Billets classés sous la catégorie « L’actualité vue par les livres »

Il y a 10 jours à peine, le nom de Joseph Kony ne disait à peu près rien à personne. Mais il y a de fortes chances que vous en ayez entendu parler depuis.

Le documentaire Kony 2012 a pulvérisé tous les records sur YouTube, visionné par 80 millions de personnes en une semaine. On y présente la croisade du groupe Invisible Children pour faire connaître et arrêter le chef de guerre Joseph Kony, prophète de la Lord Resistance Army (LRA) recherché par la Cour pénale internationale, qui a enrôlé des milliers d’enfants comme soldats depuis 30 ans.

Mais le documentaire de 29 minutes a aussi ses critiques, d’abord concernant les sommes recueillies par Invisible Children. L’organisme a d’ailleurs répondu par une vidéo. Des critiques, aussi, parce que les violences qui déchirent l’Ouganda, et qui s’étendent aux États-voisins du Soudan et du Congo, sont infiniment plus complexes qu’un court-métrage peut le présenter.

Les optimistes applaudissent, les cyniques décrient. Tant qu’à critiquer, autant bien s’informer. Dont acte!

Le livre First Kill Your Family, de Paul Eichstaedt, est en quelque sorte la version longue et approfondie de Kony 2012. L’auteur, un journaliste américain, éditeur de l’Institute of War and Peace Reporting, a passé deux ans à recueillir le témoignage des victimes, des représentants gouvernementaux et des ONG – même des bourreaux.

Il en ressort une analyse beaucoup plus exhaustive sur les 25 ans de combats de la LRA, en remontant d’abord aux sources, c’est-à-dire au règne sanguinaire d’Idi Amin Dada, de 1971 à 1979, qui a fait au moins 300 000 morts.

Le retour au pouvoir de Milton Obote, et le coup d’État qui a placé Yoweri Museveni au pouvoir en 1986, ont aussi à voir avec la montée de Joseph Kony. Lorsque Museveni est entré en conflit avec le Soudan, la LRA et Joseph Kony se sont placés dans le camp de Khartoum. Ils ont d’ailleurs été remarqués par la violence de leurs attaques.

Quand Paul Eichstaedt est arrivé dans la région en 2005, 95 % de la population vivait dans des camps. Tout comme le documentaire, il trace un portrait sans complaisance de Joseph Kony, prophète autoproclamé entouré de disciples endoctrinés. Il cherche le pouvoir pour le pouvoir, et le contrôle de son territoire.

Le titre, First Kill Your Family, est tiré d’un témoignage d’un jeune garçon qui a dû fracasser le crâne de ses parents à coups de machette pour être épargné. Les gamins ne sont pas seulement kidnappés pour en faire des enfants-soldats; ils sont aussi appelés à tuer leur propre famille.

De même, Kony 2012 passe presque sous silence un autre aspect répugnant, le sort des fillettes, qui sont enlevées pour devenir esclaves sexuelles. Les témoignages recueillis par Eichstaedt sont troublants.

N’empêche, le journaliste y va parfois de généralisations un peu trop appuyées, comme lorsqu’il affirme que «le carnage et le chaos font partie du cours normal des choses» en Ouganda. Les traumatismes et la tristesse des victimes qu’il a rencontrées montre pourtant qu’il n’y a là rien de normal.

Le livre est aussi utile en ce sens qu’il commence déjà, en 2009, à décrire le déclin de Joseph Kony, qui n’aurait plus que quelques centaines de disciples, et dont on ignore la cachette. En cela, son appel à l’action n’est pas tant d’espérer l’arrestation d’un seul homme, mais de sortir d’une spirale de violence qui dépasse la mégalomanie de Joseph Kony.

Le récit d’une enfant-soldat

Tout n’est donc pas blanc ou noir, et La petite fille à la Kalachnikov le démontre absolument. Le récit, publié en 2002, est celui de China Keitetsi. Elle est devenue enfant-soldat en 1982, Ouganda à l’aube de ses 10 ans.

Un livre qui détonne, parce que China n’a pas été enrôlée par la LRA de Joseph Kony, mais plutôt par les rebelles de l’actuel président Yoweri Museveni, alors qu’ils combattaient le régime de Milton Obote. Oui, le régime actuel s’est construit aussi grâce à des enfants-soldats.

Le premier tiers du livre raconte l’enfance difficile de la jeune fille, véritable Aurore l’enfant-martyre ougandaise, battue par sa grand-mère, sa belle-mère et son père : bras cassés, doigts cassés, flagellations, le récit est très violent. Elle va même faire emprisonner son père parce qu’il a battu devant ses yeux un de ses employés à mort.

Elle va fuir sa famille à 10 ans, prendre un train au hasard et se retrouver chez les forces rebelles de Museveni, où on va lui apprendre le maniement des armes et lui apprendre à tuer. C’est là qu’on va la baptiser China, parce que son chef trouve qu’elle a les yeux bridés comme une Asiatique.

Elle décrit Museveni comme un chef assez imbu de lui-même — pas surprenant qu’il ait instauré un culte de sa personnalité une fois au pouvoir.

