Billets classés sous la catégorie « Science »

L’avocate Amal Alamuddin et son mari l’acteur George Clooney. Photo : PC

Est-ce que les femmes préfèrent les hommes musclés ou les dadbod (les bedaines à papa)?  Est-ce que les hommes préfèrent les femmes qui ont des courbes ou les silhouettes filiformes?

Si l’on en croit les considérations esthétiques qui pleuvent sur Internet et dans les magazines, nous sommes obsédés par l’apparence physique lorsque nous cherchons un partenaire sexuel.

Mais le professeur David Bainbridge, de l’Université Cambridge, ne pense pas que les critères physiques sont si fondamentaux dans le choix d’un partenaire. À tout le moins dans le cas des hommes.

L’intelligence des femmes est un critère très prisé par la gent masculine, fait-il valoir.

Contrairement à ce que l’on a tendance à croire, des critères physiques comme la grosseur des seins ou la longueur des jambes n’a pas tant d’importance dans la sélection d’une partenaire, dit le biologiste et auteur du livre Curvology : The Origine and Power of Female Body Shape, un livre qui porte pourtant sur l’importance des courbes (c’est-à-dire du gras) dans le corps des femmes.

Bien des gens réagissent toutefois avec circonspection devant la déclaration de M. Bainbridge. Quoi, l’homme, cette créature superficielle prête à se rompre le coup pour regarder le décolleté et les jambes des dames en jupes valorise l’intellect des femmes?!? (vous trouverez ce type de réaction ici, par exemple).

La prémisse peut sembler contre-intuitive. Mais pas tant que ça non plus.

D’un point de vue évolutionniste, l’importance de l’intelligence du partenaire sexuel est quand même plutôt logique. Parce que pour que l’espèce humaine perdure, il ne suffit pas de  faire des bébés : il faut aussi assurer leur survie. Et des parents intelligents, débrouillards, allumés, sont plus à même de trouver des ressources pour nourrir et protéger leurs rejetons que des parents stupides.

Non seulement une femme intelligente est plus susceptible d’être un bon parent responsable, mais son discernement fait aussi supposer que ses parents étaient eux-mêmes des gens intelligents qui l’ont élevée d’une manière optimale pour sa santé, dit M. Bainbridge, ce qui la rend d’autant plus désirable.

En fait, dans le monde contemporain, l’art, l’humour  ou la musique sont possiblement des champs de compétences qui dérivent de la sélection sexuelle et de cette volonté de montrer à l’autre sexe que l’on possède des aptitudes intellectuelles poussées, dit M. Bainbridge dans son livre.

Si le commentaire du biologiste concernant le charme des aptitudes intellectuelles féminines porte sur les préférences des hommes hétéros, j’ai quand même l’impression que la même logique s’applique pour les préférences des femmes envers les hommes. (David Bainbridge reconnaît d’ailleurs lui-même que si l’on dispose de peu d’informations sur les préférences sexuelles féminines, c’est parce que la science a un biais qui l’a fait, historiquement, s’intéresser surtout aux préférences masculines.)

On suppose souvent de manière simpliste que les femmes veulent des hommes forts et musclés parce « qu’à l’époque des hommes des cavernes », elles cherchaient des compagnons qui pouvaient protéger la famille « contre les dinosaures » (haha!) et chasser du gibier avec leurs gros biceps. Mais ce qu’on omet de mentionner, c’est que dans les faits, la force physique n’est absolument pas la seule qualité qui permet de fournir des ressources à une famille préhistorique.

Un homme préhistorique responsable doit, par exemple, savoir comment construire des armes et tendre des pièges. Or ces compétences relèvent de l’intelligence, pas du tour de bras. Et si l’on considère que madame préhistorique participait elle aussi aux activités pour assurer la survie du groupe – ce que disent plusieurs historiens – alors de toute évidence, l’intelligence devient un trait fort séduisant chez les deux sexes.

L’apparence physique joue quand même un rôle de séduction, M. Bainbridge ne le nie pas. Seulement, tout rapporter au corps, ça fait peut-être vendre des cosmétiques et des abonnements au gym, mais ça ne fait pas nécessairement des enfants forts.

Sexe

Il existe une certaine pression dans notre société pour avoir beaucoup de relations sexuelles. Les articles de psychopop et les études qui proclament que forniquer souvent est nécessaire et rend plus heureux sont légion.

Pourtant, selon une nouvelle étude, ce serait plutôt l’inverse. Avoir beaucoup de sexe pourrait nuire au bonheur du couple.

Dans le cadre de leurs recherches, les scientifiques ont formé deux groupes avec 64 couples d’hétérosexuels âgés de 35 à 65 ans. Pour une période de trois mois, le premier groupe n’avait reçu aucune indication par rapport à la fréquence de rapports sexuels qu’ils devaient avoir, tandis que le second groupe avait reçu comme instruction de doubler leur fréquence de rapports sexuels.

Contrairement à leur hypothèse de base, au bout de trois mois, le deuxième groupe était moins heureux qu’avant l’expérience (j’espère qu’ils vont mieux maintenant).

