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sexe et the

Le consentement sexuel n’est pas sorcier.

Depuis quelques mois, une analogie circule en ligne, en anglais, pour faire comprendre à quel point c’est simple. J’ai envie de la traduire maintenant, parce que selon un sondage réalisé en ligne par la Fondation canadienne des femmes, deux Canadiens sur trois ne comprennent pas bien de quoi il s’agit.

La majorité des gens ignorent, par exemple, que le consentement sexuel peut être retiré à tout moment.

Voici donc l’analogie du siècle pour parler de consentement :

Imaginons qu’au lieu de parler de sexe, on parle de thé. Au lieu d’entreprendre un rapprochement sexuel, vous lancez une invitation pour boire du thé.

Si vous offrez du thé à une personne et qu’elle vous répond : « Oh mon Dieu! Quelle super bonne idée! Oui, j’en ai envie! », cela vous indique alors qu’elle consent à boire du thé avec vous.

Maintenant, imaginons qu’elle vous réponde : « Hum. Je ne sais pas. Peut-être. »

Vous pouvez aller faire bouillir de l’eau si vous le désirez, mais si elle décide que, finalement, elle ne veut pas boire de thé, c’est son droit. Vous pouvez être déçu parce que vous avez fait bouillir de l’eau et que vous espériez qu’elle en prendrait, mais elle ne vous doit rien. Même si vous avez préparé du thé, vous n’êtes pas en droit d’exiger qu’elle boive ce thé.

En fait, même si elle a répondu oui au départ, elle peut à tout moment changer d’idée.

Par ailleurs, si la personne avec qui vous voulez boire du thé est inconsciente, ne versez pas de thé dans sa gorge. Les personnes inconscientes ne veulent pas boire de thé.

Si la personne était consciente quand vous lui avez offert du thé, puis qu’elle a perdu connaissance pendant que vous étiez en train de faire bouillir l’eau, déposez votre bouilloire, assurez-vous que la personne inconsciente est en sécurité, et – c’est bien important – ne lui faites pas boire de thé.

Si la personne a accepté de boire du thé et qu’elle a perdu connaissance pendant qu’elle buvait, c’est la même chose, elle doit arrêter de boire du thé : vous ne devez donc pas lui verser du thé dans la gorge.

Si une personne a accepté de boire du thé avec vous hier, cela ne veut pas dire qu’elle désire boire du thé avec vous ce soir. Vous ne pouvez pas la forcer en lui disant : « Pourtant, tu voulais boire du thé hier! »  Vous ne pouvez pas vous rendre chez elle pour la forcer à boire du thé, vous ne pouvez pas la réveiller quand elle dort en lui versant du thé dans la gorge.

***

Avouez que, vu comme ça, c’est facile de faire la différence entre quelqu’un qui consent et quelqu’un qui ne consent pas.

L’analogie n’est pas parfaite, mais elle résume bien l’idée. J’aimerais moi-même ajouter quelques exemples pour la compléter :

Si vous offrez du thé à une personne et qu’elle fige, il ne faut pas en profiter pour lui verser du thé dans la gorge pendant qu’elle ne bouge pas. Demandez-lui plutôt ce qui se passe.

Il est possible que la personne que vous avez invitée à boire du thé aime seulement le thé chai. Si vous voulez lui faire boire une autre sorte de thé, par exemple, du thé vert, et qu’elle ne sait pas si elle aime cette sorte de thé, elle n’est pas obligée de l’essayer. Peut-être qu’elle voudra y goûter, se rendra compte qu’elle n’aime pas ça, et c’est tout. Vous ne pouvez pas la forcer à boire du thé vert si elle veut du thé chai ou rien. Ce n’est tout simplement pas sa tasse de thé. Vous ne devez pas l’insulter, la harceler ou tenter de la manipuler pour la faire boire du thé vert.

Si une personne accepte de boire du thé avec votre voisin, elle n’est pas tenue de boire du thé avec vous.

Si une personne porte une jupe avec des motifs de tasses de thé, ceci ne vous autorise aucunement à la forcer à boire du thé.

Vous ne pouvez pas obliger une personne avec qui vous êtes en couple à boire du thé si elle n’en a pas envie.

Finalement, si une personne ne dit pas à voix haute « Je ne veux plus de thé », mais qu’elle grimace, qu’elle s’étouffe, qu’elle a l’air d’avoir mal, qu’elle repousse sa tasse, ce sont des indications que la personne ne veut plus de thé. Ne la forcez pas à reprendre sa tasse. Si vous n’êtes pas certain d’avoir bien compris ses signes non verbaux, il existe une procédure toute simple pour éliminer la confusion :

  1. Posez-lui la question.
  2. Écoutez la réponse.

Pour plus informations sur le consentement sexuel :
– L’âge de consentement aux activités sexuelles
– L’agresseur sympathique et les fausses victimes

fille milwakee

C’était à l’époque où je sortais souvent dans les boîtes de nuit pour danser. On célébrait l’anniversaire de mon amie Émilie* dans un club. On avait bu. Surtout elle, parce qu’on lui payait tous des shooters à tour de rôle.

À un moment, sur la piste de danse, je l’ai perdue de vue. La cherchant du regard, je l’ai aperçue au bar qui discutait avec un homme qui avait l’air de la trouver à son goût. «  Héhé! Elle pogne ce soir. Tant mieux, c’est sa fête », me suis-je dit tout en continuant à danser.

Quelques instants plus tard, je la cherchais à nouveau, mais, cette fois, je ne la voyais plus. J’ai demandé aux autres s’ils savaient où elle était, mais, non, personne ne savait où se trouvait Émilie.

J’ai fait le tour du club puis je suis sortie, mais il n’y avait aucune trace d’elle parmi les gens qui grillaient des cigarettes sur le trottoir.

Ben voyons.

J’ai pris mon cellulaire et l’ai appelée. Elle n’a pas répondu. Qu’est-ce qui se passait? Ça n’avait pas de sens qu’Émilie disparaisse comme ça. On sortait souvent ensemble et on ne partait jamais sans aviser les autres, sans dire « bye ». Même saoules, on ne faisait pas ça.

Je l’ai rappelée. Cette fois, elle a répondu. « Émilie, t’es où? Je te cherche depuis tantôt! »

Sa voix était bizarre : « Lili? Je ne sais pas où je suis… Je ne me sens pas bien. » Je me suis énervée. « Comment ça, tu ne sais pas où tu es? Ça veut dire quoi? » Je l’ai entendue demander à quelqu’un d’autre : « On est où? », puis la ligne a été coupée.

