Le remaniement qui n’a pas (encore) eu lieu

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 publié le 24 juin 2015 à 14 h 33

On vous l’accorde d’emblée. Tous les correspondants parlementaires sont affligés de la même maladie : la « remaniementite aiguë ».

Les premiers symptômes apparaissent dès qu’un ministre fait une déclaration malhabile.

Ça commence par de simples discussions de corridors entre collègues. On évoque les difficultés et les maladresses. Ça peut durer quelque temps.

Si plusieurs relèvent un deuxième impair important, les discussions sont élargies aux gens qui gravitent autour du parti au pouvoir : le ministre X est-il menacé de passer à la trappe d’un remaniement ministériel? Règle générale, le gouvernement tente d’étouffer l’affaire, l’opposition souffle sur les braises.

Au troisième faux pas sérieux, la machine à rumeurs démarre. Pour vrai.

Les journalistes posent ouvertement la question au premier ministre : le ministre X a-t-il toujours votre confiance?

Si la réponse n’est pas clairement « oui », le doute est semé. Pour vrai.

De Bolduc…

La dernière fois que cela s’est produit, c’était avec l’ex-ministre de l’Éducation Yves Bolduc.

Il y a eu ses primes pour le suivi de nouveaux patients pendant qu’il siégeait à l’opposition. Puis, les livres que les bibliothèques scolaires ne pourraient plus se permettre d’acheter : « Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça », avait-il dit avant de s’excuser. Et le désormais célèbre coup de grâce : les fouilles à nu « respectueuses ».

Dans les heures qui ont suivi, le premier ministre Philippe Couillard n’a pas répondu clairement « oui » à la « question qui tue ». Neuf jours plus tard, un mini-remaniement était confirmé.

… à Heurtel?

On en était presque là avec l’actuel ministre de l’Environnement David Heurtel. Son chemin de croix a commencé avec le certificat d’autorisation délivré à TransCanada pour entreprendre des forages exploratoires en vue de construire un port pétrolier à Cacouna, là où se trouve une pouponnière de bélugas.

En septembre, son ministère est rappelé à l’ordre par la cour qui ordonne l’arrêt immédiat des travaux. En décembre, le premier ministre signe lui-même l’arrêt de mort du port pétrolier à cet endroit. Ce n’est jamais très bon signe quand le premier ministre doit lui-même intervenir…

Une enquête interne rendue publique il y a quelques jours sur le processus d’octroi du certificat de forage a de nouveau écorché le ministre. Elle révèle que les fonctionnaires qui ont permis de le délivrer ont omis d’indiquer que « le béluga est une espèce en péril et qu’il est probablement en voie de disparition ».

Le rapport indique aussi, et surtout, que la direction du ministère et le cabinet du ministre « ont été avisés par le biais de notes ministérielles ou de fiches d’informations fréquemment pendant le processus ». Le ministre Heurtel a reconnu qu’il aurait dû avoir une meilleure compréhension du dossier avant que le certificat ne soit délivré. Pire, à La Presse, il a même fait cet aveu : « Cacouna, je l’ai échappé! Mais est-ce que je dois payer toute ma vie pour ça? »

Le député Sylvain Gaudreault, porte-parole péquiste en Environnement, a carrément demandé le départ de David Heurtel. « Il a renoncé à sa responsabilité ministérielle. Ce principe est fondamental dans notre droit parlementaire. La seule chose que le premier ministre doit faire, c’est de le tasser dans le remaniement qui s’en vient. »

On était là à un doigt de la question qui tue au premier ministre.

Double victoire

En une seule soirée, un événement a mis fin à toutes les rumeurs, temporairement du moins : la double victoire des libéraux lors des élections partielles dans les circonscriptions de Jean-Talon et, surtout, dans Chauveau. Que Sébastien Proulx conserve la première allait pratiquement de soi. Mais que Véronyque Tremblay, en plus, ravisse à la CAQ une circonscription phare, c’était comme Noël en juin.

Du coup, Philippe Couillard pouvait se montrer triomphant, parader fièrement avec ses deux nouveaux élus, et interpréter – à tort ou à raison – ces victoires comme une caution des Québécois pour poursuivre son exercice de redressement des finances publiques. Un coup de baguette magique n’aurait pas été aussi efficace. Pourquoi changer une combinaison gagnante, d’autant qu’on peut partir pour les vacances sur cette belle image. Le remaniement ministériel peut attendre… pour l’instant.

Une querelle révélée

David Heurtel a une nouvelle fois fait la manchette la fin de semaine dernière. Cette fois, le Journal de Québec a révélé qu’il était à couteaux tirés avec son adjointe parlementaire, Marie-Claude Nichols, députée de Vaudreuil. Une querelle aurait éclaté devant témoins au Conseil des ministres, à un point tel qu’elle aurait songé à renoncer à ses fonctions. La principale intéressée n’a pas répondu à nos appels. Au bureau du premier ministre, on nous dit qu’il s’agit « d’une tempête dans un verre d’eau » et que « le dossier est clos ».

Mais des sources nous indiquent qu’ils sont plusieurs, au caucus libéral, à avoir eu un conflit avec le ministre de l’Environnement. Sa personnalité dérange. Sa façon de faire aussi.

