La cour d’école

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 publié le 17 mai 2013 à 16 h 35

L’intensité des échanges à l’Assemblée nationale indispose régulièrement les observateurs et les citoyens. Ce n’est pas mon cas. De nombreuses années de pratique journalistique, dont quelques-unes à la Chambre des communes et à l’Assemblée nationale, m’ont rendu passablement insensible aux disputes parlementaires. Je suis même d’avis que des échanges vigoureux n’ont rien de mauvais et sont souvent un signe de vitalité démocratique.

Par exemple, sur les questions d’intégrité, l’Assemblée nationale a été marquée par des débats souvent féroces entre péquistes et libéraux au cours des dernières années. Les élus péquistes étaient convaincus que les libéraux, dans le meilleur des cas, fermaient les yeux et n’agissaient pas avec célérité pour tirer au clair une panoplie d’allégations. Les élus libéraux jugeaient qu’ils étaient attaqués sans preuve suffisante et qu’ils avaient donné les moyens nécessaires aux corps policiers pour enquêter sur ces allégations. Il est vrai que ce n’était pas toujours édifiant, mais la gravité de ces questions justifiait, au moins pour une part, la robustesse des discussions.  Les attaques étaient frontales et les répliques étaient cinglantes, certes, mais il y avait une corrélation entre la portée du sujet et la stridence des querelles.  

Nous n’en sommes plus là. La période des questions est redevenue cacophonique bien que la situation ne justifie pas le caractère désordonné et anarchique des échanges.  

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, s’est particulièrement distinguée cette semaine pour ses propos déplacés. Les moments difficiles que la ministre peut vivre ne justifient pas pour autant sa réponse au député libéral Jean D’Amour, qui ramenait sur le tapis une affaire d’enveloppe brune vieille de six ans et pour laquelle le député libéral a finalement été blanchi.  D’autant que la question du député D’Amour portait sur la création du Secrétariat du développement nordique!

En fait, la hargne qui teintait les échanges entre les deux principaux partis s’est dissipée – c’est déjà ça – pour laisser place à une stupéfiante arrogance qui semble animer tant les libéraux que les péquistes.

Les parlementaires des deux principaux partis affichent une attitude qui laisse croire qu’ils sont totalement convaincus de leur bon droit au pouvoir. Les péquistes semblent persuadés qu’ils sont plus vertueux et plus intelligents, tandis que les libéraux paraissent certains qu’ils sont plus habiles et plus efficaces que leur vis-à-vis.  

Ça se traduit par des périodes de questions bruyantes et improductives, et les autres travaux parlementaires en pâtissent également.

La gouvernance du Québec est assurément une importante responsabilité, sauf qu’il n’y a ni crise sociale ni réel péril en la demeure, depuis qu’il est admis que les outils nécessaires pour lutter contre la corruption et la collusion sont en place. Même la situation économique fragile du Québec ne justifie guère les hauts cris et l’effilochage de chemises.

Non, ce à quoi les Québécois assistent actuellement ressemble à une simple lutte de pouvoir, normal et légitime, mais qui prend des allures mesquines lorsqu’elle dégénère sans véritable raison comme on l’a vu au cours des dernières semaines.

Le contexte d’un gouvernement minoritaire semble contraindre les deux principaux partis politiques à n’avoir d’intérêt que pour la prochaine échéance électorale, pour laquelle ils multiplient les calculs et s’emploient à imaginer les pires chausse-trapes. Ils en ont parfaitement le droit. Mais les Québécois ont aussi le droit d’espérer mieux que ces jeux parlementaires puérils qui nuisent à la bonne marche des affaires publiques et alimentent la désillusion des citoyens.

Catégorie : Québec

Mauvaise semaine pour les politiciens!

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 publié le 17 mai 2013 à 12 h 23

Chaque semaine apporte son lot de nouvelles troublantes qui minent la confiance des gens envers les politiciens. La commission Charbonneau torpille de façon soutenue leur crédibilité. Alors, sortons de cette commission pour s’attarder à d’autres types d’ennuis et faire le palmarès des trois politiciens qui ont connu la pire semaine.