Je n’en revenais pas. Je l’ai rappelée. Ça a répondu, mais à nouveau, ça a raccroché, sans que je n’aie le temps de dire quoi que ce soit. J’ai téléphoné encore, mais cette fois, je suis tombée sur sa boîte vocale.

Mon sang n’a fait qu’un tour. J’étais toute seule au milieu de la rue, à 2 h du matin, mon amie avait quitté le club avec un inconnu – j’ignorais dans quelles circonstances – alors qu’elle était en état d’ébriété. Pire, elle ne se sentait pas bien et elle ne savait pas elle-même où elle se trouvait. J’étais tétanisée. Est-ce qu’Émilie était en train de se faire agresser, à l’instant même?

Je me suis mise à la rappeler frénétiquement, pendant 5, 10, 15 minutes. J’ai finalement réussi à la ravoir au bout du fil. De peine et de misère, elle a fini par m’expliquer qu’elle se trouvait dans une salle de bain, qu’elle était toute nue et qu’elle ne savait pas pourquoi. Je lui ai donné des indications précises : demander au gars avec qui elle était de lui dire où ils se trouvaient et de me donner l’adresse. Elle se trouvait dans une chambre d’hôtel.

Je suis allée chercher deux autres amis en renfort, Jérémie et Roxane, et on a sauté dans un taxi.

Arrivés à destination, nous avons cogné à la porte de la chambre. C’est l’homme que j’avais aperçu au club qui a répondu, à poil. Il parlait anglais. Je lui ai dit qu’on venait chercher notre amie. Il a voulu refermer la porte, mais on l’en a empêché. Je me suis faufilée directement à la salle de bain pour trouver Émilie qui était là, nue, l’air hagard. Je l’ai aidée à se rhabiller, pendant que, dans la chambre, Roxane, déchaînée, engueulait le gars. « You’re an asshole! You know that? You’re a loser! ». Étonnamment, il avait une attitude presque piteuse en tentant de se défendre. « Yes, I know. » Il voulait s’expliquer : il était Américain, il était de passage à Montréal, en voyage, et il voulait juste «  have a little fun ». Ses raisons n’apaisaient pas Roxane, qui continuait de lui crier ses quatre vérités. Émilie a fini de s’habiller et on est parti.

Que s’était-il passé? Émilie l’ignorait. Elle était dans un drôle d’état, elle voulait juste aller se coucher.

Le lendemain, elle ne se souvenait toujours pas de ce qui s’était passé ce soir-là. Le gars l’avait-il agressée? Était-elle en mesure de consentir à une relation sexuelle à ce moment-là? Est-ce qu’elle avait ingurgité du GHB, la drogue du viol, ou est-ce que l’alcool était la substance responsable de sa perte de conscience?

On ne le saura jamais, je crois.

Alcool et consentement

C’est cette soirée qui m’est automatiquement revenue en tête quand je suis tombée sur la pétition déposée à l’Assemblée nationale du Québec pour réclamer une campagne de sensibilisation sur la notion de consentement lorsqu’il y a consommation d’alcool.

La pétition, lancée par quatre amies, réclame la mise en place d’une large campagne de sensibilisation intitulée « Alcool ≠ Consentement ».

« C’est une cause qu’on trouve importante, surtout avec le mouvement #agressionnondénoncée qui a eu lieu récemment », m’explique Kharoll-Ann Souffrant, une intervenante sociale à l’origine de la pétition. « Il y a un grand flou autour de la notion de consentement sexuel pour beaucoup de gens », observe-t-elle.

En s’inspirant des mises en garde sur les paquets de cigarettes, les quatre femmes demandent au gouvernement du Québec d’obliger les fabricants d’alcool à inscrire « Alcool ≠ Consentement » sur leurs bouteilles et réclament que les commerces possédant un permis d’alcool inscrivent ce même message en marquage photoluminescent dans leur bar ainsi que dans les toilettes.

Je ne sais pas si cette pétition a des chances d’avoir des suites. Pour l’instant, elle compte un peu plus de 200 noms. Ce que je trouve intéressant, toutefois, c’est que, pour une fois, le message est renversé.

C’est-à-dire que, jusqu’ici, on a généralement parlé de la problématique de l’alcool et du viol en se souciant surtout de mettre en garde les femmes contre les « dangers » de l’alcool. L’année dernière, par exemple, après une série d’agressions sexuelles dans des taxis, un porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal avait conseillé aux femmes de limiter leur consommation d’alcool et de « rester en contrôle ».

J’ai souvent entendu des recommandations du même type, et j’ai même déjà vu, dans les toilettes d’un bar, une affiche signée par la direction de l’établissement qui donnait toute une liste de directives aux femmes pour éviter d’être agressées.

En parallèle avec ces messages, cependant, on est fréquemment exposés à des publicités qui associent le corps et la disponibilité sexuelle des femmes à l’alcool.

Publicité de la SAQ comparant la poitrine d’une femme à une coupe de vin.

Sur cette bouteille de Bud light, on peut lire : « Retirez le mot « non » de votre vocabulaire pour la soirée. #PartantPourN’importeQuoi ». Accusée de propager la culture du viol, la compagnie s’est excusée devant la contestation.

Un double discours est donc propagé où, d’une part, on laisse entendre que le corps des femmes est à la disposition de qui le veut dans les contextes où l’alcool coule à flots et, en même temps, on dit aux femmes de faire attention de ne pas se faire violer dans ces mêmes contextes. Trouver l’erreur.

Après le mouvement #agressionnondénoncée, plusieurs personnes se demandaient ce que cela pouvait bien changer, concrètement. Kharoll-Ann et ses amies, elles, ont tiré leurs conclusions et demandent des actions pour qu’au lieu d’enseigner aux femmes comment ne pas se faire violer, on se mette plutôt à envoyer comme message que le sexe sans consentement n’est tout simplement pas une option. Que, peu importe le contexte, peu importe le facteur « alcool », s’il n’y a pas d’accord actif et éclairé, il n’y a pas de « little fun ».

 

* Les noms des personnes ont été changés pour préserver leur anonymat.