«Jamais, dans mes rêves les plus fous, je n’aurais imaginé qu’il me faudrait devenir pilleuse de cadavres», raconte-t-elle concernant sa première bataille armée, où elle et ses camarades se précipitent pour dépouiller les soldats gouvernementaux qu’ils viennent de tuer. Les prisonniers de guerre, soumis à d’intenses tortures, doivent creuser leur propre tombe avant d’être abattus.

Elle va parfois quitter les rebelles pour retourner à la vie civile, mais va revenir, jusqu’à faire partie de la nouvelle armée gouvernementale, après le coup d’État, période pendant laquelle elle sera violée par des officiers supérieurs.

«Pour beaucoup, tuer et torturer était une tâche passionnante, une manière de satisfaire leur supérieur», raconte-t-elle. Reste que ces enfants devenus chair à canon agissent avant tout en mode survie, s’activent d’abord à combler leurs besoins élémentaires (faim, soif, froid) avant de songer à s’entraider.

Malgré que China sache que tuer est mal, qu’elle ne devrait pas tenir une arme à son âge, c’est tout ce qu’elle connaît. Il lui faudra plusieurs années après son exil au Danemark, au milieu des années 90, pour se désintoxiquer de la vie militaire et pour affronter ses traumatismes. En cela, la rédaction du livre a servi de thérapie.

Lorsqu’il a été écrit en 2002, en collaboration avec l’Unicef, La petite fille à la Kalachnikov voulait dénoncer les 300 000 enfants soldats en Afrique, mais également le régime de Museveni, millionnaire, président et dictateur ougandais.

Reste d’ailleurs la question des armes: qui les fabrique, qui les vend… et qui ferme les yeux?

La réélection de Vladimir Poutine à la présidence de la Russie, après un intermède de quatre ans, ramène deux livres évoqués à l’automne. C’était le jour de l’Halloween.

Prenons d’abord le portrait plutôt complaisant de Poutine dans La Russie entre deux mondes, d’Hélène Carrère d’Encausse, historienne, membre de l’Académie française et mère d’Emmanuel Carrère.

Dans son essai, elle évoque un pays traumatisé par la chute brutale du communisme, qui cherche avant tout à regagner son statut de puissance, quitte à embrasser pleinement l’autoritarisme et le dirigisme de Poutine.

Elle note d’ailleurs la phrase très révélatrice de Poutine selon lequel la disparition de l’URSS est « la plus grande catastrophe géopolitique du 20e siècle » en raison de la disparition de contrepoids aux États-Unis.

Selon Carrère d’Encausse, la thérapie de choc suivant la chute de l’URSS, sous le règne de Boris Eltsine, a appauvri la Russie politiquement et économiquement, la reléguant à une économie du tiers-monde, au point où certains Russes en sont venus à regretter l’époque soviétique.

Quand Poutine succède à Eltsine le 31 décembre 99, il entreprend de redresser et de moderniser la Russie, en s’inspirant du modèle économique de l’Europe – et, pourrait-on ajouter, en s’éloignant dramatiquement de son modèle politique.

Il veut faire de la Russie un pays du 21e siècle. Carrère d’Encausse lui prête un «patriotisme intransigeant et une grande lucidité », tout le contraire du « comportement erratique et alcoolique » de Eltsine.

Mais en plus de redresser l’économie, Poutine veut aussi disposer d’une armée fiable et, surtout, mater les mouvements de sécession, là aussi en faisant usage d’intransigeance.

Et tant pis si cela veut dire restreindre les libertés et imposer une autorité : les Russes, estime l’auteure, acceptent de payer ce prix pour regagner une certaine grandeur. Un processus qui fonctionne d’ailleurs, à la lumière de l’influence regagnée par la Russie sur la scène internationale.

Voilà le cœur de la thèse : l’instauration d’un État moderne passe par des structures fermes et par « l’autorité [comme] composante du système politique ». La démocratie doit s’adapter aux traditions historiques et très dirigistes.

La preuve, dit-elle, aucune véritable opposition n’émerge… en oubliant peut-être qu’elle est tuée dans l’œuf.

Les chaînes de télé qui soutiennent l’opposition fermées, l’exil de certains oligarques, l’emprisonnement d’autres comme Mikail Khodorkovsky – qui a fait fortune en fraudant l’État, mais comme beaucoup d’autres au sein même du régime actuel – : dans la Russie de Poutine, l’argent ne doit pas conduire au pouvoir, ni permettre de peser sur le pouvoir.

L’auteure ajoute que la Russie est ainsi devenue « l’un des pays les moins idéologiques du monde ». Elle va pourtant jusqu’à souligner que les dirigeants placés à la tête de la Tchétchénie après une guerre sanglante sont brutaux, mais que c’est ce qu’il fallait pour retrouver le calme dans cette république. Là aussi, ajoute-t-elle, la Tchétchénie a servi d’exemple à ceux qui voudraient s’attaquer à la puissance de la Russie.

