Phrases courtes, punch percutant : en quelques secondes, il faut accrocher l’attention de l’internaute. Doit-on adapter son écriture pour le web? Le web a-t-il engendré un nouveau style de rédaction pour le scénario de série?

D’emblée, en tant qu’internaute du dimanche et des pauses café, je consomme les contenus web comme une abeille qui butine. Je vais ici et là, je m’arrête quand on pique ma curiosité. Que ce soit un texte ou une vidéo, je lis les deux premières phrases, je clique, j’écoute ou je regarde les premières secondes. Si cela ne me convient pas… hop! Je pars vers de nouveaux horizons en quête de la blague, du texte provocateur que je peux partager avec tous mes amis virtuels.
Ceux qui créent du contenu sur Internet doivent attirer l’intérêt des abeilles virtuelles comme moi. Mais tentent-ils seulement de nous accrocher, ou profitent-ils simplement de cette plateforme beaucoup plus flexible que la télé où les ressources sont moindres, mais la liberté, plus grande?
Je crois que le web sert avant tout aux créateurs, peu importe d’où ils viennent. Ils s’adaptent à la plateforme de diffusion. Internet semble un contenant flexible qui permet aux auteurs de faire des exercices de style, d’explorer des formats moins standardisés, d’expérimenter librement, loin des diffuseurs frileux. La récompense de leur travail est rarement salariale. La reconnaissance se fait lorsque le contenu devient viral. On dit alors qu’il engendre des clics, ce qui signifie qu’il est vu partout et par tous!
On en discute
D’après les recherches de l’équipe de Plus on est de fous, plus on lit!, depuis deux ans, on semble assister à une réelle explosion de séries sur le web au Québec. Depuis que Michel Beaudet, le créateur des Têtes à claques, a mis en ligne en 2006 ses capsules vidéo à défaut de trouver un télédiffuseur, le phénomène s’est popularisé. L’arrivée de Tou.tv en 2010 a consacré l’importance du phénomène en proposant des séries web. Si on se fie aux Français, le Québec fait vraiment figure de précurseur, au point qu’il était à l’honneur lors du premier Web TV Festival à La Rochelle en 2010. On a donc invité trois auteurs de séries web pour nous faire part de leurs impressions sur le phénomène et nous parler de leur méthode de travail.
Caroline Allard, auteure des Chroniques d’une mère indigne, de Pour en finir avec le sexe et scénariste de Fabrique-moi un conte, et d’Enquête romantique, avance que l’humour reste un excellent moyen pour accrocher les lecteurs. Cependant, lorsque c’est le temps de scénariser des capsules vidéo, le visuel devient un facteur prédominant pour mettre en valeur des anecdotes ou décrire des impressions.
Simon-Olivier Fecteau, auteur et réalisateur d’En audition avec Simon, entre autres, s’est lancé dans l’aventure de sa websérie, car il avait besoin de créer rapidement. Attendre du financement pour un projet télé ou un long métrage, c’est parfois trop long. Pour lui, la rigueur du travail demeure la même. La base de l’écriture reste aussi la même, peu importe la plateforme de diffusion. Il faut un conflit, un obstacle et un but clair.
Silvi Tourigny, humoriste et créatrice des capsules vidéo Carole aide son prochain, a utilisé le web comme carte de visite, ce qui a fonctionné. Ses vidéos sont devenues virales et sont même regardées en France. Elle a opté aussi pour le web, car son personnage de Carole est plus accrocheur présenté sous forme de courtes capsules qu’en monologues sur scène. Le web sied mieux la chère Carole qui veut tant notre bien!