Tout le monde tout nu

mardi 21 avril 2015 à 22 h 50 | | Pour me joindre

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Game of Thrones

Les fans parmi vous le savez déjà : Game of Thrones est de retour. Et tandis que la très populaire fantaisie médiévale reprenait d’assaut les écrans ce mois-ci,  l’actrice américaine Anna Kendrick, admiratrice de la série, a réclamé sur Twitter de voir cette saison-ci le pénis de l’acteur néerlandais Michiel Huisman :

Game of Thrones, est réputée pour sa propension à montrer beaucoup de nudité – surtout féminine. Mais des femmes hétéros, comme Anna Kendrick, veulent elles aussi se rincer l’œil. L’année dernière, une actrice de Game of Thrones, Natalie Dormer, avait elle aussi demandé que ses collègues masculins soient plus souvent dénudés.

Les auteurs de la saga ont réalisé son souhait puisque plus de personnages masculins ont effectivement été vus déshabillés depuis, entre deux combats à l’épée.

En fait, depuis quelque temps, la nudité masculine a pris plus de place à l’écran, à côté de celle des femmes.

Jusqu’à tout récemment, le corps dévêtu des hommes était surtout montré dans des contextes humoristiques ou mélodramatiques, remarque la professeure en cinéma à l’Université des arts de Philadelphie Maria San Filippo. Historiquement, le sexe masculin a rarement été exposé au cinéma, exception faite des films pornographiques, observe-t-elle.

Toutefois, des pénis dévoilés à l’écran, ces derniers temps, dans des émissions comme Girls et Top of the Lake, dit-elle, ont défié le tabou de la nudité masculine. Les scènes où des pénis apparaissaient ne cherchent ni à faire rire le public ni à émasculer le personnage nu. Le pénis était simplement là de manière neutre, naturelle.

Par contre, l’arrivée de ce « jeune premier » sur les écrans ne plaît pas à tout le monde. Déjà en 2012, dans Vanity Fair, le journaliste James Wolcott parlait de l’apparition de plusieurs pénis dans des œuvres de fictions et il associait – sans une once d’ironie – ces exhibitions au déclin de l’empire américain.

De plus, il arrive souvent que des vedettes masculines qui misent énormément sur leur corps et sur leur charme soient ridiculisées (je pense par exemple à Justin Bieber, ou à Enrique Iglesias, qui a inspiré un personnage complètement burlesque au duo humoristique Les Grandes Gueules)… On dirait qu’il y a une certaine forme de résistance devant l’érotisation du corps de l’homme et que l’humour est utilisé pour désamorcer toute tension sexuelle.

Justin Bieber participant à un défilé de mode.

Un corps d’homme nu est-il sexy?

Quand, dans Google, je fais une recherche d’images avec le mot « sexy ». Je tombe sur une pléthore de photos de femmes aux vêtements suggestifs. Toutefois, les hommes « sexualisés » , eux, se font rares. Très rares.  Le mot « sexy » est-il donc réservé à la gent féminine?

En outre, est-ce que tous les hommes ont vraiment en horreur l’idée que leur corps soit sexualisé? Je n’ai pas cette impression. Lorsque je parle de sexualisation du corps des femmes avec des hommes hétéros de mon âge, il arrive souvent que ceux-ci me répondent qu’ils aimeraient bien, en fait, que leur corps soit sexualisé, pour qu’il puisse exciter davantage les femmes. De la même manière que le corps féminin les excite, eux.

L’arrivée du pénis à l’écran viendra peut-être leur donner un coup de main. Pour en revenir à Game of Thrones, en attendant de voir si les créateurs de la série accèdent à la demande d’Anna Kendrick concernant le pénis de Michiel Huisman, certaines photos de l’acteur pourraient quand même l’aider à patienter.

Le pouvoir magique de la vulve

mardi 31 mars 2015 à 8 h 23 | | Pour me joindre

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Dessin : Sophie B.

Sarah G, Sara H et Sophie B ont découvert le pouvoir magique de leur vulve pendant l’enfance. Sarah G se caressait en fantasmant sur Jésus. Sara H, elle, se frottait contre son toutou lapine baptisé Rosie la frotteuse. Quant à Sophie B, elle se masturbait pendant les siestes à la garderie.

Aujourd’hui, les trois femmes veulent jeter un meilleur éclairage sur la masturbation féminine. Je les ai rencontrées autour d’une bière pour qu’elles me parlent de leur projet Caresses magiques, qu’elles ont lancé pour parler de masturbation avec réalisme et sans complexes.

« Au parc, j’avais expérimenté des sensations agréables quand je m’amusais sur les balançoires à deux, les kabooms. […] On aurait dit que ma vulve réagissait à la gravité. »
– Sarah G, dans Caresses magiques

Caresses magiques est d’abord un fanzine, c’est-à-dire une publication indépendante inspirée de la philosophie DIY (Do It Yourself, en français : faites-le vous-même), qui regroupe les témoignages de Sarah G, de Sara H et de Sophie B sur leurs découvertes sexuelles. C’est ensuite devenu un site web pour appeler d’autres femmes à raconter la découverte de leur corps et de leurs désirs en solo.

« Dans mon imaginaire auto-érotique, je respecte les étapes propres au schéma narratif du porno, je viens quand l’homme du scénario qui se déroule dans ma tête éjacule. Ma vulve devient sa queue le temps d’une crossette.  »
– Sara H, dans Caresses magiques

L’idée de Caresses magiques leur est venue à l’époque où Sarah G et Sara H animaient une émission de radio sur la sexualité sur les ondes de CISM. Elles ont réalisé que le thème de la masturbation revenait très souvent dans leurs discussions et que lorsqu’elles abordaient  ce sujet, d’autres femmes venaient se confier à elles pour parler de leurs propres expériences et questionnements. Plus tard, elles ont rencontré Sophie, une étudiante en sexologie et jeune bédéiste qui s’est jointe au projet.

Extrait de l’histoire de Sophie B dans Caresses magiques.

Ce qui frappe dans le ton de leurs témoignages personnels (qu’on peut déjà lire sur leur site web), c’est que les filles laissent tomber à la fois l’érotisme et la pudeur pour ne laisser place qu’à la confidence désinhibée.

Elles semblent aussi être des livres ouverts dans la vie.

