement de celle-ci en septembre prochain pour faire la preuve qu’au-delà du style, il a la substance pour devenir premier ministre.

Thomas Mulcair : au-delà du rôle d’opposition

Brian Mulroney a dit de lui qu’il est le meilleur chef d’opposition depuis John Diefenbaker, et il est bien là le problème du chef du Nouveau Parti démocratique (NPD). Thomas Mulcair doit convaincre les Canadiens qu’il est plus qu’un bon chef d’opposition.

C’est ainsi que celui qui a fait sa marque à Ottawa en menant l’inquisition contre le premier ministre dans le scandale du Sénat fait le pari de sortir de la capitale pour aller à la rencontre des Canadiens. L’objectif est clair : faire valoir le politicien sensible, près des préoccupations des gens, plutôt que le parlementaire féroce et sans compromis qu’ils ont connu jusqu’ici.

Thomas Mulcair n’a toutefois pas le luxe de jouer les jeunes premiers, d’où le pari du NPD de dévoiler sa plateforme électorale le 19 octobre prochain, un an jour pour jour avant la prochaine élection. L’espoir ici, c’est que les politiques précises du NPD aideront le chef du parti à rejoindre l’électorat. Le NPD espère ainsi faire la preuve, politiques précises à l’appui, que l’expérience du chef compte. Le NPD mise sur l’« expérience solide » pour contrer le « se préparer à vous représenter » de Justin Trudeau.

Les stratèges du NPD vous diront qu’ils demeurent optimistes, en meilleure position qu’à un an des élections de 2011, que leur chef est plus populaire que son parti.

Certes, mais la réalité demeure que leur parti est bon troisième dans les intentions de vote, troisième aussi au chapitre du financement, troisième dans une course qui prend parfois des allures de duel entre conservateurs et libéraux.

Mario Beaulieu : un défi de taille

Le chef du Bloc québécois n’a pas raté cette rentrée parlementaire, mais il a dû se contenter d’y assister en marge, forcé de répondre aux multiples questions sur son leadership, plutôt que d’imposer sa voix comme incontournable dans le débat québécois. C’est dire toute l’ampleur du défi qui l’attend toujours.

Malgré la défection de deux députés, malgré les critiques et divisions internes depuis son arrivée, Mario Beaulieu demeure optimiste. Mais les priorités qu’il évoquait lundi révèlent déjà un ajustement dans sa stratégie.

Il s’est fait élire en balayant du revers de la main l’approche de la « défense des intérêts du Québec » et a campé la crédibilité du Bloc au fil des ans. Il compte aujourd’hui faire la preuve que les partis fédéralistes relèguent ces intérêts au second rang, et aussi porter le ballon du déséquilibre fiscal. Des priorités qui donnent un air de déjà vu à l’approche du Bloc québécois version 2014.

Un an c’est le temps qu’il reste aux chefs de partis avant de monter à bord de leurs avions et autobus armés de slogans et de certitudes. Et si rien ne remplace le presto d’une campagne électorale pour mettre ces chefs à l’épreuve et interpeller l’électorat, le travail de terrain des 12 prochains mois sera déterminant et dictera inévitablement lequel d’entre eux sera sur la ligne de départ en position de force en septembre prochain.

Catégorie : Ottawa

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Le bûcher des vanités

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 publié le 15 septembre 2014 à 17 h 13

« Les événements de la vie de toutes sortes ont enlevé toute trace de vanité en moi. Je suis là pour le travail que j’ai à faire. » – Philippe Couillard, Manoir Richelieu, La Malbaie, le 5 septembre 2014

Nous savons désormais que le « travail » que le premier ministre s’est donné, c’est celui d’éliminer le déficit structurel. Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, se fait d’ailleurs un devoir de répéter qu’il y a maintenant un consensus au Québec sur l’existence de ce déficit et sur la nécessité de le faire disparaître.

Cela ouvre un vaste champ de questions. En voici quelques-unes :

1- Le gouvernement Couillard saura-t-il où trouver l’argent?