Hélène Carrère d’Encausse s’appuie sur une analyse ultra-réaliste, voire réductrice, où Poutine est avant tout guidé par les intérêts de l’État. Ses intérêts personnels aussi, aurait-on envie d’ajouter, devant l’interdiction de la candidature de tout rival sérieux à la présidence, tandis que son successeur Dmitri Medvedev gardait sa place au chaud.

Le plus dommage dans ce livre, par ailleurs bien documenté, c’est qu’il fait l’impasse d’un questionnement plus large : peut-on par exemple comprendre les velléités d’indépend

ance de certains territoires? La grandeur de l’URSS avant son éclatement s’appuyait-elle sur la réalité ou sur une illusion construite? Et quelles sont les conséquences de l’autoritarisme sur les citoyens?

L’entre deux-mondes du titre réfère à la position géographique, mais aussi politique de la Russie, tiraillée entre l’Europe et l’Asie, notamment ses relations privilégiées avec la Chine. La question aurait aussi bien pu se poser entre deux autres mondes, celui de la démocratie et celui de la dictature.

La méthode Poutine

L’autre livre date de 2004, mais il est devenu un symbole dans la dénonciation des dérives du régime Poutine, notamment parce que son auteure, la journaliste Anna Politovskaïa, a été assassinée en 2006.

La Russie selon Poutine est une succession de récits et de rencontres qui tracent le caractère autoritaire du régime Poutine, issu de son passé de chef des services secrets. Une série de portraits de Russes, donc, qui portent les stigmates du régime.L’autre livre date de 2004, mais il est devenu un symbole dans la dénonciation des dérives du régime Poutine, notamment parce que son auteure, la journaliste Anna Politovskaïa, a été assassinée en 2006.

La Russie qu’elle décrit, c’est celle du cynisme des nouveaux riches rompus à une seule idée, celle de l’argent, dans un système de corruption bien rodé. Aucune pitié pour les exclus, ils n’ont qu’à s’adapter.

Mais Anna Politovskaïa raconte surtout le calvaire des soldats battus à mort dans une armée ultra-machiste, par la voix des mères éplorées, oubliées par le régime. Ils ont été tués par des collègues pendant des beuveries ou des initiations; les circonstances de la mort sont tues, les responsables, promus.

Idem pour les mères dont les fils sont disparus au front en Tchétchénie : les corps ne sont pas rapatriés, le silence est gardé sur le sort, il faut des années aux familles pour avoir un soupçon de réponse de la part des autorités. Pour des soldats qui étaient pourtant dévoués, rompus au patriotisme, malgré des conditions de travail misérables.

Comme Hélène Carrère d’Encausse, Anna Politovskaïa explique que Poutine veut redonner son lustre et son pouvoir à une armée affaiblie et humiliée sous Boris Eltsine.

Elle rend cependant compte des conséquences de l’engagement : lors de la seconde guerre de Tchétchénie, sous Poutine, les militaires ont carte blanche, ils pourront se rendre coupable de toutes les exactions et s’en sortir avec des simulacres de procès.

Sous Poutine, l’État militaire, policier, digne de l’époque soviétique, se redresse. Et il n’y a aucune place pour une surveillance civile de ses agissements et de ses dérives. Il y a des relents de stalinisme dans la description qu’en fait la journaliste.

Parce que pour l’armée, et pour Poutine, l’être humain n’est rien : personne ne tient la comptabilité des troupes, personne n’est responsable devant les familles. Comme à l’ère soviétique, l’humain n’est que le rouage d’une machine, et n’a pas d’autre fonction que de mettre en œuvre, sans état d’âme, les objectifs politiques de ceux qui sont au pouvoir. Sous Poutine, « un rouage n’a pas de droit, pas même à une mort digne ». a des relents de stalinisme dans la description qu’en fait la journaliste.

La promesse de Poutine faite aux Russes en 2000, pour redonner du lustre à leur pays : « buter les ennemis de la Russie jusque dans les chiottes ».

Elle décrit un président rancunier, tenace et discipliné, habile et adepte des mises en scènes électorales. Il profite de tragédies comme celle de l’école de Beslan – où 350 personnes sont mortes dans une prise d’otages à la suite de l’intervention russe – pour passer des lois qui abolissent les élections des gouverneurs afin qu’ils soient nommés.

Anna Politkovskaïa déplore surtout l’admiration des Russes pour cette rigidité. Une société manipulée par la propagande, déplore-t-elle, qui devient de plus en plus fermée, xénophobe à l’égard des étrangers.

Elle déteste Poutine, conclut-elle, parce qu’ « il se rit de nous ».

La souveraineté était-elle le projet d’une génération? La question est large, et elle a occupé le débat de lundi, avant, pendant et après l’émission.

L’objet de la discussion : le nouvel essai de Mathieu Bock-Côté, Fin de cycle – aux origines du malaise politique québécois (Boréal).

L’auteur est connu, il participe à plusieurs tribunes. Sociologue, il prône le retour à un certain conservatisme, à une certaine tradition nationale. Il a d’ailleurs commis un autre essai intitulé La dénationalisation tranquille, où il pourfend le multiculturalisme.