En fait, les couples qui avaient augmenté leur fréquence de relations sexuelles :

–          Avaient moins de plaisirs lors des rapports

–          Ressentaient moins de désir

–          Disaient qu’il y avait moins de romance dans leur couple

–          Trouvaient qu’il y avait moins de spontanéité dans leur vie sexuelle

La réaction des chercheurs est toutefois très nuancée devant ces résultats. Ce n’est pas forcément le fait de s’être étreint plus souvent qui a nui à leur bonheur, mais peut-être le fait qu’ils avaient reçu une instruction en ce sens. L’état d’esprit des participants était donc peut-être différent, moins « sexy », dit le chercheur principal George Loewenstein.

Une autre des chercheurs, Tamar Krishnamurti, pense que ces résultats laissent entendre que les couples qui veulent améliorer leur vie sexuelle devraient miser davantage sur la qualité de leurs rapports sexuels plutôt que sur la quantité.

Photo : Istock (montage)

Les gens qui aiment les grilled cheese ont plus de rapports sexuels. C’est du moins ce qu’ont affirmé plusieurs médias ces derniers jours.

Selon les statistiques citées, 73 % des amateurs de ce type de sandwich ont eu au moins un rapport sexuel au cours du dernier mois (comparativement à 63 % de ceux qui n’en mangent pas) et 32 % des amateurs ont eu des rapports sexuels au moins six fois par mois, alors que seulement 27 % des gens qui n’aiment pas ce sandwich ont eu autant de relations sexuelles.

« C’est une étude qui le dit! », ont clamé certains. Sauf que non. Il s’agit des résultats d’un sondage réalisé par le réseau social / site de rencontres Skout, pour la Journée nationale du grilled cheese, apparemment fixée au 12 avril. On n’est pas dans le registre de la science.

Par ailleurs, si l’on observe les résultats de ce sondage, on constate qu’énormément de gens aiment ce sandwich (86 % des sondés ont répondu qu’ils aimaient ça), ce qui veut dire que cette préférence est assez banale. Maintenant, j’aimerais souligner qu’avoir au moins un rapport sexuel par mois, voir six fois par mois, c’est une fréquence pas mal normale.

Or, c’est plutôt facile de faire corréler deux choses normales. Je pourrais sûrement, par exemple, réaliser un sondage qui montrerait que les gens qui utilisent des ordinateurs PC se brossent les dents au moins une fois par jour.

Néanmoins, par réflexe, en lisant les résultats du sondage de Skout, on pourrait conclure que les gens qui aiment les sandwichs aux fromages aiment particulièrement beaucoup le sexe. On pourrait même croire que si l’on veut plus de rapports sexuels, on devrait se mettre à en manger davantage…

Juste pour s’amuser, voici d’autres choses qui ont récemment été associées à une vie sexuelle plus satisfaisante :

Je ne dis pas que tous ces liens sont forcément erronés, seulement qu’il faut se méfier des associations (parfois rocambolesques) avant d’analyser notre vie sexuelle à la lumière de ces informations ou même d’y voir des « conseils » sexuels.

Mais tant mieux pour vous si ça flatte votre ego parce que vous êtes des marathoniens bedonnants avec de longs index qui mangent des grilled cheese en regardant de la porno (ou pas).

Photo : Istock

Un homme ne peut pas être sexiste s’il adore les femmes et qu’il les « traite comme des princesses », n’est-ce pas?

Pas tout à fait. Selon des chercheurs américains, un homme sexiste peut se comporter de manière tout à fait amicale avec les femmes, et même idéaliser ces dernières.

Des chercheurs du département de psychologie de l’Université Northeastern ont fait discuter 27 hommes avec 27 femmes et les ont fait jouer à un jeu de questions-réponses. Ils ont ensuite fait remplir des questionnaires aux hommes pour obtenir leur avis sur différentes propositions sexistes.

En analysant leur comportement non verbal pendant l’exercice, les chercheurs ont constaté que plusieurs des hommes qui étaient d’accord avec les propositions sexistes avaient été tout à fait charmants avec les femmes avec qui ils avaient été jumelés. Ils s’étaient montrés amicaux, patients et souriants.

Les chercheurs expliquent ce phénomène en différenciant deux sortes de sexismes : le sexisme hostile et le sexisme bienveillant. Dans le premier cas, la personne sexiste est ouvertement antipathique avec les femmes. Dans le second, la personne estime que les hommes doivent se comporter de manière chevaleresque avec les femmes et elle se montrera donc sympathique envers elles.

Le sexiste bienveillant considère, sans l’avouer explicitement, que les femmes ont un jugement moins fiable que celui des hommes, qu’elles sont moins compétentes et qu’il faut, par conséquent, les chérir et les protéger. Il estime aussi que les femmes sont plus affectueuses, plus sensibles et plus pures que les hommes et qu’elles les « complètent » en ce sens.

Capture d’écran d’un message diffusé sur Facebook.

La sexologue Jocelyne Robert définit le sexisme bienveillant ainsi : « Sur un ton positif, voire affectueux et admiratif, et sous des airs d’ouverture séduisante, il confine les femmes au terrain de jeu qui leur a été traditionnellement dévolu. Elles peuvent flirter un peu avec le monde du pouvoir, mais pas trop près des sommets quand même. Bien plus discret et plus insidieux que le sexisme hostile du macho à visage découvert, le sexisme bienveillant revêt un masque, tantôt paternaliste, tantôt galant. »

« De nos jours, chez nous, le sexisme est presque toujours bienveillant et vicieux », estime Mme Robert.