Des groupes environnementaux se disent en froid avec lui, pendant que, sous le couvert de l’anonymat, des gens qui doivent collaborer avec son cabinet parlent de relations tendues.

Le ministre Heurtel ne sera pas du lancement de la stratégie maritime, lundi prochain, alors qu’il figurait parmi les ministres invités lors de la première convocation. La conférence de presse a été reportée en raison du décès de Jacques Parizeau. À son cabinet, on explique qu’il ne pourra pas faire acte de présence parce qu’il prendra plutôt part à une mission en France.

On ne peut pourtant pas s’empêcher de se demander pourquoi le premier ministre procède à une annonce qui lui est aussi chère – il veut faire de la stratégie maritime son héritage – sans son ministre de l’Environnement, inévitablement concerné par la question du transport maritime sur le fleuve Saint-Laurent.

On ne peut surtout pas s’empêcher de se demander, dans les circonstances, combien de temps encore David Heurtel peut s’accrocher avant de forcer, en partie, le prochain remaniement.

Catégorie : Québec

Le régime fiscal du 1 % au Québec

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 publié le 18 juin 2015 à 19 h 56

Il y a quelques faits intéressants et quelques aberrations à souligner au sujet des Québécois qui ont gagné 250 000 $ ou plus en 2012, à la lumière des statistiques fiscales publiées récemment par le ministère des Finances.

D’emblée, retenons que 454 d’entre eux n’ont pas payé d’impôt.

Pourtant, le revenu moyen de ces 43 589 Québécois avait atteint environ 542 000 $.

Perdre son emploi, cela peut arriver à tout le monde, semble-t-il, et cela a été le cas de 327 de ces Québécois, qui ont reçu des prestations d’assurance-emploi. En revanche, en 2012, aucun d’entre eux n’a perçu de prestations d’aide sociale, contrairement à d’autres années.

Qu’à cela ne tienne, ils ont été 927 à bénéficier du crédit pour la solidarité. C’est fascinant, puisqu’en 2014, un revenu familial au-delà de 55 000 $ rendait une personne inadmissible au crédit pour la solidarité.

Autre anomalie : 16 de ces Québécois à hauts revenus ont obtenu les crédits d’impôt relatifs à la prime au travail. Normalement, on ne peut bénéficier de ces crédits si le revenu de la famille (avec un enfant) dépasse 47 000 $, selon les tables de 2014. Et le bénéficiaire de cette prime ne doit pas avoir un revenu supérieur à 16 000 $. C’est confondant.

Trente-cinq de ces contribuables ont eu droit à la déduction pour Indien et 24 ont eu le crédit d’impôt pour nouveau diplômé travaillant dans une région ressource éloignée. Aucun n’a réclamé de crédit d’impôt pour pompier volontaire.

Ces Québécois aux revenus les plus élevés bénéficient particulièrement de certaines déductions. Par exemple, ils accaparent 57 % des déductions pour gains en capital, 40 % des déductions pour investissements stratégiques, 59 % des déductions pour frais d’exploration et mise en valeur, 33 % des frais financiers et frais d’intérêts et 28 % de ces mystérieuses « déductions diverses ».

Pourtant, ils ne représentaient en 2012 que 0,6 % des contribuables québécois.

Ces Québécois ont payé aussi une grosse partie des pensions alimentaires. Ils ont assumé 34 % de toutes les pensions alimentaires déductibles. En fait, parmi ceux qui ont gagné 250 000 $ ou plus, ils étaient 1182 à verser des pensions alimentaires qui ont totalisé plus de 68 millions de dollars, pour une pension moyenne d’environ 58 000 $ par année.

Ils ont aussi été très généreux. Ils ont versé, en 2012, 43 % du total de tous les dons de charité.

En moyenne, ils ont payé 81 338 $ en impôts au Québec.

Ils ont versé au fisc québécois, toujours en moyenne, un peu moins de 15 % de leur revenu total.

L’ensemble des Québécois, cela inclut ces hauts revenus de même que ceux qui ne paient pas d’impôt (ce qui a été le cas de 2 372 000 Québécois en 2012), ont remis environ 7 % de leur revenu total au fisc québécois.

Leur part d’impôt représente 18,3 % des impôts sur le revenu payés par l’ensemble des Québécois.

Le gouvernement Couillard mène actuellement des consultations dans le but de procéder à une réforme de la fiscalité.

Catégorie : Québec

Les redevances minières, deuxième partie

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 publié le 16 juin 2015 à 21 h 03

À la suite de ce blogue du 5 mai « Moins d’un million de dollars par mine », tant le bureau du ministre délégué aux mines, Luc Blanchette, que l’Association minière du Québec m’ont transmis leurs réactions, somme toute assez semblables.

D’une part, ils rappellent que les redevances minières de 23,7 millions de dollars inscrites dans les comptes publics 2013-2014 ne tiennent pas compte d’une somme de 20 millions de dollars remise par les minières, qui a été versée au volet patrimoine minier du Fonds des ressources naturelles.

C’est exact. Il est néanmoins utile de mentionner que ce volet du Fonds des ressources naturelles consacre l’essentiel de ses budgets à réaliser des levés géologiques sur le territoire québécois, qui serviront à l’industrie de l’exploration minière et aussi, en conséquence, à l’industrie minière.