Son nouveau livre poursuit dans la même lignée. D’ailleurs, il y répète que le multiculturalisme « contribue à la décomposition interne de la société québécoise ». Et il pourfend le cours d’Éthique et culture religieuse, qui instrumentaliserait l’école « pour fabriquer un nouveau peuple », rien de moins.

Sauf que Mathieu Bock-Côté se penche surtout sur le déclin de la question nationale depuis 10 ans, et sur la mort de ce qu’il appelle le souverainisme, c’est-à-dire la marche vers la souveraineté telle qu’elle a été dictée par le Parti québécois.

Sa question : pourquoi la souveraineté du Québec a-t-elle échoué et quelles sont les conséquences de cet échec?

Sa thèse : la gauche souverainiste est responsable de la désaffection de la population à l’égard de la question nationale. Et le PQ fait fausse route en continuant d’associer son projet à la social-démocratie, au risque de lui-même disparaître.

Selon lui, les chefs péquistes, André Boisclair en tête, ont dépouillé le PQ de son nationalisme pour verser dans le strict souverainisme stratégique. L’indépendance n’est plus une fin en soi, mais un moyen vers un progrès social illusoire, altermondialiste, écologiste, féministe.

De même, le Bloc québécois a abandonné la défense des compétences constitutionnelles du Québec pour celle des « valeurs québécoises », soit la social-démocratie. Il accuse les partis souverainistes d’avoir sacrifié le vote des nationalistes conservateurs pour celui (hypothétique) des altermondialistes.

Entre constats et prospectives

Pour Mathieu Bock-Côté, le « malaise politique québécois » de son titre, c’est l’échec de la souveraineté, qui devait être l’aboutissement de la Révolution tranquille. Or, selon lui, il faut plutôt dégager la souveraineté de la mystique de la Révolution tranquille et l’ancrer dans le nationalisme conservateur et la tradition.

Pour ce faire, il fait une série de constats pertinents sur le cul-de-sac politique actuel, l’absence d’offres intéressantes chez les leaders politiques par rapport à la demande, les désirs de changement chez les Québécois qui s’expriment pourtant dans des partis opposés comme le NPD et la CAQ.

Constats pertinents, donc, mais prospectives beaucoup moins claires. Au-delà de sa critique de la Révolution tranquille et de l’antiduplessisme sur lequel s’est bâtie, selon lui, la social-démocratie, il professe un retour à la tradition nationale.

Mais que veut-il dire par là? Une simple fierté? Des symboles folkloriques? Le retour aux valeurs catholiques autrefois prêchées à la chaire? Un repli identitaire qu’il assimilerait à l’autonomie provinciale de Duplessis?

Mathieu Bock-Côté est très clair sur ce qu’il rejette, mais beaucoup moins limpide sur ce qu’il propose. Les Québécois ont l’occasion « de refonder positivement leur identité collective », écrit-il. Que cela signifie-t-il?

Dans son essai, il clame son opposition à la table rase de l’avant-Révolution tranquille, cette « Grande Noirceur » qu’il enserre de guillemets. Il répète à plus d’une reprise que les Québécois, au-delà du changement pour le changement, n’assument pas leur « vieux fond bleu ».

Et c’est peut-être là où son argumentation est la plus faible. Selon lui, si l’ADQ et les conservateurs ont perdu leurs appuis au Québec après avoir aperçu le sommet, c’est en raison d’erreurs stratégiques. Et il demeure convaincu qu’au fond, les Québécois sont conservateurs – dans le sens politique du terme.

Dans la même veine, il estime que les Québécois ont voté NPD parce qu’ils en avaient marre que le système leur offre des gestionnaires interchangeables. Et qu’au fond, la clientèle qui a voté NPD est la même que celle qui appuie la CAQ.

Surtout qu’il identifie trois dangers à l’identité québécoise : un capitalisme débridé et sans limites, un État omniprésent et remède à tous les maux, de même que « la confiscation de la volonté populaire par les tribunaux ».

Il faut, dit-il, que le conservatisme québécois trouve un moyen d’exister politiquement. La tradition, écrit-il, est le premier des contre-pouvoirs. Mais à quelle tradition réfère-t-il? Et les Québécois ont-ils vraiment envie d’y retourner?

Loin des libertariens

Néanmoins, Mathieu Bock-Côté fait une distinction très claire entre le conservatisme et la droite économique, et tient à distance la droite libertarienne qui sévit à la radio de Québec. Pour lui, cette tendance à la Maxime Bernier relève du même extrême idéologique que la gauche qu’il dénonce, mais veut faire « l’économie de l’État plutôt que miser sur lui ».

Il reproche aux libertariens le même rêve mouillé de se libérer de l’identité québécoise pour accéder à l’universel et se noyer totalement dans l’espace nord-américain (parler anglais sans accent…), ce qu’il dénonce aussi chez la gauche relativiste adepte du multiculturalisme.