Les femmes et les enfants d’abord

J’ai regardé la semaine dernière le troublant documentaire India’s daughter, qui porte sur les réactions des Indiens au viol et à la mort d’une étudiante dans un autobus de New Delhi, en décembre 2012.

Dans ce documentaire, tout en excusant le viol et en blâmant la victime, l’un des avocats parle des femmes en termes très positifs, en les comparants à des fleurs précieuses qu’il faut protéger (c’est-à-dire en leur interdisant le plein accès à l’espace public). Cet exemple vient d’un pays lointain, bien sûr, et il serait facile de s’en dissocier, mais on en trouve beaucoup d’autres dans la culture occidentale.

Dans la littérature et les films, entre autres, la femme a souvent été présentée comme une petite chose charmante, écervelée et naïve, qu’il faut prendre sous son aile. C’est le cliché de la femme-enfant.

« Tout est tellement difficile, Marcello », se plaint Sylvia, qui se comporte comme une gamine étourdie dans La Dolce Vita.

Cette forme de sexisme peut d’ailleurs avoir un grand attrait pour certaines femmes, car il s’accompagne d’une forme de privilège : celui d’être traitée aux petits oignons et d’être déchargée de ses responsabilités d’adulte. Des femmes vont elles-mêmes invoquer leur sexe pour exiger d’être mises sur un piédestal et réclamer des gestes de galanterie ou de faveurs de la part de la gent masculine. Selon une étude de 2013, les femmes égocentriques seraient plus susceptibles d’adhérer au sexisme bienveillant.

Or, malgré son côté séduisant, l’effet du sexisme bienveillant serait en fait plus pernicieux que le sexisme hostile du macho. Selon une étude de 2008, le sexisme bienveillant peut davantage miner l’estime personnelle d’une femme  en la poussant à douter d’elle-même et à moins bien performer lors de tests cognitifs. Le sexisme bienveillant peut donc donner envie, mais il reste un cadeau empoisonné.

Un geyser. Photo : Istock

Bannie dans la pornographie au Royaume-Uni, objet de débats chez les féministes, source de honte ou de fierté chez les femmes dites « fontaines », l’éjaculation féminine crée la controverse et sème la curiosité depuis très longtemps. Les Romains, les Japonais et les Chinois avaient déjà commencé à documenter le phénomène il y a plusieurs siècles.

Mais qu’est-ce au juste que l’éjaculation féminine? Une nouvelle étude tend à montrer qu’il s’agirait d’abord et avant tout d’urine expulsée par les femmes avant ou pendant l’orgasme.

Une équipe de chercheurs français menée par le Dr Samuel Salama a étudié l’éjaculation de sept femmes à l’aide d’un ultrason. Ils ont demandé à leurs cobayes d’aller à la toilette avant l’expérience et se sont assurés que leurs vessies étaient vides. Ils ont ensuite demandé aux femmes de se stimuler sexuellement jusqu’à ce qu’elles jouissent. Les chercheurs ont fait un examen de TDM juste avant l’orgasme et ont observé que leurs vessies s’étaient remplies, puis, lors d’un dernier examen après l’orgasme et l’éjaculation, ils ont constaté que les vessies étaient à nouveau vides.

Les chercheurs ont ensuite analysé la composition chimique du liquide récupéré. Sur les sept femmes, deux avaient expulsé un liquide qui s’est avéré être de l’urine, et rien d’autre, tandis que le liquide expulsé par les cinq autres était composé surtout d’urine, mais contenait également une petite quantité d’antigène prostatique spécifique, une protéine fabriquée par les glandes de Skene, soit l’équivalent de la prostate chez les femmes.

Les chercheurs ont donc conclu que l’éjaculation féminine était «essentiellement l’émission involontaire d’urine pendant une activité sexuelle, même si une quantité marginale de sécrétion prostatique est quand même souvent présente ».

Une étude de 1996 était déjà parvenue sensiblement au même constat. Mais une autre étude (qui porte sur un tout petit échantillon de deux femmes) affirmait plutôt en 2007 que le liquide expulsé était très différent de l’urine et qu’il émanait des glandes de Skene.

Les études sur l’éjaculation féminine ne parviennent donc pas toutes exactement au même constat, et leur principal défaut est qu’elles portent sur un très petit nombre de femmes.

Les chercheurs ne s’entendent pas non plus sur le nombre de femmes qui éjaculent : on parle parfois de 10 % des femmes, parfois de 50 %.

Il semble par ailleurs que l’éjaculation féminine soit souvent confondue avec une lubrification vaginale importante, ce qui n’a rien à voir.

La science a donc encore beaucoup de travail à faire pour que l’on comprenne mieux ce phénomène. L’équipe de Samuel Salama s’est d’ailleurs déjà remise au travail et tente maintenant de vérifier si les reins s’activent plus rapidement pour produire de l’urine lorsqu’une femme est excitée sexuellement, et si oui, pourquoi.

