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Qui est Lili Boisvert

Journaliste à Radio-Canada depuis 2009, j’ai une formation en histoire et en science politique. J’ai été serveuse en talons hauts, secrétaire, porte-parole d'entreprise et barmaid. Je me suis déjà frottée au marketing et je me passionne pour la culture pop. J’ai la certitude que les questions liées à la sexualité méritent qu’on s’y attarde.

L’avocate Amal Alamuddin et son mari l’acteur George Clooney. Photo : PC

Est-ce que les femmes préfèrent les hommes musclés ou les dadbod (les bedaines à papa)?  Est-ce que les hommes préfèrent les femmes qui ont des courbes ou les silhouettes filiformes?

Si l’on en croit les considérations esthétiques qui pleuvent sur Internet et dans les magazines, nous sommes obsédés par l’apparence physique lorsque nous cherchons un partenaire sexuel.

Mais le professeur David Bainbridge, de l’Université Cambridge, ne pense pas que les critères physiques sont si fondamentaux dans le choix d’un partenaire. À tout le moins dans le cas des hommes.

L’intelligence des femmes est un critère très prisé par la gent masculine, fait-il valoir.

Contrairement à ce que l’on a tendance à croire, des critères physiques comme la grosseur des seins ou la longueur des jambes n’a pas tant d’importance dans la sélection d’une partenaire, dit le biologiste et auteur du livre Curvology : The Origine and Power of Female Body Shape, un livre qui porte pourtant sur l’importance des courbes (c’est-à-dire du gras) dans le corps des femmes.

Bien des gens réagissent toutefois avec circonspection devant la déclaration de M. Bainbridge. Quoi, l’homme, cette créature superficielle prête à se rompre le coup pour regarder le décolleté et les jambes des dames en jupes valorise l’intellect des femmes?!? (vous trouverez ce type de réaction ici, par exemple).

La prémisse peut sembler contre-intuitive. Mais pas tant que ça non plus.

D’un point de vue évolutionniste, l’importance de l’intelligence du partenaire sexuel est quand même plutôt logique. Parce que pour que l’espèce humaine perdure, il ne suffit pas de  faire des bébés : il faut aussi assurer leur survie. Et des parents intelligents, débrouillards, allumés, sont plus à même de trouver des ressources pour nourrir et protéger leurs rejetons que des parents stupides.

Non seulement une femme intelligente est plus susceptible d’être un bon parent responsable, mais son discernement fait aussi supposer que ses parents étaient eux-mêmes des gens intelligents qui l’ont élevée d’une manière optimale pour sa santé, dit M. Bainbridge, ce qui la rend d’autant plus désirable.

En fait, dans le monde contemporain, l’art, l’humour  ou la musique sont possiblement des champs de compétences qui dérivent de la sélection sexuelle et de cette volonté de montrer à l’autre sexe que l’on possède des aptitudes intellectuelles poussées, dit M. Bainbridge dans son livre.

Si le commentaire du biologiste concernant le charme des aptitudes intellectuelles féminines porte sur les préférences des hommes hétéros, j’ai quand même l’impression que la même logique s’applique pour les préférences des femmes envers les hommes. (David Bainbridge reconnaît d’ailleurs lui-même que si l’on dispose de peu d’informations sur les préférences sexuelles féminines, c’est parce que la science a un biais qui l’a fait, historiquement, s’intéresser surtout aux préférences masculines.)

On suppose souvent de manière simpliste que les femmes veulent des hommes forts et musclés parce « qu’à l’époque des hommes des cavernes », elles cherchaient des compagnons qui pouvaient protéger la famille « contre les dinosaures » (haha!) et chasser du gibier avec leurs gros biceps. Mais ce qu’on omet de mentionner, c’est que dans les faits, la force physique n’est absolument pas la seule qualité qui permet de fournir des ressources à une famille préhistorique.

Un homme préhistorique responsable doit, par exemple, savoir comment construire des armes et tendre des pièges. Or ces compétences relèvent de l’intelligence, pas du tour de bras. Et si l’on considère que madame préhistorique participait elle aussi aux activités pour assurer la survie du groupe – ce que disent plusieurs historiens – alors de toute évidence, l’intelligence devient un trait fort séduisant chez les deux sexes.

L’apparence physique joue quand même un rôle de séduction, M. Bainbridge ne le nie pas. Seulement, tout rapporter au corps, ça fait peut-être vendre des cosmétiques et des abonnements au gym, mais ça ne fait pas nécessairement des enfants forts.

sexe et the

Le consentement sexuel n’est pas sorcier.

Depuis quelques mois, une analogie circule en ligne, en anglais, pour faire comprendre à quel point c’est simple. J’ai envie de la traduire maintenant, parce que selon un sondage réalisé en ligne par la Fondation canadienne des femmes, deux Canadiens sur trois ne comprennent pas bien de quoi il s’agit.

La majorité des gens ignorent, par exemple, que le consentement sexuel peut être retiré à tout moment.

Voici donc l’analogie du siècle pour parler de consentement :

Imaginons qu’au lieu de parler de sexe, on parle de thé. Au lieu d’entreprendre un rapprochement sexuel, vous lancez une invitation pour boire du thé.

Si vous offrez du thé à une personne et qu’elle vous répond : « Oh mon Dieu! Quelle super bonne idée! Oui, j’en ai envie! », cela vous indique alors qu’elle consent à boire du thé avec vous.