C’est le plus difficile. Et tout part de là. Il serait question de 3 milliards de dollars. C’est probablement un minimum si l’objectif est d’éradiquer le déficit. Pour ce qui est du « structurel », ça signifie qu’il faudra que ces réductions budgétaires se répètent année après année. Il est difficile d’imaginer que Martin Coiteux puisse dénicher cette somme sans toucher à la santé ni à l’éducation, tout en conservant tels quels les services aux citoyens. Des programmes seront révisés, certes, mais il est bien possible que cela s’accompagne de compressions paramétriques – tous les ministères et organismes voient leur budget réduit d’un même pourcentage – pour atteindre les objectifs fixés.

2- Le gouvernement Couillard gardera-t-il le cap?

Ce sera aussi très difficile. La pression populaire peut devenir intense. Les groupes sociaux et les syndicats sont en état d’alerte. Les syndicats des employés municipaux sont déjà confrontés au projet de loi 3 sur les régimes de retraite. Philippe Couillard montre beaucoup de détermination. Sa déclaration citée plus haut en fait foi. Martin Coiteux est profondément engagé au plan idéologique dans cette opération, si l’on en juge par ses prises de position avant de devenir ministre.

En principe, ce nouveau gouvernement est en bonne position pour agir. Il vient d’être élu et même s’il a été quasi muet sur ces questions en campagne électorale, une bonne partie de l’électorat paraît disposé à le suivre, mais jusqu’à quel point? En outre, les syndicats, les groupes sociaux et les partis d’opposition ne sont pas particulièrement en position de force, bien que cela puisse évoluer très rapidement.

3- Qu’en sera-t-il du « flair politique » du premier ministre?

Philippe Couillard n’a pas fait la démonstration qu’il était capable de mesurer rapidement l’impact politique d’un événement, malgré son expérience de ministre. Il est peut-être bien entouré, ce qui reste à voir, mais rien ne remplace le sens politique dont doit faire preuve le premier ministre. Cela peut éviter bien des difficultés, comme « la grosse tempête dans un petit verre d’eau » concernant la polémique créée par les 215 000 $ qu’Yves Bolduc a reçus pour prendre de nouveaux patients au moment où il était député de l’opposition. Philippe Couillard a montré là, et en d’autres occasions, qu’il n’était pas en phase avec la population. Lorsqu’on veut procéder à de vastes réformes, le pouvoir politique a intérêt à entendre et à comprendre ce qui se passe réellement au sein de la population. Sinon, les risques de dérapages sont importants.

4- À quoi ressemblera l’État québécois après cette série de compressions?

Un État « recentré » sur ses missions « prioritaires ». C’est un joli concept. Mais pour le moment, le gouvernement Couillard n’a pas précisé ce que ça voulait dire. La santé, l’éducation, la justice font certainement partie des fonctions vitales de l’État québécois. Mais qu’en est-il de la culture, de l’immigration, de l’agriculture, des transports, de l’environnement? On voit bien qu’il n’est pas si facile de définir les missions « non prioritaires ». Oserait-on affirmer que les affaires autochtones ne sont pas prioritaires? L’emploi et la solidarité sociale? L’énergie et les ressources naturelles? Ah, pourquoi pas les relations internationales? D’autant qu’Ottawa est responsable de la politique étrangère. Pourtant, il n’aura suffi que d’une rumeur qui voulait transformer ce ministère en secrétariat pour calmer les ardeurs des pourfendeurs de fonds publics.

Le nouveau premier ministre a les allures d’un homme qui s’est donné une mission, et il laisse entendre que personne ne pourra l’en détourner. Pour le moment, les Québécois semblent être à l’écoute, attentifs et ouverts. Maintenant que Philippe Couillard a expliqué que l’État québécois doit être réformé, il est temps désormais de commencer à leur expliquer quelle forme il entend donner à cette nouvelle mouture de l’État québécois.

Car, pour le moment et malgré une campagne électorale, nous n’en savons rien.

Catégorie : Québec