Finalement, c’est peut-être au dernier chapitre du livre, celui où il fait l’historique de son conservatisme au sein d’une famille traditionnelle au « vieux fond bleu » (son père nationaliste, sa mère « une sainte femme »), que l’on comprend mieux l’auteur.

Il en a contre « l’individualisme jouisseur et hédoniste [qui] dépouille des exigences de la citoyenneté, crée un individu sans histoire, sans appartenance à une mémoire ou une culture ».

Au fond, il en veut surtout aux Québécois de se foutre de leur destin. Mais peut-être aussi voudraient-ils se faire parler d’avenir plutôt que de passé.

Il y a longtemps que je n’ai pas écrit sur ce blogue, manque de temps et circonstances de la vie obligent. Veuillez pardonner le délai, je suis heureux d’être de retour!

La répression sanglante qui sévit en Syrie depuis les dernières semaines ramène dans l’actualité un livre lu en novembre.

Dans Éloge de la haine (Sinbad, 2011), Khaled Khalifa, l’une des plus grandes figures de la littérature syrienne, évoque avec précision les violences des années 80 sous Afez Al-Assad, le père du dirigeant actuel.

Cette période d’affrontements entre deux extrêmes, les islamistes radicaux et la dictature militaire, a été qualifiée d’années de braise, faisant plus de 25 000 morts.

L’histoire se passe à Alep, où la contestation avait commencé. On suit le parcours d’une jeune Syrienne dans une famille traditionnelle, bourgeoise, qui peu à peu s’engage dans l’opposition au régime au point de devenir martyre.

La haine est inculquée à la narratrice, la détestation du corps aussi, du plaisir, avec un entraînement qui a quelque chose du Grand Cahier d’Agota Kristof. Elle sera emprisonnée pendant sept ans et demi, et la haine laissera place aux valeurs humaines. Elle ira même étudier la médecine et faire un stage à Londres, se sortir de son enfermement idéologique et physique.

Khaled Khalifa décrit une époque où les Brigades de la mort sèment la terreur. Et où, au quotidien, les enfants des familles proches du régime ont des passe-droits à l’école. L’atmosphère baigne dans tout ce qu’il y a de mariages organisés, de répudiation, de torture du régime, de méchanceté et de pouvoir des hommes.

Une écriture très descriptive, détaillée, sensible et lyrique, mais qui souffre parfois de son esprit de saga, par lequel l’éventail complet des points de vue politiques et culturels de chaque personnage est scruté jusqu’à plus soif.

L’auteur trace néanmoins une mosaïque qu’on suppose assez complète de la société syrienne de l’époque. Les griefs évoqués dans le livre resurgissent dans les protestations qui ébranlent la Syrie depuis neuf mois, et devant les promesses non tenues de réformes de Bachar Al-Assad, qui a pris la relève de son père en 2000.

Éloge de la haine a été banni en Syrie. Dans plusieurs entrevues récentes (Jeune Afrique ici, Arte ici et TV5 Monde ici), Khaled Kalifa estimait que la contestation actuelle est la suite logique de ce qu’expose son roman.

Il faut aussi rappeler que sur le plan international, la Syrie revêt une importance géopolitique complexe, notamment par l’influence qu’elle a exercée au Liban pendant tant d’années, ainsi que par ses frontières partagées avec Israël et l’Irak.

La mort du journaliste de France 2 Gilles Jacquier, la semaine dernière en Syrie, replace dans l’actualité la question de la sécurité des journalistes en zone de conflit. L’an dernier, Reporters sans frontières a recensé 66 journalistes tués dans l’exercice de leurs fonctions.

Dans Mémoires d’otages : notre contre-enquête, les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot racontent leurs 124 jours de captivités en Irak, après leur enlèvement le 20 août 2004. Ce ne sont pas des têtes brulés qui cherchent le risque, plutôt des reporters qui connaissent le Moyen-Orient pour y avoir vécu pendant plusieurs années et qui parlent arabe.

Au surplus, la France s’est vivement opposée à l’invasion de l’Irak. Mais la question de la loi française interdisant le port du voile à l’école prolongera leur captivité.

Il faut comprendre que Chesnot et Malbrunot sont enlevés par l’Armée islamique en Irak, un groupe extrémiste absolument versé dans l’idéologie : selon eux, il faut exécuter les ennemis de l’islam. Et aucune rançon ne les sauvera. Les deux journalistes côtoieront d’ailleurs des otages quelques instants avant leur exécution, ils écrivent que « les combattants islamiques égorgent en silence ».

En revanche, ceux qui ne sont pas jugés comme des ennemis, à l’instar de Chesnot et Malbrunot, seront bien traités. N’empêche, les ravisseurs maïtrisent l’art de souffler le chaud et le froid : tantôt gentils, tantôt brutaux, ouverts puis intraitables, ils se partagent les rôles, les uns jouent les bons, les autres les méchants.

Mais au travers du livre, on comprend aussi et surtout que le journaliste est instrumentalisé, de part et d’autre. L’un des chefs des ravisseurs souligne que « tout étranger est suspect, et un journaliste représente en général la position politique de son pays ». Ils sont, au surplus, un prétexte de choix pour faire entendre leurs revendications.