Maintenant, imaginons qu’elle vous réponde : « Hum. Je ne sais pas. Peut-être. »

Vous pouvez aller faire bouillir de l’eau si vous le désirez, mais si elle décide que, finalement, elle ne veut pas boire de thé, c’est son droit. Vous pouvez être déçu parce que vous avez fait bouillir de l’eau et que vous espériez qu’elle en prendrait, mais elle ne vous doit rien. Même si vous avez préparé du thé, vous n’êtes pas en droit d’exiger qu’elle boive ce thé.

En fait, même si elle a répondu oui au départ, elle peut à tout moment changer d’idée.

Par ailleurs, si la personne avec qui vous voulez boire du thé est inconsciente, ne versez pas de thé dans sa gorge. Les personnes inconscientes ne veulent pas boire de thé.

Si la personne était consciente quand vous lui avez offert du thé, puis qu’elle a perdu connaissance pendant que vous étiez en train de faire bouillir l’eau, déposez votre bouilloire, assurez-vous que la personne inconsciente est en sécurité, et – c’est bien important – ne lui faites pas boire de thé.

Si la personne a accepté de boire du thé et qu’elle a perdu connaissance pendant qu’elle buvait, c’est la même chose, elle doit arrêter de boire du thé : vous ne devez donc pas lui verser du thé dans la gorge.

Si une personne a accepté de boire du thé avec vous hier, cela ne veut pas dire qu’elle désire boire du thé avec vous ce soir. Vous ne pouvez pas la forcer en lui disant : « Pourtant, tu voulais boire du thé hier! »  Vous ne pouvez pas vous rendre chez elle pour la forcer à boire du thé, vous ne pouvez pas la réveiller quand elle dort en lui versant du thé dans la gorge.

***

Avouez que, vu comme ça, c’est facile de faire la différence entre quelqu’un qui consent et quelqu’un qui ne consent pas.

L’analogie n’est pas parfaite, mais elle résume bien l’idée. J’aimerais moi-même ajouter quelques exemples pour la compléter :

Si vous offrez du thé à une personne et qu’elle fige, il ne faut pas en profiter pour lui verser du thé dans la gorge pendant qu’elle ne bouge pas. Demandez-lui plutôt ce qui se passe.

Il est possible que la personne que vous avez invitée à boire du thé aime seulement le thé chai. Si vous voulez lui faire boire une autre sorte de thé, par exemple, du thé vert, et qu’elle ne sait pas si elle aime cette sorte de thé, elle n’est pas obligée de l’essayer. Peut-être qu’elle voudra y goûter, se rendra compte qu’elle n’aime pas ça, et c’est tout. Vous ne pouvez pas la forcer à boire du thé vert si elle veut du thé chai ou rien. Ce n’est tout simplement pas sa tasse de thé. Vous ne devez pas l’insulter, la harceler ou tenter de la manipuler pour la faire boire du thé vert.

Si une personne accepte de boire du thé avec votre voisin, elle n’est pas tenue de boire du thé avec vous.

Si une personne porte une jupe avec des motifs de tasses de thé, ceci ne vous autorise aucunement à la forcer à boire du thé.

Vous ne pouvez pas obliger une personne avec qui vous êtes en couple à boire du thé si elle n’en a pas envie.

Finalement, si une personne ne dit pas à voix haute « Je ne veux plus de thé », mais qu’elle grimace, qu’elle s’étouffe, qu’elle a l’air d’avoir mal, qu’elle repousse sa tasse, ce sont des indications que la personne ne veut plus de thé. Ne la forcez pas à reprendre sa tasse. Si vous n’êtes pas certain d’avoir bien compris ses signes non verbaux, il existe une procédure toute simple pour éliminer la confusion :

  1. Posez-lui la question.
  2. Écoutez la réponse.

Pour plus informations sur le consentement sexuel :
L’âge de consentement aux activités sexuelles
L’agresseur sympathique et les fausses victimes

Sexe

Il existe une certaine pression dans notre société pour avoir beaucoup de relations sexuelles. Les articles de psychopop et les études qui proclament que forniquer souvent est nécessaire et rend plus heureux sont légion.

Pourtant, selon une nouvelle étude, ce serait plutôt l’inverse. Avoir beaucoup de sexe pourrait nuire au bonheur du couple.

Dans le cadre de leurs recherches, les scientifiques ont formé deux groupes avec 64 couples d’hétérosexuels âgés de 35 à 65 ans. Pour une période de trois mois, le premier groupe n’avait reçu aucune indication par rapport à la fréquence de rapports sexuels qu’ils devaient avoir, tandis que le second groupe avait reçu comme instruction de doubler leur fréquence de rapports sexuels.

Contrairement à leur hypothèse de base, au bout de trois mois, le deuxième groupe était moins heureux qu’avant l’expérience (j’espère qu’ils vont mieux maintenant).

En fait, les couples qui avaient augmenté leur fréquence de relations sexuelles :

-          Avaient moins de plaisirs lors des rapports

-          Ressentaient moins de désir

-          Disaient qu’il y avait moins de romance dans leur couple

-          Trouvaient qu’il y avait moins de spontanéité dans leur vie sexuelle

La réaction des chercheurs est toutefois très nuancée devant ces résultats. Ce n’est pas forcément le fait de s’être étreint plus souvent qui a nui à leur bonheur, mais peut-être le fait qu’ils avaient reçu une instruction en ce sens. L’état d’esprit des participants était donc peut-être différent, moins « sexy », dit le chercheur principal George Loewenstein.