En troisième position : Denis Coderre. Celui qui est actuellement le favori dans la course à la mairie de Montréal a eu une entrée en scène plutôt chaotique. Déjà, ses intentions étaient le secret le moins bien gardé. Même s’il a fait durer le suspense pendant des mois, personne ne doutait qu’il serait à la ligne de départ.

Il s’est d’abord servi des médias sociaux pour faire son annonce. Se disant du 21e siècle, il a fait un pied de nez aux médias traditionnels. Mais ce que les gens retiendront, ce n’est pas le message contrôlé dans les médias sociaux, mais la conférence de presse devant ces médias traditionnels. Des manifestants ont chahuté, et M. Coderre n’a pas eu l’air en contrôle de la situation. Vedette de Facebook et de Twitter, Denis Coderre devra peut-être regarder de plus près qui est la clientèle qui vote aux élections municipales.

Dans ce domaine, les taux de participation sont bas et les jeunes votent très peu. Ceux qui y participent sont généralement plus âgés, soit une clientèle qui n’a pas nécessairement pris le virage technologique! Alors, comme politicien du 21e siècle, Denis Coderre a des leçons à tirer de son entrée en scène. Il réalisera sûrement qu’il ne peut mettre tous ses oeufs dans le même panier.

En deuxième position : le sénateur Mike Duffy. Quelle semaine horrible pour cet ex-journaliste devenu sénateur. Déjà montré du doigt pour avoir touché des allocations de logement auxquelles il n’avait pas droit, il a déclaré avoir contracté un emprunt à la banque pour rembourser les sommes dues. Or, la vérité était tout autre.

C’est le chef de cabinet de Stephen Harper, Nigel Wright, qui a payé la note personnellement. Il a signé un chèque de plus de 90 000 $ pour effacer la dette du sénateur. Donc, il a vraisemblablement menti, mis le bureau du premier ministre dans l’embarras et, par ricochet, tout le caucus conservateur. La situation est devenue insoutenable pour Duffy dans le caucus conservateur. Il siégera dorénavant comme indépendant. Il garde toutefois son poste de sénateur et son salaire. Les critiques continueront ainsi de pleuvoir sur le gouvernement Harper, les plus vives se tourneront maintenant vers le chef de cabinet, Nigel Wright. Pour l’ensemble de l’oeuvre, Mike Duffy mérite la deuxième position.

En première position : Rob Ford, le maire de Toronto. Le journal Toronto Star, un ennemi juré de Rob Ford, souligne à la une que deux de ses journalistes ont vu une vidéo dans laquelle le maire fume du crack et tient des propos incohérents. Personne d’autre n’a vu cette vidéo, car ceux qui la détiennent tentent d’obtenir une somme d’argent substantielle. Évidemment, l’entourage de Ford nie tout. Les prochains jours seront déterminants.

Cette histoire est-elle vraie ou est-elle montée de toutes pièces? En tout cas, si elle se révèle exacte, il pourrait s’agir d’une des plus spectaculaires histoires de moeurs dans le monde politique canadien. Objectivement, il semble difficile de croire que le Toronto Star ait publié cette nouvelle sans avoir une preuve béton. Pour cette raison, Rob Ford mérite la première place!

Catégorie : Ottawa

Les chiffres décortiqués

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 publié le 13 mai 2013 à 23 h 56

Tout bon politicien vous dira qu’il ne commente pas les sondages. Mais vous devez savoir que tout bon politicien dévore les sondages comme un amateur de hockey dévore les statistiques.

Alors, que comprendre du dernier Léger Marketing qui donne 35 % au PLQ, 27 % au PQ, 19 % à la CAQ, 11 % à QS et 4 % à ON?

En rafale :

- le PLQ progresse grâce à l’attention créée par l’élection de Philippe Couillard. Parlons d’une « lune de miel » parce que M. Couillard n’a encore rien proposé de concret pour renouveler le PLQ;

- le PQ baisse. Les difficiles décisions gouvernementales des dernières semaines font mal;

- le PQ maintient son avance chez les francophones (32 % PQ, 25 % PLQ, 22 % CAQ), ce qui empêcherait le PLQ de former un gouvernement majoritaire;

- Québec solidaire et Option nationale profitent du mécontentement à l’égard du PQ. Leur défi est de transformer ces intentions de vote en véritables votes aux prochaines élections;

- des électeurs délaissent la CAQ pour le PLQ. Y resteront-ils? On le saura quand Philippe Couillard proposera des choses.