Êtes-vous un narcissique sexuel?

vendredi 16 janvier 2015 à 8 h 19 | | Pour me joindre

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Photo: Istock

Imaginez le scénario suivant : vous rencontrez quelqu’un qui vous plaît et qui susurre à votre oreille qu’il est un dieu du sexe. Cette personne vous dit aussi d’emblée qu’elle ne veut pas apprendre à vous connaître. Puis, lorsque vous hésitez à passer sous la couette avec elle, elle vous implore d’arrêter de réfléchir et insiste à grands coups de carpe diem. Soyez prévenu, vous avez peut-être affaire à un narcissique sexuel.

Le comportement du narcissique sexuel se caractérise notamment par un sentiment que tout lui est dû au lit et une confiance démesurée en ses habiletés sous la couette. Il éprouve peu d’empathie et n’hésite pas à les exploiter les autres pour satisfaire ses envies. Il établit aussi difficilement des relations intimes.

De plus, selon une récente étude, l’amant narcissique est plus susceptible, lorsqu’il est en couple, de tromper son partenaire.

Mais comment savoir si on est soi-même un narcissique sexuel?

M. Hurlbert a développé un questionnaire pour évaluer l’indice de narcissisme sexuel des personnes qu’il a étudiées. Plus vous êtes fortement d’accord avec ces affirmations, plus le chapeau vous fait :

  • Je considère que je sais très bien ce que je fais au lit.
  • J’estime que j’ai un style particulier lorsque je fais l’amour.
  • Je pense que je suis meilleur au lit que la plupart des gens de mon âge.
  • Je connais des techniques sexuelles uniques.
  • Lors d’une relation sexuelle, c’est moi qui tiens les rênes.
  • Si je m’investis dans une relation de couple, les relations sexuelles sont un droit.
  • Dans certaines situations, il peut être acceptable de tromper son partenaire.
  • En couple, je m’attends à ce que mon partenaire satisfasse mes désirs sexuels.
  • Une trop grande intimité entre des partenaires peut interférer avec le plaisir sexuel.
  • Il n’y a pas assez de gens qui veulent avoir des relations sexuelles juste pour le plaisir.
  • Les émotions peuvent interférer avec le plaisir sexuel.
  • En matière de sexualité, les gens ne vivent pas assez dans le moment présent.

On peut s’attendre à ce qu’un partenaire narcissique imbu de lui-même et peu soucieux des autres ne fasse pas un très bon amant. Toutefois, le narcissisme n’a pas que de mauvais côté. Selon cette étude, les narcissiques, parce qu’ils ont tendance à avoir des associations très positives par rapport à la sexualité et qu’ils sont très sûrs d’eux au lit, pourraient se révéler de bons partenaires à court terme.

Mais j’ai comme l’impression qu’idéalement, lorsqu’on est devant quelqu’un de narcissique, il vaut mieux soi-même être narcissique. Je peux imaginer, par exemple, que si Samatha de Sex and the city rencontrait Barney, de How I met your mother, ça pourrait donner une scène érotique intéressante.

Reste qu’il est possible d’avoir confiance en soi au lit sans pour autant être narcissique. Et que le narcissisme a aussi été associé à une propension à être insatisfait de sa vie sexuelle à long terme. Alors, à quoi ça sert de se prendre pour un dieu du sexe si on ne s’amuse pas tant que ça?

Image tirée du film Brokeback Mountain.

Pourquoi l’homosexualité existe-t-elle? La science offre peu de réponses à cette question. Généralement, on tend à penser que l’homosexualité, parce qu’elle ne permet pas la reproduction, n’a pas vraiment de raisons d’être sur le plan de l’évolution.

Or, une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Archives of sexual behavior suggère au contraire que les relations homosexuelles pourraient bel et bien remplir une fonction dans l’évolution, en favorisant une certaine cohésion sociale.

« À travers les cultures et à travers les époques, les comportements homoérotiques semblent jouer un rôle dans la formation de liens sociaux », a observé la chercheuse de l’université britannique Portsmouth Diana Fleischman. Elle et son équipe ont donc sélectionné un échantillon de 244 hommes et femmes pour vérifier cette hypothèse.

Chez les femmes, les chercheurs ont étudié leur attitude par rapport aux rapprochements entre personnes de même sexe, en leur demandant à quel point elles étaient d’accord, par exemple, avec les affirmations : « je trouve l’idée d’embrasser quelqu’un du même sexe que moi excitante » et « si quelqu’un du même sexe que moi me faisait des avances, je serais dégoutée ».

Ils ont ensuite procédé à des analyses de salive et ont observé que le fait d’être favorable aux comportements homosexuels ou l’envie d’avoir des expériences homosexuelles était lié à un taux élevé de progestérone, une hormone en relation avec la formation de liens affectifs.

Du côté des hommes, les chercheurs ont tenté un autre type d’expérience pour valider les résultats obtenus auprès des femmes. Ils ont proposé à trois groupes de cobayes masculins des jeux de mots cachés à compléter. Chaque jeu était orienté vers une thématique différente, soit des mots à connotation amicale, des mots à connotation sexuelle et des mots neutres. Le groupe qui a dû construire des mots à connotation amicale est celui qui s’est avéré, par la suite, le plus ouverts aux relations gais et à l’idée d’eux-mêmes avoir des relations homosexuelles. Chez les hommes ayant un taux de progestérone élevé, cette tendance s’accentuait encore plus.