Une autre des chercheurs, Tamar Krishnamurti, pense que ces résultats laissent entendre que les couples qui veulent améliorer leur vie sexuelle devraient miser davantage sur la qualité de leurs rapports sexuels plutôt que sur la quantité.

fille milwakee

C’était à l’époque où je sortais souvent dans les boîtes de nuit pour danser. On célébrait l’anniversaire de mon amie Émilie* dans un club. On avait bu. Surtout elle, parce qu’on lui payait tous des shooters à tour de rôle.

À un moment, sur la piste de danse, je l’ai perdue de vue. La cherchant du regard, je l’ai aperçue au bar qui discutait avec un homme qui avait l’air de la trouver à son goût. «  Héhé! Elle pogne ce soir. Tant mieux, c’est sa fête », me suis-je dit tout en continuant à danser.

Quelques instants plus tard, je la cherchais à nouveau, mais, cette fois, je ne la voyais plus. J’ai demandé aux autres s’ils savaient où elle était, mais, non, personne ne savait où se trouvait Émilie.

J’ai fait le tour du club puis je suis sortie, mais il n’y avait aucune trace d’elle parmi les gens qui grillaient des cigarettes sur le trottoir.

Ben voyons.

J’ai pris mon cellulaire et l’ai appelée. Elle n’a pas répondu. Qu’est-ce qui se passait? Ça n’avait pas de sens qu’Émilie disparaisse comme ça. On sortait souvent ensemble et on ne partait jamais sans aviser les autres, sans dire « bye ». Même saoules, on ne faisait pas ça.

Je l’ai rappelée. Cette fois, elle a répondu. « Émilie, t’es où? Je te cherche depuis tantôt! »

Sa voix était bizarre : « Lili? Je ne sais pas où je suis… Je ne me sens pas bien. » Je me suis énervée. « Comment ça, tu ne sais pas où tu es? Ça veut dire quoi? » Je l’ai entendue demander à quelqu’un d’autre : « On est où? », puis la ligne a été coupée.

Je n’en revenais pas. Je l’ai rappelée. Ça a répondu, mais à nouveau, ça a raccroché, sans que je n’aie le temps de dire quoi que ce soit. J’ai téléphoné encore, mais cette fois, je suis tombée sur sa boîte vocale.

Mon sang n’a fait qu’un tour. J’étais toute seule au milieu de la rue, à 2 h du matin, mon amie avait quitté le club avec un inconnu – j’ignorais dans quelles circonstances – alors qu’elle était en état d’ébriété. Pire, elle ne se sentait pas bien et elle ne savait pas elle-même où elle se trouvait. J’étais tétanisée. Est-ce qu’Émilie était en train de se faire agresser, à l’instant même?

Je me suis mise à la rappeler frénétiquement, pendant 5, 10, 15 minutes. J’ai finalement réussi à la ravoir au bout du fil. De peine et de misère, elle a fini par m’expliquer qu’elle se trouvait dans une salle de bain, qu’elle était toute nue et qu’elle ne savait pas pourquoi. Je lui ai donné des indications précises : demander au gars avec qui elle était de lui dire où ils se trouvaient et de me donner l’adresse. Elle se trouvait dans une chambre d’hôtel.

Je suis allée chercher deux autres amis en renfort, Jérémie et Roxane, et on a sauté dans un taxi.

Arrivés à destination, nous avons cogné à la porte de la chambre. C’est l’homme que j’avais aperçu au club qui a répondu, à poil. Il parlait anglais. Je lui ai dit qu’on venait chercher notre amie. Il a voulu refermer la porte, mais on l’en a empêché. Je me suis faufilée directement à la salle de bain pour trouver Émilie qui était là, nue, l’air hagard. Je l’ai aidée à se rhabiller, pendant que, dans la chambre, Roxane, déchaînée, engueulait le gars. « You’re an asshole! You know that? You’re a loser! ». Étonnamment, il avait une attitude presque piteuse en tentant de se défendre. « Yes, I know. » Il voulait s’expliquer : il était Américain, il était de passage à Montréal, en voyage, et il voulait juste «  have a little fun ». Ses raisons n’apaisaient pas Roxane, qui continuait de lui crier ses quatre vérités. Émilie a fini de s’habiller et on est parti.

Que s’était-il passé? Émilie l’ignorait. Elle était dans un drôle d’état, elle voulait juste aller se coucher.

Le lendemain, elle ne se souvenait toujours pas de ce qui s’était passé ce soir-là. Le gars l’avait-il agressée? Était-elle en mesure de consentir à une relation sexuelle à ce moment-là? Est-ce qu’elle avait ingurgité du GHB, la drogue du viol, ou est-ce que l’alcool était la substance responsable de sa perte de conscience?

On ne le saura jamais, je crois.

Alcool et consentement

C’est cette soirée qui m’est automatiquement revenue en tête quand je suis tombée sur la pétition déposée à l’Assemblée nationale du Québec pour réclamer une campagne de sensibilisation sur la notion de consentement lorsqu’il y a consommation d’alcool.

