Le PQ et le « mystère Québec »

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 publié le 24 mai 2015 à 10 h 32

La CAQ a eu beau jeu de tomber à bras raccourcis sur Pauline Marois, qui a commandé, à même les budgets qui lui ont été consentis à titre d’ex-première ministre, une étude à Dominique Payette afin que celle-ci réalise un « panorama de la presse régionale de la Capitale-Nationale ».

« On aurait dû lire : « Pourquoi, nous, au PQ, on ne pogne pas à Québec? » », a raillé le leader de la CAQ, François Bonnardel. Le Bloc québécois, qui a lui-même subi une cuisante défaite dans la région en 2006, avait déjà effectué le même genre d’étude.

Plusieurs universitaires se sont également déjà penchés sur les dynamiques médiatique et électorale propres à la capitale. Les conclusions sont chaque fois les mêmes : fatigue des électeurs face à l’option souverainiste, montée d’une nouvelle génération plus à droite, radios d’opinion qui en mènent large.

Depuis une décennie, le PQ – et le mouvement souverainiste, de manière plus générale – essuie les revers à Québec. À tel point qu’il a consacré plus d’énergie ces dernières années à s’apitoyer sur son sort, en multipliant les études et les réflexions pour tenter de comprendre pourquoi les citoyens de Québec ne l’appuient plus, qu’à tenter de renverser la vapeur.

Lors d’un rassemblement pro-PKP tenu à Québec, dans le cadre de la course à la direction du parti il y a trois semaines, Clément Laberge, qui allait devenir candidat du PQ pour l’élection partielle dans Jean-Talon, avait clairement mis les choses en perspective : « Dans la région, on n’a pas que le Parti libéral et la CAQ comme adversaires. On a aussi nos propres doutes. »

Alors que l’ancienne garde péquiste persiste encore à vouloir analyser ce qu’elle qualifie de « mystère Québec », le nouveau chef Pierre Karl Péladeau, lui, n’a pas le cœur à s’épancher.

« L’historique du Parti québécois à Québec, ça ne me regarde pas. J’étais pas là », a-t-il laissé tomber jeudi sur les ondes de CHOI-FM.

Jusqu’à la semaine dernière, on se demandait encore dans les officines péquistes si le parti allait se contenter de faire de la figuration dans les élections partielles à venir dans Chauveau et dans Jean-Talon le 8 juin ou s’il allait réellement faire campagne. Sitôt PKP installé dans le siège du chef, la décision ne s’est pas fait attendre : le PQ allait mettre plein gaz.

Nous avons un « potentiel phénoménal » dans la région, a encore dit Pierre Karl Péladeau à CHOI-FM, se permettant quelques compliments à l’endroit du dynamisme économique de la ville et de son maire Régis Labeaume.

Bien sûr, le PQ ne fonde pas de grands espoirs ni dans l’une ni dans l’autre des circonscriptions, mais il espère à tout le moins obtenir de meilleurs scores que lors des dernières élections générales et, plus particulièrement, que lors de la dernière élection partielle à avoir eu lieu dans les environs, soit dans Lévis l’automne dernier, où le PQ n’avait récolté qu’un famélique 8 % d’appui.

Déjà jeudi à l’Assemblée nationale, la leader adjointe de l’opposition, Agnès Maltais, narguait le député Éric Caire à micro fermé : « Tu es aussi seul à la CAQ que moi je le suis au PQ », disait-elle, soulignant qu’avec Gérard Deltell en moins, la CAQ ne compte plus qu’un seul député élu à Québec, tout comme le PQ – les autres circonscriptions étant détenues par les libéraux.

Ainsi, même si le PQ ressort les mains vides des deux élections partielles, il aura à tout le moins – sous la férule de son nouveau chef – tenté d’imprimer une nouvelle perspective à son rapport avec la ville de Québec. Celle, peut-être, de la confiance retrouvée.

Catégorie : Québec

PKP à la tête du PQ : la nouvelle donne

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 publié le 19 mai 2015 à 7 h 33

En fin de semaine, la presse du reste du Canada a peu écrit sur la victoire de Pierre Karl Péladeau. Et le peu d’espace qui lui était consacré était loin de la une. La première raison de ce désintérêt est que l’issue de cette course était prévisible et son impact avait déjà été soupesé et escompté. L’autre raison, pas toujours explicitement évoquée, est que le reste du Canada ne semble plus croire que le Québec est prêt à voter pour l’indépendance.

Les partis politiques à Ottawa se sont aussi montrés discrets. À moins que Stephen Harper n’y voie une occasion pour embarrasser MM. Trudeau et Mulcair, qui sont Québécois, la campagne électorale pourrait choisir d’ignorer cette question qui ne se pose pas véritablement avant 2018.