Mais la grande conclusion de ce sondage est probablement qu’il n’y aura pas d’élections à court terme (d’ici la fin 2013) à moins d’un changement draconien.

Le PQ ne risquera pas le pouvoir avec de tels chiffres et la CAQ ne risquera pas de renverser le gouvernement pour affronter l’électorat avec moins de 20 % des intentions de vote.

Catégorie : Québec

Le mauvais karma des politiciens

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 publié le 10 mai 2013 à 14 h 42

La cote de popularité des politiciens n’a jamais été très élevée, mais les événements des derniers mois laissent croire que cette cote pourrait atteindre un niveau historiquement bas. Pour la réputation des politiciens, ce qui se passe sur les scènes municipale, provinciale et fédérale est une véritable catastrophe.

Le pire, c’est sur la scène municipale. La multiplication des scandales donne l’impression que tout le monde est corrompu, que tous ceux et celles qui se lancent en politique municipale y vont pour se remplir les poches. C’est évidemment faux, mais la succession d’histoires d’horreur relègue au second plan le travail discret et honnête effectué par une majorité d’élus.

Dans l’actualité, la loupe est placée au-dessus de villes comme Boisbriand, régulièrement secouée par des scandales; Montréal, dont il a largement été question à la commission Charbonneau; et plus récemment, Laval, dont l’ex-maire et son entourage sont accusés de gangstérisme, rien de moins! Alors, qui, franchement, songerait à se présenter en politique municipale? Déjà, quand tout va bien, il y a bien peu de prestige à retirer d’une carrière en politique municipale. Maintenant, il y a l’impression générale que tout le monde est corrompu. Les futurs élus devront avoir la peau épaisse!

Au provincial, le pire est à venir. La commission Charbonneau commence à peine à se pencher sur les moeurs des élus, tous partis confondus. Et déjà, ce qui en ressort, c’est que presque tous les partis politiques font toutes sortes de pirouettes pour contourner la loi sur le financement des partis politiques. Le spectaculaire témoin Gilles Cloutier a révélé les stratégies pour encaisser des extras sur les contrats de travaux publics afin de financer les partis provinciaux en se servant de prête-noms. Rien de bien édifiant, encore une fois.

Et le fédéral s’en tire-t-il mieux? Pas vraiment. Si la scène fédérale semble relativement à l’abri des révélations de la commission Charbonneau, peut-on dire que tout ce qui s’y passe est net? Surtout pas! Pensons simplement à l’histoire des « robocalls ». Des électeurs ont reçu des appels robotisés frauduleux pour les décourager d’aller voter. Dans un cas, un employé du Parti conservateur a été montré du doigt pour avoir orchestré cette campagne éthiquement douteuse.

Est-ce que cette supercherie peut avoir été organisée uniquement par ce jeune homme qui avait 23 ans au moment des faits? Le directeur général des élections poursuit son enquête là-dessus.

Il y a aussi eu l’affaire Penashue, ce ministre conservateur qui a dû remettre sa démission parce qu’il a largement dépassé les limites de dépenses permises par la loi électorale. Encore là, la responsabilité a été mise sur les épaules d’un obscur employé du parti.

Puis, plus récemment, il y a ey le scandale des sénateurs qui ont abusé du système. Même s’ils habitaient Ottawa depuis fort longtemps, les sénateurs Mike Duffy, Patrick Brazeau et Mac Harb ont réclamé des dizaines de milliers de dollars pour des frais de logement qu’ils n’auraient jamais dû réclamer.

Alors, il ne faut pas s’étonner que la population ne croie plus en ses politiciens. L’impression de se faire avoir est omniprésente. Il faudra des années et des mesures vigoureuses pour redresser la situation. Ce n’est pas la prochaine génération de politiciens qui verra une embellie.

