La littérature mène souvent le lecteur à d’autres littératures. Ainsi, ma lecture du roman Home, de Toni Morrison, m’a donné envie de lire ou de relire une certaine quantité d’autres livres portant sur des sujets connexes. Il y a des thèmes qu’on s’imagine éculés, dont on croit avoir épuisé les angles de traitement, comme le racisme et l’esclavage aux États-Unis au début du siècle dernier. Or,comme le disait Noémi Mercier hier à l’émission, l’auteure américaine Toni Morrison nous montre que tout n’a pas encore été dit à ce propos.
J’ai pour ma part été happé par les courts passages dans lesquels elle évoque l’eugénisme étatique ayant mené les Américains à orchestrer des programmes de stérilisation des populations noires pour freiner leur développement dans la société étatsunienne. Le roman n’insiste pas là-dessus, mais cette horrifiante réalité m’a poursuivi pendant toute ma lecture.
L’histoire du 20e siècle, sur fond d’Holocauste et de génocide rwandais, nous a appris à nous méfier de toute vision eugéniste de l’humanité, de toute doctrine qui viserait à transformer l’humain selon un idéal précis (la race aryenne, par exemple), au détriment d’une grande partie de la population. Mais chaque fois que sont évoqués les épisodes eugénistes de notre histoire, je me réinterroge sur ce qu’on appelle le « néoeugénisme », c’est-à-dire l’ensemble des pratiques visant l’amélioration du corps humain par la technologie, pour créer une humanité améliorée (le posthumain), ou les pratiques de sélection des embryons pour éliminer ceux qui sont atteints d’une maladie génétique, par exemple. Les développements de la fécondation in vitro et l’émergence de la procréation assistée sont à ranger dans cette catégorie. Dès qu’il y a contrôle de la reproduction, même pour des raisons strictement médicales, on peut craindre d’être en présence d’une certaine forme d’eugénisme. Et ces pratiques sont préoccupantes. Enfin, elles ouvrent la porte à certaines dérives.
C’est en suivant ce raisonnement que j’ai remis sur ma table de lecture deux romans de Michel Houellebecq : Les particules élémentaires et La possibilité d’une île, qui évoquent tous deux l’avènement d’une nouvelle espèce d’êtres humains. J’ai aussi noté deux autres titres dans mon calepin : La musique du sang, de Greg Bear, l’histoire d’un chercheur en biologie moléculaire qui décide d’insérer dans son propre corps les puces biologiques qu’il a inventées, et Le dernier homme, de Margaret Atwood, qui présente un nouveau monde presque uniquement peuplé d’animaux génétiquement modifiés.
D’une littérature dénonçant le racisme aux romans dystopiques d’aujourd’hui, j’ai fait un immense détour. Mais c’est aussi ça, la littérature : un liant entre différents mondes.