La pétition, lancée par quatre amies, réclame la mise en place d’une large campagne de sensibilisation intitulée « Alcool ≠ Consentement ».

« C’est une cause qu’on trouve importante, surtout avec le mouvement #agressionnondénoncée qui a eu lieu récemment », m’explique Kharoll-Ann Souffrant, une intervenante sociale à l’origine de la pétition. « Il y a un grand flou autour de la notion de consentement sexuel pour beaucoup de gens », observe-t-elle.

En s’inspirant des mises en garde sur les paquets de cigarettes, les quatre femmes demandent au gouvernement du Québec d’obliger les fabricants d’alcool à inscrire « Alcool ≠ Consentement » sur leurs bouteilles et réclament que les commerces possédant un permis d’alcool inscrivent ce même message en marquage photoluminescent dans leur bar ainsi que dans les toilettes.

Je ne sais pas si cette pétition a des chances d’avoir des suites. Pour l’instant, elle compte un peu plus de 200 noms. Ce que je trouve intéressant, toutefois, c’est que, pour une fois, le message est renversé.

C’est-à-dire que, jusqu’ici, on a généralement parlé de la problématique de l’alcool et du viol en se souciant surtout de mettre en garde les femmes contre les « dangers » de l’alcool. L’année dernière, par exemple, après une série d’agressions sexuelles dans des taxis, un porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal avait conseillé aux femmes de limiter leur consommation d’alcool et de « rester en contrôle ».

J’ai souvent entendu des recommandations du même type, et j’ai même déjà vu, dans les toilettes d’un bar, une affiche signée par la direction de l’établissement qui donnait toute une liste de directives aux femmes pour éviter d’être agressées.

En parallèle avec ces messages, cependant, on est fréquemment exposés à des publicités qui associent le corps et la disponibilité sexuelle des femmes à l’alcool.

Publicité de la SAQ comparant la poitrine d’une femme à une coupe de vin.

Sur cette bouteille de Bud light, on peut lire : « Retirez le mot « non » de votre vocabulaire pour la soirée. #PartantPourN’importeQuoi ». Accusée de propager la culture du viol, la compagnie s’est excusée devant la contestation.

Un double discours est donc propagé où, d’une part, on laisse entendre que le corps des femmes est à la disposition de qui le veut dans les contextes où l’alcool coule à flots et, en même temps, on dit aux femmes de faire attention de ne pas se faire violer dans ces mêmes contextes. Trouver l’erreur.

Après le mouvement #agressionnondénoncée, plusieurs personnes se demandaient ce que cela pouvait bien changer, concrètement. Kharoll-Ann et ses amies, elles, ont tiré leurs conclusions et demandent des actions pour qu’au lieu d’enseigner aux femmes comment ne pas se faire violer, on se mette plutôt à envoyer comme message que le sexe sans consentement n’est tout simplement pas une option. Que, peu importe le contexte, peu importe le facteur « alcool », s’il n’y a pas d’accord actif et éclairé, il n’y a pas de « little fun ».

 

* Les noms des personnes ont été changés pour préserver leur anonymat.

Istock

Il existe un assez large consensus au sein de la communauté gaie et de la société en général voulant que l’homosexualité ne soit pas un choix. On naît homosexuels, de la même façon qu’on naît hétérosexuel. Mais l’éditorialiste et militante britannique Julie Bindel n’y croit pas.

Julie Bindel a décidé d’être lesbienne. C’est du moins ce qu’elle proclame dans une vidéo publiée sur le site britannique du Guardian. Son orientation sexuelle ne lui a pas été imposée par la biologie. C’est un choix, dans la mesure où « l’attirance sexuelle dérive d’occasions, du hasard, ou de la curiosité », affirme-t-elle.

« Est-ce envisageable que les homosexuels fassent le choix, de manière positive, de rejeter l’hétérosexualité et de changer de côté? Bien sûr que oui! » lance l’éditorialiste, qui critique la conception « essentialiste » de l’homosexualité.

Sa position peut surprendre, puisque la théorie voulant que l’homosexualité soit une condition génétique rencontre généralement peu d’opposition, sinon de la part de groupes voulant nier la légitimité de cette sexualité (des groupes religieux, par exemple).

Pourtant, les preuves scientifiques de l’existence d’un gène homosexuel se font toujours attendre. Des études présentent bien un lien entre l’homosexualité et la biologie, mais elles sont critiquées et leurs conclusions restent encore à valider. Selon Mme Bindel, les arguments scientifiques « ne tiennent pas la route ».

Sa théorie à elle fait cependant grincer des dents plusieurs homosexuels, qui affirment que leur orientation n’a jamais été une option.

Ces derniers considèrent souvent que ceux qui disent avoir choisi d’être homosexuels ne sont pas de « vrais gais » et qu’ils ne font que des expérimentations, dit Mme Bindel.

C’est que l’idée de l’homosexualité comme résultant d’un choix fait peur, ajoute-t-elle. Si on plaide que c’est une décision, alors ceux qui défendent une logique oppressive et qui veulent imposer aux autres des modes de vie précis ont plus de « poigne » pour rétorquer que si les gais vivent de la discrimination et de la marginalisation, c’est tant pis pour eux. Qu’ils ont choisi leur sort et que, s’ils sont malheureux, ils n’ont qu’à se conformer à l’hétérosexualité.

