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« Je suis lesbienne, mais je ne suis pas née comme ça »

jeudi 30 avril 2015 à 21 h 01 | | Pour me joindre

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Il existe un assez large consensus au sein de la communauté gaie et de la société en général voulant que l’homosexualité ne soit pas un choix. On naît homosexuels, de la même façon qu’on naît hétérosexuel. Mais l’éditorialiste et militante britannique Julie Bindel n’y croit pas.

Julie Bindel a décidé d’être lesbienne. C’est du moins ce qu’elle proclame dans une vidéo publiée sur le site britannique du Guardian. Son orientation sexuelle ne lui a pas été imposée par la biologie. C’est un choix, dans la mesure où « l’attirance sexuelle dérive d’occasions, du hasard, ou de la curiosité », affirme-t-elle.

« Est-ce envisageable que les homosexuels fassent le choix, de manière positive, de rejeter l’hétérosexualité et de changer de côté? Bien sûr que oui! » lance l’éditorialiste, qui critique la conception « essentialiste » de l’homosexualité.

Sa position peut surprendre, puisque la théorie voulant que l’homosexualité soit une condition génétique rencontre généralement peu d’opposition, sinon de la part de groupes voulant nier la légitimité de cette sexualité (des groupes religieux, par exemple).

Pourtant, les preuves scientifiques de l’existence d’un gène homosexuel se font toujours attendre. Des études présentent bien un lien entre l’homosexualité et la biologie, mais elles sont critiquées et leurs conclusions restent encore à valider. Selon Mme Bindel, les arguments scientifiques « ne tiennent pas la route ».

Sa théorie à elle fait cependant grincer des dents plusieurs homosexuels, qui affirment que leur orientation n’a jamais été une option.

Ces derniers considèrent souvent que ceux qui disent avoir choisi d’être homosexuels ne sont pas de « vrais gais » et qu’ils ne font que des expérimentations, dit Mme Bindel.

C’est que l’idée de l’homosexualité comme résultant d’un choix fait peur, ajoute-t-elle. Si on plaide que c’est une décision, alors ceux qui défendent une logique oppressive et qui veulent imposer aux autres des modes de vie précis ont plus de « poigne » pour rétorquer que si les gais vivent de la discrimination et de la marginalisation, c’est tant pis pour eux. Qu’ils ont choisi leur sort et que, s’ils sont malheureux, ils n’ont qu’à se conformer à l’hétérosexualité.

Comme Mme Bindel, la chroniqueuse Judith Lussier est lesbienne et elle écrit souvent sur les questions liées à la communauté LGBT. Comme elle, elle pense que l’argument selon lequel l’homosexualité ne relève pas d’un choix sert souvent de stratégie pour défendre les droits des homosexuels ‒ mais que ce n’est pas forcément la meilleure stratégie.

Cette idée que l’homosexualité est une condition à laquelle on ne peut rien changer, « comme si c’était un handicap », permet de plaider que si on brime les droits des homosexuels, « c’est cruel, parce qu’ils ne sont que des victimes de la nature », dit Judith Lussier. Mais, en même temps, cet argument a des conséquences, puisqu’il laisse sous-entendre que l’homosexualité n’est acceptable que si c’est une situation inévitable.

Un gène pour mettre fin à l’homophobie?

Certains croient que si les chercheurs arrivaient à trouver le gène de l’homosexualité, cela mettrait un terme à l’homophobie. Pourtant, « ce n’est pas parce qu’on sait que c’est la génétique qui détermine la couleur de la peau que le racisme n’existe plus, et le sexisme existe, même si on sait que le sexe est déterminé par la génétique », fait valoir Julie Bindel.

Du côté du Conseil québécois LGBT, ce que la directrice de l’organisme Audrey Gauthier retient du message de Mme Bindel, c’est qu’elle prône l’idée d’embrasser fièrement son orientation sexuelle et de ne pas chercher à s’en excuser en affirmant que « ce n’est pas ma faute, je suis née comme ça ».

Peut-être qu’un jour, on décèlera hors de tout doute un gène de l’homosexualité. Il est aussi possible que cela n’arrive pas. Mais, en tant que société, il est peut-être temps de passer à une autre étape vers la reconnaissance totale des différentes orientations sexuelles, et de ne plus la rendre tributaire d’une microscopique séquence d’ADN…