Au Québec

Sur la scène québécoise, l’événement se matérialise dès ce mardi par la présence du nouveau chef de l’opposition officielle au Salon bleu et ce premier événement marque le début d’une série d’affrontements qui pourraient se révéler épiques.

En parallèle, le 26 mai, la Commission des institutions entendra le témoignage du commissaire à l’éthique et à la déontologie, Jacques Saint-Laurent, qui a formulé deux recommandations  liées de manière évidente à la situation du député de Saint-Jérôme.

Le commissaire propose que l’on précise les instructions qu’un élu peut transmettre au tuteur d’une fiducie sans droit de regard. Par exemple, l’élu pourrait-il exiger que ses actifs ne soient pas vendus?

Jacques Saint-Laurent recommande aussi de modifier la loi pour faire face à des cas exceptionnels. Ainsi, il suggère que la loi s’applique aussi à un simple député, si l’importance et la nature de ses actifs peuvent le placer régulièrement en situation alléguée de conflits d’intérêts.

Le témoin suivant, le 2 juin, sera le jurisconsulte de l’Assemblée nationale, Claude Bisson, dont les commentaires auprès des médias ont été critiqués par Pierre Karl Péladeau. La commission parlementaire devrait aussi entendre, au mois d’août, croit-on, le Centre d’études des médias de l’Université Laval qui conduit une recherche sur ce sujet.

Ce n’est probablement que le début, et il faut prévoir que les autres formations politiques vont chercher à faire durer le supplice. Puisque les élections sont encore loin, la précipitation est inutile. Ce sont les premières étapes d’un long processus qui pourrait mener à des modifications législatives. Le gouvernement libéral pourra contrôler l’exercice de bout en bout avec, fort probablement, la collaboration de la Coalition avenir Québec et de Québec solidaire.

À visage découvert

Il est tout de même ironique que la question éthique sur les relations entre le pouvoir politique et la propriété (ou le contrôle) des médias se pose pour le Parti québécois. Les souverainistes ont toujours jugé qu’ils étaient systématiquement désavantagés sur la scène médiatique.  Encore en 2014, on l’a beaucoup entendu.

Bien des souverainistes croient que la famille Desmarais et le groupe Power Corporation jouent, en toute impunité, un rôle politique et médiatique majeur depuis des décennies au Québec. Selon eux, les propriétaires de La Presse ont utilisé leur pouvoir médiatique pour transformer le Parti libéral en un faire-valoir de leur vision du monde, au sein de laquelle le Québec est une province. Dans l’esprit de ces souverainistes, Pierre Karl Péladeau ne représente qu’une forme de rattrapage, à peine l’amorce d’une équité, et qu’ils sont encore bien loin du compte.

La véritable différence, à leur avis, c’est que Pierre Karl Péladeau agit à visage découvert. Il se présente, il est candidat, « il met sa face sur un poteau », et il ne se cache pas dans un luxueux domaine perdu, occupé à tirer les ficelles comme d’habiles marionnettistes, tel que le veut un certain imaginaire péquiste.

Ce point de vue a été lu et entendu à maintes reprises depuis des années, il est à la fois très présent parmi les militants et jamais véritablement contesté au sein du PQ.

Québecor contrôle, dit-on, 40 % de l’espace médiatique au Québec.

Or, pour nombre de souverainistes, ça veut surtout dire que 60% de l’espace médiatique est contrôlé par des médias fédéralistes.

Alors, voilà Pierre Karl Péladeau, celui qui a été propriétaire des quotidiens Sun et de la chaîne Sun News, qui se fait désormais le chantre de la souveraineté du Québec et qui est devenu le chef du Parti québécois et de l’opposition officielle.

Ce n’est vraiment pas banal.

Ses partisans se réjouissent de voir Pierre Karl Péladeau monter au front, sans artifice ni dissimulation. Ce qui, évidemment, ne l’immunise pas contre les risques de conflits d’intérêts.

Octobre 2018

Aujourd’hui, Pierre Karl Péladeau fera son entrée à l’Assemblée nationale à titre de chef de l’opposition officielle. Un poste qu’il occupera au moins pour les trois prochaines années. Mais en ce mardi 19 mai 2015, 35 ans moins un jour après le référendum du 1980, il posera une première question au premier ministre Philippe Couillard.

D’une durée maximale de 1 minute 30 secondes, cette question principale n’est importante que dans la mesure où elle est une première étape vers les élections générales d’octobre 2018, qui s’annoncent déjà historiques.

 Et, pour l’heure, tout indique que le périple qui nous mènera vers ce scrutin promet d’être absolument passionnant.