Catégorie : Ottawa

Depuis des années, un « parfum de scandale » flottait sur Laval. On soupçonnait le maire Gilles Vaillancourt de tremper dans des affaires louches. Aujourd’hui, il est accusé de gangstérisme.

Il ne faut évidemment pas présumer de sa culpabilité, mais certains, dont Jacques Duchesneau, se demandent pourquoi, pendant si longtemps, les enquêtes policières et les vérifications du Directeur général des élections aboutissaient dans des culs-de-sac. On le saura peut-être pendant le procès.

Mais une chose est sûre, pendant que les gouvernements et les premiers ministres passaient à Québec, Gilles Vaillancourt se maintenait en poste. Serge Ménard, du PQ, et Vincent Auclair, du PLQ, affirment qu’il leur a offert de l’argent comptant pour leurs campagnes électorales. Si c’est vrai, cela montre que Gilles Vaillancourt jouait sur tous les fronts, qu’ils tentaient « d’amadouer » des politiciens, peu importe leur couleur. Était-ce là une partie du secret de son succès? Peut-être que le procès nous le dira.

Aujourd’hui, la classe politique doit se refaire une virginité. C’est dommage que pour un Gilles Vaillancourt ou un Richard Marcotte accusé, la probité des autres élus soit remise en question. Il ne faut évidemment pas mettre tout le monde dans le même panier, mais des événements comme ceux d’aujourd’hui ne font rien pour rehausser la crédibilité de la classe politique, déjà mise à mal.

Les membres du gouvernement ont beau nous répéter qu’on doit faire confiance à nos institutions, le doute est profond pour beaucoup d’entre vous.

La bonne nouvelle est peut-être que l’UPAC, la commission Charbonneau et les nouvelles lois pour lutter contre la corruption et la collusion font bouger les choses et donnent des résultats.

C’est peut-être la seule bonne nouvelle de cette journée…

Catégorie : Québec

Plan d’action ou de réaction?

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 publié le 8 mai 2013 à 12 h 34

Décidément, pour la troisième fois en moins de deux semaines, le gouvernement Harper doit annoncer des mesures (déjà annoncées) pour calmer le jeu dans un dossier placé sous les projecteurs par l’actualité. Maxime Bernier et sa collègue du revenu, Gail Shea, parlent de « nouvelles mesures » pour traquer les utilisateurs de paradis fiscaux.

Ils se sont présentés ce midi dans le foyer de la Chambre, une semaine après que le vérificateur général, encore lui, eut révélé que l’Agence de Mme Shea cherchait encore à collecter 29 milliards de dollars en impôts et taxes détectés et non contestés, mais surtout un mois après que mes collègues d’Enquête eurent dévoilé l’existence de données sur des dizaines de milliers de personnes qui tentent d’éviter le fisc de leurs pays respectifs, dont 450 Canadiens.

Après avoir en vain réclamé les données de Radio-Canada, puis du consortium international de journalistes d’enquête qui les a en main, Mme Shea s’est résolue à faire une annonce formelle de « nouvelles mesures »… contenues dans le dernier budget Flaherty.

Elle suivait les traces de MM. Kenney et MacKay. Le premier avait au moins le mérite d’admettre que les révélations au sujet de l’utilisation douteuse de travailleurs temporaires étrangers par la RBC n’étaient justement pas « étrangères » à son annonce d’ajustements au programme. Il faut aussi préciser que le gouvernement Harper avait le programme dans sa ligne de mire depuis quelques mois, à la suite d’autres informations sur son utilisation hors-norme. Il reste que le moment est opportun, puisqu’on réduit la pression des dénonciations sur le gouvernement.

Peter MacKay est moins humble que son collègue Kenney. Comme dans le cas des chasseurs
F-35 l’an dernier, M. MacKay fait comme si le rapport du vérificateur général, encore lui, sur le système de recherche et de sauvetage en perdition n’était pour rien dans son annonce de nouvelles mesures deux jours après le dépôt du rapport en question. Il est vrai que les mesures prises par M. MacKay ne règlent en rien les graves lacunes soulevées par son ami Michael Ferguson, mais sa sortie, à Halifax, après deux jours de hauts cris en Chambre et dans l’Atlantique, visait là aussi à calmer le jeu.

