Blogue de Philippe Couture

Le poète de la rébellion

Mercredi 1 février 2012 à 16 h 27 | | Pour me joindre

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Dès aujourd’hui, Port-au-Prince se drape de ses plus beaux habits littéraires. Le festival Étonnants voyageurs, que notre collaborateur Étienne Côté-Paluck s’apprête à fréquenter abondamment, met à l’honneur la poésie d’un grand auteur haïtien, Georges Castera. Une occasion de savourer une écriture elliptique et charnelle, mais aussi d’envisager la poésie comme espace d’engagement politique.

Étienne Côté-Paluck en direct de Port-au-Prince.>>

Georges Castera, tel que le décrit l’écrivain Lyonel Trouillot dans la préface de l’anthologie L’encre est ma demeure (Actes Sud, 2006), « est perçu comme le plus politique des grands poètes haïtiens ». Il n’hésite pas, en effet, à mettre sa plume au service d’une rébellion dont la source semble intarissable.

Aucun de ses poèmes n’est concrètement pamphlétaire ou polémique, car Castera aime emmêler ses vers plus combatifs à une parole lyrique, où se croisent allègrement les souvenirs d’une enfance perdue et les émois ressentis à la vue de corps féminins dénudés. Dans ses poèmes, l’amour et l’érotisme se confondent avec les bruits de la ville et l’engagement politique. Il n’en propose pas moins une critique très frontale du capitalisme et des vaines guerres qui dressent les uns contre les autres les puissants de ce monde. Il y oppose rien de moins que l’écriture, arguant que la poésie est « un instrument de percussion du quotidien / un instrument de répercussion des jours sans festin ni destin ».

« Je t’écris pour te dire / que je vis à fleur d’encre / dans une ville de béton armé / on tire lamentablement dans ma rue / dire est déjà trop dire »

Alors que, souvent, la poésie contemporaine se replie sur l’individu et explore des territoires intimistes, la poésie de Georges Castera est exemplaire parce qu’elle sait reconnecter l’individu au tissu social. Profondément actuelle, son écriture est politique sans être simplement militante. Elle évoque autant l’engagement des poètes des années 70 que l’intériorité d’une certaine poésie individualiste d’aujourd’hui.

Le cas de Castera me semble intéressant à analyser dans le contexte du Québec, alors que quelques-uns de nos poètes s’évertuent à retrouver cet équilibre entre lyrisme et engagement, entre contemplation et résistance. Le sujet semble du moins intéresser quelques observateurs de la littérature québécoise, comme Liliane Fournelle, qui identifie cette même posture chez les poètes Paul Chamberland, Hélène Monette et Jean-Marc Desgents.

Qu’en pensez-vous? La poésie constitue-t-elle encore une puissante forme d’expression du ras-le-bol politique? Ou arrive-t-elle surtout à témoigner de l’intériorité humaine ?

 

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