Sara H, par exemple, ne prend pas de gants blancs pour me dire qu’à 30 ans, elle a de la difficulté à avoir un orgasme lors d’une relation sexuelle avec un partenaire, même si ce n’est pas un problème lorsqu’elle se masturbe. Elle m’assure qu’elle n’est pas seule dans cette situation : « Il y a plein de filles que je connais, qui ont 25-30 ans, qui n’arrivent pas à venir en couple. »

« On parle de sexualité partout, poursuit Sara, mais la sexualité de chacun, elle ressemble à quoi? Est-ce qu’on est satisfaites? »

Et plus encore : est-ce qu’on est normales?

« J’imagine que je trouvais ça légitime de fantasmer sur Jésus, c’était comme un compromis entre mes pulsions sexuelles et ma volonté de rester une bonne petite fille catholique. [Aujourd’hui], j’ai officiellement cassé avec Jésus, mais j’avoue cultiver un petit faible pour les grands gars, minces, frisés et humanistes. »
– Sarah G, dans Caresses magiques

Sara H, Sarah G et Sophie B sont toutes nées dans l’ère postrévolution sexuelle. Néanmoins, leur apprentissage de la sexualité les a laissées sur leur faim.

En discutant entre elles, elles ont constaté qu’elles avaient toutes trois des quêtes personnelles un peu parallèles.

« Ce qu’il y a de commun avec nos histoires, c’est que nous avons une certaine angoisse reliée à la sexualité dans l’enfance. Le sentiment de ne pas avoir été normale. Moi, par exemple, j’essayais de trouver des modèles qui me ressemblaient, et  je n’en ai pas trouvé avant d’être majeure. Donc, ça m’a vraiment pris du temps avant d’avoir l’impression d’être normale », m’explique Sophie, 23 ans.

Extrait de l’histoire de Sophie B dans Caresses magiques.

Beaucoup de femmes n’osent pas parler de masturbation si on ne leur « ouvre pas la porte », estime Sarah G. « C’est notre jardin secret, mais on reste des fois avec nos questions », observe-t-elle. La plateforme qu’elles lancent, idéalement, permettra aux femmes de se reconnaître à travers les différentes expériences de chacune. En fait, elle pourrait aussi rendre service aux hommes qui aimeraient avoir plus d’informations sur la sexualité féminine en solo, croient-elles.

À celles qui auraient envie de participer, c’est ici.

Stefania Ferrario (Instagram)

Je vous présente Stefania Ferrario, une mannequin australienne de 21 ans. Stefania a récemment publié cette photo d’elle en ligne pour dénoncer le fait qu’elle est souvent considérée comme une taille forte et qu’elle ne trouve pas cela tout à fait sain.

« Malheureusement, dans l’industrie de la mode, si tu portes plus que la taille 4, tu es considérée comme une taille forte. Donc, je suis souvent étiquetée ainsi. Je ne trouve pas que cela soit bon pour l’épanouissement des femmes».

Ce n’est pas la première fois qu’on qualifie de taille forte une mannequin qui a l’air d’avoir un indice de masse corporelle parfaitement normal…

Le mannequin Robyn Lawley dans le magazine masculin GQ.

La mannequin Alex LaRosa qui s’autoproclame « mannequin visiblement de taille forte », observe même que parfois, les mannequins dans les vitrines des boutiques pour tailles fortes portent des tailles 8, 10 ou 12, « alors que la boutique n’offre même pas des tailles inférieures à du 14 ».

Depuis quelques années, on parle beaucoup de l’importance de représenter les femmes de manière plus fidèle à la réalité, de manière à mieux refléter la diversité des corps. Plus tôt ce mois-ci, le magazine Clin d’œil a annoncé qu’il ne ferait plus de retouches sur ses photos et qu’il embaucherait pour ses photos éditoriales des mannequins aux physiques variés.

Toutefois, il semble que, lorsque l’industrie de la mode tente d’appliquer le principe de la diversité, elle autorise les mannequins « hors norme » à ne déroger, en fait, que bien peu du modèle idéal. Même quand les femmes photographiées sont très rondes.

« Pour marquer notre 35e anniversaire et notre nouveau positionnement, on va faire un concours de mannequins pour toutes les silhouettes », confiait au début du mois l’éditrice en chef de TVA Publications, Lucie Dumas, au Journal de Montréal à propos de la nouvelle philosophie de Clin d’œil. « Ainsi, la gagnante de cette année pourrait être une taille plus, une femme de 5 pi 5 po ou encore une femme de 30 ans, ce qui est considéré comme une personne âgée dans le milieu de la mode. »

Je ne dis pas que la démarche est mauvaise. Mais, si on continue de considérer les femmes grosses comme Stefania comme des silhouettes « taille plus » et qu’on se félicite d’envisager de faire d’une vieille  sorcière de 30 ans la lauréate d’un concours de beauté, on reste dans la même logique .

D’ailleurs, les mannequins qui ne sont pas maigres incarnent-elles vraiment la diversité? D’une certaine manière, oui, puisque dans le monde de la mode, on part de zéro. Mais par rapport à la réalité?

Voici les visages de quelques mannequins considérées comme des tailles fortes :

Ashley Graham, Justine Legault, Anita Marshall et Tara Lynn.

Représentent-elles bien la femme moyenne, avec leur peau parfaitement lisse, leur teint lumineux, leur tout petit nez, leurs lèvres pulpeuses entrouvertes et leur chevelure scintillante?

N’y a-t-il pas quelque chose de pernicieux dans le fait de présenter comme « standards » et « normales » des femmes dont l’apparence physique correspond encore de si près à presque tous les critères de beauté?

C’est comme si on disait : O.K., les filles, vous pouvez être toutounes, à condition que les traits de votre visage soit tous super harmonieux, que votre dentition soit impeccable, que vous ayez entre 18 et 29 ans, que vous ayez l’air super à l’aise sur des talons de 6 pouces, que vous maîtrisiez l’art d’entrouvrir sensuellement la bouche quand vous prenez la pause et que vos cheveux brillent de mille feux.

Si vous correspondez à presque tous les standards de beauté classiques, vous aurez droit à un défaut. Mais juste un.

Puis, voilà, on change une seule variable dans un monde autrement parfaitement homogène et on a l’impression d’une grande diversité, tout à coup.

Ce que l’on n’est pas censé dire à propos des mannequins de taille forte, c’est qu’elles sont encore trop belles. C’est qu’elles ne sont pas là pour vous faire sentir bien dans votre peau. Qu’elles sont là, comme les mannequins standards, pour attirer l’attention sur un produit, faire rêver de lui et le faire acheter.