Ces trois dossiers sont, à part l’élection de Justin Trudeau à la tête des libéraux, les dossiers qui ont fait le plus jaser sur la colline du Parlement, mais aussi dans tout le pays au cours du dernier mois. Le gouvernement Harper pouvait difficilement les ignorer et voyait bien qu’il fallait réagir.

Réaction, réaction, réaction, c’est là le défi dont je parlais dans un blogue récent sur les deux ans du gouvernement Harper et la nécessité pour lui de reprendre l’initiative du débat public pour relancer son gouvernement. À noter qu’en plus des trois dossiers mentionnés ci-haut, l’arrivée de M. Trudeau place aussi pas mal le gouvernement Harper en mode réaction à ce qu’on peut voir sur la place publique.

Catégorie : Ottawa

Thérapie de groupe conservatrice

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 publié le 6 mai 2013 à 8 h 30

Les agences de publicité du pays ont jusqu’au 16 mai pour répondre à l’appel d’offres du gouvernement Harper en ce qui concerne la prochaine vague de messages vantant les mérites du Plan d’action économique du gouvernement du Canada. Le Plan d’action était initialement, rappelons-le, le budget de relance du ministre Flaherty présenté en catastrophe en janvier 2009 après une prorogation tout aussi en catastrophe le mois précédent. Ledit Plan d’action devait durer deux ans et comportait des dépenses de stimulation de l’économie de près de 50 milliards de dollars que le gouvernement Harper minoritaire s’est résolu à adopter face à la coalition PLC-NPD appuyée par le Bloc québécois.

Bref, les conservateurs sont retombés sur leurs pattes économiques et revendiquent non seulement la paternité du plan initial, mais prolongent le plaisir en maintenant l’appellation « Plan d’action », budget après budget, même si les mesures prises n’ont plus du tout l’envergure de celles annoncées en 2009.

On ne connaît pas le budget de la nouvelle campagne qui pourrait s’étendre sur les trois prochaines années, mais il convient de se rappeler qu’Ottawa a déjà consacré environ 100 millions de dollars à vanter le Plan d’action aux Canadiens, à hauteur d’environ 20 millions de dollars par année. Ça donne une indication. Mais, le plus intéressant, c’est qu’à part présenter les mesures budgétaires, la campagne « servira en outre à renforcer la confiance des consommateurs dans l’économie canadienne et l’orientation du pays »… Bref, un p’tit remontant pour le moral des Canadiens au cas où tous ne seraient pas convaincus que ça va si bien, même si « le Canada se remet de la crise plus vite que les autres pays du G8 » et que « plus de 900 000 emplois ont été créés depuis le creux de la récession ».

Décidément, les conservateurs se préoccupent beaucoup du moral des Canadiens. On a abondamment parlé des paradis fiscaux ces dernières semaines à la suite des révélations de l’émission Enquête. Une investigation menée conjointement avec des médias d’autres pays, à partir de dossiers coulés à un groupe international de journalistes d’enquête. Imaginez que le comité des finances de la Chambre des communes se penchait justement sur le sujet depuis quelques années et qu’il a finalement abouti à un rapport il y a une dizaine de jours. Néo-démocrates et libéraux y proposaient quelques gestes concrets pour serrer la vis à ceux qui utilisent les paradis fiscaux illégalement, mais les conservateurs étaient beaucoup moins empressés. Heureusement, en attendant, ils s’occupent du moral des Canadiens. La septième de 11 recommandations se lit comme suit :

Que le gouvernement fédéral continue de maintenir le moral des contribuables en faisant diffuser des messages clairs sur les efforts déployés pour assurer l’équité et la transparence du régime fiscal.

Ça coûtera ce que ça coûtera, quelques dizaines de millions par année, mais votre moral est entre bonnes mains!