Ces budgets pourraient légalement être consacrés à d’autres fins, comme la réhabilitation de sites miniers orphelins. Il est vrai toutefois que ce sont bien 43, 7 millions de dollars qui ont été versés en redevances par les compagnies minières et que c’était le choix du gouvernement de consacrer ces 20 millions pour ces travaux, qui profiteront tout de même à l’industrie et pas vraiment au financement des programmes sociaux, par exemple.

D’autre part, et ça n’a rien d’étonnant, le bureau du ministre et le porte-parole de l’industrie minière insistent sur les autres contributions de l’industrie minière à l’économie québécoise. Le bureau de M. Blanchette n’apporte pas de précision, mais le directeur des communications stratégiques de l’Association minière évalue à environ 6,2 milliards de dollars par année ce qui est déboursé par ses membres en salaires, impôts, redevances, charges sociales et investissements.

J’avais fait le choix dans ce premier blogue de ne traiter que de la question des redevances, qui représentent précisément la contrepartie des entreprises pour s’approprier environ 7 milliards de dollars en ressources minérales qui appartiennent aux Québécois. La contribution totale du secteur minier à l’économie est une autre question, qui ne manque pas de pertinence, mais c’est véritablement une autre question.

Toutefois, puisque les porte-parole du ministre des Mines et de l’Industrie insistent sur ce point, je crois opportun de me rabattre sur le travail d’enquête et d’analyse du vérificateur général du Québec (VGQ).

Le VGQ a produit en 2009 un rapport dévastateur sur le secteur minier dans lequel il faisait une démonstration sans équivoque de la faiblesse des redevances minières et soulignait l’incapacité du ministère à mesurer l’impact net de l’industrie minière sur l’économie québécoise.

Le VGQ a même identifié tous les éléments de coûts et bénéfices pour déterminer l’effet réel de cette industrie pour l’économie québécoise. Il invitait le ministère à identifier les montants pour chacun de ses éléments.

En 2013, le VGQ est revenu à la charge avec un rapport de suivi pour mesurer le travail accompli par le ministère en quatre ans. Il a choisi de vérifier 15 des 20 recommandations qu’il avait formulées en 2009, évidemment les plus importantes. Le VGQ a jugé que pour 11 de ces 15 recommandations les progrès étaient insatisfaisants. Le vérificateur général constatait notamment que le ministère des Ressources naturelles n’avait toujours pas mesuré l’impact réel de l’industrie minière sur l’économie et sur les finances publiques.

Le régime de redevances minières a été modifié à deux reprises ces dernières années (notamment en raison du travail du VGQ) et la nouvelle formule proposée par le gouvernement Marois entrera entièrement en vigueur en 2014-2015. Québec prévoit alors recueillir 65 millions de dollars en redevances en échange de 7 milliards et demi de dollars en minéraux métalliques et industriels, selon les prévisions du ministère.

En ce qui concerne le bénéfice réel de l’industrie minière pour l’économie québécoise et sur le budget du Québec, il faudra attendre le bon vouloir du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles pour savoir véritablement ce qu’il en est.

Catégorie : Québec

Pendant la course à la direction du Parti libéral, Philippe Couillard a répété maintes fois qu’il voulait que le Québec devienne signataire de la Constitution canadienne. À ce moment (début 2013), il ne semblait pas avoir une idée claire de ce qu’il entendait réclamer pour le Québec. Il ne paraissait pas non plus avoir réfléchi sérieusement à la façon dont les Québécois devraient être consultés sur cette question.

Il avait rapidement abandonné ce sujet après avoir suggéré qu’un vote de l’Assemblée nationale, et non pas un référendum, suffirait pour entériner cette adhésion.

Un autre contexte

Les récentes déclarations de Philippe Couillard, même s’il y a des similitudes avec celles qu’il a tenues pendant la course à la direction, visent d’autres objectifs en raison d’un contexte actuel bien différent.

À Ottawa, le scandale des dépenses des sénateurs représente une nouvelle occasion pour remettre en question cette institution. Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair, en tête des sondages, promet son abolition. Le premier ministre Stephen Harper aurait voulu au moins le réformer, tandis que le chef libéral Justin Trudeau a déjà exclu les sénateurs libéraux de son caucus.

La tenue d’un référendum national a même été évoquée pour forcer les premiers ministres provinciaux à s’asseoir à la table des négociations. Il est d’ailleurs probable qu’une bonne majorité de Canadiens, et peut-être une majorité de Québécois, seraient tentés de voter pour l’abolition du Sénat.

Une stratégie sur deux fronts

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, est intervenu à deux reprises ces derniers jours pour faire valoir son point de vue, notamment dans son discours de clôture au congrès du Parti libéral du Québec (PLQ) en fin de semaine dernière à Montréal.

1er front : le reste du Canada

Le premier ministre Couillard a prévenu ses homologues du Canada que s’ils voulaient discuter du Sénat, ils devraient aussi tenir compte des revendications du Québec, dont son caractère distinct, ainsi que des réclamations des Premières Nations. En outre, Philippe Couillard a affirmé son opposition à l’abolition du Sénat et a proposé de le transformer en une véritable « chambre des régions ».