Catégorie : Québec

Un Parti québécois renouvelé?

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 publié le 14 mai 2015 à 19 h 09

Officiellement, la course à la direction du Parti québécois a commencé à la fin janvier. Mais elle s’était véritablement amorcée des mois plus tôt,  avec les jeux de coulisses et  les alliances.

Une course à la direction est un couteau à double tranchant : elle peut renouveler le parti ou elle peut le diviser.

On a l’impression que les membres du PQ ont fait le choix de l’unité, plutôt que celui du risque de division. Les trois « brasseurs de pommier », Jean-Francois Lisée, Bernard Drainville et Pierre Céré, ont abandonné en cours de route. MM. Lisée et Drainville ont invoqué le « moment Péladeau » que les militants du PQ veulent vivre. M. Drainville a même admis que des militants n’aimaient pas son ton insistant, agressif et incisif à l’endroit de M. Péladeau.

Sans présumer de l’issue du vote, l’impression générale qui se dégage est en effet que le PQ veut vivre son « moment Péladeau », que le parti est à la recherche d’un sauveur. La candidature de PKP, comme on l’appelle, est tellement pesante qu’elle semble avoir écrasé l’esprit de compétition qui devait animer la course. Sans rien enlever à Alexandre Cloutier et Martine Ouellet, le choc des idées attendu n’a pas vraiment eu lieu.

Prenez la délicate question de la démarche référendaire. La proposition de Martine Ouellet est claire et limpide : un référendum dans un éventuel premier mandat d’un gouvernement du PQ. Celle d’Alexandre Cloutier est originale : un registre de un million de signatures pour tenir un référendum.

Quelle est la proposition de M. Péladeau, le meneur de la course? Créer un Institut de la souveraineté pour faire la pédagogie de l’indépendance. Et la démarche référendaire? Sur cette question, pas de réponse claire, on est dans le registre du « on verra ».

Bref,  sur ce point précis, ce n’est pas bien différent de la position du PQ aux dernières élections, une position qui avait plombé la campagne de Pauline Marois.

Si PKP gagne, disons que le renouvellement sur cet aspect n’aura pas été fait.

Toujours sur le plan du renouvellement, les chiffres ne sont pas très convaincants : le PQ compte autour de 70 000 membres. Il y en avait 140 000 en 2005, quand André Boisclair a été élu chef.

Peut-être que la façon de faire de la politique est différente de nos jours. Mais pour relancer le Parti québécois, son nouveau chef devra mobiliser et renouveler le discours, un défi qui n’a pas nécessairement été relevé depuis quatre mois.

Catégorie : Québec

Le rêve canadien de Philippe Couillard

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 publié le 11 mai 2015 à 18 h 10

Le passage de Philippe Couillard à Toronto est la consécration d’une année d’efforts de la part du premier ministre du Québec. Dans son discours à l’Assemblée législative, il a souligné qu’il avait décidé, dans la foulée de l’élection de son gouvernement en avril 2014, d’approfondir les relations du Québec avec l’Ontario. Une volonté que la première ministre ontarienne Kathleen Wynne semble avoir accueillie avec empressement.

Ainsi, en un an, une entente sur des échanges d’électricité a été conclue et les négociations se poursuivent pour élargir le marché de l’énergie entre les deux provinces. Les deux « États fédérés » (M. Couillard utilise désormais cette expression abondamment) ont adopté des positions communes sur le projet de pipeline Énergie Est et sur la question des gaz à effet de serre avec, en prime, l’Ontario qui a annoncé son intention de se joindre au marché du carbone auquel participent déjà la Californie et le Québec.

Voilà que les deux provinces ont annoncé aujourd’hui la conclusion d’une entente de principe sur la question des contrats publics. À cela s’ajoute un certain intérêt affiché par le gouvernement Couillard envers la minorité franco-ontarienne et les francophones du reste du Canada en général (même si dans une cause concernant le Yukon, le Québec a été critiqué par ces communautés), ce qui est généralement bien perçu au Québec.

Philippe Couillard fait la démonstration qu’il a un plan, voire un rêve, et que ce rêve va probablement au-delà du rapprochement du Québec avec l’Ontario, et vise une plus grande intégration du Québec dans l’ensemble canadien.

Le premier ministre Couillard semble avoir convaincu sans difficulté Kathleen Wynne de l’intérêt de développer les liens entre les deux provinces pour redonner un poids politique et économique à ce que l’on appelle le « Canada central ».

Cette coordination Québec-Ontario paraît s’inscrire dans une volonté de rééquilibrer le rapport de force qui, ces dernières années, était à l’avantage de l’Ouest canadien, en raison du pétrole, certes, mais également en raison de la présence de la clientèle électorale de base du gouvernement conservateur à Ottawa. C’est donc aussi un rapport de force avec Ottawa que le Québec et l’Ontario parviennent à exercer en s’associant sur des questions communes.