Des candidats de choix aussi à la récupération politique, que Chesnot et Malbrunot dénoncent. Au-delà de la mobilisation louable des Français et des médias, des députés vont s’improviser négociateurs et nuire à leur libération.

L’intervention de Jacques Chirac pour leur libération les émeut, mais la description des festins de foie gras, de champagne et de « photo-op » de ministres à leur libération laisse un goût amer. Le même capital politique que certains dénoncent sur la mort de Gilles Jacquier.

À cela, on peut ajouter, sans le déplorer, l’expérience journalistique hors du commun de Chesnot et Malbrunot, un épisode qu’ils se promettent de raconter s’ils s’en sortent.

Dans Under an Afghan Sky : A Memoir of Captivity, la journaliste de CBC Mellissa Fung raconte elle aussi son cauchemar de 28 jours entre les mains de ravisseurs. En revanche, elle est enlevée par un groupe qui ne verse pas dans l’islamisme radical, mais cherchent uniquement à monnayer sa libération.

Elle est d’ailleurs moins docile que les Français lorsque survient le rapt à la sortie d’un camp de réfugiés de Kaboul, puisqu’elle résiste à ses agresseurs, jusqu’à être poignardée.

Ses ravisseurs ne sont donc pas des fanatiques religieux, mais des criminels pour qui l’enlèvement est un business lucratif.  Ses geôliers ne sont pas cagoulés, ils sont à la limite assez compréhensifs au départ, et lui laissent même téléphoner à son conjoint pour lui dire qu’elle va bien.

Elle passera néanmoins près d’un mois au fond d’un trou, littéralement. Intelligente et déterminée dans ses relations avec cette « famille de kidnappeurs », elle sera quand même agressée sexuellement, un épisode qu’elle effleure à peine. Mellissa Fung sera ultimement libérée par les services de renseignements afghans en échange de prisonniers.

Son récit est journalistique, détaillé, plutôt répétitif. Nous sommes dans les faits, bien loin d’une réflexion sur la condition humaine, malgré quelques brèves réflexions sur sa foi et l’existence de Dieu. Une démarche qu’abordent Chesnot et Malbrunot. À chacun sa manière de se reconstituer.

Autres livres sur le sujet:

-celui de Florence Aubenas, Grand reporter, publié en 1989
-le récit de Roger Auque Un otage à Beyrouth, sur ses 11 mois de captivité au Liban
-Promets-moi que tu reviendras vivant, de Danielle Laurin, entretiens avec des reporters de guerre comme Céline Galipeau, Patrice Roy, Anne Nivat, Michèle Ouimet, de même que Marianne Pearl, veuve du journaliste Daniel Pearl

C’est l’année du dragon d’eau qui commencera le 23 janvier en Chine. Les superlatifs ne manquent pas pour qualifier le mythique animal : idéaliste, actif, volontaire, confiant, entreprenant, scrupuleux, chanceux, versatile, agressif, déterminé.

Plusieurs épithètes dont peut se revendiquer la Chine, à tout le moins sur le plan financier. Devenue deuxième économie mondiale derrière les États-Unis au cours de la dernière année, elle pourrait pâtir quelque peu des difficultés en Europe et aux États-Unis, mais devrait conserver une croissance enviable.

Sur le plan politique, le Congrès du Parti communiste, à l’automne, devrait mener au renouvellement de la classe dirigeante chinoise. Mais ceux qui placent des espoirs de changement en Xi Jinping, successeur pressenti de Hu Jintao à la présidence, risquent d’être déçus.

Dans Les Héritiers de Tiananmen, l’ancien correspondant de Radio-Canada Michel Cormier, sans même croire à une véritable démocratisation, préfère espérer une r

esponsabilisation du gouvernement, cruellement absente à Pékin. Mais à la lecture de son livre très fouillé, les espoirs de démocratie semblent plus éloignés que jamais.

D’une part, parce que les dissidents chinois qu’il a rencontré, ceux qui ont été au cœur de la révolte de Tiananmen, réprimée dans le sang le 4 juin 1989, étaient loin d’être animés par une pensée révolutionnaire.

Au contraire, portés par la tolérance momentanée du régime à l’égard de la liberté d’expression, ils souhaitaient plutôt convaincre les dirigeants de changer, de se moderniser.  Une pensée confucéenne traditionnelle, où ils se voyaient comme conseillers de l’empereur plutôt qu’en opposants.

Cette particularité est capitale pour comprendre le rôle des intellectuels de l’époque de Tiananmen, de même que l’attitude des Chinois d’aujourd’hui.


