Blogue de Lili Boisvert

Forniquer au Québec quand on vient d’ailleurs

mercredi 7 mai 2014 à 11 h 10 | | Pour me joindre

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Notre façon de vivre la sexualité n’est pas universelle. Il suffit d’aborder la question avec les gens venus d’ailleurs pour s’en rendre compte. Notre manière de séduire, notre manière de nous vêtir ou parfois juste notre manière de parler ouvertement de sexualité peut susciter des chocs culturels.

Qu’est-ce qui trouble les nouveaux arrivants? Qu’est-ce qui les surprend, ou nécessite des ajustements? J’ai discuté avec une dizaine d’entre eux pour recueillir leurs impressions. (Premier de deux textes sur l’immigration et la sexualité.)

Ça ne faisait pas très longtemps qu’elle était arrivée au Canada quand Fatima a accepté de danser avec un homme québécois dans une fête. Après quelques danses, il l’a sondée. « On va chez toi ou chez moi? » L’immigrante mexicaine était sous le choc. « J’ai dit : quoi! Mais non! On se connaît depuis une heure! »

Jonathan, un Français qui a fréquenté quelques Québécoises, constate lui aussi que le passage à l’acte « aboutit vite » de ce côté-ci de l’Atlantique. Les femmes québécoises se laisseraient moins longtemps désirer que les Françaises, selon son expérience personnelle.

Par contre, si les relations sexuelles arrivent rapidement, ce n’est pas le cas pour les relations amoureuses, a constaté le jeune Français. Après avoir rencontré une Québécoise, il s’étonnait que leur relation ne progresse pas. « Je me suis demandé s’il y avait quelque chose que je faisais qui n’était pas correct. J’en ai discuté avec la fille et elle m’a dit : non, non, c’est comme cela que ça se passe au Québec. »

Jonathan était perplexe. « En France, quand tu rencontres quelqu’un, tu peux avoir une ou deux dates, mais dès que tu embrasses l’autre, c’est que les deux personnes ont fait le choix de se donner une chance. Ici, au Québec, c’est un peu différent. »

« Tu peux, pendant une période de 2-3 mois, continuer de regarder à droite et à gauche et continuer à voir d’autres personnes jusqu’à ce que finalement, il y ait une discussion qui officialise la relation. »
– Jonathan

Un texte du site web français Rue89 traite aussi ce choc culturel vécu par les Français qui débarquent en Amérique du Nord. L’auteur parle de « polygamie » en expliquant que l’exclusivité ne devait pas être tenue pour acquise après des rapprochements sexuels en Amérique.

Marianne, Française elle aussi, apporte toutefois une précision : il y a bel et bien des aventures d’un soir en France. Mais il n’y a pas vraiment d’entre-deux, comme au Québec.

En France, lorsqu’on fréquente quelqu’un, « on se montre de l’intérêt dès le début », dit Marianne.

« On se voit régulièrement, on s’envoie des messages, on s’appelle, etc. Par contre, si on fait ça avec un Québécois après un ou deux dates, il prend peur et s’enfuit. »
– Marianne

Du côté des femmes aussi, l’approche serait différente pour les non-natifs. Car les Québécoises ont la réputation de ne pas avoir froid aux yeux lorsque vient le temps de prendre un amant.

La chasse galerie revisitée. Image : Lili Boisvert

En discutant avec ses amies québécoises, Evguenia, une femme d’origine russe, a effectivement cru comprendre que les femmes d’ici étaient très proactives dans la recherche d’un partenaire. Les Québécoises n’hésitent pas à montrer ce qu’elles ressentent et à faire les premiers pas, observe Evguenia.

Selon l’interprétation de José, un Mexicain, c’est que les Québécoises assument beaucoup plus leur libido que les femmes dans d’autres cultures. Selon son analyse, elles ne sont pas, comme les Mexicaines, coincées entre les exigences d’une société qui valorise leurs charmes tout en les dévalorisant, elles, lorsqu’elles l’utilisent.

Mais est-ce que les Québécoises sont réellement si hardies? Lorsqu’il était en France, Jonathan avait eu vent de cette réputation des Québécoises qui font des avances à des hommes passifs. « C’est vraiment l’image que l’on a », dit-il. Mais il a constaté sur place que ce n’était pas tout à fait juste. « En fait, c’est un petit peu comme en Europe. »

« Dans un bar, t’es pas là, au comptoir, à attendre que les femmes tombent sur toi. Il faut que tu fasses un effort. »
– Jonathan

L’image de la Québécoise qui prend les devants est « un peu tronquée », croit Jonathan. Le jeune Français a toutefois l’impression que le contact s’établit plus aisément avec les Québécoises, parce qu’elles sont « faciles d’approche ».

Une société ouverte

Selon la sexologue d’origine guatémaltèque Mélissa Garrido, les femmes québécoises ont beaucoup de pouvoir sur leur vie et leur sexualité. Une femme peut notamment choisir d’avoir (ou de ne pas avoir) une sexualité, à n’importe quel moment de sa vie. Alors qu’au Guatemala, une femme doit se marier vierge et doit ensuite s’assurer d’avoir des enfants. « Au Québec, on a la liberté de ne pas suivre un modèle préétabli. »

Cette liberté a probablement quelque chose à voir avec la Révolution tranquille et le rejet des dogmes religieux dans les années 1960. Depuis cette époque, le Québec est l’une des sociétés les plus ouvertes dans le monde en matière de sexualité, estime Mme Garrido.

Le sexologue d’origine chilienne Manuel Penafiel ajoute cependant un bémol. Même si la société québécoise est très ouverte à bien des égards à propos de la sexualité, elle peut aussi être répressive dans sa façon d’idéaliser les rapports sexuels en la contemplant avec la lorgnette de la pornographie, dit M. Penafiel. Parce que la pornographie est très influente en Amérique du Nord, la manière dont on conçoit la sexualité est souvent réduite à la génitalité, dit le sexologue. « Et ça aussi, c’est répressif. »

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Avec la collaboration de Fernando Garabito, journaliste au Pulso.