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Anastasia Steel. Photo : Fifty shades of Grey – Universal

Bourré de clichés, fleur bleue, peu émoustillant, violent… On peut reprocher bien des choses à Cinquante nuances de Grey, mais un fait demeure : un large public y trouve son compte. Pourquoi?

Bien calée dans mon fauteuil de cinéma, entre les publicités de lubrifiants et les bandes-annonces de films pour adolescents, j’ai pris la résolution de regarder Cinquante nuances de Grey avec une volonté sincère de comprendre l’attrait qu’exerce cette histoire. J’ai lu le livre sans enthousiasme, mais en regardant le film avec une attitude super positive, j’ai repéré différents éléments qui rendent cette histoire séduisante :

1.       C’est l’histoire d’un amour impossible

Contrairement à ce que laisse croire sa réputation, il y a très peu de sadomasochisme dans 50 nuances de Grey. Le héros, Christian, veut effectivement entretenir une relation de BDSM  avec Anastasia, l’héroïne. Or, ce n’est pas concluant, parce qu’Anastasia veut une relation amoureuse standard. L’histoire repose à la base sur cette tension entre leurs désirs irréconciliables.

C’est un amour impossible, et les amours impossibles, généralement, c’est plus divertissant que les amours possibles.

 2.       Anastasia est comme Ron Jeremy

Anastasia n’est pas un personnage très intéressant sur le plan littéraire. Elle a peu d’expériences de vie, elle ne semble pas avoir de talent particulier, ni trop d’ambitions. Elle est jolie, mais pas autant que sa blonde et animée amie Kate. Elle est un underdog, une femme lambda, et madame Tout-le-Monde peut se reconnaître en elle. En fait, elle me fait penser aux hommes dans les films pornos incarnés par des acteurs au physique ordinaire, dont la banalité vise à décomplexer le public cible.

En regardant un Ron Jeremy ou une Anastasia, le public est appelé à se dire qu’après tout, ça pourrait arriver à n’importe qui de baiser avec une infirmière aux seins énormes qui a des orgasmes en faisant des fellations ou avec un multimilliardaire qui dédie tous ses temps libres à vous faire jouir et dont le frère devient le chum de votre meilleure amie. Genre.

Ron Jeremy. Photo : Reuters

 3.       Le  sex-appeal de l’amant-maman

Christian Grey se comporte souvent comme un parent envers Anastasia. Il lui interdit de trop boire d’alcool; il lui dit quoi manger, quand manger; il lui achète des vêtements; il ne la croit pas capable d’assurer sa propre sécurité; il serre sa ceinture en hélicoptère… C’est tout juste s’il n’attache pas ses souliers.

On trouve dans Cinquante nuances de Grey un fantasme de prise en charge bien assumé, où l’homme apporte sécurité, structure et encadrement. C’est sexiste? Pas si l’on conçoit que des hommes aussi peuvent avoir ce fantasme de prise en charge et aiment que leurs blondes « les gèrent ». Je ne dis pas que c’est sain. Je constate simplement que la dynamique parent-enfant semble parfois recherchée et recréée par des adultes consentants dans leur couple et que visiblement, ça exerce un certain attrait.

 4.       Christian Grey est séduisant

Jamie Dornan, c’était un choix avisé. Christian Grey est beau, riche, puissant et il est gentil. Gentil dans le sens qu’il lutte contre la famine dans le monde. C’est écrit dans le livre et c’est mentionné dans le film. On ne donne pas trop de détails sur comment il s’y prend pour nourrir les pauvres, mais apparemment, c’est une mission de sa multinationale. Quoi de plus séduisant qu’un adonis qui sauve la planète?

 5.       On peut se laisser séduire par l’argent sans culpabiliser

L’argent qui achète les penthouses, les voitures de luxe et les jouets sexuels en cuir est un personnage à part entière dans ce film, et cela fait partie de son attrait. (Avant que vous me disiez que je suis superficielle, avouez que les personnages dans les grosses productions sont souvent riches ou ont accès à beaucoup de ressources. James Bond, il les paye comment, vous pensez, ses smokings? Et les vaisseaux spatiaux dans Star wars, ils sont financés avec quoi?)