Mais faut-il condamner les magazines féminins? Ils sont loin d’être les seuls à diffuser les photographies de corps et de visages féminins idéalisés. On les pointe du doigt, mais ces images ne sont pas confinées à leurs pages. Elles figurent notamment dans les magazines masculins et même dans les émissions pour enfants.

Je ne dis pas que les médias comme Clin d’œil qui s’engagent à montrer plus de diversité ont tort ou que leur démarche est vaine. Au contraire, montrer des corps différents, c’est déjà reconnaître que cela existe et peut-être qu’effectivement, cela limite un peu les dégâts sur l’estime de soi du public féminin. Mais est-ce que cela viendra à bout de la vision négative qu’ont les femmes de leur apparence physique?

Est-ce qu’un média ou une personnalité qui signe la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée célèbre nécessairement la différence? On peut émettre quelques doutes quand on sait que Jean Airoldi l’a signée et que le concept de ses émissions repose sur le fait de sélectionner des femmes qui ne correspondent pas à l’idéal de beauté et de les faire s’y conformer le plus possible.

Le problème, c’est que même si on dit aux femmes qu’elles peuvent être séduisantes en ayant des bourrelets ou si elles ont 30 ans, ce qu’on leur dit en même temps, c’est que leur apparence physique continue de compter énormément dans notre façon de les juger. On leur donne un petit peu de latitude pour leur permettre de ne pas être parfaitement « parfaites », mais on leur souffle toujours à l’oreille qu’une femme doit être séduisante. Et que même si elles ne correspondent pas aux standards, il faut qu’elles continuent d’essayer très fort.

Que faire pour permettre aux femmes de cesser d’entretenir une image négative de leur corps? Mon hypothèse, c’est que collectivement, il faudrait que nous cessions de faire une obsession de leurs corps. Et pour cela, ce n’est pas forcément de splendides mannequins de taille forte sexualisées dont on a besoin, mais de plus de femmes que l’on valorise pour d’autres raisons que leur physique. Des femmes auxquelles on accorde notre attention non pas parce qu’elles sont belles, ni parce qu’on se sent bien quand on regarde leurs bourrelets, mais parce qu’on s’intéresse à ce qu’elles ont à dire. C’est de cela qu’on aurait davantage besoin, pas de femmes immortalisées en 2D sur du papier glacé, la bouche entrouverte, et qui, pourtant, ne disent jamais un mot.

Istock

Cette semaine, en Thaïlande, le gouvernement militaire a averti les femmes que, si elles publiaient des photos du dessous de leurs seins sur Internet, elles risquaient la prison.

Le gouvernement thaïlandais veut mettre un terme à la mode qui consiste pour les femmes et les lady boys (surnom donné aux transsexuels thaïlandais) à publier sur les réseaux sociaux des photos de leurs seins avec le chandail relevé jusque sous les mamelons.

Le ministère de la Culture thaïlandais a déclaré que la diffusion de telles images contrevenait à la Loi sur les crimes informatiques de 2007, qui interdit la publication de « tout contenu obscène accessible au public » ou de tout contenu qui peut « causer de la panique ». Le ministre de la Culture, Anandha Chouchoti, reconnaît toutefois qu’il est difficile d’identifier les contrevenantes, puisqu’on ne voit pas leur visage sur les photos.

Une photo d’« underboobs » sur Twitter.

Le gouvernement thaïlandais est souvent accusé de faire de zèle sur le plan de la censure, souligne l’agence de presse Reuters, qui rapporte la nouvelle. Toutefois, si on compare cet événement à ce qui se fait en Occident, on n’est quand même pas tout à fait loin de la philosophie de Bangkok.

Facebook, qui vient justement de mettre à jour sa politique de censure, continue d’interdire la publication de photos montrant des seins de femmes « si on voit les mamelons ». Pendant ce temps, on ne parle jamais des mamelons des hommes.

Comme quoi, qu’on soit en Thaïlande ou en Amérique du Nord, lorsqu’il est question de censure des seins, l’arbitraire règne.

À lire aussi : Censurer les seins des femmes, c’est discriminatoire? 

Photo : Istock

Un homme ne peut pas être sexiste s’il adore les femmes et qu’il les « traite comme des princesses », n’est-ce pas?

Pas tout à fait. Selon des chercheurs américains, un homme sexiste peut se comporter de manière tout à fait amicale avec les femmes, et même idéaliser ces dernières.

Des chercheurs du département de psychologie de l’Université Northeastern ont fait discuter 27 hommes avec 27 femmes et les ont fait jouer à un jeu de questions-réponses. Ils ont ensuite fait remplir des questionnaires aux hommes pour obtenir leur avis sur différentes propositions sexistes.

En analysant leur comportement non verbal pendant l’exercice, les chercheurs ont constaté que plusieurs des hommes qui étaient d’accord avec les propositions sexistes avaient été tout à fait charmants avec les femmes avec qui ils avaient été jumelés. Ils s’étaient montrés amicaux, patients et souriants.

Les chercheurs expliquent ce phénomène en différenciant deux sortes de sexismes : le sexisme hostile et le sexisme bienveillant. Dans le premier cas, la personne sexiste est ouvertement antipathique avec les femmes. Dans le second, la personne estime que les hommes doivent se comporter de manière chevaleresque avec les femmes et elle se montrera donc sympathique envers elles.

Le sexiste bienveillant considère, sans l’avouer explicitement, que les femmes ont un jugement moins fiable que celui des hommes, qu’elles sont moins compétentes et qu’il faut, par conséquent, les chérir et les protéger. Il estime aussi que les femmes sont plus affectueuses, plus sensibles et plus pures que les hommes et qu’elles les « complètent » en ce sens.

Capture d’écran d’un message diffusé sur Facebook.

La sexologue Jocelyne Robert définit le sexisme bienveillant ainsi : « Sur un ton positif, voire affectueux et admiratif, et sous des airs d’ouverture séduisante, il confine les femmes au terrain de jeu qui leur a été traditionnellement dévolu. Elles peuvent flirter un peu avec le monde du pouvoir, mais pas trop près des sommets quand même. Bien plus discret et plus insidieux que le sexisme hostile du macho à visage découvert, le sexisme bienveillant revêt un masque, tantôt paternaliste, tantôt galant. »

« De nos jours, chez nous, le sexisme est presque toujours bienveillant et vicieux », estime Mme Robert.

