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Sexe et thé : l’analogie du siècle pour comprendre le consentement

jeudi 14 mai 2015 à 16 h 29 | | Pour me joindre

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sexe et the

Le consentement sexuel n’est pas sorcier.

Depuis quelques mois, une analogie circule en ligne, en anglais, pour faire comprendre à quel point c’est simple. J’ai envie de la traduire maintenant, parce que selon un sondage réalisé en ligne par la Fondation canadienne des femmes, deux Canadiens sur trois ne comprennent pas bien de quoi il s’agit.

La majorité des gens ignorent, par exemple, que le consentement sexuel peut être retiré à tout moment.

Voici donc l’analogie du siècle pour parler de consentement :

Imaginons qu’au lieu de parler de sexe, on parle de thé. Au lieu d’entreprendre un rapprochement sexuel, vous lancez une invitation pour boire du thé.

Si vous offrez du thé à une personne et qu’elle vous répond : « Oh mon Dieu! Quelle super bonne idée! Oui, j’en ai envie! », cela vous indique alors qu’elle consent à boire du thé avec vous.

Maintenant, imaginons qu’elle vous réponde : « Hum. Je ne sais pas. Peut-être. »

Vous pouvez aller faire bouillir de l’eau si vous le désirez, mais si elle décide que, finalement, elle ne veut pas boire de thé, c’est son droit. Vous pouvez être déçu parce que vous avez fait bouillir de l’eau et que vous espériez qu’elle en prendrait, mais elle ne vous doit rien. Même si vous avez préparé du thé, vous n’êtes pas en droit d’exiger qu’elle boive ce thé.

En fait, même si elle a répondu oui au départ, elle peut à tout moment changer d’idée.

Par ailleurs, si la personne avec qui vous voulez boire du thé est inconsciente, ne versez pas de thé dans sa gorge. Les personnes inconscientes ne veulent pas boire de thé.

Si la personne était consciente quand vous lui avez offert du thé, puis qu’elle a perdu connaissance pendant que vous étiez en train de faire bouillir l’eau, déposez votre bouilloire, assurez-vous que la personne inconsciente est en sécurité, et – c’est bien important – ne lui faites pas boire de thé.

Si la personne a accepté de boire du thé et qu’elle a perdu connaissance pendant qu’elle buvait, c’est la même chose, elle doit arrêter de boire du thé : vous ne devez donc pas lui verser du thé dans la gorge.

Si une personne a accepté de boire du thé avec vous hier, cela ne veut pas dire qu’elle désire boire du thé avec vous ce soir. Vous ne pouvez pas la forcer en lui disant : « Pourtant, tu voulais boire du thé hier! »  Vous ne pouvez pas vous rendre chez elle pour la forcer à boire du thé, vous ne pouvez pas la réveiller quand elle dort en lui versant du thé dans la gorge.

***

Avouez que, vu comme ça, c’est facile de faire la différence entre quelqu’un qui consent et quelqu’un qui ne consent pas.

L’analogie n’est pas parfaite, mais elle résume bien l’idée. J’aimerais moi-même ajouter quelques exemples pour la compléter :

Si vous offrez du thé à une personne et qu’elle fige, il ne faut pas en profiter pour lui verser du thé dans la gorge pendant qu’elle ne bouge pas. Demandez-lui plutôt ce qui se passe.

Il est possible que la personne que vous avez invitée à boire du thé aime seulement le thé chai. Si vous voulez lui faire boire une autre sorte de thé, par exemple, du thé vert, et qu’elle ne sait pas si elle aime cette sorte de thé, elle n’est pas obligée de l’essayer. Peut-être qu’elle voudra y goûter, se rendra compte qu’elle n’aime pas ça, et c’est tout. Vous ne pouvez pas la forcer à boire du thé vert si elle veut du thé chai ou rien. Ce n’est tout simplement pas sa tasse de thé. Vous ne devez pas l’insulter, la harceler ou tenter de la manipuler pour la faire boire du thé vert.

Si une personne accepte de boire du thé avec votre voisin, elle n’est pas tenue de boire du thé avec vous.

Si une personne porte une jupe avec des motifs de tasses de thé, ceci ne vous autorise aucunement à la forcer à boire du thé.

Vous ne pouvez pas obliger une personne avec qui vous êtes en couple à boire du thé si elle n’en a pas envie.

Finalement, si une personne ne dit pas à voix haute « Je ne veux plus de thé », mais qu’elle grimace, qu’elle s’étouffe, qu’elle a l’air d’avoir mal, qu’elle repousse sa tasse, ce sont des indications que la personne ne veut plus de thé. Ne la forcez pas à reprendre sa tasse. Si vous n’êtes pas certain d’avoir bien compris ses signes non verbaux, il existe une procédure toute simple pour éliminer la confusion :

  1. Posez-lui la question.
  2. Écoutez la réponse.

Pour plus informations sur le consentement sexuel :
– L’âge de consentement aux activités sexuelles
– L’agresseur sympathique et les fausses victimes