Comme Mme Bindel, la chroniqueuse Judith Lussier est lesbienne et elle écrit souvent sur les questions liées à la communauté LGBT. Comme elle, elle pense que l’argument selon lequel l’homosexualité ne relève pas d’un choix sert souvent de stratégie pour défendre les droits des homosexuels ‒ mais que ce n’est pas forcément la meilleure stratégie.

Cette idée que l’homosexualité est une condition à laquelle on ne peut rien changer, « comme si c’était un handicap », permet de plaider que si on brime les droits des homosexuels, « c’est cruel, parce qu’ils ne sont que des victimes de la nature », dit Judith Lussier. Mais, en même temps, cet argument a des conséquences, puisqu’il laisse sous-entendre que l’homosexualité n’est acceptable que si c’est une situation inévitable.

Un gène pour mettre fin à l’homophobie?

Certains croient que si les chercheurs arrivaient à trouver le gène de l’homosexualité, cela mettrait un terme à l’homophobie. Pourtant, « ce n’est pas parce qu’on sait que c’est la génétique qui détermine la couleur de la peau que le racisme n’existe plus, et le sexisme existe, même si on sait que le sexe est déterminé par la génétique », fait valoir Julie Bindel.

Du côté du Conseil québécois LGBT, ce que la directrice de l’organisme Audrey Gauthier retient du message de Mme Bindel, c’est qu’elle prône l’idée d’embrasser fièrement son orientation sexuelle et de ne pas chercher à s’en excuser en affirmant que « ce n’est pas ma faute, je suis née comme ça ».

Peut-être qu’un jour, on décèlera hors de tout doute un gène de l’homosexualité. Il est aussi possible que cela n’arrive pas. Mais, en tant que société, il est peut-être temps de passer à une autre étape vers la reconnaissance totale des différentes orientations sexuelles, et de ne plus la rendre tributaire d’une microscopique séquence d’ADN…

Tout le monde tout nu

Mardi 21 avril 2015 à 22 h 50 | | Pour me joindre

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Game of Thrones

Les fans parmi vous le savez déjà : Game of Thrones est de retour. Et tandis que la très populaire fantaisie médiévale reprenait d’assaut les écrans ce mois-ci,  l’actrice américaine Anna Kendrick, admiratrice de la série, a réclamé sur Twitter de voir cette saison-ci le pénis de l’acteur néerlandais Michiel Huisman :

Game of Thrones, est réputée pour sa propension à montrer beaucoup de nudité – surtout féminine. Mais des femmes hétéros, comme Anna Kendrick, veulent elles aussi se rincer l’œil. L’année dernière, une actrice de Game of Thrones, Natalie Dormer, avait elle aussi demandé que ses collègues masculins soient plus souvent dénudés.

Les auteurs de la saga ont réalisé son souhait puisque plus de personnages masculins ont effectivement été vus déshabillés depuis, entre deux combats à l’épée.

En fait, depuis quelque temps, la nudité masculine a pris plus de place à l’écran, à côté de celle des femmes.

Jusqu’à tout récemment, le corps dévêtu des hommes était surtout montré dans des contextes humoristiques ou mélodramatiques, remarque la professeure en cinéma à l’Université des arts de Philadelphie Maria San Filippo. Historiquement, le sexe masculin a rarement été exposé au cinéma, exception faite des films pornographiques, observe-t-elle.

Toutefois, des pénis dévoilés à l’écran, ces derniers temps, dans des émissions comme Girls et Top of the Lake, dit-elle, ont défié le tabou de la nudité masculine. Les scènes où des pénis apparaissaient ne cherchent ni à faire rire le public ni à émasculer le personnage nu. Le pénis était simplement là de manière neutre, naturelle.

Par contre, l’arrivée de ce « jeune premier » sur les écrans ne plaît pas à tout le monde. Déjà en 2012, dans Vanity Fair, le journaliste James Wolcott parlait de l’apparition de plusieurs pénis dans des œuvres de fictions et il associait – sans une once d’ironie – ces exhibitions au déclin de l’empire américain.

De plus, il arrive souvent que des vedettes masculines qui misent énormément sur leur corps et sur leur charme soient ridiculisées (je pense par exemple à Justin Bieber, ou à Enrique Iglesias, qui a inspiré un personnage complètement burlesque au duo humoristique Les Grandes Gueules)… On dirait qu’il y a une certaine forme de résistance devant l’érotisation du corps de l’homme et que l’humour est utilisé pour désamorcer toute tension sexuelle.

Justin Bieber participant à un défilé de mode.

Un corps d’homme nu est-il sexy?

Quand, dans Google, je fais une recherche d’images avec le mot « sexy ». Je tombe sur une pléthore de photos de femmes aux vêtements suggestifs. Toutefois, les hommes « sexualisés » , eux, se font rares. Très rares.  Le mot « sexy » est-il donc réservé à la gent féminine?

En outre, est-ce que tous les hommes ont vraiment en horreur l’idée que leur corps soit sexualisé? Je n’ai pas cette impression. Lorsque je parle de sexualisation du corps des femmes avec des hommes hétéros de mon âge, il arrive souvent que ceux-ci me répondent qu’ils aimeraient bien, en fait, que leur corps soit sexualisé, pour qu’il puisse exciter davantage les femmes. De la même manière que le corps féminin les excite, eux.