Les femmes et les enfants d’abord

J’ai regardé la semaine dernière le troublant documentaire India’s daughter, qui porte sur les réactions des Indiens au viol et à la mort d’une étudiante dans un autobus de New Delhi, en décembre 2012.

Dans ce documentaire, tout en excusant le viol et en blâmant la victime, l’un des avocats parle des femmes en termes très positifs, en les comparants à des fleurs précieuses qu’il faut protéger (c’est-à-dire en leur interdisant le plein accès à l’espace public). Cet exemple vient d’un pays lointain, bien sûr, et il serait facile de s’en dissocier, mais on en trouve beaucoup d’autres dans la culture occidentale.

Dans la littérature et les films, entre autres, la femme a souvent été présentée comme une petite chose charmante, écervelée et naïve, qu’il faut prendre sous son aile. C’est le cliché de la femme-enfant.

« Tout est tellement difficile, Marcello », se plaint Sylvia, qui se comporte comme une gamine étourdie dans La Dolce Vita.

Cette forme de sexisme peut d’ailleurs avoir un grand attrait pour certaines femmes, car il s’accompagne d’une forme de privilège : celui d’être traitée aux petits oignons et d’être déchargée de ses responsabilités d’adulte. Des femmes vont elles-mêmes invoquer leur sexe pour exiger d’être mises sur un piédestal et réclamer des gestes de galanterie ou de faveurs de la part de la gent masculine. Selon une étude de 2013, les femmes égocentriques seraient plus susceptibles d’adhérer au sexisme bienveillant.

Or, malgré son côté séduisant, l’effet du sexisme bienveillant serait en fait plus pernicieux que le sexisme hostile du macho. Selon une étude de 2008, le sexisme bienveillant peut davantage miner l’estime personnelle d’une femme  en la poussant à douter d’elle-même et à moins bien performer lors de tests cognitifs. Le sexisme bienveillant peut donc donner envie, mais il reste un cadeau empoisonné.

Cherchez la femme

mercredi 11 mars 2015 à 15 h 22 | | Pour me joindre

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Costume féminin Où est Charlie.

Dimanche, c’était la Journée internationale des femmes. Pour l’occasion, beaucoup de gens ont réfléchi à la place des femmes dans la société, à l’évolution de leur rôle et de leurs droits, tandis que d’autres en ont profité pour renforcer des stéréotypes. Mais qu’est-ce qu’une femme, justement? Qu’est-ce que ça représente dans notre société, à notre époque? Tour d’horizon de ma petite collection de clichés.

  • Une femme est une hétérosexuelle en couple, capricieuse, mais inoffensive

Capture d’écran du blogue Ton Barbier

Pour la Journée internationale des femmes, le blogue masculin Ton Barbier a décidé de rendre hommage à la femme en faisant valoir que ce que l’homme aime chez elle, c’est qu’elle semble exister pour lui plaire et pour qu’il se sente viril dans son couple (exit les lesbiennes et les célibataires, donc).

L’hommage commence d’une drôle de manière puisqu’on vous prévient en introduction que « votre blonde », va vouloir vous manipuler et utiliser l’excuse du Jour de la Femme « pour que vous répondiez à ses moindres caprices ». Mais ce n’est pas grave, explique-t-on, parce que malgré tout, les femmes sont « adorables ».

S’ensuit une liste d’observations sur la femme qui, si je résume, est un être mignon et un peu nunuche qui sert de faire valoir à son chum en jouant à la demoiselle en détresse ou en se mettant belle pour lui.

  • Une femme se définit par son apparence (belle) et son âge (jeune)

Page 730 de mon dictionnaire, un Robert 2014. Dans la définition du mot « femme », les premiers adjectifs qu’on lit après « adulte », « humain » et « féminin » sont « belle », « jolie » et « jeune ».

I. Être humain capable de concevoir les enfants. 1. Être humain adulte de sexe féminin. -> aussi Fille, fillette, jeune fille. Les hommes, les femmes et les enfants. Une belle, une jolie femme. Une jeune femme.

  • Une femme est une personne obsédée par son allure

Capture d’écran du Salon de la femme.

Le Salon national de la femme s’ouvre cette semaine à Montréal et selon le site web de l’événement, il semble aller de soi que la femme fait une fixation sur son apparence physique (normal, me direz-vous, si c’est ainsi qu’on la définit). Les trois premiers thèmes du salon sont : « Tendances mode », « Super vente mode et beauté », et « Beauté et bien-être ».

Si l’on poursuit l’exploration du site web, le profil de « la femme » continue de se préciser : elle veut maigrir, elle pratique le yoga, elle envisage d’avoir recours à la chirurgie plastique, elle aime les recettes bonnes pour la santé, les voyages et le magasinage.

  • Une femme est une personne déshabillée

Résultats de recherche dans Google pour « femme ».

Lorsque j’écris « femme » dans le moteur de recherche de Google et que je regarde les premiers résultats dans la section des images, je constate que sur la majorité des photos, la femme porte très peu de vêtements. Bikini ou lingerie, un rien l’habille.

  • Une femme est une personne qui manque d’habileté en voiture

Jacques Villeneuve (l’oncle de Jacques Villeneuve) à Tout le monde en parle.

À l’émission Tout le monde en parle, il y a deux semaines, l’animateur Guy A. Lepage a demandé à son invité Jacques Villeneuve qui des femmes ou des hommes conduisaient le mieux. Le coureur automobile a répondu que les femmes conduisaient plus sécuritairement et que les hommes conduisaient plus vite. « Donc les femmes conduisent mieux? » a insisté M. Lepage. « Non, plus sécuritairement. Ce n’est pas pareil », a poursuivi M. Villeneuve en faisant rire la foule. « Je n’accuse pas toutes les femmes là-dedans […] Ce n’est pas qu’elles ne savent pas conduire, c’est qu’elles ne savent pas aller vite sécuritairement ».

  •  Une femme est une adulte qui veut se faire entretenir

Capture d’écran du blogue FTEblog

Récemment, la blogueuse Patty s’outrait que des gars l’aient invitée au restaurant et lui aient demandé de partager la facture à la fin du repas. « Les gars, si vous êtes trop cassés pour payer notre facture, allez manger chez votre mère », écrit-elle, affirmant que : « la nature humaine est comme ça. Les femmes cherchent un pourvoyeur ».