C’est aussi un trait que déplore Liu Xiaobo, écrivain chinois brillant et dissident emprisonné, récipiendaire in absentia du Prix Nobel de la paix en 2010. Dans La philosophie du porc, un recueil de ses textes et allocutions, le titre évoque justement la soumission de son peuple.Comme les porcs, écrit-il, les Chinois « dorment quand ils sont rassasiés, et mangent ce qu’on leur donne quand ils se réveillent. [Le régime] les maintient au stade des besoins primaires, sans leur laisser droit à de plus grandes ambitions. »Or, relèvent les deux ouvrages, les dissidents qui ont payé par la prison et l’exil réalisent qu’il s’agissait d’une erreur d’attribution fondamentale de croire qu’on pouvait convaincre le régime de changer. La modération, confient-ils, a finalement nui à leur cause.

L’échec du matériel

Aujourd’hui, les Chinois ont-ils toujours la soif de liberté qui les a habités en 1989? Tant le livre de Michel Cormier que celui de Liu Xiaobo répondent par la négative.

Bien que l’économie de marché ait reproduit ce que la Chine décriait d’inégalités et de corruption en Occident, elle a apporté un certain confort matériel.

Selon Michel Cormier, ces réformes économiques ont effectivement servi de réformes politiques. Les jeunes ont troqué les espoirs contre l’attrait du matériel, les mêmes gadgets qu’ils fabriquent, comme le montre cette ruée vers l’iPhone 4S. Et un autre point pour la philosophie du porc…

De même, Liu Xiaobo craint cette « aisance relative » qui semble satisfaire les Chinois, des « consciences achetées » qui relèguent dans l’oubli les victimes du massacre de 1989. (Un événement gommé dans les livres d’histoires chinois, dont les jeunes de moins de 25 ans n’ont ni souvenir, ni même connaissance.)

Li implore ses compatriotes de recouvrer la dignité d’être humain, cette soif de changement, sinon ils ne seront que « des esclaves sans fierté » qui mériteront leurs « gouvernants médiocres ».

« Un pouvoir qui tue est écoeurant; un pouvoir qui ment pour défendre les meurtres qu’il a commis est méprisable. Et une nation qui le tolère est désespérante. »
-Liu Xiaobo, La philosophie du porc

Or, non seulement les dirigeants actuels ne martèlent plus le message d’antan où les Chinois n’étaient pas prêts pour la démocratie, ils la brandissent désormais comme une menace de l’impérialisme américain.

Comme le souligne Michel Cormier, la Chine a décidé en 1989 que non seulement la nouvelle économie de marché pouvait cohabiter avec la dictature, mais que la dictature était la condition de sa réussite. Le 21e siècle est en train de lui donner raison.

La littérature climatique

Mardi 20 décembre 2011 à 22 h 18 | | Pour me joindre

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Pas simple de choisir parmi les livres sur les changements climatiques, dont il a été question lundi à l’Actualité vue par les livres. Outre Alerte! Le Québec à l’heure des changements climatiques, de Steven Guilbeault, et le roman de science-fiction Les 40 signes de la pluie, de Kim Stanley Robinson, plusieurs autres ouvrages étaient dans notre mire.

Certains incontournables, comme An Inconvenient Truth, de l’ancien vice-président américain Al Gore, ou The Weather Makers, de Tim Flannery, conseillé par David Suzuki.

Reste aussi The Climate Files, une enquête sur le soi-disant Climategate, ces milliers de courriels de l’Université d’East Aglia piratés en 2009, qui semblaient accréditer la thèse de données manipulées par les scientifiques afin de gonfler l’importance des changements climatiques.

Ces messages avaient été publiés deux semaines avant le sommet de Copenhague, et avaient fait grand bruit. Un chercheur écrivait notamment avoir trouvé une « astuce » pour masquer la baisse des températures. Quelques autres messages douteux… à travers 10 ans d’échange de courriels.

Or, en juillet 2010, une enquête indépendante a conclu qu’il n’y avait aucun scandale, et que les courriels n’entachaient ni les conclusions des scientifiques, ni la rigueur et l’honnêteté de leurs démarches.

Cependant, le comité d’enquête a critiqué le manque d’ouverture et de transparence des scientifiques, alors qu’il n’y avait pourtant pas matière à cacher d’informations (mon reportage de l’époque).


L’ex-président tchèque Vaclav Havel s’est éteint dimanche. Avec lui disparaît aussi un dramaturge de la dissidence de premier plan. Il laisse une quinzaine de pièces de théâtre et une dizaine d’essais.

Vaclav Havel, en décembre 1989, salue la foule qui célèbre la chute du régime communiste. © AFP/LUBOMIR KOTEK

Vaclav Havel n’a jamais séparé son écriture de la politique. Né dans une famille bourgeoise et éduquée, il est rapidement ostracisé par les communistes après leur prise de pouvoir en Tchécoslovaquie, en 1948.

Il travaille dans un laboratoire de chimie, mais demeure passionné de théâtre. Dès 19 ans, il publie des articles et des nouvelles.

Sa première pièce, en 1963, La fête en plein air, est une satire burlesque qui représente tout à fait l’effervescence des années 60, qui culmineront avec le printemps de Prague en 1968.

Suivent Le rapport dont vous êtes l’objet en 1965, puis Possibilité aggravée de concentration en 1968.