L’arrivée du pénis à l’écran viendra peut-être leur donner un coup de main. Pour en revenir à Game of Thrones, en attendant de voir si les créateurs de la série accèdent à la demande d’Anna Kendrick concernant le pénis de Michiel Huisman, certaines photos de l’acteur pourraient quand même l’aider à patienter.

Photo : Istock (montage)

Les gens qui aiment les grilled cheese ont plus de rapports sexuels. C’est du moins ce qu’ont affirmé plusieurs médias ces derniers jours.

Selon les statistiques citées, 73 % des amateurs de ce type de sandwich ont eu au moins un rapport sexuel au cours du dernier mois (comparativement à 63 % de ceux qui n’en mangent pas) et 32 % des amateurs ont eu des rapports sexuels au moins six fois par mois, alors que seulement 27 % des gens qui n’aiment pas ce sandwich ont eu autant de relations sexuelles.

« C’est une étude qui le dit! », ont clamé certains. Sauf que non. Il s’agit des résultats d’un sondage réalisé par le réseau social / site de rencontres Skout, pour la Journée nationale du grilled cheese, apparemment fixée au 12 avril. On n’est pas dans le registre de la science.

Par ailleurs, si l’on observe les résultats de ce sondage, on constate qu’énormément de gens aiment ce sandwich (86 % des sondés ont répondu qu’ils aimaient ça), ce qui veut dire que cette préférence est assez banale. Maintenant, j’aimerais souligner qu’avoir au moins un rapport sexuel par mois, voir six fois par mois, c’est une fréquence pas mal normale.

Or, c’est plutôt facile de faire corréler deux choses normales. Je pourrais sûrement, par exemple, réaliser un sondage qui montrerait que les gens qui utilisent des ordinateurs PC se brossent les dents au moins une fois par jour.

Néanmoins, par réflexe, en lisant les résultats du sondage de Skout, on pourrait conclure que les gens qui aiment les sandwichs aux fromages aiment particulièrement beaucoup le sexe. On pourrait même croire que si l’on veut plus de rapports sexuels, on devrait se mettre à en manger davantage…

Juste pour s’amuser, voici d’autres choses qui ont récemment été associées à une vie sexuelle plus satisfaisante :

Je ne dis pas que tous ces liens sont forcément erronés, seulement qu’il faut se méfier des associations (parfois rocambolesques) avant d’analyser notre vie sexuelle à la lumière de ces informations ou même d’y voir des « conseils » sexuels.

Mais tant mieux pour vous si ça flatte votre ego parce que vous êtes des marathoniens bedonnants avec de longs index qui mangent des grilled cheese en regardant de la porno (ou pas).

Le pouvoir magique de la vulve

Mardi 31 mars 2015 à 8 h 23 | | Pour me joindre

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Dessin : Sophie B.

Sarah G, Sara H et Sophie B ont découvert le pouvoir magique de leur vulve pendant l’enfance. Sarah G se caressait en fantasmant sur Jésus. Sara H, elle, se frottait contre son toutou lapine baptisé Rosie la frotteuse. Quant à Sophie B, elle se masturbait pendant les siestes à la garderie.

Aujourd’hui, les trois femmes veulent jeter un meilleur éclairage sur la masturbation féminine. Je les ai rencontrées autour d’une bière pour qu’elles me parlent de leur projet Caresses magiques, qu’elles ont lancé pour parler de masturbation avec réalisme et sans complexes.

« Au parc, j’avais expérimenté des sensations agréables quand je m’amusais sur les balançoires à deux, les kabooms. […] On aurait dit que ma vulve réagissait à la gravité. »
- Sarah G, dans Caresses magiques

Caresses magiques est d’abord un fanzine, c’est-à-dire une publication indépendante inspirée de la philosophie DIY (Do It Yourself, en français : faites-le vous-même), qui regroupe les témoignages de Sarah G, de Sara H et de Sophie B sur leurs découvertes sexuelles. C’est ensuite devenu un site web pour appeler d’autres femmes à raconter la découverte de leur corps et de leurs désirs en solo.

« Dans mon imaginaire auto-érotique, je respecte les étapes propres au schéma narratif du porno, je viens quand l’homme du scénario qui se déroule dans ma tête éjacule. Ma vulve devient sa queue le temps d’une crossette.  »
- Sara H, dans Caresses magiques

L’idée de Caresses magiques leur est venue à l’époque où Sarah G et Sara H animaient une émission de radio sur la sexualité sur les ondes de CISM. Elles ont réalisé que le thème de la masturbation revenait très souvent dans leurs discussions et que lorsqu’elles abordaient  ce sujet, d’autres femmes venaient se confier à elles pour parler de leurs propres expériences et questionnements. Plus tard, elles ont rencontré Sophie, une étudiante en sexologie et jeune bédéiste qui s’est jointe au projet.

Extrait de l’histoire de Sophie B dans Caresses magiques.

Ce qui frappe dans le ton de leurs témoignages personnels (qu’on peut déjà lire sur leur site web), c’est que les filles laissent tomber à la fois l’érotisme et la pudeur pour ne laisser place qu’à la confidence désinhibée.

Elles semblent aussi être des livres ouverts dans la vie.