Le caractère distinct du Québec

Cette nouvelle demande de Philippe Couillard aux partis fédéraux ressemble drôlement à un ajout de dernière minute dans le but de se donner un certain vernis nationaliste, dans le cadre d’une visite à Toronto, afin de se protéger un tant soit peu des attaques éventuelles des partis d’opposition au Québec.

Philippe Couillard semble croire sincèrement à cette notion de caractère distinct du Québec, mais il n’a jamais montré de véritable empressement à en assurer la reconnaissance, sans doute en raison des risques d’échec. Le premier ministre fait d’ailleurs preuve de très peu d’imagination lorsqu’il est question des demandes du Québec et se rabat simplement sur celles prônées par Robert Bourassa à l’époque de l’accord du lac Meech, qui ont été énoncées voilà déjà 30 ans.

C’est que la véritable priorité de Philippe Couillard semble être tout autre.

Briser l’indifférence

Le premier ministre est convaincu que l’avenir du Québec et son plein développement sont liés à son association avec le Canada. De là, il déplore sans doute les liens somme toute assez ténus qui existent entre les provinces (d’où cette nouvelle relation avec l’Ontario), malgré la création du Conseil de la fédération, une initiative de Jean Charest qui n’a donné finalement que peu de résultats.

Il est assez évident que Philippe Couillard se désole particulièrement de l’indifférence des Québécois envers le reste du Canada (et réciproquement), qui est souvent perçue comme une des conséquences du nationalisme québécois. Il voudrait pouvoir un jour donner tort à Jean-François Lisée qui a déjà qualifié le Canada de « corps étranger » au Québec.

Philippe Couillard ne se fait peut-être pas d’illusions sur sa capacité à briser l’indifférence qui règne entre les deux solitudes, mais il affiche une grande détermination à montrer que son administration, bien plus que toutes les précédentes, fera tout ce qui est en son pouvoir pour procéder à ce rapprochement entre le Québec et le reste du Canada.

Catégorie : Québec

Le plan libéral (suite)

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 publié le 8 mai 2015 à 17 h 07

Quatre jours après le lancement de son plan « REDONNER à la CLASSE MOYENNE » (les majuscules sont libérales), l’équipe de Justin Trudeau y va d’une réplique à certaines critiques ou réserves, que ce soit celles, prévisibles, des adversaires politiques ou encore celles de l’industrie du commentaire politique.

Présentée comme les « faits » sur le sujet, le « rappel à la réalité » est, dans les règles de l’art, une réponse point par point et aussi une annonce d’intention en ce qui concerne un aspect encore absent du discours libéral, la garde des enfants.

Excellente occasion, donc, de revenir sur deux angles de ce plan qui vise les familles avec enfants ainsi que tous les contribuables qui déclarent des revenus de plus de 45 000 $.

Commençons justement par la baisse d’impôt de la « classe moyenne » couplée à la hausse imposée au club des 200 000 $ et plus. Un changement à coût nul, on prend 3 milliards de dollars d’un côté et on le transfère de l’autre. Plusieurs analystes font valoir qu’une simple règle de trois ne suffit pas, que des changements de comportement sont à prévoir et que les 3 milliards ne seront pas nécessairement au rendez-vous. Les calculs libéraux tiendraient compte de ce phénomène, assure-t-on. L’un de ceux qui ont une recette, c’est le directeur parlementaire du budget, on l’a essayée et on a aimé le goût.

Quand je parle de tous les contribuables, on va voir que la classe moyenne de M. Trudeau couvre large et pas seulement ceux qu’on cible ouvertement.

En fait, quand M. Trudeau dit qu’il abaisse de 7 % le taux d’imposition des « Canadiens dont le revenu imposable se situe entre 44 700 $ et 89 401 $ par année », une précision s’impose. C’est la tranche de vos revenus à l’intérieur de cette fourchette qui sera taxée à 20,5 % plutôt qu’à 22 %. Donc, si votre revenu imposable est de 50 000 $, la baisse s’applique aux derniers 5000 $ pour une économie de 75 $ par an. En haut de cette fourchette, à 89 000 $, c’est la baisse maximale de 675 $ dont vous bénéficiez.

C’est vrai pour TOUS les contribuables dont les revenus imposables dépassent les 89 000… Eh oui, même économie de 675 $ si vous déclarez 120 000 $, 150 000 $, etc. Une vaste classe moyenne! Mais n’oubliez pas qu’en haut de 200 000 $, M. Trudeau vient vous chercher avec votre « contribution » : vos revenus en haut de ce seuil seront taxés à 33 % plutôt qu’à 29 %.

