Blogue de Philippe Couture

Les Souvenirs : Réhabiliter la vieillesse

Mardi 7 février 2012 à 16 h 28 | | Pour me joindre

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David Foenkinos

Après le succès fou de La délicatesse, atypique et savoureux roman d’amour s’étant très vite classé en tête des ventes de livres en 2009, inutile de dire à quel point le nouveau récit de David Foenkinos, Les souvenirs, était attendu. Or, le romancier français propose cette fois un univers un brin plus aride, abordant de front le thème de la vieillesse et situant une grande partie de son intrigue dans une maison de retraite. Il le fait toutefois dans un style fluide, en enchâssant magnifiquement divers récits, comme le disait hier en ondes notre collaborateur Luis Clavis.

Écoutez le compte-rendu de lecture de Luis Clavis.>>

Dès les premiers chapitres, Foenkinos entre dans le vif du sujet. À la page 44, son narrateur y va de cette prenante remarque :

Depuis quelques jours, j’étais obsédé par mes visions initiales de la maison de retraite. J’avais eu l’impression de visiter la salle d’attente de la mort. Je ne pouvais plus penser à autre chose. C’était peut-être très immature, mais j’avais conscience pour la première fois de la déchéance qui m’attendait. J’éprouvais alternativement la nécessité de ressentir l’intensité de la vie, et un sentiment profond de vacuité. Alors, tout me paraissait dérisoire et absurde.

En littérature contemporaine, suivant l’influence des auteurs de l’absurde, la mort est la plupart du temps synonyme d’angoisse et elle soulève une profonde remise en question de la valeur de l’existence. La vieillesse, le déclin du corps et de l’esprit ou la peur de mourir sont autant de moyens de prendre conscience de la vacuité de l’existence humaine. C’est la pensée nihiliste par excellence : l’existence humaine est dénuée de signification, et la mort, comme un ultime soulagement, vient mettre un terme à cette existence vide.

Si le narrateur des Souvenirs fraie un peu avec cette pensée au début de son roman, il l’abandonne vite pour constater que le contact avec la mort provoque en lui un insatiable appétit pour la vie et le rapproche de la sensualité (on reconnaît là l’amoureux Foenkinos). En accompagnant sa grand-mère dans un périple nostalgique en Normandie et en observant la dérive de ses parents nouvellement retraités, il se sent soudain proche de la vieillesse et en acquiert une nouvelle sagesse, plongeant également dans un nouveau rapport au temps, entre la recherche immédiate d’absolu et la quête d’une certaine relativité.

C’est aussi une fable sur les rapports entre les générations, qui se révèlent de plus en plus harmonieux à mesure que la mort tisse son chemin dans la famille du narrateur.

Bref, Foenkinos fait de la mort une source de réconfort. Il tente de réhabiliter la vieillesse, ce sujet tabou de nos sociétés occidentales carburant au culte de la performance. Il le fait sans masquer la réalité, sans oblitérer les aspects repoussants de la vieillesse, mais en lui redonnant sa juste part de noblesse.

Au final, le roman pose très fort la question de la dévalorisation de la vieillesse en Occident : comment se fait-il que nous en soyons arrivés là?

Qu’en pensez-vous?

 

 

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