Objectifs stratégiques : freiner les intentions de ceux qui ne voudraient négocier que sur la question du Sénat. Aucun premier ministre ni même les aspirants au poste de premier ministre du Canada n’ont exprimé le vœu de discuter des revendications du Québec et des Autochtones. Le Québec cherche aussi à rallier les Premières Nations dans l’espoir de briser son propre isolement sur le plan constitutionnel. Et pour ce qui est du Sénat lui-même, en manifestant son désaccord avec l’idée de l’abolir, Québec ajoute un nouvel obstacle. Concrètement, cela risque de bloquer encore davantage, si cela est possible, des discussions d’ordre constitutionnel au Canada.

2e front : le Québec

Philippe Couillard a toutefois mentionné son intérêt pour des discussions constitutionnelles d’ici 2017, l’année du 150e anniversaire de la fédération, mais pas à son initiative, car cela placerait, à son avis, le Québec en « position de faiblesse ». Il a même prétendu qu’il a trouvé ça « curieux » de voir que des « gens sont terrorisés par une conversation constitutionnelle ».

Objectifs stratégiques : donner l’impression, malgré le contexte, que des négociations constitutionnelles sont possibles, même si Philippe Couillard a reconnu qu’« il n’y a pas d’appétit » pour cela au Canada. L’argument de la « position de faiblesse » lui évite de devoir prendre toute initiative. Il est aussi très difficile de croire que Philippe Couillard n’est pas conscient de l’énorme risque que représentent, pour des chefs politiques, des négociations (ou ne serait-ce que des « conversations ») constitutionnelles au Canada. Le chef libéral s’efforce ainsi de ne pas donner de munitions supplémentaires au chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, et à son projet d’indépendance du Québec. Pour le chef péquiste, la notion d’un Canada impossible à réformer dans le sens des intérêts du Québec est une donnée fondamentale du débat sur la question nationale.

Une première escarmouche

La Cour suprême a publié en avril 2014 un avis qui stipule que le gouvernement fédéral a besoin de l’appui de toutes les provinces pour réformer de façon importante le Sénat et de sept d’entre elles (représentant 50 % de la population) pour des réformes plus mineures.

Le problème pour le chef du PLQ, c’est que la moindre rencontre constitutionnelle qui ne prendrait pas en considération les revendications de la Belle Province serait perçue comme une gifle politique par les Québécois et exploitée comme telle par les meneurs souverainistes.

Il n’est pas certain que le Sénat demeure au premier plan de la campagne électorale fédérale. C’est néanmoins plausible et cela pourrait infliger à la longue un certain tort à la cause des fédéralistes québécois. Mais ensuite, il faudra surtout voir si le prochain premier ministre du Canada a véritablement l’intention d’agir dans le dossier du Sénat qui, pourtant, paraît fermé à double tour.

Or, à ce stade, il est possible que les Québécois ne soient plus les seuls au pays à constater et à se désoler du caractère immuable de la Constitution canadienne, en raison de sa formule d’amendement et des fractures culturelles et sociales qui morcellent le Canada. Cela constituerait une assise pour le moins déconcertante à cette unité nationale que Philippe Couillard cherche résolument à bâtir.

Catégorie : Québec

La schizophrénie des solidaires

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 publié le 13 juin 2015 à 18 h 54

Québec solidaire soufflera ses 10 chandelles en février prochain. Dix ans pour une formation politique, c’est assurément l’âge de raison, voire l’âge adulte.

Néanmoins, il semble que ce n’est pas pour autant un gage de maturité politique. Le plus récent bilan du parti dressé par la porte-parole Françoise David n’en faisait certainement pas la démonstration.

Aux questions des journalistes sur la possibilité d’une alliance électorale avec le Parti québécois en 2018, Françoise David n’a pas voulu fermer la porte. On ne se sabordera pas, mais on est ouvert au dialogue, a-t-elle dit pour l’essentiel. Des « alliances ponctuelles » seraient possibles.

Pourtant, c’est la même femme qui a déjà déclaré qu’elle refuserait de s’asseoir aux côtés de Pierre Karl Péladeau. « Une candidature odieuse », avait affirmé la porte-parole de QS en mars 2014.

Que l’opinion de Françoise David à l’égard de Pierre Karl Péladeau se soit améliorée, maintenant que celui-ci est devenu chef du Parti québécois, n’a rien de trop étonnant. Ce qui l’est beaucoup plus, c’est que la porte-parole de Québec solidaire, presque 10 ans après la création de son parti, n’écarte pas clairement l’idée de créer une alliance électorale avec une autre formation politique.

Au-delà du principe, il ne fait pas de doute que forger une alliance, sur la base d’un partage de circonscriptions, se révélerait désavantageux pour les deux partis, particulièrement pour Québec solidaire, compte tenu des nouvelles règles liées au financement des partis politiques.

C’est aussi un message troublant, empreint de confusion, que Françoise David envoie à ses troupes et aux électeurs québécois.

Québec solidaire n’est-il qu’un autre parti du genre Option nationale? Québec solidaire n’est-il qu’une succursale « de gauche » du Parti québécois?

Cette constante valse-hésitation est peut-être une conséquence du statut de Françoise David, qui est la porte-parole des solidaires et non pas la chef de son parti. Est-ce que cela justifie son incapacité à défendre l’autonomie de son parti? Il semble que oui.