Autre précision, les deux tiers des contribuables canadiens déclarent des revenus de moins de 45 000 $ à l’Agence de revenu du Canada, compte tenu des déductions. On parle souvent de gens qui font jusqu’à près de 60 000 $ qui ne bénéficieront pas de la promesse libérale.

Si on regarde le plan libéral dans son ensemble, on peut constater d’un coup d’oeil que si vous n’avez pas d’enfant et que votre salaire brut tourne autour de 50 000 $, il n’y a rien pour vous là-dedans. Que vous viviez en couple ou seul, peu importe votre âge. On peut se demander si une révision d’ensemble de la fiscalité des particuliers, un peu comme Paul Martin l’avait fait en 2000, n’aurait pas été plus cohérente… mais plus compliquée à expliquer!

Et vous êtes relativement nombreux dans ce qui semble au moins être en partie la classe moyenne. Si on regarde, par exemple, les données sur les revenus des ménages de Statistique Canada de 2011, on se rend compte que la proportion des ménages sans enfant avec revenus de moins de 50 000 $ tourne autour de 30 %. Un ménage sur trois. Chiffre « conservateur », ouille! Non, pas ce conservateur-là…puisqu’on parle des revenus des MÉNAGES… Un couple qui fait un total de 80 000 $ ou 90 000 $, c’est-à-dire 40 000 $ ou 45 000 $ chacun, ne saute pas la barre non plus. Vous comprenez que le 30 % gonfle rapidement et la classe moyenne de M. Trudeau se dégonfle d’autant, pour l’instant en tout cas.

Le chef libéral a indiqué lundi qu’en plus des services de garde, son parti se penchait sur les questions de pauvreté, entre autres. Donc, des attentes pour une partie de ces ménages. De nouvelles mesures ciblées à prévoir, question de séduire d’autres couches, les plus larges possible, de la population et de coller au discours sur la classe moyenne.

Une question de gros bons sens en terminant. Chiffres à l’appui, M. Trudeau se targue d’avantager 9 familles canadiennes sur 10 avec son allocation, c’est 90 %, ça! On envoie des chèques à tout ce monde-là, comme les conservateurs d’ailleurs avec leur prestation universelle pour la garde des enfants. Une question pour MM. Trudeau et Harper : tant qu’à retourner aux gens de l’argent qui vient en bonne partie d’eux, pourquoi va-t-on tout d’abord chercher l’argent?

Même s’il y a un élément de redistribution dans le plan Trudeau, dans un certain sens, le « redonner » veut bien dire ce qu’il veut dire. « Redonner : 1- v. tr.  Donner de nouveau (une même chose ou une chose semblable). Redonner à quelqu’un ce qu’on lui avait pris. » (Petit Robert)

Catégorie : Élections fédérales, Ottawa

Justin Trudeau, la simplicité volontaire

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 publié le 6 mai 2015 à 17 h 31

Justin Trudeau a enfin quelque chose à proposer aux Canadiens, alors qu’on s’impatientait de plus en plus de son manque de substance et surtout de son peu d’engagements clairs en prévision de la prochaine campagne. Il peut donc commencer à se promener dans le pays à visière levée, les épaules dégagées. Il a des politiques, mais surtout un message tout frais à livrer. Et c’est d’ailleurs ce qu’il a commencé à faire au lendemain de la divulgation de son « plan ».

Présenter le document de lundi comme LE plan de M. Trudeau pour « redonner à la classe moyenne », c’est donner l’impression qu’on a déjà fait le tour de ce qui promettait d’être le thème central de sa campagne. Les mesures sont substantielles, mais M. Trudeau a déjà annoncé lundi que d’autres engagements viendraient en matière d’éducation, de pauvreté et d’autres enjeux citoyens.

Les baisses et hausses d’impôt et la nouvelle allocation aux enfants donnent ce qui sera le ton des libéraux pour la prochaine campagne. Et elles seront confrontées à des équivalents des conservateurs et des néo-démocrates. M. Trudeau a beaucoup parlé des politiques de M. Harper qui divisent. Ses premiers engagements concrets s’appuient eux aussi sur des choix de clientèle électorale.

Ainsi, les fameux 1 %, ou les 0,85 % pour être plus précis, paient déjà 20 % de tous les impôts au pays; il alourdit leur fardeau de 12 %. Aux 1 % « qui ont réussi », comme dit M. Trudeau, il oppose à sa façon un 24 %. C’est la proportion des gens qui déclarent à l’Agence du revenu du Canada des revenus imposables de 45 000 $ à 89 000 $. Précisons que tous ceux qui déclarent plus de 89 000 $ touchent aussi le maximum. Mais pourquoi ajouter ça dans le portrait, gardons ça simple, se sont sûrement dit M. Trudeau et cie.