Catégorie : Ottawa

Parlez-en à Lucien Bouchard, l’atteinte de l’équilibre budgétaire est un exercice douloureux. Essayez-le chez vous en coupant le cinéma, le restaurant, les vêtements, une partie de l’épicerie, les iPod, Playstation et autres gadgets. Vous m’en donnerez des nouvelles.

Un premier ministre aime beaucoup mieux se transformer en père Noël qu’en Grincheux. Est-ce que la phase « grincheuse » du gouvernement est terminée? Il semble que oui.

Pauline Marois a affirmé ces derniers jours qu’elle passe à une autre étape, une étape de développement, d’investissement et de création d’emplois. Elle a dit aux chefs syndicaux que la phase compression est terminée.

Il faut dire que Mme Marois a bien besoin de nouvelles positives.

Les « bonnes nouvelles » commencent lundi, avec un nouveau régime de redevances minières. Je mets des guillemets parce que ce qui vous sera présenté comme un pas en avant sera analysé comme un pas en arrière par l’opposition. En effet, les 400 millions de dollars de plus en redevances évoqués en campagne électorale ne seront probablement pas au rendez-vous.

Mardi, Mme Marois partira tôt de Québec, fera un arrêt à Chibougamau, pour des annonces sur le programme du « Nord pour tous », le Plan Nord version Parti québécois, avant de revenir juste à temps pour la période de questions à 14 h.

Ça fait beaucoup de kilomètres pour une annonce, preuve de plus qu’elle tient à passer à une autre étape…

 

Catégorie : Québec

Histoire du Canada : l’art de provoquer

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 publié le 3 mai 2013 à 12 h 12

S’il y a un champ de compétence que les provinces protègent jalousement, c’est bien celui de l’Éducation. Pourtant, comme l’a révélé notre collègue Madeleine Blais-Morin, une initiative conservatrice vient jeter de l’huile sur le feu.

Lundi dernier, lors d’une réunion à huis clos, le comité permanent du Patrimoine canadien a adopté la motion suivante :

« Il est convenu que le comité permanent du Patrimoine canadien entreprenne un examen complet d’aspects importants de l’histoire du Canada, y compris ce qui suit :

  • Un compte rendu comparatif détaillé des normes pertinentes et des cours offerts dans les écoles primaires et postsecondaires de chaque province et territoire;
  • Un examen des programmes fédéraux, provinciaux et municipaux destinés à préserver notre histoire et notre patrimoine;
  • Une analyse focalisant sur l’histoire du Canada, notamment sur ce qui suit : la période précédant la création de la Confédération, les débuts de la Confédération, le suffrage, la Première Guerre mondiale, surtout les batailles comme celle de la Crête de Vimy, la Seconde Guerre mondiale, y compris la libération de la Hollande, la bataille d’Ortona, la bataille de l’Atlantique, la guerre de Corée, les missions de maintien de la paix, l’évolution constitutionnelle, le conflit en Afghanistan, le Canada au début du 20e siècle, le Canada après la guerre et la fin du 20e siècle. »

Inutile de dire que cette initiative en a indisposé plusieurs, à commencer par les députés du NPD, membres du comité permanent du Patrimoine canadien. Le député Pierre Nantel a souligné « l’obsession de vouloir réécrire l’histoire » et a soutenu qu’il s’agit grossièrement d’une ingérence dans les compétences provinciales. Le ministre des Affaires intergouvernementales du Québec, Alexandre Cloutier, est allé dans le même sens.

Après la diffusion de cette histoire, le gouvernement Harper a réagi avec empressement. Dans un communiqué, le bureau du premier ministre affirme : « Pour être clair, notre gouvernement n’a aucunement l’intention de dire aux provinces comment enseigner l’histoire. Nous respectons et continuerons à respecter les champs de compétence des provinces. »

Mais alors, la question se pose. Pourquoi dire d’un côté que les champs de compétence seront respectés et, de l’autre, adopter à huis clos une motion qui dit clairement le contraire? Cette histoire laisse l’impression que le gouvernement, dans son désir d’imposer son idéologie, se laisse parfois emporter, puis est obligé de modérer son enthousiasme. Ce qu’il faut retenir de cette affaire, c’est que les partis d’opposition et les provinces ne doivent pas relâcher leur surveillance. Ce gouvernement aime ratisser large, et si personne ne relève ces gestes intrusifs, ce ne sont sûrement pas les députés conservateurs qui s’autocensureront.