Sara H, par exemple, ne prend pas de gants blancs pour me dire qu’à 30 ans, elle a de la difficulté à avoir un orgasme lors d’une relation sexuelle avec un partenaire, même si ce n’est pas un problème lorsqu’elle se masturbe. Elle m’assure qu’elle n’est pas seule dans cette situation : « Il y a plein de filles que je connais, qui ont 25-30 ans, qui n’arrivent pas à venir en couple. »

« On parle de sexualité partout, poursuit Sara, mais la sexualité de chacun, elle ressemble à quoi? Est-ce qu’on est satisfaites? »

Et plus encore : est-ce qu’on est normales?

« J’imagine que je trouvais ça légitime de fantasmer sur Jésus, c’était comme un compromis entre mes pulsions sexuelles et ma volonté de rester une bonne petite fille catholique. [Aujourd’hui], j’ai officiellement cassé avec Jésus, mais j’avoue cultiver un petit faible pour les grands gars, minces, frisés et humanistes. »
- Sarah G, dans Caresses magiques

Sara H, Sarah G et Sophie B sont toutes nées dans l’ère postrévolution sexuelle. Néanmoins, leur apprentissage de la sexualité les a laissées sur leur faim.

En discutant entre elles, elles ont constaté qu’elles avaient toutes trois des quêtes personnelles un peu parallèles.

« Ce qu’il y a de commun avec nos histoires, c’est que nous avons une certaine angoisse reliée à la sexualité dans l’enfance. Le sentiment de ne pas avoir été normale. Moi, par exemple, j’essayais de trouver des modèles qui me ressemblaient, et  je n’en ai pas trouvé avant d’être majeure. Donc, ça m’a vraiment pris du temps avant d’avoir l’impression d’être normale », m’explique Sophie, 23 ans.

Extrait de l’histoire de Sophie B dans Caresses magiques.

Beaucoup de femmes n’osent pas parler de masturbation si on ne leur « ouvre pas la porte », estime Sarah G. « C’est notre jardin secret, mais on reste des fois avec nos questions », observe-t-elle. La plateforme qu’elles lancent, idéalement, permettra aux femmes de se reconnaître à travers les différentes expériences de chacune. En fait, elle pourrait aussi rendre service aux hommes qui aimeraient avoir plus d’informations sur la sexualité féminine en solo, croient-elles.

À celles qui auraient envie de participer, c’est ici.

Stefania Ferrario (Instagram)

Je vous présente Stefania Ferrario, une mannequin australienne de 21 ans. Stefania a récemment publié cette photo d’elle en ligne pour dénoncer le fait qu’elle est souvent considérée comme une taille forte et qu’elle ne trouve pas cela tout à fait sain.

« Malheureusement, dans l’industrie de la mode, si tu portes plus que la taille 4, tu es considérée comme une taille forte. Donc, je suis souvent étiquetée ainsi. Je ne trouve pas que cela soit bon pour l’épanouissement des femmes».

Ce n’est pas la première fois qu’on qualifie de taille forte une mannequin qui a l’air d’avoir un indice de masse corporelle parfaitement normal…

Le mannequin Robyn Lawley dans le magazine masculin GQ.

La mannequin Alex LaRosa qui s’autoproclame « mannequin visiblement de taille forte », observe même que parfois, les mannequins dans les vitrines des boutiques pour tailles fortes portent des tailles 8, 10 ou 12, « alors que la boutique n’offre même pas des tailles inférieures à du 14 ».

Depuis quelques années, on parle beaucoup de l’importance de représenter les femmes de manière plus fidèle à la réalité, de manière à mieux refléter la diversité des corps. Plus tôt ce mois-ci, le magazine Clin d’œil a annoncé qu’il ne ferait plus de retouches sur ses photos et qu’il embaucherait pour ses photos éditoriales des mannequins aux physiques variés.

Toutefois, il semble que, lorsque l’industrie de la mode tente d’appliquer le principe de la diversité, elle autorise les mannequins « hors norme » à ne déroger, en fait, que bien peu du modèle idéal. Même quand les femmes photographiées sont très rondes.

« Pour marquer notre 35e anniversaire et notre nouveau positionnement, on va faire un concours de mannequins pour toutes les silhouettes », confiait au début du mois l’éditrice en chef de TVA Publications, Lucie Dumas, au Journal de Montréal à propos de la nouvelle philosophie de Clin d’œil. « Ainsi, la gagnante de cette année pourrait être une taille plus, une femme de 5 pi 5 po ou encore une femme de 30 ans, ce qui est considéré comme une personne âgée dans le milieu de la mode. »

Je ne dis pas que la démarche est mauvaise. Mais, si on continue de considérer les femmes grosses comme Stefania comme des silhouettes « taille plus » et qu’on se félicite d’envisager de faire d’une vieille  sorcière de 30 ans la lauréate d’un concours de beauté, on reste dans la même logique .

D’ailleurs, les mannequins qui ne sont pas maigres incarnent-elles vraiment la diversité? D’une certaine manière, oui, puisque dans le monde de la mode, on part de zéro. Mais par rapport à la réalité?

Voici les visages de quelques mannequins considérées comme des tailles fortes :

Ashley Graham, Justine Legault, Anita Marshall et Tara Lynn.