On croule sous les produits de luxe dans Cinquante nuances de Grey, oui, mais comme je vous le disais, Christian lutte contre la famine dans le monde. Alors dans cet univers fantasmagorique, on peut réconcilier surconsommation et éthique.

L’hélicoptère de Christian Grey.

 6.       Anastasia n’est pas soumise

On est tenté de voir Anastasia comme une jeune femme fragile, parce qu’elle est un peu niaise, mais il faut admettre que la plupart du temps, elle tient tête à Christian. On suggère même que le fait qu’elle lui résiste est ce qui la rend unique aux yeux du milliardaire. Et c’est lui, dans l’histoire, qui finit par craquer et par changer ses plans – ce qui m’amène à mon dernier point :

 7.       Le mauvais garçon se réforme

On entend souvent dire que « les femmes aiment les mauvais garçons ». Pourtant, dans la littérature à l’eau de rose et au cinéma, le badboy est presque toujours un homme qui change par amour. Au début de l’histoire, il est insensible, individualiste et menaçant. Il ne sait pas aimer et c’est pourquoi il multiplie les conquêtes. Toutefois, lorsque l’héroïne croise sa route, il se met à changer. Petit à petit, il devient tendre et roucoulant. L’héroïne est celle qu’il attendait pour ouvrir son cœur de pierre.

Ce schéma revient sans cesse dans les histoires d’amour contemporaines. Pourquoi? Peut-être parce que quand on se met dans la peau du personnage féminin, ça flatte l’égo. La femme ordinaire est en fait celle qui réussit là où toutes les autres ont échoué avant!

Cinquante nuances de Grey et son budget de 40 millions de dollars n’ont certainement pas besoin qu’on les défende, mais c’est l’intérêt de son public qui m’apparait digne d’intérêt, parce que finalement, y a plusieurs raisons de trouver satisfaisante une histoire comme celle-ci, à commencer par la fin : le beau prince fait des compromis, il procure d’intenses orgasmes à la roturière qu’il épouse et avec qui il fait un enfant.

Oups. Je viens de vous donner le punch.

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Sur Internet, la pornographie n’a souvent de limites que celles de l’imagination des internautes. Mais que se passe-t-il lorsque le fantasme implique de bafouer le droit à l’image d’une autre personne? Ma collègue Fanny Samson a enquêté sur un site web où des photos prises  sur les réseaux sociaux sont utilisées comme images pornos.

Un texte de Fanny SamsonTwitterCourriel

Bienvenue sur le site Cum on printed pics (en français : « éjaculez sur des photos imprimées»). Sur la page d’accueil, des dizaines de photos de femmes prises sur Facebook, Twitter ou Instagram défilent à l’écran, un coulis de sperme immortalisé sur chacune d’elles. Vous êtes invité vous-même à choisir une photo sur Internet, à l’imprimer, à éjaculer dessus et à envoyer le résultat au site web pour publication.

De toute évidence, cette plateforme enregistrée en 2010 attire un certain public. Plus de 52 000 personnes sont membres du site, et près de 700 000 publications y sont répertoriées.

Cum on printed pics soulève plusieurs questions, d’abord parce que les photos semblent être publiées sans le consentement des femmes qui y figurent.

On le sait, les réseaux sociaux changent la donne quant à notre conception de la vie privée. Une photographie publiée sur un réseau social comme Facebook est publique dans la mesure où elle peut être partagée et diffusée sur la plateforme, sans pour autant contrevenir à la loi. Mais utiliser une photographie en la sortant de son contexte peut constituer une atteinte à la dignité, à la vie privée ou au droit à l’image.

La diffusion de photos intimes peut en outre avoir un effet considérable sur la vie d’une personne qui se reconnaîtrait sur un site comme Cum on printed pics, note la sexologue clinicienne Melissa Garrido.