Catégorie : Ottawa

Gouvernement Harper : 2 ans de majorité

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 publié le 2 mai 2013 à 13 h 40

Il y a deux ans, Osama ben Laden était abattu. Oups, je m’égare… Stephen Harper atteignait la majorité; pas l’âge de la vraie majorité pour un politicien, plutôt celle en Chambre, après une défaite et deux minorités. Il en est aujourd’hui au point où il doit penser à sa réélection en octobre 2015 et, surtout, à ce qu’il fera d’ici là pour l’obtenir.

Le gouvernement Harper maintient le cap, il veut faire en sorte que l’économie sera le thème de la prochaine élection pour lui. Élimination du déficit mise en place par le dernier budget, réforme du marché du travail (formation de la main-d’Å“uvre, assurance-emploi, travailleurs étrangers, immigration économique) et des ententes commerciales importantes en négociation (Union européenne, Inde, Japon et Partenariat trans-Pacifique). Bref, des réussites éventuelles dont personne ne nie l’importance, mais qui ont leur limite électoralement parlant.

On ne fait pas de gros gains avec ce qu’on a fait, mais plutôt avec ce qu’on promet. À plus forte raison quand les réalisations ne touchent pas le quotidien des gens, et surtout compte tenu de la tranche de l’électorat que les conservateurs ont courtisé avec la baisse de la TPS, des crédits d’impôt pour les activités sportives et artistiques et le 100 $ par mois par enfant de moins de 6 ans.

Avec le même 40 % des voix et l’ajout de 30 sièges dans des endroits favorables en 2015, les conservateurs visent le même créneau. M. Harper a encore un gros atout : il est toujours considéré comme le meilleur gestionnaire de l’économie devant MM. Trudeau et Mulcair, même si 59 % des répondants à un récent sondage désapprouvaient son travail en général contre 32 % qui l’appuyaient. La thématique économique n’est donc pas surprenante dans le contexte. Aucune surprise non plus quant à l’angle d’attaque des conservateurs contre Justin Trudeau, quand on voit que M. Harper devance ses rivaux au chapitre de l’expérience et du jugement, toujours selon le sondage. M. Trudeau mène par ailleurs en ce qui concerne le partage des valeurs et son niveau de préoccupation pour les citoyens.

Deux ans et demi à écouler d’ici le scrutin prévu en octobre 2015. Cela donne amplement le temps à M. Harper d’accomplir des choses. Toutefois, le même temps est un facteur d’usure qu’il doit contrer en reprenant l’initiative du débat public. Depuis le début de l’année, ce sont davantage des choses comme les frasques de sénateurs conservateurs, l’agitation autochtone, la résistance de députés conservateurs et le dérapage du programme des travailleurs étrangers qui alimentent la discussion.

Reprendre l’initiative

Le budget Flaherty est, selon moi, la première de quatre étapes qui seront franchies cette année par le gouvernement Harper pour prendre le virage vers octobre 2015. Du point de vue des finances publiques, Jim Flaherty a mis le train sur les rails du déficit zéro à moins d’une détérioration soudaine de l’économie. Même là, attendez-vous à ce que M. Flaherty ou son successeur prenne tous les moyens nécessaires pour y arriver, même les plus douloureux. Déficit zéro/2015, un dogme.

Il faut maintenant regarnir le programme politique. Des 59 projets de loi déposés depuis l’élection de mai 2011, 36 ont été adoptés. Treize étaient des « automatiques » : crédits et budgets. Les faits saillants remontent au début du mandat : le C-10, l’omnibus sur la criminalité et l’abolition du registre des armes d’épaule qui ont tant fait jaser, etc. Cette année, seulement sept projets de loi ont reçu la sanction royale, dont deux sur les crédits, celui sur la lutte au terrorisme la semaine dernière et celui sur… la succession au trône d’Angleterre.