Pour ajouter à la confusion, les députés solidaires affichent une étrange posture politique à l’égard du PQ et du PLQ.

À l’occasion de ce bilan des travaux parlementaires, le communiqué de presse de Québec solidaire attaquait de front le gouvernement Couillard. Cependant, en point de presse, après avoir énoncé la ligne de presse d’usage qui s’en prenait aux libéraux, Françoise David a lancé plusieurs de ses flèches vers le Parti québécois. Comme d’habitude, diraient d’ailleurs les péquistes qui le rendent bien aux élus solidaires.

Cette impression que les députés solidaires sont davantage préoccupés par le Parti québécois que par le parti au pouvoir est confortée de deux autres façons. Les questions de Québec solidaire à l’Assemblée nationale sont rarement formulées, tel que le veut la tradition, comme des critiques de l’action du gouvernement. QS cherche plutôt à mettre de l’avant ses propres positions.

Par ailleurs, de manière très opportune, le premier ministre Philippe Couillard ne manque pas une occasion d’encenser le travail de la députée de Gouin. Le chef libéral sait bien que les solidaires sont peu susceptibles de gruger le vote libéral, mais qu’en revanche ceux-ci sont en mesure de réduire les chances du Parti québécois de remporter une majorité parlementaire.

D’ailleurs, cette évidence explique sans doute la raison pour laquelle les députés solidaires privilégient les attaques contre l’opposition officielle péquiste, plutôt que de viser sans relâche le gouvernement libéral. Or, cette attitude électoraliste sied mal avec la volonté de Québec solidaire de faire de la politique autrement.

En quoi les attaques de Québec solidaire (de même que celles de la CAQ) contre le PQ (qui en font autant) profitent réellement aux Québécois? Le travail des partis d’opposition est normalement consacré à la critique (si possible constructive) du travail et des orientations du gouvernement.

Naturellement, les partis d’opposition sont parfaitement libres de se disputer entre eux, même à trois ans des prochaines élections. Il est aussi légitime pour ces partis de rappeler sans cesse aux Québécois que leur offre politique est différente des autres et de la mettre en valeur. Il n’empêche qu’ils ont une obligation absolue de demander quotidiennement au gouvernement de rendre des comptes.

Un éventuel (et encore hypothétique) appui des libéraux envers un projet de loi de QS qui vise à empêcher l’expulsion des aînés de leur logement ne peut justifier la moindre clémence des solidaires à l’égard du gouvernement Couillard.

Mais pour ce qui est de ses rapports avec le Parti québécois, les élus de Québec solidaire semblent souffrir de schizophrénie.

D’une part, sa porte-parole ne rejette pas l’idée d’une alliance électorale avec le PQ, tandis que d’autre part toutes les occasions sont bonnes pour attaquer l’opposition officielle et son nouveau chef dans l’espoir d’élargir sa base électorale.

Il est bien difficile de réconcilier ces deux attitudes.

Les résultats électoraux plutôt décevants de Québec solidaire depuis 18 mois (malgré l’élection d’une troisième députée) montrent peut-être que les Québécois peinent à comprendre ses cheminements.

Catégorie : Québec

Le pape et Harper : tout ça pour 10 minutes

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 publié le 12 juin 2015 à 10 h 16

Dans un passage ombragé du Vatican, le chef de bureau du réseau de télévision Global à Ottawa, Jacques Bourbeau, a rencontré quelqu’un du Saint-Siège à qui il a expliqué qu’il couvrait la rencontre du premier ministre Harper avec le pape François. « Tout ça est ridicule! », s’est exclamée la personne qui semblait en colère. Aucune explication du mot ridicule n’a été offerte.

Quelques heures plus tard, le visionnement des images de la rencontre offrait un début de sens.

Permettez-moi de faire un aparté pour expliquer que seuls 3 des 15 journalistes qui accompagnaient le premier ministre ont été admis à la rencontre avec le Saint-Père. Les autres ont dû se contenter de voir arriver le premier ministre à bord d’une rutilante Maserati du gouvernement italien pour être accueilli par l’archevêque Gallagher, secrétaire aux relations avec les États. Les détails de la rencontre leur viennent des images tournées par une seule caméra et rapportées par un journaliste et un photographe de presse à l’intérieur.

Alors, ces images de la rencontre montrent la brève poignée de main entre M. Harper et le pape François et la longue procession de quelque deux douzaines de membres de la délégation canadienne. En plus de Mme Harper et du ministre de la Défense, Jason Kenney, et de son ministre adjoint, Julian Fantino, cette délégation comprenait quelques députés, deux secrétaires de presse du premier ministre, le chef de cabinet et de nombreux adjoints, dont plusieurs dans la vingtaine qui travaillent pour M. Harper et seront bientôt à pied d’œuvre pour les élections.

Le photographe officiel du premier ministre et son équipe vidéo ont bloqué, à plusieurs reprises, la seule caméra nouvelles, tellement il était important d’immortaliser ces bénédictions. Un des membres de l’entourage a lancé à la blague avant le début de la rencontre que la photo avec le pape allait donner quatre ans de plus au gouvernement…

Le tête-à-tête qui a suivi n’a duré que 10 minutes, mais peu importe, c’est la photo qui compte.