Les chercheurs estiment que leurs résultats supposent que l’homosexualité – ou à tout le moins, l’ouverture à l’homosexualité – remplirait une fonction évolutive en ce sens qu’elle permettrait d’accroître les alliances et liens affectifs entre les membres d’un groupe.

« Parce que les comportements sexuels sont intimes et agréables, ils sont utilisés chez de nombreuses espèces pour former et maintenir des liens sociaux et non seulement pour la reproduction », dit Diana Fleischman. Ainsi, « avoir une certaine attirance pour le même sexe représenterait un type de comportement adaptatif. Et comme pour tout comportement adaptatif, on observera un spectre avec des extrêmes où certaines personnes ne seront pas du tout attirées par les membres du même sexe. Mais la recherche suggère qu’avoir des pensées exclusivement hétérosexuelles serait un inconvénient », pense Dre Fleischman.

L’étude de Diana Fleischman est cependant critiquée par d’autres chercheurs, qui estiment que la taille de l’échantillon analysé et la mesure de la progestérone ne permettent pas de tirer ces conclusions et que d’autres études devraient être menées.

Mme Fleischman, elle, considère que ses résultats constituent une première assise expérimentale pour mieux comprendre les motivations homoérotiques des humains.

À lire aussi : L’homosexualité est observée chez plus de 500 espèces animales

La vie sexuelle secrète des animaux

lundi 29 septembre 2014 à 23 h 52 | | Pour me joindre

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Sculpture représentant deux femelles singes pratiquant le « g-g », qui consiste à frotter les parties génitales l’une contre l’autre. Crédit : Musée du sexe de New York.

Ils sont peut-être tout mignons avec leur fourrure ou leurs nageoires, mais les animaux, sachez-le, peuvent être tout aussi pervers que nous. J’arrive d’une virée à Manhattan où j’ai vu une captivante exposition présentée au Musée du sexe de New York à propos de la sexualité dans le royaume animal.

Étonnée devant l’ampleur de mon ignorance sur le sujet, j’ai poussé un peu mes recherches. Voici quelques fascinantes informations sur la vie secrète des animaux que je  vous transmets pour vous permettre de briller en soirée. (Je préfère vous prévenir, il y a des choses très troublantes à la fin de ce texte. Si vous êtes enclin aux cauchemars, vous devriez peut-être vous abstenir de lire la dernière portion…)

« Nous avons plusieurs idées préconçues à propos ce qui est  “naturel”, et nous nous référons souvent à ces préjugés pour nous aider à donner un sens au monde dans lequel nous vivons »
– Musée du sexe de New York

D’abord, rectifions les faits à propos de certaines idées erronées sur la sexualité :

  • Idée préconçue : Les organismes vivants ont seulement un sexe, mâle ou femelle, et leur sexe reste stable toute leur vie.

Fait : L’hermaphrodisme est très courant sur la planète terre. Chez la majorité des plantes et possiblement la moitié des animaux, les individus possèdent les deux sexes à la fois (c’est le cas des verres de terre et des escargots) ou ils peuvent changer de sexe au cours de leur vie. Les poissons-clown comme Némo, par exemple, ont cette capacité de changer de sexe. Lorsque la femelle dominante d’un groupe meurt, un mâle change de sexe et il devient la femelle dominante.

poisson

  • Idée préconçue : Les femelles cherchent la monogamie alors que les mâles cherchent à avoir le plus grand nombre de partenaires sexuels.

Fait : Selon les espèces, les deux sexes seront tous les deux monogames ou chercheront à avoir plusieurs partenaires. La monogamie qui dure toute la vie est en fait très rare dans le royaume animal, même chez les espèces dites monogames.

  •  Idée préconçue : Il n’y a pas d’homosexualité chez les animaux

Fait : Les relations sexuelles entre partenaires de même sexe sont loin d’être rares dans la nature. Des animaux de même sexe peuvent se montrer des signes d’affection, se faire la cour, s’accoupler et se masturber mutuellement. Ces pratiques ont été observées et documentées chez plus de 500 espèces animales.

Deux baleines grises frottent leur pénis sur l’abdomen de l’autre. Crédit : Colla / Oceanlight.com – Musée du sexe de New York

Le Musée du sexe de New York raconte d’ailleurs aux visiteurs l’histoire de Roy et Silo, deux pingouins gais du zoo de Central Park. Roy et Silo formaient un couple et ils avaient « adopté » une roche qui avait la forme d’un œuf. Attendris, les gardiens du zoo ont remplacé leur roche par un œuf fertilisé qui avait été abandonné et les deux pingouins se sont occupés de cet œuf pendant 34 jours, jusqu’à ce qu’il eût éclos.