Bref, le gouvernement se cherche un peu. Prochaine étape donc, le congrès du Parti conservateur de la fin juin à Calgary. Cette rencontre devrait donner le ton quant aux attentes de la base, celle qui milite d’une part, et celle qui vote d’autre part. Les militants entretiennent certaines frustrations, notamment sur les dépenses qui montent encore trop vite, et les électeurs ciblés vont montrer au gouvernement sur quels boutons appuyer pour conserver leur soutien.

Le budget et le congrès auront vraisemblablement permis de préparer le terrain pour l’autre étape, celle d’un probable discours du Trône à la rentrée en septembre, question de définir l’ordre du jour jusqu’à l’élection. De nouvelles mesures, mais aussi certains engagements de 2011, conditionnels au retour à l’équilibre budgétaire. Et là, on va remettre en vitrine deux articles qui vont attirer les regards de la clientèle : réduction des impôts grâce au partage des revenus pour les familles avec enfants de moins de 18 ans et le passage du plafond annuel de contribution aux comptes d’épargne libre d’impôt (CELI) de 5000 $ à 10 000 $. Ça, ce sont les éléments anticipés. D’autres développements permettraient aussi à M. Harper et à ses troupes de diriger la discussion.

Je vois d’ici les tambours et les trompettes advenant la signature de l’entente qui tarde avec l’Union européenne. Attendez-vous à une avalanche de chiffres pour démontrer l’impact de cette entente. Et quels feux d’artifice le jour où le projet de pipeline Keystone XL serait approuvé par l’administration Obama!

L’usure à contrer

À l’élection de 2015, Harper aura été au pouvoir pendant presque 10 ans. Bien de l’eau aura coulé sous les ponts d’ici là, mais on sait déjà qu’il affrontera deux nouveaux adversaires fort différents l’un de l’autre. Surtout, dans le cas de Justin Trudeau, ce sera différent de ce qu’il a connu jusqu’ici. M. Harper ne peut même pas envisager de se battre sur le même terrain que M. Trudeau quant à l’attrait personnel. On a vu plus haut, avec le sondage, qu’il peut davantage se faire valoir sur le terrain de la compétence et de la fiabilité.

Si le rajeunissement de son gouvernement ne passe pas par lui, M. Harper peut miser sur celui de son équipe. On peut s’attendre à ce que le Cabinet soit différent à la rentrée de septembre. C’est tout d’abord le travail du chef de Cabinet, Nigel Wright, de vérifier si certains ministres n’ont pas l’intention d’être candidats en 2015. Pensez aux O’Connor, Toews et Flaherty notamment.

Évidemment, un remplacement immédiat de M. Flaherty aurait un effet domino important. Des ministres actuels, pas très âgés d’ailleurs, sont mûrs pour prendre du galon ou relever de nouveaux défis. Jason Kenney, James Moore et John Baird sont dans ce groupe. Et vient ensuite le véritable rafraîchissement. Aucune marge de manœuvre du côté du Québec, mais plusieurs autres recrues potentielles intéressantes, dont certaines ont fait leurs preuves en étant envoyées plus souvent qu’à leur tour dans ces panels politiques très populaires du côté du Canada anglais.

En haut, de gauche à droite : Kellie Leicht (Simcoe-Grey), Candice Bergen (Portage-Lisgar) et Shelly Glover (Saint-Boniface)
En bas, de gauche à droite : Chris Alexander (Ajax-Pickering), Michelle Rempel (Calgary Center-North) et Pierre Poilièvre (Nepean-Carleton)

Les Kelly Leitch, Michelle Rempel, Chris Alexander, Shelley Glover, Candice Bergen et Pierre Poilièvre vont rester près de leurs portables au cours des dernières semaines de la session! Des considérations de région et de sexe en plus des compétences détermineront leur avenir. Donc, le défi de Stephen Harper, à ce stade-ci de son mandat, en prévision d’octobre 2015 : mettre tout en place pour conserver son 40 % d’appui de 2011. Il devra aussi faire en sorte de ne pas provoquer, par ses politiques, trop de mécontentement dans la population, car un mouvement anti-Harper pourrait profiter à un de ses adversaires, peu importe lequel.

Catégorie : Québec