Mme Garrido soutient qu’il ne faudrait pas sous-estimer la violence psychologique que subit une personne dans cette situation.

On peut notamment penser à la détresse psychologique d’Amanda Todd, en Colombie-Britannique. L’adolescente apparaissait dans des images intimes qui auraient été prises et mises en ligne sans son consentement. Humiliée, insultée, intimidée, l’adolescente s’est suicidées en 2012. Dans la foulée de cette affaire, le gouvernement Harper a déposé en novembre dernier le projet de loi C-13 pour lutter contre la cyberintimidation.

Cum on printed pics permet d’envoyer un courriel à l’administrateur du site pour faire retirer des photos. Pourtant, plusieurs jours après avoir tenté de communiquer avec l’administrateur du site, nous n’avons pas obtenu de réponse.

Sur Cum on printed pics, des internautes publient des photos de filles en affirmant être leur père. Dans la section « recherche » du site web, l’expression « ma fille » récolte 888 résultats. Mme Garido y voit le profil du père agresseur. Si la filiation est vraie, « c’est un abus sexuel», lance la sexologue clinicienne.

Quand ce n’est pas un père, c’est un frère. Le mot « soeur » obtient 1585 résultats. De plus, l’âge des filles dans les images laisse perplexe. Les hommes qui fréquentent le site parlent de filles de 18 ans, mais comment s’assurer que c’est bien le cas?

Martine Delvaux, auteure de l’essai féministe Les filles en série, est troublée par le goût manifeste de certains hommes pour la passivité de la femme.

« Ils prennent plaisir à regarder des images où la femme n’est pas au courant que son image est devenue de la pornographie. »
Martine Delvaux

Flou juridique

Est-il possible pour une femme qui le souhaiterait de poursuivre un site comme Cum on printed pics?

Internet bouleverse les lois. Lorsqu’un site est enregistré à l’étranger, un recours peut être entrepris, mais non sans difficulté. « C’est possible d’y parvenir, mais ça coûte très cher », admet l’avocat Jean-François De Rico. Le site Cum on pics est d’ailleurs enregistré au Panama.

« Ça rend les choses difficiles si le serveur est ailleurs, avoue aussi l’avocat Julius Grey, spécialisé en droits de la personne. Il y a une jurisprudence qui permet l’arrêt de diffusion au Québec. Mais un des problèmes avec Internet est qu’il est difficile de contrôler un serveur à New York, à Rome ou à Dali. Il s’agit d’un domaine en développement. »

Les pays tentent d’harmoniser les lois, mais sans résultat. « Avant qu’on parvienne à une solution, nous serons en 2025 », lance Me De Rico.

« On est incapable en Occident d’arriver à un consensus sur le droit à la vie privée et sur la notion de renseignement personnel. »
– Jean-François De Rico

Cum on printed pics n’est bien sûr pas le seul site à soulever des questions éthiques et légales sur le web. Mais son concept, cette invitation lancée aux hommes pour transformer une image innocente en image érotique, offerte au regard de tous, interpelle Melissa Garrido. « Ce n’est pas toi, mais ça t’atteint. Ça pourrait être toi. »

Image: Istock

Messieurs, allez-vous devenir stupide si vous regardez de la pornographie? Ces derniers jours, plusieurs médias, en reprenant les données d’une étude scientifique, ont laissé entendre que oui.

« Regarder de la porno endommage le cerveau », « Trop de porno tue le cerveau »… Si vous avez lu ces titres de nouvelles, vous vous êtes peut-être dit que vous alliez y penser à deux fois avant de taper de nouveau XXX dans votre barre de recherche.

Pourtant, rien ne prouve que la porno a un effet négatif sur le cerveau.