Le compte rendu du Vatican n’est que de trois courts paragraphes : il a été question de libertés religieuses, du contexte politique avec référence à l’Europe et au Moyen-Orient, de la lutte contre le terrorisme et de questions environnementales.

Comparez cela au communiqué de la veille, lors de la visite du président russe Vladimir Poutine, après 50 minutes d’entretien privé. Le compte rendu comprend quatre longs paragraphes, où on mentionne nommément l’Ukraine et les encouragements du pape à rebâtir un climat de dialogue ainsi que la Syrie et la reconnaissance par le Saint-Père de l’influence que la Russie peut y avoir.

Le pape a offert au président Poutine le médaillon de l’Ange de la paix, le même que celui qu’il a donné récemment au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

On ne sait pas ce qui a été offert au premier ministre Harper. Il n’est pas sûr qu’il se vanterait d’avoir reçu le même médaillon que Poutine et Abbas.

Une source à l’intérieur du Vatican dit qu’il faut lire le communiqué final pour ce qui n’y est pas dit. Le pape est contre l’occupation des Territoires palestiniens, contre les frappes aériennes en Syrie, contre l’isolement de l’Iran. Il s’apprête à publier une encyclique sur les changements climatiques. Donc, des différences d’approche et d’opinion nombreuses avec le premier ministre canadien.

Pas de mention par le Vatican que le premier ministre ait évoqué la Commission de vérité et réconciliation, mais le compte rendu du bureau de M. Harper l’affirme. Le premier ministre a souligné que son ministre Bernard Valcourt a récemment écrit au Vatican, en mentionnant que la commission sur les pensionnats indiens a produit son rapport final. Une simple lettre d’information qui, pas plus que le premier ministre devant le pape, n’évoque le fait que la Commission demande des excuses au pape.

Dix minutes de conversation, traduction incluse, ce n’est pas long. Il faut croire que les deux hommes n’avaient pas grand-chose à se dire.

Catégorie : Québec

Il est troublant de lire le nouveau projet de loi 62 de la ministre Stéphanie Vallée, qui vise à favoriser la neutralité religieuse de l’État, et de le comparer avec celui présenté par le gouvernement de Jean Charest en 2010.

Ce projet de loi 94, qui est mort au feuilleton faute de volonté politique, était presque parfaitement identique à celui de Mme Vallée. La seule différence, c’est que le nouveau projet de loi élabore des critères pour les salariés et les élèves qui veulent profiter de congés religieux.

Il aura donc fallu des années de débat pour en arriver là. Une proposition qui est nettement moins exigeante que le rapport Bouchard-Taylor, déposé en 2008, qui recommandait d’interdire aux juges et aux policiers le port de symboles religieux. Nous sommes à des années-lumière évidemment de la charte des valeurs du Parti québécois.

De toute façon, le premier ministre Couillard considère qu’il n’y a pas de crise et qu’il ne faudrait pas en créer une. Mais, alors, pourquoi présenter un projet de loi, d’autant qu’il offre le potentiel de créer une crise? Pourquoi Philippe Couillard n’a-t-il pas décidé d’aller jusqu’au bout de son raisonnement et d’éviter de faire des gestes qui visent à résoudre un problème qui, selon lui, n’existe pas?

D’autant plus qu’attendre 15 mois pour présenter un projet de loi «copié-collé», ça relève de la stratégie politique sans subtilité aucune.

Ajoutons à cela que le gouvernement a décidé de présenter le même jour un autre projet de loi sur les discours haineux, et aussi un plan d’action contre la radicalisation. Ça non plus, ce n’était pas subtil. Ça prend beaucoup d’eau pour noyer un poisson et beaucoup d’autres nouvelles pour cacher celle qui est au coeur d’un débat vieux de 10 ans.

Et, finalement, si nous avons bien compris, les tchadors que Philippe Couillard voulait proscrire en janvier 2014, et le crucifix au-dessus de la tête du président de l’Assemblée nationale, n’auraient rien à voir avec la neutralité religieuse de l’État.

Non. C’est bien plus simple. Il suffit d’être à visage découvert.

D’ailleurs, souriez, vous êtes en zone de neutralité religieuse.

 

Catégorie : Québec

Un commissaire sur le fil du rasoir

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 publié le 29 mai 2015 à 23 h 12

Le Commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale, Jacques Saint­-Laurent, a été soumis à une véritable épreuve lors de sa comparution en commission parlementaire le mardi 26 mai 2015.

Les représentants des différents partis politiques cherchaient tous à obtenir ou à voir dans ses propos une quelconque forme d’appui à leur point de vue concernant le statut de Pierre Karl Péladeau.

La dynamique était aussi visible que prévisible. Les élus du Parti québécois ont tenté de montrer avec le témoignage de Jacques Saint-­Laurent que leur nouveau chef Pierre Karl Péladeau respectait à la lettre le Code d’éthique et de déontologie, tandis que les élus des autres partis ont cherché à convaincre que le Code d’éthique devait être modifiée dans le sens des préoccupations soulevées par le commissaire Saint-­Laurent.

Circonspection

La prudence était de rigueur et de manière telle que certains échanges, en particulier ceux entre le député libéral Marc Tanguay et le commissaire, se situaient à la limite du compréhensible. Même en regardant de nouveau ce témoignage et en relisant les transcriptions, il n’est pas évident de tirer des conclusions claires sur plusieurs questions.