Bref. Si je condense ces clichés, la femme est une personne manipulatrice et capricieuse, qui doit être belle, jeune et dénudée, qui éprouve des difficultés derrière un volant et qui cherche un homme pour subvenir à ses besoins.

Vous connaissez le poncif « cherchez la femme »? Cette expression péjorative signifie que lorsqu’il y a un problème, une femme en est sûrement la cause et qu’il faut la chercher pour bien comprendre la situation. Pour ma part, j’ai fait la démarche inverse : j’ai cherché la femme, en ligne, à la télé, dans mon dictionnaire… Et c’est ce que j’ai trouvé me semble problématique.

Pour lire sur les clichés masculins : Êtes-vous un vrai gars? Faites le test! 

Photo : Istock

Au départ, j’allais écrire : « Anulingus, peg, fisting… Les nouvelles tendances sexuelles ». Mais je me suis ravisée. S’agit-il vraiment de nouvelles tendances? Je ne voudrais pas que ceux qui les pratiquent depuis 1952 pensent que je les traite de pervers, ni que les néophytes en la matière en déduisent qu’ils sont ringards.

Si leur étendue, dans les faits, demeure incertaine, ces pratiques ont néanmoins pas mal fait parler d’elles depuis quelque temps. Elles semblent avoir quitté la zone d’ombre du tabou pour émerger, timidement, dans la culture populaire.

Mais un certain mystère les entoure. Plus d’un sexologue a déclaré forfait devant mes questions. J’ai quand même poussé mes recherches.

Commençons par l’anulingus. En gros, c’est la même chose que le cunnilingus, mais pour les fesses. Cela consiste à lécher l’anus de sa ou de son partenaire. Pour les romantiques, on peut aussi dire « faire une feuille de rose ».

Récemment, on a pu voir le personnage de Marnie, dans la série Girls, en recevoir un. Le site Salon a aussi consacré un article à l’anulingus le mois dernier.

Image tirée de Girls.

C’est une pratique très démocratique : tout le monde ayant un anus, tout le monde peut donc faire et recevoir un anulingus. Pas de jaloux.

La sexologue Marie-Ève Ross estime que c’est une pratique assez courante chez les hommes homosexuels. Chez les hétérosexuels, selon une étude de 2008, 24 % des hommes qui pratiquent le sexe anal ont déjà donné un anulingus à leur partenaire, et 15 % en ont déjà reçu un. Toutefois, chez les hommes qui ne font pas de pénétration anale, 2 % à 4 % s’adonnent quand même à l’anulingus.

On peut retirer du plaisir de cette activité parce que l’anus est une partie du corps riche en récepteurs nerveux.

La question qui tue : est-ce que c’est sale? Pas si on est propre. Toutefois, si notre partenaire est porteur de bactéries provoquant la gastro-entérite, l’ingestion peut être problématique, évalue Marie-Ève Ross. Si elles sont transmises de l’anus au vagin, des bactéries peuvent aussi provoquer des vaginites, précise la sexologue.

De plus, on peut contracter des ITS avec l’anulingus comme avec les autres types de sexe oral. Il existe des protections buccales pour limiter les risques.

Image tirée du film Young people fucking.

Continuons à parler de fesses, si vous le voulez bien, et attardons-nous maintenant au peg.

Cette pratique demande un peu plus de préparation qu’une feuille de rose. Cela nécessite une femme, un homme et un gode-ceinture (un godemiché attaché à un harnais porté à la taille). La femme porte le godemiché et sodomise l’homme.

La femme ressent du plaisir, soit grâce au contact de la base de son godemiché contre sa vulve, soit grâce à un vibromasseur placé dans la ceinture, ou encore en recherchant une stimulation vaginale avec un godemiché à deux bouts. L’homme, lui, ressent du plaisir grâce au mouvement de va-et-vient dans le rectum et l’anus, et du fait que sa prostate peut être ainsi stimulée. Les adeptes de cette pratique conseillent de commencer la recherche de la prostate avec les doigts « pour apprendre où la prostate se situe et comment elle réagit ».

Un des aspects excitants du peg réside dans le fait que les rôles hétérosexuels traditionnels au lit sont inversés, puisque c’est la femme qui fait la pénétration.

Celui qui a inventé le mot pegging en 2001, le chroniqueur Dan Savage se réjouit de voir la pratique popularisée et, surtout, libérée des préjugés qui y ont souvent été associés. Alors que par le passé, celle-ci était présentée comme un geste désagréable ou émasculant pour l’homme,  il a récemment été mis en scène dans la série américaine Broad City sans que cela soit associé à la perversité ou à l’humiliation. Au contraire, c’était présenté comme une expérience excitante et normale.

Passons maintenant au fisting. Souvent associé au sadomasochisme et récemment interdit dans la pornographie en Angleterre, le fisting consiste à faire pénétrer une main au complet dans le vagin ou le rectum. Souvent associé à l’homosexualité, il se pratique aussi entre hétéros.

Contrairement à ce que son nom laisse entendre (fist veut dire « poing »), ce n’est pas le poing fermé qui est inséré, mais plutôt une main droite, avec les doigts regroupés. La personne qui pénètre peut aussi placer sa main en forme de bec de canard pour faciliter l’intromission.

Selon des témoignages, le plaisir ne dérive alors pas d’un mouvement de va-et-vient, mais plutôt de l’étirement du vagin ou de l’anus, ou du fait de se sentir « bien rempli », m’explique Dunter Frank, conférencier spécialisé dans le BDSM et les sexualités alternatives.

Cette pratique est souvent considérée comme extrême, parce qu’elle comporte des risques importants. Elle peut occasionner des perforations ou des lésions au vagin, au rectum ou au périnée (la paroi intérieure du pelvis). Elle peut donc s’avérer dangereuse.

« Il faut y aller progressivement », dit Dunter Frank. « On ne peut pas juste dire, un soir : J’ai vu ça dans un porno, essayons ça! »

La pénétration anale est par ailleurs souvent plus ardue que la pénétration vaginale, ajoute-il. Il faut aussi prendre en compte que toutes les mains n’ont pas la même grandeur.

Selon les adeptes de cette pratique, le fisting exige une lubrification abondante, des gestes très prudents et un grand respect de son partenaire.

En France, un universitaire qui vient de rédiger un ouvrage sur le sujet dit que le fisting requiert « un principe de grande délicatesse ».