Représentent-elles bien la femme moyenne, avec leur peau parfaitement lisse, leur teint lumineux, leur tout petit nez, leurs lèvres pulpeuses entrouvertes et leur chevelure scintillante?

N’y a-t-il pas quelque chose de pernicieux dans le fait de présenter comme « standards » et « normales » des femmes dont l’apparence physique correspond encore de si près à presque tous les critères de beauté?

C’est comme si on disait : O.K., les filles, vous pouvez être toutounes, à condition que les traits de votre visage soit tous super harmonieux, que votre dentition soit impeccable, que vous ayez entre 18 et 29 ans, que vous ayez l’air super à l’aise sur des talons de 6 pouces, que vous maîtrisiez l’art d’entrouvrir sensuellement la bouche quand vous prenez la pause et que vos cheveux brillent de mille feux.

Si vous correspondez à presque tous les standards de beauté classiques, vous aurez droit à un défaut. Mais juste un.

Puis, voilà, on change une seule variable dans un monde autrement parfaitement homogène et on a l’impression d’une grande diversité, tout à coup.

Ce que l’on n’est pas censé dire à propos des mannequins de taille forte, c’est qu’elles sont encore trop belles. C’est qu’elles ne sont pas là pour vous faire sentir bien dans votre peau. Qu’elles sont là, comme les mannequins standards, pour attirer l’attention sur un produit, faire rêver de lui et le faire acheter.

Mais faut-il condamner les magazines féminins? Ils sont loin d’être les seuls à diffuser les photographies de corps et de visages féminins idéalisés. On les pointe du doigt, mais ces images ne sont pas confinées à leurs pages. Elles figurent notamment dans les magazines masculins et même dans les émissions pour enfants.

Je ne dis pas que les médias comme Clin d’œil qui s’engagent à montrer plus de diversité ont tort ou que leur démarche est vaine. Au contraire, montrer des corps différents, c’est déjà reconnaître que cela existe et peut-être qu’effectivement, cela limite un peu les dégâts sur l’estime de soi du public féminin. Mais est-ce que cela viendra à bout de la vision négative qu’ont les femmes de leur apparence physique?

Est-ce qu’un média ou une personnalité qui signe la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée célèbre nécessairement la différence? On peut émettre quelques doutes quand on sait que Jean Airoldi l’a signée et que le concept de ses émissions repose sur le fait de sélectionner des femmes qui ne correspondent pas à l’idéal de beauté et de les faire s’y conformer le plus possible.

Le problème, c’est que même si on dit aux femmes qu’elles peuvent être séduisantes en ayant des bourrelets ou si elles ont 30 ans, ce qu’on leur dit en même temps, c’est que leur apparence physique continue de compter énormément dans notre façon de les juger. On leur donne un petit peu de latitude pour leur permettre de ne pas être parfaitement « parfaites », mais on leur souffle toujours à l’oreille qu’une femme doit être séduisante. Et que même si elles ne correspondent pas aux standards, il faut qu’elles continuent d’essayer très fort.

Que faire pour permettre aux femmes de cesser d’entretenir une image négative de leur corps? Mon hypothèse, c’est que collectivement, il faudrait que nous cessions de faire une obsession de leurs corps. Et pour cela, ce n’est pas forcément de splendides mannequins de taille forte sexualisées dont on a besoin, mais de plus de femmes que l’on valorise pour d’autres raisons que leur physique. Des femmes auxquelles on accorde notre attention non pas parce qu’elles sont belles, ni parce qu’on se sent bien quand on regarde leurs bourrelets, mais parce qu’on s’intéresse à ce qu’elles ont à dire. C’est de cela qu’on aurait davantage besoin, pas de femmes immortalisées en 2D sur du papier glacé, la bouche entrouverte, et qui, pourtant, ne disent jamais un mot.

Istock

Cette semaine, en Thaïlande, le gouvernement militaire a averti les femmes que, si elles publiaient des photos du dessous de leurs seins sur Internet, elles risquaient la prison.

Le gouvernement thaïlandais veut mettre un terme à la mode qui consiste pour les femmes et les lady boys (surnom donné aux transsexuels thaïlandais) à publier sur les réseaux sociaux des photos de leurs seins avec le chandail relevé jusque sous les mamelons.

Le ministère de la Culture thaïlandais a déclaré que la diffusion de telles images contrevenait à la Loi sur les crimes informatiques de 2007, qui interdit la publication de « tout contenu obscène accessible au public » ou de tout contenu qui peut « causer de la panique ». Le ministre de la Culture, Anandha Chouchoti, reconnaît toutefois qu’il est difficile d’identifier les contrevenantes, puisqu’on ne voit pas leur visage sur les photos.

Une photo d’« underboobs » sur Twitter.

Le gouvernement thaïlandais est souvent accusé de faire de zèle sur le plan de la censure, souligne l’agence de presse Reuters, qui rapporte la nouvelle. Toutefois, si on compare cet événement à ce qui se fait en Occident, on n’est quand même pas tout à fait loin de la philosophie de Bangkok.

Facebook, qui vient justement de mettre à jour sa politique de censure, continue d’interdire la publication de photos montrant des seins de femmes « si on voit les mamelons ». Pendant ce temps, on ne parle jamais des mamelons des hommes.

Comme quoi, qu’on soit en Thaïlande ou en Amérique du Nord, lorsqu’il est question de censure des seins, l’arbitraire règne.

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