Comme le souligne cet article de La Croix, « Havel est influencé par Kafka et Ionesco. Ses pièces racontent les travaux et les journées du dissident confronté aux lâchetés et aux pressions quotidiennes du pouvoir, comme à celles de ses proches qui l’appellent à trahir, à collaborer, à se renier. » L’écrivain Milan Kundera le qualifie d’« auteur de l’absurde du rationnel ».

En 1976, il signe la Charte 77, qui s’oppose à la « normalisation communiste » entamée en Tchécoslovaquie. Trois pièces suivent dans les années 80, Largo desolato  (1984), La tentation (1985) et L’assainissement (1987).

Samuel Beckett lui dédie aussi sa courte pièce Catastrophe, créée à Avignon en 1982.

Puis le combat politique prend toute la place pour Vaclav Havel. Lors de la chute du communisme en 1989, les images de la foule scandant « Havel au Château » font de lui la figure emblématique de la liberté.

«L’élément tragique pour l’homme moderne, ce n’est pas qu’il ignore le sens de sa vie, mais que ça le dérange de moins en moins.» -Vaclav Havel

Il confiait au Figaro, en 2002, son souhait de redevenir un artiste à temps plein, mais que la politique était « un animal dont il avait beaucoup de difficulté à se défaire ».

Après son retrait de la vie politique, il signe Sur le départ, une ultime pièce autobiographique qui évoque les réflexions d’un président forcé de laisser la place à un successeur qu’il estime indigne de la fonction.

Quelques livres sont à signaler, dont son testament politique À vrai dire : livre de l’après-pouvoir, publié en 2007, de même que Vaclav Havel, président philosophe, une biographie signée Geneviève Even-Granboulan publiée aux Éditions Aube en 2003.

Le dessin pour raconter

Lundi 5 décembre 2011 à 18 h 23 | | Pour me joindre

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Guy Delisle signe un recueil aussi divertissant qu’instructif avec ses Chroniques de Jérusalem, dont il est question cette semaine à l’Actualité vue par les livres. Il a raconté aussi le Myanmar et la Corée du Nord dans des livres précédents.

Parfois, le quotidien nous en apprend autant sur une région ou un conflit que les analystes peuvent le faire. Le procédé du dessin allège-t-il le propos?

Pour se convaincre du contraire, il faut voir l’exceptionnel film d’animation Valse avec Bachir, du réalisateur israélien Ari Folman, sur le massacre de Sabra et Chatila en 1982, au Liban.

Un ancien soldat se met à la recherche de ses anciens compagnons d’armes pour reconstituer cet épisode de sa vie.  Ce soldat, c’est Folman, et son film a des odeurs d’autobiographie.

Réalisé en 2008, l’œuvre allie une force poétique, des qualités esthétiques et un message politique d’une grande actualité.

http://www.valseavecbachir-lefilm.com/

Le film a été nommé pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. En 2009, Casterman a publié une version BD issue des dessins préparatoires du film. Une centaine de pages (la version en anglais chez Metropolitan Books), accompagnées d’un entretien avec le dessinateur David Polonsky.

Ce soir à L’actualité vue par les livres, il est question du projet de loi C-10 du gouvernement Harper, qui veut notamment durcir les peines à l’encontre des criminels violents et des jeunes contrevenants. Le projet de loi a été dénoncé par le gouvernement du Québec, qui le juge contraire à son approche en matière de délinquance juvénile.

Plusieurs groupes rappellent aussi que le taux de criminalité a diminué au Canada. L’an dernier, il a baissé de 5 % par rapport à 2009, pour atteindre son plus bas niveau depuis 1973. Les homicides, tentatives de meurtre, voies de fait majeures et vols qualifiés notamment ont reculé.

Qu’est-ce qui explique ces baisses? Les sanctions? La prévention? La médiatisation d’histoires sordides donnerait-elle l’impression que les crimes sont plus violents qu’avant?

Le psychologue Steven Pinker, professeur à l’Université Harvard et originaire de Montréal, apporte un éclairage fort intéressant sur ces questions. Dans son essai intitulé The better angels of our nature : why violence declined, il explique que la violence est en diminution dans l’histoire. La chroniqueuse du Ottawa Citizen, Amanda Shendruk, en fait d’ailleurs mention dans sa chronique sur le projet de loi C-10.

http://www.ottawacitizen.com/news/Crime+primer+Canada/5735989/story.html

Pinker explique que, contrairement aux croyances, les guerres, l’esclavagisme, les infanticides ou encore les agressions d’enfants sont beaucoup moins nombreux qu’aux siècles passés. Même le nombre de décès par meurtre était 30 fois plus élevé au Moyen Âge.

Et, selon lui, ce ne sont pas les lois punitives qui ont fait reculer le crime, mais plutôt l’évolution humaine. L’établissement de gouvernements, l’alphabétisation, le commerce, la diversité culturelle ont contribué à contrôler nos pulsions et à réduire la tentation d’user de violence.

Pour l’instant, l’essai n’est disponible qu’en anglais, et c’est une brique de 848 pages. Mais les recensions apportent déjà un bon éclairage sur la question.