Qu’elles vous enchantent ou vous dégoûtent, ces pratiques témoignent à quel point la sexualité est un monde vaste et riche. Et pour les missionnaires curieux munis de laissez-passer, il n’y a plus beaucoup de voies impénétrables.

D’où vient le fantasme de viol?

vendredi 27 février 2015 à 0 h 19 | | Pour me joindre

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Roman Harlequin

Le sujet est sensible. Le simple fait d’admettre que plusieurs femmes ont des fantasmes de contraintes sexuelles semble donner foi à l’idée que « les femmes aiment être forcées au lit ». Alors, pour éviter tout malentendu, permettez-moi de l’écrire en majuscules : ÇA NE VEUT PAS DIRE ÇA.

Il n’en demeure pas moins que de 31 % à 57 % des femmes disent qu’il leur arrive d’imaginer, pour s’exciter, des scénarios où elles sont contraintes par la force à avoir des relations sexuelles.

Sur le web, on navigue d’ailleurs entre les histoires érotiques de soumission et les dénonciations de la culture du viol. Des groupes appellent au boycottage du film Cinquante nuances de Grey, tandis que des milliers de femmes accourent au cinéma, excitées par l’idée de voir un personnage être attaché à un lit.

Bien sûr, fantasmer de contraintes sexuelles ne veut absolument pas dire que l’on veut être forcée à faire quoi que ce soit dans la vraie vie. Un fantasme, ça se passe dans la tête, à l’abri de toutes conséquences dans le monde réel. Les femmes qui confient avoir ces fantasmes le disent elles-mêmes : elles ne veulent pas du tout qu’ils se transposent dans la réalité, comme l’observe le professeur de neuropsychologie Christian Joyal.

Pourquoi un si grand nombre de femmes fantasment-elles de viol, alors que la perspective d’un viol réel les répugne? Différentes théories tentent d’expliquer ce phénomène.

Un combat contre la pudeur

Une des premières hypothèses qui a tenté d’expliquer ce phénomène postule qu’il s’agit d’une stratégie psychologique que la femme utilise inconsciemment pour contourner sa pudeur.

Les tenants de cette théorie soulignent que, pendant des siècles, les pouvoirs religieux et politiques ont tenté de contrôler la sexualité des femmes, qu’ils voulaient  chastes et passives. Ce contrôle, qui teinte encore aujourd’hui la société, ferait en sorte que les femmes ressentent une certaine culpabilité lorsqu’elles explorent leur sexualité.

Le phénomène du viol dans les romans Harlequin est parfois évoqué pour illustrer cette thèse. En 1987, la chercheuse Carole Thurston a constaté que dans plus de la moitié des romans à l’eau de rose (généralement écrits par des femmes, pour des femmes), il y avait des scènes de viol où l’héroïne – justement pure et innocente – était « prise de force » par le héros (juste avant que tous deux tombent amoureux).

Le viol imaginaire deviendrait ainsi une manière pour les femmes de se déculpabiliser d’être excitées, parce que le sexe est imposé. Psychologiquement, les femmes pourraient alors continuer de se voir « pures », tout en rêvant de sexe.

Cette théorie est toutefois mise en doute par des études qui montrent que les femmes qui rapportent avoir ces fantasmes ont au contraire tendance à entretenir une attitude positive par rapport au sexe.

Un désir de se sentir hyper-désirable

Une autre explication souvent alléguée est que, dans un fantasme de viol, la femme aime s’imaginer tellement attirante qu’elle fait perdre le contrôle aux hommes. Ce qui l’exciterait dans ce scénario serait l’idée de son propre pouvoir de séduction qui rend fou.

Une question de paresse

Cette explication est plus marginale, mais certaines femmes qui veulent mettre en scène un scénario de soumission avec un partenaire disent que ce qui leur plaît là-dedans est qu’elles peuvent être paresseuses.  Elles n’ont pas à faire d’efforts et à gérer la situation si elles sont en train de « subir ».

La  culture du viol et la théorie des scripts sexuels

Une autre analyse renvoie à la culture du viol – ce concept utilisé pour parler des éléments dans la culture ambiante qui banalisent les agressions sexuelles ou qui érotisent la violence – et à la théorie des scripts sexuels.

Peu connue, la théorie des scripts sexuels stipule que le ressenti sexuel ne provient pas simplement du corps, mais qu’il a besoin de repères symboliques que l’on trouve généralement dans les situations érotiques. Certains regards, certains gestes, certains habits, certaines parties du corps en viennent à être associés à l’excitation sexuelle dans nos cerveaux, à force d’être représentés ainsi. Ils participent à un script qui nous excite et marque notre imaginaire.

(Autrement dit, on serait tous fétichistes, mais la plupart d’entre nous aurions des fétiches répandus et prévisibles, parce qu’ils correspondent à ceux qu’on trouve un peu partout.)

Ceux qui dénoncent la culture du viol plaident en quelque sorte que la soumission et les contraintes sexuelles imposées aux femmes, à force d’être mises en scène dans les livres et la pornographie, sont devenues un script sexuel. Ce script exciterait même les femmes, qui l’auraient intériorisé.

Le mystère persiste

Toutes les femmes n’ont pas forcément les mêmes raisons de fantasmer de contraintes sexuelles et peut-être qu’une combinaison de facteurs explique ce phénomène. Il existe d’ailleurs encore d’autres théories. Aucune n’a toutefois été convenablement prouvée scientifiquement.

De toute façon, est-ce que le fantasme de viol a réellement quelque chose à voir avec les agressions sexuelles?

Le psychologue Paul Joannides croit que non. On ne peut pas parler du fantasme de viol comme de quelque chose lié au désir d’être violé – même si ce n’est que métaphoriquement – tout simplement parce que la personne qui crée un fantasme dans son esprit contrôle tous les paramètres de l’histoire.

C’est-à-dire que, quand une femme rêve qu’un homme lui arrache sa blouse, c’est elle qui choisit qui est cet homme et de quoi il a l’air (il peut, par exemple, être quelqu’un avec qui elle voudrait en fait avoir une relation sexuelle dans la vraie vie). Quand elle imagine ensuite que cet homme la jette sur le lit, c’est encore elle qui choisit à quel moment, et avec quelle force. En ce sens, tout cela n’a aucun lien avec une situation de viol, où, par définition, la victime ne contrôle rien.

Le fantasme du viol subi serait donc un paradoxe. À partir du moment où on l’imagine, il ne s’agit plus d’un viol.

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