Les libéraux ont fait montre de prudence afin d’éviter de consacrer Pierre Karl Péladeau dans un rôle de victime du Parti libéral, d’autant que le principal intéressé évoque déjà le harcèlement de ses adversaires. En outre, il reste du temps, encore beaucoup de temps, avant la tenue du prochain scrutin. La précipitation apparaît inutile pour les stratèges libéraux.

Le commissaire Saint­-Laurent a donné l’impression qu’il marchait sur des oeufs. Sa situation était particulièrement délicate, car s’il n’est pas évident de concilier ses rôles de conseiller auprès des députés et d’enquêteur en cas d’un possible manquement éthique, il ne va pas de soi d’y ajouter l’obligation ponctuelle (prévue par la loi) de recommander des modifications législatives au Code d’éthique, surtout dans le contexte politique actuel.

Malgré cette prudence, le commissaire a fait deux affirmations qui paraissent très surprenantes.

Les lobbyistes

Le député de la Coalition avenir Québec Benoit Charette a demandé au commissaire si une entreprise, contrôlée par un élu, qui embauche des lobbyistes pour intervenir auprès de ministères constituait un cas particulier qui mériterait une attention particulière de la part des législateurs.

Voici la réponse du commissaire Saint­-Laurent : « L’exemple que vous mentionnez est un petit peu difficile à concevoir pour moi. Je répondrais, de façon générale simplement que si je suis, comme député, propriétaire d’une entreprise et que cette entreprise-là, par le biais de mon personnel, a des lobbyistes inscrits qui font des représentations dans différents ministères, je suggérerais à ce député-là de consulter rapidement le Commissaire à l’éthique et à la déontologie et de voir qu’est-ce qui en est, là. Ça me semble être une question qu’il faudrait vérifier ponctuellement. »

Il est assez étonnant que le commissaire réponde que cet exemple est difficile à concevoir pour lui, alors que Québecor et Vidéotron, deux entreprises dont Pierre Karl Péladeau est actionnaire de contrôle, comptent dans un cas une quinzaine de lobbyistes et dans l’autre plus d’une cinquantaine, tous inscrits au registre des lobbyistes, et qui interviennent auprès de plusieurs ministères du gouvernement québécois.

Conséquence politique?

À deux reprises, depuis le début de son mandat, le commissaire Saint-­Laurent a constaté que des députés avaient commis des manquements à l’éthique. Dans ces deux cas (Pierre Karl Péladeau du PQ et Sylvie D’Amours de la CAQ), le commissaire n’a pas jugé bon de suggérer la moindre sanction, comme la loi le lui permet, car il jugeait que ces manquements avaient été commis de bonne foi et par des députés peu expérimentés.

Le député libéral Richard Merlini lui a demandé pourquoi il n’avait pas, au moins, recommandé l’imposition d’une réprimande (qui est une simple sanction morale). Voici ce que le commissaire a offert en guise de réponse : « Rapidement, simplement dire que c’est ma décision, c’est mon choix. Je me suis basé sur ce que j’ai lu de mes collègues des autres provinces dans des situations qui m’apparaissaient semblables et j’ai pensé à la conséquence politique d’une réprimande, et ça, ça a eu un effet sur ma décision. »

J’ai demandé des explications au commissaire Saint-Laurent, car le Code d’éthique ne prévoit pas qu’il doive tenir compte des conséquences politiques pour déterminer une sanction. Le commissaire m’a répondu que sa réponse ne s’appliquait qu’à ce contexte bien précis, dans la mesure où il jugeait que le député Merlini semblait affirmer que la réprimande aurait été bénigne, voire sans effet.

J’ai cherché à savoir si les conséquences politiques étaient tout de même prises en compte dans ses décisions, et je considère ne pas avoir obtenu de réponse claire et satisfaisante de la part du commissaire.

Alors, malgré cette explication et compte tenu de cette déclaration en commission parlementaire, cela sème le doute. C’est la crédibilité même du commissaire que cela met en cause. Ça pourrait affaiblir sa position déjà fragile par rapport aux élus.

Catégorie : Québec

Le ministre négociateur

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 publié le 25 mai 2015 à 19 h 31

C’est fou comme la politique est un monde fascinant. Il n’y a pas si longtemps, les médecins omnipraticiens dénonçaient avec l’énergie du désespoir le projet de loi 20. Prenez, par exemple, leur campagne publicitaire qui parlait de  la « déshumanisation » du réseau de la santé. Votre humble serviteur disait même qu’il ne fallait pas inviter le président de la Fédération des médecins omnipraticiens et le ministre Barrette au même « 5 à 7 ».

Aujourd’hui, non seulement il n’y aurait aucun risque à les inviter,  ils seraient probablement vos deux invités les plus souriants et ceux qui mettraient le plus de vie dans la place.

Alors, où sont passés les gros mots? Le « funeste projet de loi 20 »? Les « dommages irréparables causés au système de santé »? Les médecins qui ne travaillent pas assez, à défaut de dire « paresseux »?

Ils ont été enterrés dans la négociation de « bonne foi ». Avez-vous l’impression, comme moi, que toute cette rhétorique a finalement permis d’établir un rapport de force?

