Blogue de Lili Boisvert

Angélique en enfer : l’intérieur des maisons closes

Dimanche 2 mars 2014 à 8 h 41 | | Pour me joindre

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Angélique / Dessin : Lili Boisvert

Ceci est une histoire réelle. Les illustrations sont inspirées des descriptions faites par Angélique, ex-prostituée.

Angélique, c’est un pseudonyme qu’elle utilise parce qu’elle est un peu paranoïaque.

Il y a quelques mois seulement, Angélique se prostituait. Mais son histoire avait commencé trois ans auparavant.

À 29 ans, après une rupture, la jeune mère de famille s’est retrouvée avec des dettes.

« J’ai coupé partout où je pouvais couper et j’ai tout fait pour essayer de m’en sortir. J’avais l’impression que, dès que je payais une dette, il y en avait une autre qui apparaissait. Ou c’était mon char qui pétait. »

Dessin : Lili Boisvert

À son travail, il y avait beaucoup d’hommes qui avaient beaucoup d’argent. Certains d’entre eux savaient qu’elle avait des problèmes financiers et ont commencé à lui faire des propositions.

« C’était tout le temps comme en joke, mais je savais que ce ne serait pas difficile. » 

Dessin : Lili Boisvert

Angélique a décidé de se lancer. Elle s’est dit qu’en faisant un gros coup d’argent en quelques mois seulement, elle pourrait reprendre une vie plus normale.

Elle a commencé à se prostituer « en douceur », en acceptant des offres de temps en temps avec des hommes qu’elle trouvait attirants. Elle s’est mise à répondre à de petites annonces, puis à en publier elle-même. Avant d’accepter une rencontre, cependant, elle demandait à voir une photo.

Mais les problèmes d’argent d’Angélique se sont soudainement aggravés, et elle a quitté son emploi pour pouvoir se prostituer plus d’une journée par semaine.

Image : Lili (texte inspiré d’annonces réelles)

Or, en augmentant la cadence, Angélique a dû se montrer moins sélective et accepter des offres qu’elle aurait refusées auparavant.

Un jour, elle est tombée sur un client fou. Il l’a violée, battue, il lui a « tout fait ».

Et pendant qu’il l’agressait, l’homme se parlait à lui-même. Il disait qu’il trouvait cela « dégueulasse de toucher à une pute ».

« Il était juste vraiment, vraiment fou. »

Dessin : Lili Boisvert

Après son agression, Angélique a été sous le choc quelques semaines, mais elle a continué à se prostituer. Elle avait toutefois des crises de panique avant de se rendre chez ses clients. Elle a donc décidé de se tourner vers les salons de massages érotiques pour être plus en sécurité. « Mais là, ça a commencé à déraper. »

1er salon de massage : le salon chic de banlieue

Propriétaire : une femme aux goûts de luxe
Coût d’entrée pour le client : 200 $
Retour à la prostituée sur ce montant : 90 $
Pourboire du client à la prostituée : de 10 $ à 70 $

À l’arrivée du client, les filles se présentent dans l’entrée et l’homme choisit la fille qu’il veut.

« C’était la grosse classe. Mais il n’y avait presque pas de clients parce que c’était tellement cher et strict. »

Dessin : Lili Boisvert

La propriétaire, tout en tentant de se montrer maternelle avec les filles, se plaignait que celles-ci ne faisaient pas entrer assez de clients. Elle leur disait aussi que, si elles s’étaient retrouvées dans son salon, c’était forcément parce qu’elles étaient des mésadaptées sociales, mais qu’elle les acceptait comme cela.

2e salon : les Don Juan de Laval

Propriétaires : deux hommes « charmants »
Coût d’entrée pour le client : 75 $
Retour à la prostituée sur ce montant : 45 $
Prix demandé par Angélique une fois dans la salle : 35 $
Nombre de clients par jour pour Angélique : 7 ou 8

Les deux propriétaires du salon faisaient du charme aux filles.

« Ils étaient tellement sympathiques que c’en était louche. Les plus jeunes de la place les trouvaient charmants et attirants. Puis elles auraient étaient prêtes à tout pour eux, presque. »

Dessin : Lili Boisvert

Dans ce salon situé à Laval, les filles devaient porter un sarrau comme les massothérapeutes professionnelles, en vertu du règlement de la Ville.

Lorsque les filles étaient embauchées, elles recevaient une formation pour répondre au téléphone et éviter d’attirer l’attention de la police.

3e salon : « Presque toutes les filles étaient gelées. »

Propriétaire : une ex-prostituée
Prix : déterminé dans la salle. Parfois, le client négocie.
Ville : Montréal

Dans ce salon bas de gamme, il y avait de l’alcool à profusion. Et des filles qui se faisaient une ligne de coke juste avant d’aller voir leur client. Angélique croit aussi qu’à cet endroit, deux des prostituées n’étaient pas majeures.

De plus, les filles proposaient aux clients des prix hyper bas sur lesquels Angélique refusait de s’ajuster. Elle faisait donc très peu d’argent.

« Les prostituées ont des nationalités différentes. Mais souvent, elles ne disent pas leur vraie nationalité parce que les salons veulent offrir une certaine variété aux clients. » 

Dessin : Lili Boisvert

Pour Angélique, les salons de massages, c’était trop triste. On lui rappelait sans cesse qu’elle était là strictement « pour son cul ». Mais Angélique était devenue insensible au manque de respect. Plus rien ne lui importait vraiment. De plus, depuis son viol, elle avait un problème d’alcool. « Je voulais juste faire plus de cash encore. Mais, plus ça allait, moins j’en faisais. »

Elle était tout le temps angoissée, elle ne s’alimentait plus et était dépressive.

Si, prise dans un cercle vicieux, elle a fini par arrêter de se prostituer, c’est parce que son corps a lâché.

« J’étais vraiment dans un sale état. Je me suis mise à tomber dans les pommes partout. »

Dessin : Lili Boisvert

Angélique a dû être hospitalisée à trois reprises. Après avoir passé un bon moment à l’hôpital, elle est allée vivre chez sa mère et elle ne s’est plus prostituée par la suite.

Depuis novembre dernier, elle est mère au foyer et vit de l’aide sociale. Elle est pauvre, mais elle l’accepte.

Angélique s’oppose maintenant à la légalisation de la prostitution et elle tient un blogue où d’autres ex-prostituées et elle parlent de leur expérience et se soutiennent mutuellement : Des histoires de survie.

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