On parle jusqu’à maintenant de contribuables individuels. Si on va du côté des familles, là, les libéraux ratissent assez large également. Tous les ménages dont les revenus vont jusqu’à 150 000 $ recevront au net plus d’argent d’un gouvernement libéral que d’un gouvernement conservateur et ils continueront de recevoir des chèques mensuels jusqu’à ce que leur revenu familial atteigne 190 000 $. Calcul libéral : 9 familles sur 10 seront avantagées par la nouvelle allocation.

On comprend tout de suite l’opposition avec le choix conservateur sur le fractionnement du revenu, qui ne touche que 15 % des familles, dont la plupart ont des revenus supérieurs à la moyenne. Au jeu des divisions de clientèle et des calculs, les libéraux semblent être devenus aussi intéressés que les conservateurs.

En fait, ils ont décidé de jouer sur le même terrain que les conservateurs, soit celui de cibler une clientèle, mais en visant nettement plus large. On a beaucoup interrogé M. Trudeau, depuis deux ans, sur sa définition de la fameuse classe moyenne. Le chef libéral et ses conseillers ont décidé de ne pas s’emberlificoter dans un débat à n’en plus finir. Il n’aime pas plus la sociologie que Stephen Harper.  On est allé au plus simple, au plus facile à définir, tout en ayant l’air d’avoir fait ses devoirs, là aussi, comme les conservateurs.

Il y a deux types de familles avec enfants au Canada et elles se trouvent de part et d’autre de la barre des 150 000 $ de revenu. Neuf familles sur 10 se trouvent en bas de cette barre, c’est clair? Et simple aussi.

Pour la baisse d’impôt financée par 3 milliards de dollars qui viendront du 1 %, on verra comment réagiront ceux dont M. Trudeau dit qu’ils ont toujours accepté d’aider dans le passé. Mais, de toute façon, qui viendra pleurer sur leur sort ? Le discours public des dernières années autour du 1 % répond à la question, si vous vous la posiez encore.

On a beaucoup entendu les expressions « Justin des Bois » et « Robin Trudeau » depuis lundi. Mais est-ce qu’il n’y a pas aussi un peu de « Stephen Trudeau »? Sinon dans le contenu, du moins dans la manière, la tactique. Surprenant? Lisez plutôt.

Un chèque! « Il suffisait d’y penser », ont dû se dire les collaborateurs de M. Trudeau. Les libéraux nous ont plutôt habitués au fil des années à des services et à des programmes nationaux, souvent complexes, financés à même les impôts. Les chèques aux parents? On s’en méfiait, au point de mener à cette bourde d’un adjoint de Paul Martin, lors de la campagne de 2005-2006, sur les parents qui « achèteraient de la bière et du pop-corn avec cet argent-là ».

Qui aurait cru que c’est Justin Trudeau, un libéral, qui dirait qu’il faut que les citoyens aient plus d’argent dans leur poche parce que :

« Il y a bien des études qui ont démontré que c’est bien efficace de donner à ceux qui en ont besoin plus d’argent dans leurs poches pour faire croître l’économie et faire réussir leurs familles. »

Donc, une bagarre à la régulière, mon chèque contre ton chèque et ma baisse d’impôt contre la tienne.

« Redonner », au 1% qu’on impose davantage, un chèque plus gros et sans impôt… C’est simple, nettement plus que de parler de dollars en infrastructure et de leurs retombées. La méthode conservatrice, à l’intérieur d’un cadre conservateur également. Celui d’un État que Stephen Harper a rapetissé ces 10 dernières années, un nouveau terrain de jeu imposé par son rival, que Justin Trudeau a adopté.

Jusqu’à maintenant, Thomas Mulcair est le seul qui semble vraiment vouloir renverser la vapeur sur la taille de l’État fédéral avec ses hausses d’impôt des sociétés pour financer des initiatives comme des garderies.

À venir, quelques questions sur le  plan Trudeau.

Catégorie : Élections fédérales, Ottawa

Moins d’un million de dollars par mine

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 publié le 1 mai 2015 à 17 h 24

Il y a parfois des chiffres qui parlent plus que les mots et plus que toutes les promesses.

Par exemple, il y a CE chiffre, 23 650 000, qui en dit plus long que tous les Plans Nord de ce monde.

Ce chiffre représente le nombre de dollars que les propriétaires des 24 mines en exploitation au Québec ont versés en redevances en 2013-2014 selon les comptes publics du Québec.