Sans dire que le projet de loi 20 servait précisément à établir ce rapport de force, on peut se demander s’il n’y a pas fortement contribué.

Récapitulons :

- le « ministre bulldozer » fait passer un premier projet de loi, le 10, au bâillon;

- le message est clair, les bâillons ne font pas peur au gouvernement;

- si vous êtes dans un sarrau de médecin, vous vous dites quoi? Il va nous rentrer le projet de loi 20 dans la gorge pas mal plus loin que l’abaisse-langue qu’on utilise pour nos consultations, n’est-ce pas?

- alors le jeu de la négociation commence;

- en fin de compte, le ministre obtient ce qu’il veut, c’est-à-dire un meilleur accès;

- en fin de compte, les médecins peuvent se vanter d’avoir fait dévier le « ministre bulldozer » devenu « ministre négociateur » en obtenant de passer moins de temps dans les hôpitaux.

Bref, sans le projet de loi 20, est-ce que le ministre aurait réussi à négocier l’entente d’aujourd’hui? On peut se poser la question.

Et nous? On espère que d’ici la fin 2017, 85 % des Québécois auront un médecin de famille (nous sommes 75 % actuellement, selon un sondage récent).

Parce qu’on sait que la baguette magique en santé n’existe pas. Souvenez-vous de la promesse de réduire le temps d’attente dans les urgences, en 2003…

Catégorie : Québec

Le PQ et le « mystère Québec »

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 publié le 24 mai 2015 à 10 h 32

La CAQ a eu beau jeu de tomber à bras raccourcis sur Pauline Marois, qui a commandé, à même les budgets qui lui ont été consentis à titre d’ex-première ministre, une étude à Dominique Payette afin que celle-ci réalise un « panorama de la presse régionale de la Capitale-Nationale ».

« On aurait dû lire : « Pourquoi, nous, au PQ, on ne pogne pas à Québec? » », a raillé le leader de la CAQ, François Bonnardel. Le Bloc québécois, qui a lui-même subi une cuisante défaite dans la région en 2006, avait déjà effectué le même genre d’étude.

Plusieurs universitaires se sont également déjà penchés sur les dynamiques médiatique et électorale propres à la capitale. Les conclusions sont chaque fois les mêmes : fatigue des électeurs face à l’option souverainiste, montée d’une nouvelle génération plus à droite, radios d’opinion qui en mènent large.

Depuis une décennie, le PQ – et le mouvement souverainiste, de manière plus générale – essuie les revers à Québec. À tel point qu’il a consacré plus d’énergie ces dernières années à s’apitoyer sur son sort, en multipliant les études et les réflexions pour tenter de comprendre pourquoi les citoyens de Québec ne l’appuient plus, qu’à tenter de renverser la vapeur.

Lors d’un rassemblement pro-PKP à Québec, dans le cadre de la course à la direction du parti il y a trois semaines, Clément Laberge, qui allait devenir candidat du PQ pour l’élection partielle dans Jean-Talon, avait clairement mis les choses en perspective : « Dans la région, on n’a pas que le Parti libéral et la CAQ comme adversaires. On a aussi nos propres doutes. »

Alors que l’ancienne garde péquiste persiste encore à vouloir analyser ce qu’elle qualifie de « mystère Québec », le nouveau chef Pierre Karl Péladeau, lui, n’a pas le cœur à s’épancher.

« L’historique du Parti québécois à Québec, ça ne me regarde pas. J’étais pas là », a-t-il laissé tomber jeudi sur les ondes de CHOI-FM.

Jusqu’à la semaine dernière, on se demandait encore dans les officines péquistes si le parti allait se contenter de faire de la figuration dans les élections partielles à venir dans Chauveau et dans Jean-Talon le 8 juin ou s’il allait réellement faire campagne. Sitôt PKP installé dans le siège du chef, la décision ne s’est pas fait attendre : le PQ allait mettre plein gaz.

Nous avons un « potentiel phénoménal » dans la région, a encore dit Pierre Karl Péladeau à CHOI-FM, se permettant quelques compliments à l’endroit du dynamisme économique de la ville et de son maire Régis Labeaume.

Bien sûr, le PQ ne fonde pas de grands espoirs dans ni l’une ni l’autre des circonscriptions, mais il espère à tout le moins obtenir de meilleurs scores que lors des dernières élections générales et, plus particulièrement, qu’à la dernière élection partielle à avoir eu lieu dans les environs, soit dans Lévis l’automne dernier, où le PQ n’avait récolté qu’un famélique 8 % d’appui.

Déjà jeudi à l’Assemblée nationale, la leader adjointe de l’opposition, Agnès Maltais, narguait le député Éric Caire à micro fermé : « Tu es aussi seul à la CAQ que moi je le suis au PQ », disait-elle, soulignant qu’avec Gérard Deltell en moins, la CAQ ne compte plus qu’un seul député élu à Québec, tout comme le PQ. Les autres circonscriptions sont détenues par les libéraux.

Ainsi, même si le PQ ressort les mains vides des deux élections partielles, il aura à tout le moins – sous la férule de son nouveau chef – tenté d’imprimer une nouvelle perspective à son rapport avec la ville de Québec. Celle, peut-être, de la confiance retrouvée.

Catégorie : Québec