Pour cette étude, des chercheurs ont observé le cerveau de 64 hommes de 21 ans à 45 ans et ont constaté que ceux qui regardaient beaucoup de pornographie avaient un peu moins de matière grise. Ils ont aussi noté une corrélation négative entre la quantité d’heures passées à regarder de la porno et l’activité cérébrale devant des stimuli sexuels. Plus les hommes regardaient de porno, moins la partie de leur cerveau qui traite l’excitation réagissait lorsqu’on leur montrait du contenu osé.

Ces observations sont intéressantes puisqu’on se questionne énormément sur les effets de la pornographie depuis que celle-ci est devenue hyper accessible grâce à Internet. Certains en abusent-ils au détriment de leur santé? C’est une bonne question… à laquelle cette étude ne répond pas.

D’abord, les scientifiques qui ont fait la recherche disent eux-mêmes que leurs données montrent une corrélation, et non une causalité (je vous parlais de cette importante nuance dans un autre texte, ici). C’est-à-dire qu’on ignore complètement :

  1. si c’est la porno qui cause ces choses;
  2. si c’est un autre facteur;
  3. si, à l’inverse, c’est le fait d’avoir moins de matière grise qui prédispose à regarder davantage de porno.

Jim Pfaus, spécialiste du cerveau et des comportements sexuels à l’Université Concordia, m’explique que ce phénomène de la matière grise moins grande dans la partie du cerveau qui analyse l’excitation est une chose que l’on observe chez les personnes non hédoniques. Qui sont les non-hédoniques? Ce sont des gens qui retirent moins de plaisir des petites choses de la vie que les autres. Ils ont besoin de plus de stimuli que la moyenne pour être excités. « On naît comme cela, c’est une question de tempérament. »

Moins de matière grise dans cette partie du cerveau pourrait donc simplement dire qu’on a besoin de plus d’action.

Ce n’est pas tant la taille qui compte

Il me semble par ailleurs nécessaire de rappeler que si on a un cerveau plus petit que la moyenne, cela ne veut pas dire qu’on est moins intelligent. « Nous avons le même nombre de neurones, donc avoir un petit cerveau peut simplement vouloir dire que nos méninges sont plus efficaces, en quelque sorte, parce qu’ils peuvent faire la même chose avec moins d’espace », dit M. Pfaus.

« Et on ne peut pas dire que le cerveau est endommagé parce qu’il est plus petit », précise le chercheur.

Le fait que les stimuli sexuels puissent provoquer moins d’excitation chez quelqu’un qui en consomme régulièrement, de manière prévisible, n’étonne pas non plus le spécialiste du cerveau. On observe d’ailleurs cette perte de sensibilité avec la sexualité entre deux personnes : « c’est comme un couple qui fait l’amour tous les vendredis soir après le bulletin de nouvelles. Après un certain temps, les partenaires ressentiront moins d’excitation… »

M. Pfaus voit aussi un autre problème avec cette étude, soit qu’elle ne s’est intéressée qu’à la consommation de pornographie. Or, en observant d’autres comportements en ligne – comme celui des joueurs compulsifs, par exemple –, on découvrirait peut-être aussi une corrélation avec le fait d’avoir un cerveau plus petit.

Autrement dit, même si cette étude a beaucoup attiré l’attention, elle ne permet pas de tirer de conclusion sur l’effet de la pornographie sur le cerveau.

Donc la masturbation ne rend pas sourd, et jusqu’à preuve du contraire, la porno ne rend pas stupide.

Pornographie : je sais ce que vous regardez

dimanche 23 février 2014 à 21 h 19 | | Pour me joindre

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Photo: montage Istockphoto

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Joseph Gordon-Levitt dans le film Don Jon.
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Jon confie sans gêne qu’il préfère la pornographie aux vraies relations sexuelles. Jeune, beau et sans peur, quand il entre dans un club, il repart avec qui il veut. Mais aussi sexy que soit la fille qui rentre avec lui, jamais la relation sexuelle qu’il a avec elle n’égale ce qu’il peut trouver en ligne, quelques instants après qu’elle se soit endormie. Les images virtuelles lui procurent à tout coup un plaisir supérieur. Plus »