Bon, l’histoire ne finit pas par « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » parce que Silo et Roy se sont finalement séparés. Silo a rencontré Scrappy, une femelle avec qui il s’est mis en couple, et Roy est resté célibataire par la suite. Mais leur couple a tout de même duré six ans (j’ignore combien ça fait d’années en vie humaine…) et leur histoire d’amour a inspiré un livre pour enfant qui démystifie l’homosexualité.

Le livre inspiré de l’histoire de Roy et Silo.

Tous les goûts sont dans la nature

« Il n’y a pas qu’une seule forme “correcte” de pénis ou de vulve – chez les humains comme chez les animaux. Rares sont les parties de l’anatomie qui varient davantage que les parties génitales. »
– Musée du sexe de New York

Le scrotum d’un singe vervet. Crédit : Ron Magill – Musée du sexe de New York.

  • Tomber sur un os

Contrairement aux humains, certains mammifères ont un os dans le pénis. Appelé « baculum », cet os sert de support à l’érection. Il est présent chez le chien, le gorille ou le chimpanzé, par exemple.

  • Un sexe qui change de couleur

Le singe vervet est reconnu pour son sexe très coloré. Son scrotum est bleu vif et son pénis est rouge. Si un singe vervet perd son rang social, alors son scrotum change de couleur et devient plus pâle.

  • Une fente génitale chez les femelles et les mâles

Peu importe leur sexe, les cétacés, les dauphins, les marsouins et les baleines ont une fente dans la région génitale qui sert à protéger leurs organes génitaux situés à l’intérieur de leur corps. Chez les mâles, la fente est plus grande et lorsqu’il est excité, son pénis sort de sa fente. Tant les fentes des mâles que celles des femelles peuvent être pénétrées.

  • Des pénis féminins

Chez certaines espèces, les femelles possèdent un organe sexuel externe semblable au pénis. L’hyène, par exemple, possède un sexe externe qui comporte des tissus érectiles par lequel elle urine, elle se reproduit et elle accouche.

Des pratiques humaines ET bestiales

Si vous pensiez que Sade et E.L. James avaient inventé les scènes de sexe les plus perverses et les plus torrides, ravisez-vous. Les animaux ont eux aussi beaucoup d’imagination…

Du sexe oral, anal… et nasal?

Les animaux peuvent se faire des fellations, des autofellations, des cunnilingus et ils peuvent pratiquer le sexe anal. Plusieurs animaux ont des relations sexuelles face-à-face, dos à face, mais aussi la tête à l’envers et chez les oiseaux, on peut assister à des relations sexuelles en plein vol.

Mouettes à têtes grises. Crédit: Immagene.com – Musée du Sexe de New York

Les dauphins de la rivière Amazon, eux, pratiquent trois formes de pénétration. Ils peuvent faire la pénétration anale, la pénétration de la « fente génitale » et pénétrer leur évent (l’orifice sur leur tête qui leur sert à respirer).

Sculpture représentant des dauphins de la rivière Amazon. Crédit : Musée du Sexe de New York

Prostitution

Des primatologues ont observé que chez certaines espèces, comme chez les singes bonobos, il arrive qu’un animal qui détient de la nourriture reçoive les avances d’un autre animal et qu’après un rapport sexuel entre les deux, l’animal qui avait de la nourriture donne une partie de son butin à l’autre. Le phénomène a été comparé par plusieurs experts à une forme de prostitution chez les animaux.

Orgies

Dans la nature, les relations sexuelles entre plusieurs partenaires à la fois sont très communes. La limule, le lièvre de mer, le serpent-jarretière et la crépidule s’adonnent tous à ces orgies. C’est le cas aussi de plusieurs espèces de grenouilles et d’insectes. Pour plusieurs, ces orgies font en sorte que, puisque la fécondation se produit en même temps pour tous, l’accouchement se produira aussi en même temps et cela augmenterait les chances de survie de la prochaine génération.

Des serpents Thamnophis.

Des serpents Thamnophis. Crédit : Lorraine Swanson / Shutterstock.com – Musée du sexe de New York

Masturbation et jouets sexuels

Les animaux peuvent se masturber en utilisant leurs pattes, leurs mains, leurs pieds, leurs nageoires ainsi que des objets. Chez les primates, par exemple, on se masturbe avec des pierres, des racines ou des fruits.

Nécrophilie (dernière chance! Voici la partie troublante dont je vous parlais plus tôt…)

Un acte de nécrophilie a été commis par notre très canadien canard colvert, surpris en train de s’adonner au viol d’un autre canard mâle décédé. Selon le chercheur qui a surpris l’acte (qui a duré 75 minutes) le canard mort avait probablement été pourchassé en vol par l’autre mâle qui voulait le violer et il a été tué pendant la poursuite en fonçant dans la fenêtre du Musée d’histoire naturelle de Rotterdam. Ça ne s’invente pas.

Et pour ceux qui n’ont vraiment pas le cœur sensible, je peux vous parler, en prime, de la limace Ariolimax, qui a son pénis sur le côté de sa tête. Hermaphrodite, cette limace se reproduit en échangeant du sperme avec un partenaire. Or, les chercheurs ont observé que souvent, après s’être accouplé, l’Ariolimax coupe le pénis de son/sa partenaire avec la bouche. Parfois, il se met à mâcher son propre pénis jusqu’à ce qu’il se détache. Et l’organe ne se régénère pas.