C’est moins d’un million de dollars par mine, en moyenne.

Oui, c’était une mauvaise année, les prix des minerais étaient bas et les minières ont donc réalisé très peu de profits. Néanmoins, cela n’a pas empêché ces entreprises de retirer pour au moins 7 milliards de dollars en minerais du sous-sol québécois.

De ces 23 millions de dollars, il pourrait être déduit les coûts d’administration au ministère pour le secteur des mines (plus de 15 millions de dollars). Il pourrait être aussi pris en compte le coût des 723 sites miniers abandonnés qui devront être réhabilités par l’État. Une facture de 800 millions de dollars est évoquée sur le site du ministère. Les crédits d’impôt relatifs aux ressources et les avantages fiscaux reliés aux actions accréditives ne sont pas pris en compte dans ce calcul.

Dans son rapport de 2009, le vérificateur général révélait que ces dépenses fiscales représentaient une somme plus importante que l’ensemble des redevances minières. Rien n’indique, au contraire, que la situation était différente en 2013-2014.

En revanche, il est vrai qu’il y a eu une année (2011) où 300 millions de dollars ont été recueillis en redevances minières, alors que la pelletée de minerai de fer valait trois fois celle d’aujourd’hui.

Toutes ces données n’ont pas refroidi l’enthousiasme du premier ministre Couillard qui a évoqué, sans la moindre gêne, la priorité que représente le développement durable dans le cadre du dévoilement de sa version du Plan Nord. Il n’est pas facile d’imaginer le caractère durable du développement minier, une activité qui consiste à extraire une ressource qui ne peut se renouveler.

Tout cela confirme que la vision de Québec pour le développement des ressources minières repose surtout sur la création d’emplois et l’activité économique que cela peut générer en région. Toutefois, la Caisse de dépôt et placement et Investissement Québec possèdent des participations dans certains projets (la mine d’or Osisko à Malartic et le projet de mine de diamants Renard de Stornoway) qui pourraient se révéler profitables.

Car, si en apparence Québec a reçu moins d’un million de dollars par mine, en réalité, il n’a même pas reçu « une cenne la tonne », comme on disait du temps de Duplessis. En fait, en 2013-2014, le gouvernement du Québec a payé les compagnies minières pour exploiter son sous-sol, qui elles, malgré la baisse des prix par rapport à 2011, ont accéléré la cadence de production et ont extrait davantage de fer, de nickel, de cuivre et d’or en 2013-2014.

Si tout va bien, ce sont 65 millions de dollars que les Québécois recevront en 2014-2015 en redevances minières. En échange de 7 milliards de dollars de ressources. Si tout va bien.

Catégorie : Québec

Les résultats de la rencontre d’Iqaluit

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 publié le 27 avril 2015 à 21 h 00

Depuis le 1er janvier, le gouvernement du Nunavut a imposé un moratoire total sur la chasse au caribou sur la terre de Baffin.

Depuis le 1er janvier, le gouvernement du Nunavut a imposé un moratoire total sur la chasse au caribou sur la terre de Baffin.

Dans un des bons restaurants d’Iqaluit, il y a sur le menu un spécial Toundra et Mer, qui conjugue la viande de caribou et un filet d’omble de l’Arctique. « Vous êtes chanceux , prévient la serveuse, c’est la dernière viande sauvage qu’on peut servir. »

Le gouvernement du Nunavut a imposé un moratoire sur la chasse au caribou sur la terre de Baffin depuis le 1er janvier dernier.  Les populations diminuent à vue d’œil. Un recensement aérien en 2012 a compté 5000 bêtes, soit 95 % de moins que dans les années 90. Pour éviter la disparition totale du cheptel, le moratoire est complet et indéfini. Les facteurs responsables de la diminution du nombre de caribous sont mal identifiés, mais la population grandissante et l’accès de plus en plus facile au territoire de chasse jouent un rôle. Et les changements climatiques? Peut-être, mais ce n’est pas dans le discours officiel de la ministre de l’Environnement qu’on trouve la réponse.

Lors de la réunion ministérielle du Conseil de l’Arctique, à Iqaluit, la ministre Leona Aglukkaq, aussi responsable de l’Arctique, a résumé les réalisations canadiennes pendant ses deux ans de présidence de l’organisme. Elle n’a mentionné les mots « changement climatique » qu’une seule fois, parce que le Canada a développé un portail Internet sur l’adaptation aux changements climatiques, qui permet aux populations locales de partager de l’information sur les meilleures façons de réagir à un climat changeant.

Par contre, elle a parlé de la protection de l’environnement, qui a été abordée durant la présidence canadienne surtout du point de vue du développement économique : l’environnement bien protégé aide le tourisme et les populations locales qui développent des entreprises.