Bons cauchemars!

Le sexe expliqué à nos grands-mères

mardi 2 septembre 2014 à 21 h 18 | | Pour me joindre

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Leçon d'anatomie.

Entre le Dico des filles et les conseils de Canoë pour séduire un homme, les filles et les femmes sont bombardées de lieux communs et de conseils sans base empirique sur la sexualité. Ce genre de bons conseils ne datent pas d’hier. Pour vous le prouver, je suis allée faire un petit tour aux archives de la Grande Bibliothèque où j’ai pu déterrer plusieurs charmants enseignements prodigués aux femmes entre 1875 et 1961 à propos de la sexualité.

Leçon 1 – Les menstruations, c’est un sérieux handicap, qu’il ne faut pas prendre à la légère.

Quand vous êtes menstruée, évitez tout effort physique et mental. Abstenez-vous d’aller à l’école, surtout si vous êtes studieuse.

À retenir aussi : il ne faut pas se mouiller les pieds quand on a ses règles.

Le guide la femme, vers 1900

Et si vous avez des pertes blanches, c’est peut-être parce que vous vous surmenez intellectuellement.

Le guide la femme, vers 1900

Leçon 2 – Méfiez-vous du paprika.

Vous devriez éviter les aliments « susceptibles d’agir de façon spéciale sur votre cerveau et vos organes génitaux ». Voici la liste d’aliments proscrits par le Dr Hemmerdinger :

  • L’alcool
  • Le thé
  • Le café
  • Le vinaigre
  • Les épices : sel « et surtout poivre, piment, paprika »
  • Le bouillon de viande
  • Le gibier
  • Le poisson

Ah oui, vous pouvez manger des truffes, mais seulement de manière « accidentelle ».

Lui… et toi jeune fille, 1961

Leçon 3 – Du sperme de ton mari, tu as besoin. 

Voici un conseil à placer dans la catégorie que j’appelle « Comment inventer une théorie sans aucun fondement scientifique un soir où on n’a rien d’autre à faire » : lors d’une relation sexuelle, la femme absorbe par le vagin des « corps chimiques mystérieux » contenus dans le sperme de son mari. Et elle a besoin de cette substance pour maintenir son équilibre mental et intellectuel.

Elle a quatorze ans… Jeune fille, un médecin te parle, 1947

Attendez, ce n’est pas fini!

En plus de lui permettre de rester saine d’esprit, le sperme qu’une femme absorbe lui fait adopter la personnalité de son mari : 

Elle a quatorze ans… Jeune fille, un médecin te parle, 1947

Ça continue, ça continue…

Alors, si une femme a eu pendant longtemps des relations sexuelles avec un homme (appelons-le Gédéon) et qu’ensuite elle tombe enceinte d’un autre homme (appelons-le Léopold), eh bien, les enfants de Léopold pourraient ressembler à Gédéon.

Elle a quatorze ans… Jeune fille, un médecin te parle, 1947

C’est pour ça que les hommes préfèrent les femmes vierges. Parce qu’ils veulent être sûrs que leurs enfants leur ressembleront à eux, et pas à vos amants précédents.

Elle a quatorze ans… Jeune fille, un médecin te parle, 1947

Leçon 4 – Il n’y a pas de plaisir sans amour pour les filles normales.

Si une amie vous dit qu’elle peut éprouver du plaisir au lit sans être en amour, ne l’écoutez pas, ce ne sera probablement pas le cas pour vous. Et puis, elle est sûrement malade, votre amie.

Elle a quatorze ans… Jeune fille, un médecin te parle, 1947

Notez-le bien, vous n’êtes pas censées ressentir du désir sexuel (appelé ici « élément matériel »). Ce type de désir s’observe seulement chez les hommes. Si vous, en tant que femme, vous ressentez du désir, ce n’est pas naturel : c’est parce que vous avez été influencées par le cinéma. Ou c’est à causes de vos « prédispositions anormales ».

Lui… et toi jeune fille, 1961

Leçon 5 – Ne soyez pas obsédée par l’orgasme.

L’art d’aimer son mari : l’épouse chrétienne, 1956

… Mais, en même temps, ne retenez pas non plus votre orgasme « par orgueil » ou pour éviter une grossesse.

L’art d’aimer son mari : l’épouse chrétienne, 1956.

(Psssst! Non, retenir son orgasme n’a jamais empêché personne de tomber enceinte.)

Leçon 6 – Que faire en cas d’adultère?

Si votre conjoint vous trompe, ne vous mettez pas en colère. Soyez super fine :

L’art de se faire aimer de son mari, 1875

Une autre bonne chose à faire quand votre conjoint vous trompe, c’est de vous mettre belle et de faire le ménage :

L’art d’aimer son mari : l’épouse chrétienne, 1956

Si votre conjoint vous trompe, ce n’est pas correct, non. Mais si vous, vous le trompez, c’est criminel. (Vous trouvez ça louche que cette règle qui avantage les hommes soit écrite par des hommes? Mais voyons, les hommes ne peuvent pas avoir tort « depuis 20 siècles ».)