Il était impossible de ne pas comparer le discours de fermeture de la ministre Aglukkaq à celui du secrétaire d’État américain qui acceptait la présidence tournante de l’organisme au nom des États-Unis. Le mot climat se retrouve 13 fois dans son discours, dont 10 fois pour parler de changements climatiques.

« Il ne s’agit pas d’un défi de l’avenir, a dit John Kerry. Nous avons pris un chemin dangereux. » Et les États-Unis vont tout faire pour préparer l’Arctique à l’impact des changements climatiques. Parce que, souligne-t-il, les communautés du Nord vivent déjà avec les conséquences des tempêtes impitoyables et des glaces qui fondent et font déborder les rivières qui emportent tout sur leur passage. De fait, les communautés du Nord subissent plus intensément que les communautés du Sud les effets des changements climatiques.

Donc, il veut étoffer le nouvel accord-cadre sur les émissions de carbone noir et de méthane. L’administration Obama sera en place pour 21 des 24 mois que durera la présidence américaine du Conseil, et elle a clairement décidé que le travail qui y sera fait reflétera l’importance que le président a décidé d’accorder à l’environnement malgré l’opposition des républicains.

Et le secrétaire Kerry de rajouter que, pour lui, le travail accompli au Conseil de l’Arctique n’est que le prélude à l’accord plus global qui devrait être conclu à Paris, un accord plus ambitieux et plus large, mais indispensable selon lui.

Tout, dans le discours des Américains, donne espoir aux environnementalistes, mais on n’en est qu’au début de la présidence des États-Unis. Il faudra qu’ils prouvent que leurs paroles ne se sont pas envolées dans le vent d’Iqaluit.

Catégorie : Ottawa

À l’occasion de l’étude des crédits du ministère du Conseil exécutif le 22 avril dernier à l’Assemblée nationale, le premier ministre Philippe Couillard a dû défendre les chiffres du déficit potentiel ou du solde budgétaire présentés dans les deux derniers budgets du ministre Leitao.

Ces données ont été contestées par des observateurs de gauche et de droite. Le chef de l’opposition par intérim, Stéphane Bédard, juge que ces chiffres ne sont que de la poudre aux yeux.

Il a demandé au premier ministre de lui donner des exemples concrets et précis des compressions qui sont liées à la réduction de ces déficits extrapolés.

Si vous voulez voir cet échange sur le site de l’Assemblée nationale, il commence à 2:27:50 et dure une quinzaine de minutes. Mais s’il y a un extrait que vous devez voir, je vous suggère celui-ci dans lequel Philippe Couillard associe ceux qui mettent en doute ces données à ceux qui croient que la Terre est plate et qui mettent en doute, notamment, qu’elle tourne autour du soleil :

 

 

Catégorie : Québec

Bernard Drainville répétait à qui voulait l’entendre qu’il était dans la course à la direction du Parti québécois pour gagner. Tout le monde avait beau dire que Pierre Karl Péladeau avait une avance pratiquement insurmontable, il n’en démordait pas. Il allait mener bataille en espérant un deuxième tour, où tout serait possible.

Et puis, la bombe.

Bernard Drainville se retire de la course. Non seulement se retire-t-il, mais en plus il se joint à PKP, qu’il a comparé à un mirage pas plus tard que la semaine dernière.

D’adversaire combatif à allié, que s’est-il passé?

Des informations laissent entendre que M. Drainville a reçu des chiffres de pointage démoralisants dimanche. Il n’allait pas gagner (ça, plusieurs s’en doutaient), mais il n’était pas deuxième non plus. Sa stratégie combative n’a pas marché, des militants n’ont pas apprécié les attaques en public. Bref, les carottes étaient cuites.

Ça me fait penser à Raymond Bachand.

Vous vous rappelez de la course à la direction du Parti libéral en 2013? Comme Bernard Drainville, Raymond Bachand était parti 2e sur la ligne de départ. Il a fini 3e. Le verdict des militants libéraux a été une espèce d’humiliation politique. Une défaite si crève-coeur que M. Bachand a quitté la politique.

On peut penser que Bernard Drainville a voulu éviter cette humiliation. Qu’au lieu d’arriver 3e, il préfère rendre les armes, cesser les attaques publiques, se rallier et obtenir un mandat, disons « intéressant », dans un parti dirigé par M. Péladeau.

Bernard Drainville est un homme de convictions, de principes, parfois démagogue, mais il est en politique pour les bonnes raisons. Par contre, sa décision de se rallier à Pierre Karl Péladeau apparaît à première vue plus motivée par le pragmatisme politique que par la conviction.

Catégorie : Québec