L’art de se faire aimer de son mari, 1875

Leçon 7 – Ne dansez pas comme les Noirs.

(On semble présumer ici que vous n’êtes pas noire.) Méfiez-vous des musiques sur lesquelles les Noirs aiment danser. Elles ne sont pas artistiques : elles ne sont que sexuelles.

Lui… et toi jeune fille, 1961

Leçon 8 – Le respect, c’est seulement pour les filles pudiques.

 Si vous vous habillez de manière séduisante, vous ne pouvez pas vous attendre à ce qu’on vous respecte.

Lui… et toi jeune fille, 1961

Leçon 9 – Le sport, c’est indécent quand ce sont les femmes qui en font.

Ne faites pas de sport. Le sport, c’est masculin. Et puis, ça vous obligerait à porter un maillot de bain ou un short, et ça pourrait exciter les jeunes hommes :

Lui… et toi jeune fille, 1961

Alors voilà, ces conseils ont été écrits par des hommes et des femmes, des médecins, des marchands de médicaments, des religieux et des laïcs au cours des dernières décennies.

En lisant ces absurdités pseudo-scientifiques et ces doctrines contrôlantes sur la sexualité, on peut se désoler pour nos grands-mères…

On peut aussi se demander de quoi riront nos petits-enfants en relisant les conseils qui nous sont prodigués, à nous, en ce début de millénaire.

 …

Sources :

– Richard C. Julia. Le guide de  la femme, Montréal, La Compagnie d’imprimerie Guertin, 1900?

– Dr Hemmerdinger, Armand. Elle a quatorze ans… Jeune fille, un médecin te parle, Librairie des sciences et des arts, Paris, 1947.

– Uzès, G. d’. L’art de se faire aimer de son mari, Montréal, Leprohon et Leprohon, 1875 [microfiche]

– L. Honoré, S.J. Lui… et toi jeune fille!, Casterman, Paris, 1934, réédition 1961.

– Prudence, Claude. L’art d’aimer son mari : l’épouse chrétienne, Éditions du Levain, Paris, 1956.

 

Shirley Zussman. Dessin : Lili Boisvert

Shirley Zussman, sexologue à New York, vient d’avoir 100 ans. Elle a travaillé dans les années 1960 avec les célèbres sexologues Masters et Johnson, ceux-là mêmes qui ont inspiré l’excellente télésérie Masters of sex.

Née au début de la Première Guerre mondiale (1914), elle a connu au cours de sa carrière l’arrivée de la pilule contraceptive, la révolution sexuelle, l’épidémie du sida, et j’en passe.

En entrevue avec le magazine Time, elle a livré ses réflexions sur la sexualité en 2014. Voilà ce que ça donne.

  • Que pense-t-elle du sexe de nos jours, à l’ère de Tinder?

La propension des jeunes à coucher avec autrui sans être en amour ne l’impressionne pas tant que ça. Selon elle, cette tendance n’est pas aussi « frénétique » aujourd’hui que ça pouvait l’être il y a 50 ans.

« Dans les années 1960, il y avait une quête folle du plaisir sexuel », se remémore-t-elle.

(Bon, alors, les baby-boomers, hum hum… Si vous voulez nous faire la morale, on saura quoi vous répondre.)

  • Quel est le plus grand problème avec la sexualité contemporaine, à son avis?

On n’a plus assez de temps pour se désirer.

La manière dont on gère le temps dans notre société est très différente d’avant, selon la Dre Zussman. On travaille énormément, et cela nuit à notre capacité de ressentir du désir.

« Tout le monde est tout le temps occupé. On veut tout faire, tout savoir. Et il y a aussi le contexte économique qui n’aide pas. L’économie dans laquelle nous vivons requiert énormément de temps et d’efforts de la part des gens. Or, il y a une limite à l’énergie qu’on peut consacrer à quelqu’un, au désir qu’on peut ressentir envers quelqu’un, lorsqu’il y a toute cette pression pour faire plus d’argent, pour gravir les échelons, pour s’acheter un chalet… »

Dre Zussman au début de sa carrière.

« Le désir, ça demande du temps, mais on est trop exténués. C’est ça la conséquence. »

  • Selon elle, qu’est-ce que les gens cherchent par rapport à la sexualité?

Le plaisir sexuel n’est qu’une partie de ce que les hommes et les femmes veulent, croit la sexologue centenaire.  « Les hommes et les femmes veulent de l’intimité, de la proximité, ils veulent quelqu’un qui les comprenne, ils veulent s’amuser, et ils cherchent quelqu’un qui se soucie vraiment d’eux, même une fois sortis du lit. »

  • Qu’a-t-elle appris en travaillant avec Masters et Jonhson?

Que le sexe, ce n’est pas glamour et merveilleux par défaut. « Il faut en quelque sorte apprendre à être un bon amant […] Le truc n’est pas nécessairement d’en discuter, mais il faut commencer en se touchant, en se caressant, en s’embrassant, et ne pas se précipiter pour aller faire sonner la cloche dorée au milieu du carrousel. »

Faire sonner la cloche dorée au milieu du carrousel… Je vous l’avais dit, qu’elle était cool.

Pour en savoir davantage, l’entrevue intégrale en anglais est ici